CHAPITRE XX
COMPARTIMENTAGE
SOMMAIRE
A. Généralités, — Avantages et inconvénient « des cloisons étanches. —Distribution des cloisons. — Rôle de la cloison diamétrale. — Plan de l'étude du compartimentage.
B. Compartiine7itage des cuirassés. — Compartimentage d'un cuirassé d'escadre audessous et au-dessus du pont blindé principal. — Compartimentage d'un gardecôtes cuirassé.
G. Compartimentage des croiseurs, — Compartimentage des fonds. — Tranche cellulaire.
D. Compartimentage des navires dénués de protection cellulaire, — Cloisonnement des torpilleurs et des avisos. Comparlimentage des paquebots.
A. GENERALITES
ITT. Avantages et Inconvénients des cloisons étanebes. — L'infériorité de résistance de la tôle à un effort local etperpendicuiaîre à son plan a, dès le début de la construction en fer, fait redouter peut-être plus que de raison les conséquences des chocs auxquels les abordages, les échouages, le canon et aujourd'hui la torpille exposent la coque des navires. Aussi les constructeurs se sont-ils efforcés d'atténuer le dommage en localisant les voies d'eau et en empêchant qu'une brèche ouverte en un point de la coque ne peinmît l'irruption de l'eau dans toute la capacité intérieure. De là l'emploi de cloisons étanches, de doubles fonds et de tranches cellulaires dans le voisinage de la flottaison.
Les cloisons étanches ont d'autres avantages très sérieux. En établissant de distance en distance en travers du navire un plan rigide» on s'oppose II i
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très efficacement aux déformations dues au roulis ; en mainlenant invariable Tangle des barrots et de la muraille, on accroît la résistance des ponts. Les cloisons longitudinales rendues étanches et convenablement raidies rendent les mêmes services. Ëien que, sur les bâtiments actuels, les incendies soient moins à craindre que sur les anciens navires en bois, les cloisons étancbes, en isolant le foyer d'un incendie, empêcheront le mal de se propager. Enfin, on peut profiter de Tétanchéité des cloisons qui limitent les compartiments étanches pour ramener le navire dans ses lignes d eau, lui conserver son assiette et sa stabilité, en introduisant dans certains d'entre eux de Teau destinée à servir de lest.
Par contre, ce compartimentage n'est pas sans présenter quelques inconvénients. Le fractionnement des espaces intérieurs du navire n'est efficace que si, dans les fonds au moins, il n'y a pas de communication d'un- compartiment à l'autre : il en résulte une gône considérable pour tous les mouvements du matériel ; il y a des inconvénients évidents à séparer en plusieurs groupes isolés les machines, les chaudières dont la manœuvre et le fonctionnement exigent le commandement et la surveillance d'un seul chef. La circulation de l'air de l'avant à l'arrière est supprimée en grande partie, et dans les navires où les cloisons montent jusqu'aux gaillards ou jusqu'au pont blindé, une ventilation artiGcielle devient indispensable pour fournir de l'air, non seulement aux chaudières, mais encore aux poumons de l'équipage. Une ventilation particulière est nécessaire pour chaque compartiment.
Tout compte fait, ses avantages dépassent de beaucoup les inconvénients. Il ne faudrait cependant pas exagérer les avantages obtenus ; l'introduction de l'eau dans un ou plusieurs compartiments du navire peut altérer profondément son assiette, le mettre hors d'état de se servir de son artillerie, faire sortir de l'eau le can inférieur de la cuirasse, exposer le gouvernail et le rendre inefficace, faire plonger l'avant jusqu'à permettre à l'eau de pénétrer par les brèches que le combat ouvrira certainement dans l'œuvremorte. Même avec un cloisonnement bien fait, un navire atteint dans ses fonds sera souvent obligé de quitter le combat et pourra avoir de la peine à y parvenir.
178. Distribution des cloisons. — Le nombre et l'emplacement des cloisons étanches varient suivant la grandeur et le type des navires. On place toujours à peu de distance de l'avant, une cloison transversale, dite de collision ou de choc, destinée à limiter l'irruption de l'eau à la suite d'un abordage qui, presque toujours, disjoint l'étrave et les tùles de l'avant de l'abordeur. Une cloison est également établie à l'arrière et prolonge la varangue surélevée du presse-é loupes. Dans la partie centrale, une cloison est placée à l'avant des chaudières, une autre à l'arrière des machines. Le plus souvent, un tunnel étanche en tôle permet de traverser cette dernière et d'aller directement au presse -étoupes de l'arbre porte-hélice. Sur la
RÔLE DE LA CLOISON DIAMéTRiLLE 3
plupart des navires modernes, une cloison transversale est disposée entre les machines et les chaudières ; sur les grands navires, les chaufferies sont, à leur tour, séparées en deux ou trois compartiments dans le sens de la longueur; dans ce dernier cas, une cloison longitudinale centrale subdivise encore les groupes des chambres de machines et des chaufferies. Enfin, on a soin de faire élanches les cloisons verticales ou inclinées qui limitent longitudinalement les soutes à charbon, les cloisons verticales qui entourent les soutes à poudre, etc.
Tantôt ces cloisons existent sur toute la hauteur de la cale et s'arrêtent au pont cuirassé, c'est ce qui a lieu, par exemple, pour les cloisons étanches limitant les machines et les chaufferies ; tantôt elles s'arrêtent à une plateforme de cale étanche subdivisant le navire dans le sens de la hauteur, c'est ce qui est fait le plus souvent à Tavant et à Tarrière pour les soutes à munitions et les soutes à vivres, le dessus de la plate-forme étant réservé à d'autres usages (installation d'appareils auxiliaires, etc.). Toutes ces dispositions varient d'ailleurs d'un navire à l'autre.
ITO. Rôle de la cloison diamétrale. — La cloison diamétrale qui existe sur une grande partie de la longueur dans les navires de combat a été l'objet de violentes critiques. On lui reproche de localiser l'eau d'un bord et d'expo?er le navire à prendre une bande inquiétante, soit que le remplissage d'un grand compartiment suffise pour amener le navire à une position voisine de celle où l'équilibre devient instable, soit que cette inclinaison se produisant du côté où le navire est déjà percé dans les œuvresmortes amène les brèches de la muraille au-dessous de l'eau, qui alors faisant irruption sur le pont blindé pourra accélérer le chavirement du navire. Comme il faut plus de temps pour couler que pour chavirer, il semble que le mieux serait de cloisonner seulement le coffre intérieur dans le sens transversal. Vérifions que cela est bien exact dans tous les cas, lorsqu'il s'agit d'une cloison médiane placée dans les fonds.
Sans vouloir entrer dans des considérations théoriques qui sortiraient du cadre que nous nous sommes tracé, nous croyons utile d'appeler l'attention sur ce fait que l'eau joue un rôle tout fait différent, suivant que l'on considère un compartiment quand il est complètement plein ou quand il est en train de se remplir.
Dans le premier cas, V étant le volume du compartiment, tout se passe comme si on avait ajouté aux divers poids qui composent le navire un poids additionnel égal à V X i,026, dont le centre de gravité serait situé au centre de figure du compartiment envahi, très bas par conséquent. S'il s'agit d'u« compartiment situé dans les fonds, il peut se faire que la stabilité soit augmentée.
Dans le second cas, celui où l'eau n'a pas encore rempli le compartiment, le lest liquide se comporte comme si son centre de gravité était transporté bien plus haut; il doit être assimilé à un pendule dont la corde de sus
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4 CHÀP. XX. — GOIIPARTIMfiNTAGB
pension serait appuyée sur les branches de la développée de la carène intérieure, c'est à-dire très haut. Autrement dit, tout se passe comme si le centre de gravité de ce lest était reporté par exemple huit à dix fois plus haut au-dessus de la quille que si le compartiment était plein ; mais d'ailleursjà égalité d'aire de la surface libre du liquide, ou ce qui revient à peu près au même à égalité de volume du compartiment envahi par l'eau, le point de suspension de ce lest se trouve d'autant moins haut que les cloisons qui limitent le compartiment dans le sens perpendiculaire au plan d'inclinaison sont plus rapprochées. Or, étant donné que c'est par manque de stabilité transversale que le navire tend à chavirer, l'emploi de la cloison diamétrale qui, a priori, parait néfaste parce que nous sommes portés tout naturellement à considérer les phénomènes seulement à l'état de repos pourrait être avantageux tant que le compartiment n'est pas rempli. On conçoit donc qu'il puisse y avoir moins de danger à risquer de laisser le navire s'incliner beaucoup sur un bord, en mettant une cloison diamé. traie, qu'à supprimer cette cloison en disposant le bâtiment transversalement.
Néanmoins, si on étudie la question de plus près, en prenant des exemples numériques, et en supposant envahis par l'eau deux compartiments de même section, dont l'un, disposé dans le sens de la longueur, est limité par une cloison diamétrale et l'autre, moitié moins long, est à cheval sur l'axe, on trouve que dans les fonds la cloison diamétrale est en général très avantageuse tant qu'il n'est entré dans le navire qu'une couche d'eau assez faible, ayant, par exemple, un ou deux mètres de haut. Mais à mesure que la hauteur d'eau augmente, elle a une action de plus en plus mauvaise. Or, il faut qu'un navire soit dans de détestables conditions de stabilité pour être capable de chavirer tant qu'il y a seulement une faible hauteur d'eau dans les fonds, même si deux compartiments adjacents sont envahis, comme cela peut se présenter si le navire est éperonné ou torpillé dans le voisinage d'une cloison transversale étanche. On peut donc en conclure que la cloison diamétrale, dans les fonds, doit être regardée comme étant d'une manière générale défavorable à la stabilité.
Cela sera encore plus évident si l'on remarque que la réduction de stabilité due à la présence du lest liquide est, en réalité, bien moindre que ne le supposent les calculs auxquels J nous venons de faire allusion, et dans lesquels on suppose que l'eau se déplace librement : en effet, dans les grands compartiments situés à La partie inférieure des navires, il y a des chaudières, des machines, des appareils de toute sorte qui diminuent la surface libre du liquide et surtout retardent beaucoup le mouvement de la masse d'eau.
Bref, en retournant la question sous toutes ses faces, on est amen»? à conclure que, dans les fonds, la cloison diamétrale a une fâcheuse influence sur la stabilité. Le seul intérêt qu'elle présente est de séparer les
COMPARllMENTAGE DES NAVIRES DE COMBAT 5
compartiments qui contiennent les appareils de même nature, tels que des machines^ des chaudières, ou des soutes à munitions.
En supposant le danger de chavirer écarté, l'avantage qui s'attache à garder intact le plus grand nombre possible d'appareils du même genre, pour tirer le bâtiment d'une situation critique est trop important pour qu'on puisse se dispenser d'en tenir compte. Mais comme l'idéal serait, d'avoir, à volume égal ou à peu près, des compartiments transversaux plutôt que des compartiments longitudinaux, on doit disposer les !compartiments dans le sens transversal toutes les fois que cela peut se faire sans qu'on soit forcé d'admettre comme conséquence une très grande différence de volume.
Par exemple, si l'on a à installer deux machines et qu'au lieu de les placer côte à côte longitudinalement en les séparant par une cloison diamétrale, il soit possible de les disposer transversalement dans le même espace en les mettant; Tune devant une cloison transversale et l'autre derrière, il n'y a pas à hésiter. La même remarque s'applique évidemment à un groupe de chaufferies.
C'est surtout sur les petits bateaux qu'une cloison centrale a des chances d'être nuisible. Il va de soi que, pour les grands bâtiments dont le coffre intérieur est protégé sur toutes ses faces par un réseau cellulaire assez développé, nos remarques ont moins d'importance que pour les plus petits où il n'est plus possible de pousser aussi loin le cloisonnement des diffé« rentes faces.
180. Plan de Tétude d'ensemble du compartimentage des navires de combat. — Bien que le détail du compartimentage varie d'un bâtiment à l'autre, il nous paraît cependant utile, avant d'aborder l'étude de la construction des cloisons, d'indiquer les principes de l'établissement du compartimentage sur les navires de combat des principaux types. Ce cloisonnement a pour but, comme on le sait, de limiter les dégâts causés par un échouage, une explosion de torpilles, un coup d'éperon ou une brèche ouverte dans la muraille par un projectile. On ne peut pas rendre la coque impénétrable : on cherche, par un cloisonnement judicieux, à permettre au navire de continuer à flotter et à se battre. Cloisonnement et protection sont sur les navires de guerre modernes deux termes à peu près synonymes.
Nous allons indiquer sommairement le compartimentage de quelques types de navire ; pour des bâtiments similaires et de déplacement moindre, on doit se rapprocher autant que possible des dispositions théoriques que nous allons indiquer, en admettant toute] fois les sacrifices imposé^ Par le manque de place.
MiPP.^ii^
CHAP. XX. — COMPARTIMENTAGE
B. COMPARTIMENTAGE DES CUIRASSÉS (')
181. Compartimentage d'un grand entrasse, an-dessous du pont blindé prineipal. — Sur un grand cuirassé la coque au-dessous du pont blindé peut être envisagée comme une longue caisse renfermant tous les organes vitaux, et entourée en haut, en bas el sur les côtés de quatre réseaux de tranches cellulaires destinées à prévenir les voies d'eau. La cloison de choc à l'avant et la dernière cloison de Tarrière ferment les extrémités de la même manière et complètent Tenveloppe protectrice qui entoure cette caisse.
182. Double fond. — La tranche cellulaire du bas ou double fond, dont nous connaissons déjà la construction, a pour but spécial d'empêcher L'invasion de Teau dans la cale en cas d'échouage, la subdivision en cellules prévient l'introduction d'une trop grande quantité d'eau à l'intérieur de la double coque.
183. Tranehe cellulaire entre le pont blindé et le pare-éclats. — La tranche cellulaire du haut sert à la fois, en supposant le pont blindé percé par un projectile, à arrêter les éclats et à retenir l'eau qui pourrait passer par une déchirure du pont. Si on n'avait pas à redouter l'invasion de l'eau, il suffirait que le plafond pare-éclats fût suffisamment épais et convenablement disposé pour arrêter les fragments. Mais même sur les cuirassés récents, où on a établi au-dessous de la ceinture épaisse des flancs un blindage léger, on doit s'attendre à ce que la muraille ne reste pas intacte dans cette partie ; il est certain qu'au combat, Teau envahira le pont blindé qui est situé sur nos cuirassés à 50 ou 60 centimètres au-dessus de la flottaison. Si ce pont est déchiré, l'eau tombera sur le pont blindé inférieur ou le pont pare-éclats cellulaire.
On ne peut laisser cette eau répandre librement sur ce dernier pont : en effet, nous avons déjà vu (chap. x) que, sur les cuirassés, la tranche cellulaire, placée immédiatement au-dessous du pont blindé, doit avoir une hauteur considérable pour arrêter les fragments du pont supérieur détachés par les obus à explosifs puissants. L'eau qui tomberait sur le pare-éclats occuperait donc un volume très considérable et immergerait le navire d'une façon inquiétante, jusqu'à mettre dans l'eau le can supérieur de la cuirasse et peut-être même les brèches de la muraille des œuvres-mortes. Si la flottabilité du navire était seule en jeu, le bâtiment pourrait continuer à flotter
(1) Nous prions le lecteur de vouloir bien se reporter à la première figure de la PI. II et à la coupe au milieu d'un cuirassé, représentée à la page 142 du premier tome.
RÉSBAU GBLLULAIBE LATERAL 7
à condition que le déplacement de la portion intacte du flotteur au-dessous du pare-éclats fût suffisant ; il serait simplement hors d'état de continuer la lutte. Mais, en réalité, avant que la flottabilité du navire puisse être compromise, le navire aura péri par manque de stabilité.
Si le pare-éclats s'abaisse en abord, l'eau s'accumulera dans le fossé ainsi formé et, dans le cas où la brèche sera située à une faible distance de la flottaison, le navire se retrouvera, au bout d'un certain temps, flottant la quille en Tair. Si le pare-éclats est horizontal, le temps que l'on mettra à chavirer pourra être plus considérable, mais la stabilité transversale disparaîtra néanmoins rapidement.
Supposons qu'on ne prenne aucune disposition spéciale pour subdiviser le faux-pont en cellules étanches, deux cas se présentent. Ou bien le pareéclats est tenu en partie par des membrures longitudinales et aménagé pour le service du bord ; dans ce cas les lisses, les cloisons longitudinales, plus ou moins étanehes, dressent autant d'obstacles au libre mouvement de Feau d'un bord à l'autre et tout se passera comme nous venons de l'indiquer. Ou bien le pare-éclats est tenu simplement par des membrures transversales, et alors l'eau se précipite d'un bord à l'autre en aggravant les roulis comme ferait un lest liquide dans un énorme water-ballast à moitié plein.
Pour garantir la flottabilité et surtout la stabilité, il est donc indispensable de subdiviser l'espace compris entre le pont blindé supérieur et le pareéclats en un grand nombre de cellules étanches entre lesquelles on devra supprimer toute communication au combat. Les cellules situées le plus en abord, derrière la cuirasse, serviront non seulement à arrêter l'eau qui tomberait par une déchirure du pont, mais aussi celle qui pourrait passer par une fente pratiquée dans la cuirasse des flancs ; elles forment une sorte de coursive qui fait tout le tour du bâtiment, on les laisse vides. Les autres sont utilisées, soit comme soutes à charbon supplémentaires, soit comme lavabos de mécaniciens, soutes de diverses espèces, chambres de combat destinées à renfermer certains meubles et la vaisselle des officiers en cas de guerre, etc. On peut ainsi ne pas perdre un espace précieux et cependant maintenir au moment voulu l'intégrité d'un cloisonnement indispensable à la protection du navire.
184. Réseau cellulaire latéral. — Le réseau cellulaire d'en abord, allant du dessus du vaigre au-dessous du pont blindé inférieur ou du pare-éclats, a surtout pour objet de défendre le navire contre l'invasion de l'eau dans le cas où la coque serait déchirée par un coup d'éperon ou une torpille. Pour le double fond ce qu'il y a surtout à craindre, c'est une déchirure locale de la coque produite par un echouage qui peut en même temps fausser quelques membrures, mais ne produit pas une dislocation véritable. Dans le cas du projectile explosant contre le pont blindé, la dislocation qui aurait eu des effets terribles avec un pont pare-éclats placé trop près, ne parait plus à redouter depuis qu'on l'a considérablement
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écarté et renforcé. Ce n'est pas Teffel direct de l'explosion que subira ce pare-éclalSy il aura simplement à arrêter les fragments du pont supérieur et l'eau. 11 suffit donc de donner au vaigre et au pare-éclats une rigidité suffisante pour qu'ils résistent à la pression et aux chocs qu'ils peuvent avoir à supporter. Au contrai re^ dans une région exposée aux coups de torpilles, c'est la dislocation qui est à craindre.
En se plaçant à ce point de vue on a quelquefois pensé que, si la muraille protectrice établie pour arrêter les effets de la torpille était intimement liée à la membrure,la rigidité môme du système aggraverait les effets destructeurs, l'explosion pouvant endommager non seulement le bordé, mais aussi la membrure qui joue un rôle capital dans la constitution de la charpente. Alors, au lieu de fixer en dedans de la membrure un vaigrage étanche qui encastre la membrure du côté de l'intérieur comme le fait le bordé à l'extérieur, on a constitué la protection, non pas par un revêtement parallèle au bordé, mais par une cloison longitudinale très haute, tenue simplement au pied sur le vaigre des fonds et à la tète sous le pareéclats. On espérait réaliser ainsi un ensemble beaucoup mieux disposé pour supporter sans une dislocation trop considérable l'éclatement de la torpille. On a fait de la place et donné plus d'élasticité aux parois qui auront à étaler le choc. Toutefois il résulte de là que cette première cloison, tout en jouant le rôle d'un tampon destiné à atténuer les effets de l'explosion, est appelée à être également endommagée. Aussi, pour avoir une sécurité plus grande, on a disposé en arrière une seconde cloison établie comme la première et dont le rôle est d'arrêter l'eau qui pénétrera par les déchirures de la cloison externe. Cette cloison, appuyée par les plates-formes situées à différentes hauteurs, est solidement tenue. Sur certains bâtiments on a cherché un supplément de protection en disposant, un peu en dedans de la cloison latérale interne, une troisième cloison longitudinale intérieure, également bien appuyée.
Quelque séduisante que soit cette thèse d'après laquelle on aurait intérêt à supprimer le vaigre sur toute la hauteur exposée aux torpilles automobiles dès que Ton p)eut établir en abord un nombre suffisant de cloisons latérales, cette manière de faire aurait besoin d'être justifiée par des expériences précises. Des personnes très autorisées pensent qu'il y a, au contraire, un sérieux avantage à ajouter la protection du vaigre à celle fournie par le bordé et les cloisons. H est très probable, en effet, que la dislocation possible de la membrure ne c;)mpromettra pas d'une façon inquiétante la tenue du blindage des flancs, si on a eu soin de constituer la charpente sous cuirasse d'une manière suffifammcnt rigide et indépendante de la charpente des fonds. Or, s'il en est ainsi, quatre enveloppes valent certainement mieux que trois pour se préserver des torpilles et, lorsqu'on a la place de mettre trois cloisons en abord, cinq enveloppes sont supérieures à quatre. En admettant 12 millimètres pour l'épaisseur moyenne de ces enveloppes, on voit que sur un bltiment non vaigre l'intérieur du navire
RESEAU CELLULAIRE LATERAL 9
est protégé par 36 millimètres d'acier dans le cas de deux cloisons, par 48 dans le cas où il y a trois cloisons, tandis que sur un bâtiment vaigré le coffre intérieur est garanti par 48 millimètres d'acier dans le premier cas et 60 millimètres dans le second. Même en donnant au vaigrage une épaisseur un peu plus faible, 8 à 10 millimètres, on renforce notablement par l'adoption de cette enveloppe supplémentaire le blindage mince auquel on peut assimiler dans une certaine mesure la somme des épaisseurs des tôles protectrices. D'un autre côté, la position qu'occupe le vaigrage est avantageuse : cette muraille auxiliaire se trouve, en effet, entre le bordé et la première cloison, plus proche de celui-ci que de celle-là. Si le nombre d'enveloppes démolies dans une explosion donnée, dépend surtout de l'épaisseur totale des tôles, il y a de grandes probabilités pour que, sur un bâtiment où la tranche d'en abord est vaigrée, Tinvasion de Teau soit beaucoup plus limitée que sur un autre où le vaigre n'existera pas. La bande qui résultera de Texplosion d'une torpille peut être insignifiante dans le premier cas, et dans le second mettre le navire hors d elat de se servir de son artillerie et de continuer la lutte. D ailleurs, toutes les torpilles ou les obus torpilles n'éclateront pas nécessairement au contact. Les premières pourront être arrêlées par des filets Bullivant, les seconds sont destinés à exploser le plus souvent à une certaine distance. Dans ce cas il se produira probablement dans le bordé, une simple déchirure; il n'est pas indifférent d'offrir à l'eau qui filtrera à l'intérieur du navire, une cellule d'une vingtaine de mètres cubes ou un compartiment d'une soixantaine.
Bref, pour pouvoir décider cette question du prolongement du vaigrage dans la région exposée aux coups de torpilles, il faudrait autre chose que les arguments développés un peu plus haut. Il faudrait des faits ressortant d'expériences concluantes. Nous ne croyons pas qu'il en ait été fait à ce sujet ailleurs qu'en Italie et nous avons déjà eu occasion de dire (chap. x, p. 489) que les essais faits dans ce pays avaient conduit à faire adopter sur les derniers cuirassés italiens un vaigrage complet, allant de bout en bout depuis la carlingue jusqu'au pont blindé. On a en même temps donné à la membrure un fort développement et multiplié le nombre des lisses. Ces précautions n'ont pas empêché, bien entendu, de conserver la protection offerte par les cloisons latérales étanches. Tant qu'il n'aura pas été procédé à des expériences infirmant les précédentes, la meilleure solution à prendre est d'imiter les Italiens. Aussi sommes-nous d'avis de donner aux vaigrage de nos cuirassés la même disposition que sur les grands navires ita-« liens. C'est ce qui a été fait pour la plupart de nos cuirassés les plus récents, et un certain nombre anciens sont dans le même cas.
Quelle que soit la solution adoptée, les compartiments^ situés en dehors de la cloison latérale externe, doivent toujours rester vides, comme ceux du double fond et ceux qui sont placés en abord de la tranche cellulaire située à la hauteur de la botte blindée. Ils sont simplement accessibles dans toutes leurs parties au moyen d'une ouverture assez petite, appelée trou d'homme^
10 GHAP. XX. — COMPARTIMENTAGE
qui est fermée en temps ordinaire par un bouchon étanche. L'intervalle compris entre les cloisons latérales n'a pas de raison de rester vide ; non-seulement on perdrait un espace précieux, mais encore il y a intérêt à remplir ces compartiments de matières encombrantes pour diminuer le volume offert à Teau qui passerait par une déchirure de la cloison latérale externe. Le mieux est d'en faire des soutes à charbon et leur emplacement se prête parfaitement à cet emploi.
La subdivision obtenue au moyen de cloisons transversales partielles, placées entre les grandes cloisons de la cale, empêche l'eau de remplir de trop vastes compartiments et de donner au navire une bande qui aurait les plus graves inconvénients. Cette subdivision du réseau cellulaire latérale doit être étudiée avec le plus grand soin.
185. Compartiments des extrémités. — Pour le compartiment de l'extrême avant, on doit surtout envisager les conséquences du combat par le choc. Ce qu'il y a surtout à craindre, c'est la dislocation de la charpente quand le navire se sert de son éperon. Une cloison diamétrale étanche ou évidée, un réseau de cloisons transversales évidées et quelques tablettes horizontales étanches, s'appuyant sur la cloison de collision, sectionnent ce compartiment de manière à limiter les effets résultant de l'ébranlement causé par un abordage, le combat à l'éperon ou l'explosion d'une torpille. Comme tous les compartiments qu'il est d'une importance capitale de maintenir fermés l'emplacement compris entre la cloison de choc et l'extrême avant doit rester vide.
Le compartiment de l'arrière, petit et moins exposé, est tenu fermé au combat, mais utilisé pour le service du bord ; il contient, en général, le chariot et la barre du gouvernail.
186. Coffre intérieur. — On voit qu'en somme le coffre intérieur qui renferme les organes vitaux du navire est protégé par un cloisonnement, établi en vue de parer à toutes les éventualités. Cependant il est nécessaire que, même au cas où l'eau viendrait à envahir cette caisse en deux ou trois points à la fois, le bâtiment ne soit pas compromis et puisse continuer le combat. Pour cela, on subdivise le coffre intérieur par des cloisons transversales en une douzaine de tranches, et ces tranches ellesmêmes sur une certaine partie de la longueur par une cloison diamétrale, Ces cloisons montent le plus souvent jusqu'au pont blindé supérieur.
Les compartiments ainsi obtenus sont encore subdivisés dans le sens de la hauteur par des plates-formes étanches. Ces ponts se prolongent entre les deux cloisons longitudinales d'en abord, mais ne dépassent pas, en général, la cloison externe. Ils sont supprimés et remplacés par de simples passerelles dans les compartiments où la hauteur doit être de 5 à 6 mètres comme dans les machines et les chaufferies.
EnOn, il faut remarquer, en outre, que les nombreuses soutes renfermant
TRANCHE CELLULAIRE AU-DESSUS DU PONT BLINDA DES CUIRASSÉS il
les munitions, les projectiles, le fulmi-coton, sont entourées d'enveloppes étanches, et que dans le plus grand nombre de ces derniers compartiments élémentaires que nous pouvons déûnir par l'espace compris entre les deux ponts étanches, deux cloisons transversales étanches et deux cloisons longitudinales étanches, presque toutes les subdivisions qu'on est conduit à établir pour les besoins du service sont rendues étanches.
Ainsi, même dans ce grand coffre qui contient tous les organes vitaux du bâtiment, on arrive h isoler tellement les localités les unes des autres que si une chaufferie, une machine, une chambre de manœuvre des tourelles est envaliie, il y en a, à côté, d'autres où les appareils peuvent fonctionner et souvent coopérera l'épuisement, et remettre le bâtiment en état ou tout au moins empêcher le mal de s'aggraver.
187. Tranche cellulaire au-dessus du pont blindé des cuirassés. — Le can supérieur de la cuirasse épaisse et le pont blindé ne se trouvent guère qu'à 50 ou 60 centimètres en contre-haut de la flottaison, ainsi que nous l'avons déjà indiqué. Il en résulte que si la muraille des œuvres légères vient à être percée à peu de distance de la flottaison, l'eau entrera à bord, soit au roulis, soit au tangage, soit au passage des crêtes de lame. La cuirasse mince que l'on installe aujourd'hui pour protéger le pied des œuvres légères, a principalement pour but d'emï)êcher les projectiles à la mélinite de rencontrer le pont blindé, en provoquant leur explosion à l'intérieur du navire avant qu'ils ne soient venus au contact de ce pont; cette cuirasse mince est donc, avant tout, destinée à maintenir l'intégrité du couvercle du coffre blindé. Elle n*en est pas moins très utile pour empêcher le pied des œuvres légères d'être percé par de petits projectiles de canons flotchkiss, Nordenfeldt ou Maxim, ou même par de simples balles ; en un mot^ elle diminue le nombre des brèches probables dans celte partie du navire qui, avec ce grand nombre de canons à tir rapide de petit calibre dont dispose l'assaillant, pourrait être rapidement percée comme une écumoire.
C'est cette raison qui avait conduit, sur des bâtiments déjà un peu anciens, comme le Hoche, à installer à l'avant une cuirasse légère montant très haut. 11 est à supposer que des coups, rencontrant obliquement la cuirasse mince, auraient ricoché comme des projectiles pleins rencontrant la cuirasse du pont et que, sauf dans le cas où un projectile d'assez fort calibre aurait frappé normalement, on n'aurait pas eu à craindre de voir la muraille endommagée. L'attention avait été attirée sur ce point, d'abord parce que des coups d'enfilade auraient pu percer de longues brèches, et ensuite, parce que la lame que ces bâtiments soulèvent à grande vitesse montant très haut (Jig. 306), les déchirures auraient été constamment sous l'eau aux grandes allures, et qu'on aurait été, par suite, amené à ralentir ou à stopper.
L'apparition des obus à explosifs puissants a.conduit à généraliser l'em-
12 CHAP. XX. — COMPARTIMENTAGE
ploî des cuirasses minces et à les faire régner de bout en bout, mais si le but principal est de protéger le pont blindé, ce revêtement a en même temps l'avantage de mettre le pied des œuvres-mortes à l'abri des petits projectiles qui sont très dangereux, surtout à l'avant, lorsque la muraille est formée d'une simple tôle.
La conclusion à tirer de ce que nous venons de dire, c'est que, sur les cuirassés récents, le pied des œuvres-mortes ne sera percé que par des projectiles d'un certain calibre ; mais il est hors de doute qu'elle le sera, et que les brèches seront d'autant plus grandes que les projectiles ennemis contiendront davantage d'explosif. Il y aura donc des brèches assez larges par lesquelles l'eau pénétrera à bord, non pas d'une façon continue, mais d'une manière intermittente. Cette entrée d'eau aura peu d'importance si la déchirure est assez élevée ; au contraire, si la brèche est seulement à une cinquantaine de centimètres au-dessus de la flottaison, l'invasion d'eau pourra être considérable. Comme l'eau, si on la laisse courir librement à l*intérieur ne retrouvera pas immédiatement la brèche pour ressortir, il en
Fig, 306
résulte qu'elle se répandra sur le pont, s'accumulera d'un bord et réduira la stabilité d'une manière inquiétante.
On a à craindre les mêmes phénomènes que ceux décrits précédemment à propos de la tranche cellulaire placée immédiatement au-dessous du pont blindi^ On est donc amené à installer une division cellulaire au-dessus comme au-dessous du pont blindé. Seulement, au-dessus du pont blindé, il suffit de cloisons partiellement étanches, c'est-à-dire étanches au pied seulement et de barrages de 1 mètre environ de hauteur dans la partie cenlrnle.
Cet embryon de tranche cellulaire est représenté en coupe transversale {fig, 307), et en coupe horizontale {fig. 307 '"*). 11 est constitué de la façon suivante : 1** en abord le cofferdam que nous connaissons déjà, à l'avant et à i arrière deux grandes cloisons transversales étanches au pied; 2^ en abord à trois ou quatre mètres de la muraille une cloison longitudinale a étanche au pied, allant de la cloison avant à la cloison arrière ; 3** entre cette cloison longitudinale et la muraille une série de cloisons transversales partielles étanches au pied, distantes de cinq à six mètres environ, subdivisant la tranche extérieure ; 4® enfin, dans l'espace intérieur compris entre les cloisons
TRANCHE GBLLULA1RB AU-DBSSUS DU PONT BLINDÉ DBS CUIRASSES
transversales extrêmes et les deux cloisons longitudinales de tribord et de bâbord, quelques cloisons transversales espacéesAB, deux barrages longitudinaux 6 de 1 mètre environ de hauteur, un de chaque bord à 2 mètres environ de l'axe; et, si les cloisons transversales sont très espacées, quelques barrages transversaux de même hauteur.
Tel est à grands traits le mode d'installation de cette tranche cellulaire embryonnaire dont le pied seul doit être étanche. Ajoutons, pour terminer,
Fig. 307
qu'afin d'enlever l'eau qui pénétrerait sur le pont, il convient d'établir en abord, à la rencontre de chacune des cloisons longitudinales a ou des barrages b avec les cloisons transversales ou les barrages A et B, de grands dalots qui permettent d'envoyer au grand drain l'eau qui aurait envahi le
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