LES ÉPOQUES
Bramante. — L'antiquité et le moyen âge ne nous ont, pour ainsi dire, pas laissé de noms d'architectes ; les édifices sont alors le résultat d'une communauté d'efforts disciplinée, où les artistes ne cherchent pas à exalter leur personnalité. Avec la Renaissance, au-contraire, les architectes se distinguent de l'ensemble des constructeurs et les noms des principaux d'entre eux sont connus.
On a vu la part prise par Brunelleschi, dans la création du style nouveau : son activiu domine toute la période de transition qui conduit de l'époque gothique à l'époque de pleine éclosion, où l'artiste qui lui succède en notoriété est Bramante. Celui-ci, aprèsavoir fidèlement suivi les préceptes enseignés par Brunelleschi, se
Palais de la Chancellerie. 11 cherche à introduire de la clarté et de la variété
\enise. — Cour du Palais ducal.
Au fond, l'escalier des Géants, construit en 1485 par A. Rizzo, ainsi
que la façade. Baies amorties soit par des arcs brisés, soit par des arcs
en anse de panier. Sculptures de Lombarde (1499) et Scorpagnino (l 545).
entre
dans l'emploi, jusqu'alors assez servile et assez confus, des ornements an tiques. Dans le même esprit, Palladio et Sansovino, à Vicence et à Venise, édifient des monuments importants comme l'église du Redentore et la bibliothèque de Saint-Marc.
Michel- Ange. Le Baroque. — A partir de 1540 environ, l'architecture italienne, sans cesser de reproduire celle de l'antiquité, manifeste une recherche de grandeur, d'exubérance à laquelle on a donné le nom de style baroque., par assimilation à ces perles irrégulières que les Portugais nomment « barocco».
Parmi les artistes qui ont contribué à sa création se distingue Michel-Ange, que son amour autres travaux importants, de la recons- du grandiose, du pittoresque, du bourtruction de l'église Saint-Pierre et du souflé, conduisent souvent hors des
R0.ME. — Le Palais Farnèse (i540-i38o).
Frontons triangulaires au-dessus de fenêtres rectangulaires. La corniche
est de Michel-Ange.
limites du bon goût. Chez lui ce défaut à Venise le Traité cT architecture que est racheté par la vigueur du génie; il l'architecte latin, Vitruve, avait composé ne l'est pas chez ses imitateurs qui dans le i^"" siècle avant J.-C. : ce traité n'aboutissent qu'à exagérer le contraste passa dans les mains de tous les consentre le langage grandiloquent dont ils tructeurs de la Renaissance italienne, tout usage et la faiblesse de leur inspi- en attendant qu il devint le bréviaire des ration. Comme le style gothique à sa architectes modernes, décadence, la Renaissance substitue Dans cette attention apportée à l'en-
partout Ics lignes courbes et brusque- seignement théorique, plutôt qu'aux
expériences pratiques et aux recherches personnelles, il v avait le germe dune décadence que la publication ei le succès du Traité des cinq ordres, de V i g n o 1 e architecteaiiquel on doit l'église d u Gesu,à Rome, et le château de Caprarola vinrent encore précipiter. Vignole lournissait aux architectes un code tout établi de formules et de recettes invariables pour tous les genres d'édifices; or, ces formules n'étaient pas même celles de l'antiquité dans ses manifestalions d'art parfaites, mais celles de la Renaissance italienne.
Vitruve accordait une importance particulière aux deux ordres dorique et ionique, expressions des deux sentiments
ment interrompues, aux lignes droites et continues.
Lespilasires s'avancent démesurément, compliqués de demi -pilastres et de quarts de pilastres ; les frontons, brisés, sont vivement projetés au-dessus des baies; il semblequeles monuments ne soient plus construitsque pour les façades dont les reliefs, inutilement vigoureux, et la décoration, vainement surchargée, n'aboutissent qu'à donner l'impression de la confusion et de la lourdeur.