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CHAPITRE II

EMPLOI ET MISE EN ŒUVRE DES MATÉRIAUX

Fondations. — La stabilité des constructions dépend beaucoup de la résistance que présente la base qui les supporte. Dès lors il est évident que si les fondations d’un édifice viennent à fléchir, ses diverses parties suivent ce mouvement, et se disloquent.

Aussi, avant de jeter les fondations d'une construction, il est très-important de connaître la nature de son terrain. Des fouilles faites dans le voisinage, le creusage d’un puits peuvent faire connaître la nature du sol, mais encore dans ces divers cas, il est très-urgent de s’assurer si les couches naturelles du terrain s’étendent au loin et sont identiques.

En cas de doute, nous conseillons le sondage.

Si le terrain est d’une nature aride on peut le sonder en creusant des trous d'une certaine profondeur. On doit les pratiquer aux points principaux de la construction à élever.

Quand les terrains sont marécageux ou aqueux, on les fouille jusqu’à l’eau à l’aide de sondes.

Le meilleur fond pour bâtir est le tuf, s’il est mélangé d’une terre forte, bien serrée et renfermant du gravier. Le roc et le gros sable sont aussi de bons sols.

11 arrive souvent qu’un bon sol est entrecoupé par un mauvais.

Pour reconnaître si le bon sol a une épaisseur suffisante pour supporter la construction qu’on projette : on le bat avec le bout d’une solive assez longue. S'il résiste, et que la masse rende un son clair et relativement sonore, le sol est bon ; au contraire, si la masse rend un bruit sourd et cotonneux, on peut considérer le sol comme mauvais.

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Quoique le roc paraisse de prime abord un fond des plus solides, on doit s’assurer avant d’y jeter les fondations s’il ne contient pas de grottes ou excavations pouvant rompre sous le poids des constructions. Si l’on y découvrait un vide quelconque, il faudrait se hâter de le combler, soit par des piles en maçonnerie, soit par des arcs de soutènement ; c’est au constructeur à employer les moyens les plus sûrs et les plus économiques pour parer à ces accidents du sol.

Fig 4. — Fondation avec sable et béton. Fig 5. — Fondation en sol léger sur racinaux Échelle de CP, 01 pour mètre.

Quand on a un fond sablonneux, on doit poser une assise en libage après avoir préalablement nivelé et damé le sol et l’avoir recouvert d’une couche de sable et d’une de béton (fig. 4), ou bien d’une couche de racinaux (fig. 5) entre lesquels on met quelquefois de la terre glaise battue. Si les terres, sans être sablonneuses, sont légères et poreuses, on doit les piloner et les battre fortement ; sur ce sol ainsi battu on peut jeter les fondations, soit sur deux

Fig. 6. — Fondalion en bon sol.

Fig. 7. — Fondalion en bon sol.

Échelle de (P, 01 pour mètre.

hauteurs de libages (fig. 6), soit sur un massif en meulières (fig. 7). Les sables mobiles au travers desquels l’eau bouillonne nécessitent aussi des précautions

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particulières. On devra les enfermer clans des encaissements et les dessécher.

Les plus mauvais sols sont les terrains glaiseux, marécageux et tourbeux; ils doivent être pilotes. Les pilotis une fois posés, on cloue sur leur tête un gril ou grillage en charpente, qu’on recouvre d’une plate-forme en madriers jointifs de 0m,08 à 0ra,10 d’épaisseur et chevillés sur les pièces de bois du grillage. G est sur ce plancher qu’on élève le mur. Lorsque les couches de ces mauvais sols sont d’une épaisseur constante, on n’a rien à craindre, car le tassement quel qu’il soit se fait régulièrement. Pour éviter un tassement inégal, il faut construire tous les murs du bâtiment en même temps, et par assises uniformes, c’est-à-dire qu’on ne doit entamer une nouvelle assise qu’après avoir préalablement achevé celle de dessous, et cela dans tout son pourtour.

En général, quand les sols sont peu résistants, on possède aujourd’hui un moyen sûr et économique pour asseoir sur ces terrains les plus lourdes constructions; nous regrettons qu’il ne soit pas plus répandu. Ce procédé consiste à pratiquer des fouilles jusqu’à une profondeur convenable et en rapport avec l’édifice qu’on désire élever. Les fouilles faites, on nivelle le sol et on répand trois couches de 0m,20 à 0m,2o de bon sable de rivière, qu’on a soin d’arroser et de piloner. On coule ensuite sur ce sable du béton par trois couches de 0m,25 qu’on pilone aussi chaque fois ( fig . 4). Si la construction était très-élevée ou le sol des plus mauvais, de la tourbe par exemple, on donnerait 0m,90 à I mètre à la couche de sable et autant à celle de béton.

Dans les terrains très-compressibles, dans lesquels on ne peut ouvrir des tranchées pour y bâtir au moyen d’un massif de sable, on doit faire des pilotis en sable, qui possèdent, outre l’avantage de ne pas pourrir en terre, celui de coûter moins cher que les pilotis en bois.

Voici comment on procède. On enfonce de distance en distance des pieux en bois qu’on retire ; le vide obtenu est rempli avec du sable. On construit ensuite au-dessus les fondations comme à l’ordinaire, quelquefois aussi des pieux en béton remplacent le sable.

La pièce de bois qui sert pour obtenir ces petits puits, soit de sable, soit de béton, mesure 4 m , 60 de longueur sur 0m,20 à 0m,2o de diamètre. La tête est garnie d’une frette en fer qui lui permet de résister aux chocs du mouton; elle est percée d’un trou dans lequel on passe une barre de fer, qui sert, pendant le battage, à agrandir le vide et à en lisser les parois. Cette manœuvre permet de retirer le pieu avec facilité et de consolider en même temps les terres qui, sans cela, pourraient s’ébouler au coulage du béton. Quand les pieux sont d’une extraction difficile, on emploie une chèvre pour les retirer.

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Nous avons dit plus haut, que certains sols peuvent être affouillés ou délavés par des filtrations ou par des sources; dans ce cas on doit employer du sable mortier. On l’obtient en arrosant le sable de la fouille avec du lait de chaux, au lieu d’employer de l’eau pure.

Pour tous les travaux de fondations que nous venons de mentionner, on doit employer du sable pur, non terreux et homogène comme grosseur.

Si les murs des fondations étaient placés entre des sols de différentes hauteurs, dans la partie en contrebas on doit les renforcer soit par un contremur de soutènement, soit par des éperons plus ou moins distants les uns des autres suivant la poussée de terre, et en rapport avec celle-ci.

Il arrive parfois qu’en exécutant des fouilles pour un nouveau bâtiment, on retrouve des murs anciens correspondants à ceux du plan adopté; avant de les utiliser, il faut les visiter avec soin pour s’assurer de leur état. S’ils sont mauvais, médiocres ou douteux, on doit les supprimer sans hésitation, car dans ce cas une économie mal entendue peut occasionner de grands déboires.

Il arrive aussi qu’on trouve d’anciens murs traversant les nouvelles constructions ; on ne doit pas les utiliser non plus, mais les trancher pour faire passer les nouvelles fondations, afin de conserver à celles-ci toute leur homogénéité.

En agissant autrement, la maçonnerie élevée à la fois sur des fondations neuves et anciennes tasse irrégulièrement, et il se produit des déchirures.

Fig. 8. — Puits en béton supportant des arcs pour économiser les murs en fondation.

Echelle, de 0m,01 pour mètre.

Quand les fondations sont très-profondes, pour économiser un cube de maçonnerie considérable, au lieu de faire un mur continu, on établit des piliers en béton qui descendent seuls jusqu’au bon sol. Ils sont reliés entre eux à leur partie supérieure par des arcs (fig. 8).

V2 TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

Les piliers doivent correspondre naturellement aux parties qui, en élévation, doivent supporter les plus lourdes charges. Ce mode de construction adopté, on ne creuse la fouille que pour les piliers et le terrain entre ceuxci est taillé de manière à servir de cintres pour les arcs formant liaison.

Nous venons de voir dans ce qui précède qu’on utilise pour les fondations des appareils en charpente, des racinaux, des pilotis, des grils ou grillages ; nous croyons utile de donner quelques détails sur leur emploi dans les fondations.

Presque tous les bois se conservent â l’abri de l'air, soit enterre, soit dans l’eau ; les meilleurs cependant pour les fondations sont le chêne et l’aulne.

Les racinaux sont des pièces de bois plus larges qu’épaisses (madriers), qu’on pose sur la tête des pilotis pour recevoir la plate-forme.

Notre figure 9 montre un système d'assemblage de grils qui mérite d’être

signalé. On taille la tête des pilotis en tenons, et sur celle-ci on pose les pièces longitudinales des grils taillées à mortaise en queue d’aronde ; dès que la mortaise touche les coins, ils s’enfoncent et écartent le tenon, qui grâce aux coins épouse exactement la forme de la mortaise. 11 se produit un assemblage entre la tête des pilotis et les pièces qui les coiffent.

Les pièces longitudinales du gril fixées, on pose la pièce transversale dans la partie évidée des premières et on les cheville, de sorte que l’ensemble forme un tout très-solide.

Les pieux, pilots ou pilotis sont des pièces de bois pointues et ferrées qu’on enfonce dans le sol à l’aide du mouton ou de la sonnette à déclic ou à tirandes.

Ce qui constitue la différence du pieu et du pilot ou pilotis, c’est que le pieu n’est phs recouvert comme le pilotis par la construction à laquelle il sert de soutien.

11 existe plusieurs genres de pilots, le pilot de bordage, celui qui termine l’enceinte d’un pilotage, et le pilot de retenue, celui enfoncé en dehors de l’enceinte d’un pilotage pour maintenir un terrain sans consistance.

Les pieux servent encore pour former les palées destinées à retenir les terres des digues et des batardeaux.

Pour faciliter leur entrée en terre, les pieux sont appointés, brûlés et armés par le bas d'une pièce en fer nommée sabot.

Ceux-ci sont de deux sortes : l’un (fig. 10) est fixé au pilotis par des clous, l’autre (fig. 11) y tient par une grande queue en fers de lance superposés.

Fig. 9. — Lassemblage d’un gril sur une télé de pilotis.

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La tète 'des pieux est garnie d'une frette en fer destinée à les empêcher d’éclater sous les coups de l'instrument qui sert à les enfoncer.

Echelle de O™, 04 pour mètre.

Quand les pieux n’ont que deux mètres de longueur, on peut se servir pour les enfoncer d’un simple billot qui se manœuvre à deux ou à quatre hommes. Nos figures 12 et 13 montrent l’élévation et le plan de ce billot.

Fig. 12. — Elévation d’un billot à poignée Fig. 13. - Plan d’un billot a poignée,

pour enfoncer les pilotis de deux mètres environ.

Échelle de 0",02 pour mètre.

Quand les pilotis sont plus longs on emploie le mouton ou les sonnettes à déclic ou à tirandes.

Il arrive souvent qu’on ne peut obtenir des pilotis suffisamment longs; il faut alors pratiquer une enture, c’est-à-dire greffer une pièce de bois sur le pilot déjà battu. L’enture la plus simple consiste à cercler d’un anneau en fer la tête du pilotis, de manière à ce que le cercle s’emboîte moitié sur le pilotis battu et moitié sur celui qu’on veut enter. Afin de donner plus de solidité à l’enture, on enfonce dans l’axe vertical des pilots un double coin en fer (/ùy. 14). Ce collier, sorte de frette qui a OnylO à 0m,12 de

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hauteur, est entaillé de son épaisseur dans les bois à enter. Un autre mode d’enture préférable à celle-ci consiste à fabriquer un disque en fer forgé pour empêcher la compression des bois aux points d’enture. Notre ligure 15 montre le plan du disque et sa position dans un pilot en coupe.

Fig. 14. — Enture des pilolis. Fig. 15. - Disque en fer forgé, pour enture

des pilotis.

Échelle de 0m,04 pour mètre.

Dans les terrains très-mobiles, on consolide les pilotis en les noyant dans des pierres et en les reliant par des madriers sur lesquels on pose des grils ou grillages en charpente, ces sortes de planchers dont nous venons de parler un peu plus haut.

Quelquefois aussi, suivant la nature du terrain, on pose simplement les grils sur le sol ou sur une couche de béton.

Terrassements. — On appelle terrassements les travaux qui ont pour but de modifier le sol au moyen de fouilles ou déblais, ou bien de remblais ou exhaussements.

Les déblais se font à la bêche ordinaire pour les terres légères et à la pioche pour les terres fortes, et même lorsqu’on rencontre des rochers, il faut avoir recours au pic, à la masse et au poinçon et même à la mine.

Le transport des terres s’opère par le jet sur berge à la pelle, quand la distance ne dépasse pas 4 mètres. Au delà on emploie la brouette, en établissant des relais distants de 30 mètres les uns des autres. Cependant quand le transport des terres doit s’effectuer à plus de 100 mètres, il est plus avantageux d’employer des tombereaux à un cheval ou à deux chevaux; enfin si le transport des terres est très-considérable et doit s'effectuer à plus de 500 mètres, ou peut établir des rails sur des traverses en bois, et sur ce petit chemin de fer on fait rouler des wagons à bascules d’une contenance de 1000 kilogrammes.

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Au moyen de changements de voie obtenus par un système d'aiguillage, on dirige les wagons en tous sens. Ges petits chemins de fer peuvent tourner dans une courbe de 10 mètres de rayon, ce qui permet de supprimer les plaques tournantes.

Remblais. — Quand on veut remblayer au contraire, il faut avant tout enlever la bonne terre végétale, qu’on peut utiliser pour le verger ou le fleuriste. On donne ensuite un labour assez profond, pour permettre la liaison des terres. Ceci fait, on opère le remblai par couche de 0,20, qu’on pilone, ou qu’on tasse avec un rouleau compresseur. Si cependant les terres servant à remblayer étaient légères et sablonneuses, au lieu de piloner on pourrait se contenter d’arroser, et l’eau tasserait suffisamment et régulièrement les terres.

Les terrassements relatifs aux fondations sont différents des grands déblais ou remblais ; ils consistent en une fouille plus ou moins profonde. Voici comment on procède. On pioche la terre à 0m,35 ou 0m,40, de profondeur, et le terrassier jette la terre soit sur berge, soit dans des brouettes disposées le long de la rigole. Au fur et à mesure que le terrassier s’enfonce dans la fouille il établit des banquettes, à l’aide de plats-bords supportés par des boulins ou de forts chevrons. Les fouilles doivent toujours être taillées en talus, afin de retenir non-seulement les terres, mais encore pour donner plus de facilité à la manœuvre. Quand les terres sont légères ou d’une composition inégale, et manquent par suite de compacité, il faut étayer ou étrésillonner pour prévenir les éboulements ; il arrive malheureusement que les terrains les plus solides, par suite de pluies ou de fortes charges, viennent ià se décoller et peuvent dans ce cas ensevelir les ouvriers ; aussi un bon directeur de chantier doit-il agir avec prudence et circonspection, et étrésillonner ses fouilles dans les terrains douteux.

Quand les fondations d’un bâtiment sont terminées, et que la prise de la maçonnerie est assurée, on doit remplir les intervalles qui existent entre le talus des terres et les murs de fondations. Ce remplissage s’opère à l’aide des dernières terres laissées sur les bords de la fouille. On doit piloner avec soin ces remblayages, de manière à ce qu’ils donnent appui à la maçonnerie.

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