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CHAPITRE III

HABITATION DE L’HOMME

1. Salubrité. — L’habitation de l’homme doit satisfaire à de nombreuses conditions qui toutes ont plus ou moins leur raison d’être. La première, celle qui est d’une nécessité absolue, c’est la salubrité ; or cette condition dépend de nombreuses causes. En effet, une habitation peut être salubre ou insalubre suivant l'emplacement et l’orientation choisis, suivant la distribution de la demeure de l’homme et les abords qui l’entourent. Ajoutons qu’on ne doit rien négliger de ce qui concourt à la propreté, car celle-ci augmente la salubrité de la maison.

Il faut encore, autant que possible, n’employer pour la construction de l’habitation que des matériaux imperméables, car l’humidité est une des grandes causes d’insalubrité. Des murs épais en pierres non hygrométriques, liaisonnées avec des mortiers hydrauliques, des fondations en meulière sur sable et béton; ces fondations drainées au besoin dans les terrains aquifères, un bon mode de couverture ne laissant pénétrer ni le vent ni la pluie, sont aussi d’excellents moyens d’obtenir une habitation salubre.

A ces conditions générales, il faut ajouter qu’on doit autant que possible établir le rez-de-chaussée de 0”,90 à 1 mètre au-dessus du sol et sur des soussol ou caves largement aérés et par conséquent ventilés.

Les fermiers anglais utilisent les déblais des fondations pour exhausser le terrain sur lequel ils construisent, de manière à former autour de l’habitation une plateforme avec un talus de O”1, 40 à 0m,50 de hauteur. C’est une excellente mesure, que nous recommandons aux constructeurs.

2. Emplacement. — Le choix de l’emplacement pour les bâtiments ruraux est de la plus haute importance; il ne faut adopter une position qu’apres

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un examen attentif de toutes les circonstances qui peuvent influer sur la salubrité des locaux et sur l’économie des frais d’exploitation.

Nous ne parlerons point ici plus longuement de cette question, nous le ferons plus loin, dans le chapitre sixième, qui traite des fermes en général, c’est-à-dire de la réunion des divers bâtiments agricoles.

3. Orientation ou exposition. — L’orientation la plus convenable (sauf sous quelques climats) est sans contredit celle du midi. C’est de ce côté que doivent être ménagées en plus grand nombre les portes et les fenêtres, car les rayons solaires donnent aux chambres de l'habitation une chaleur douce et uniforme et empêchent ainsi les brusques variations de température, sources de si nombreuses maladies pour l’homme.

Après le midi, la meilleure exposition est sans contredit celle de l’est : celle-ci est moins froide et moins humide que le nord ou l’ouest, ensuite elle est moins exposée aux brouillards, parce que le soleil levant la préserve des vents humides ; à cause de cela, la température est en toute saison plus uniforme.

Le nord et l’ouest sont de très-mauvaises expositions. Celle du nord est très-froide parce qu’elle reçoit peu les rayons du soleil; elle vaut mieux cependant que celle de l’ouest qui, fouettée par l’orage et l’ouragan, donne toujours à l’habitation une humidité dangereuse.

Tels sont les agréments et les inconvénients des différentes expositions; malheureusement, on n’est pas toujours libre de choisir les meilleures, à cause de la position d’un chemin, d’une montagne, d’une rivière; dans ces divers cas, il faut savoir se contenter du bien, puisqu’on ne peut obtenir le mieux et s’arrêter sur une exposition se rapprochant autant que faire se pourra du sud-est ou du sud-ouest.

Du reste, suivant la destination des bâtiments, l’orientation varie, et, nous aurons soin d’en faire mention en traitant spécialement de chacun d’eux; pour le moment, nous ne nous occuperons que de l’habitation de l’homme.

Tout ce que nous pouvons dire d’une manière générale, c’est qu’il faut disposer les bâtiments, de manière à ce que le soleil frappe sur toute l’étendue des couvertures, afin de les débarrasser de leur humidité le plus rapidement et le plus complètement possible.

4. Des abords de l'habitation. — Il faut éviter d’établir dans le voisinage immédiat de l'habitation des purinières, mares, dépôts d’immondices. Les chemins qui conduisent à l’habitation doivent être pavés dans un rayon de 23 à 30 mètres autour de celle-ci, afin d’éviter les ornières profondes dans lesquelles les eaux croupissantes donnent des exhalaisons malsaines.

Quand l’habitation sera élevée sur un talus comme nous l'avons dit précédemment, on fera bien de paver cette plateforme, soit avec des car-

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rcaux de terre cuite, de grès, ou avec des dalles de pierre dure ; on doit à plus forte raison paver de même les abords des habitations qui sont construites au niveau du sol qui les entoure.

Le meilleur mode d’établir ces pavages consiste à répandre une couche de 0m, 30 d'épaisseur de mâchefer ou de silex concassés, sur laquelle on coule du héton ou du mortier; il serait bon si le sous-sol est imperméable d’établir des lignes de drains pour tenir le terrain dans un état de siccité aussi complet que possible.

Par une économie mal entendue, on a l’habitude, dans certaines contrées, de faire les abords des constructions en terres battues; dans les pays chauds, dans lesquels il ne pleut presque jamais, les aires bien faites peuvent ne pas être nuisibles pour la santé; mais elles sont d’un très-mauvais usage sous les climats humides.

Quand la maison est construite sur une plateforme, les talus de cetle dernière doivent être établis en pierraille et dans l’axe de la porte d’entrée de l’habitation, on doit ménager quelques marches pour arriver sur le terreplein, on peut aussi construire un escalier extérieur avec palier en forme de perron, mais ce dernier moyen est assez coûteux. Il y a plusieurs genres de perron, les uns ont des marches sur tout leur pourtour, les autres sur la face seulement, d’autres enfin rien que sur un ou deux côtés, dans ce cas la face parallèle à l'habitation est un petit mur.

5. Distribution et ordonnance. — Dans les constructions qui nous occupent, il faut éviter deux écueils : construire à la bâte des bâtiments trop petits, malsains et incommodes, sans plans généraux arrêtés d’avance, ou bien sacrifier une sage disposition à des idées d’embellissement, qui augmentent inutilement les frais, sans améliorer les dispositions intérieures ou spéciales. Dans ces deux cas, on fait des dépenses inutiles.

Dans toute construction, il faut bien étudier l'importance que doit avoir le bâtiment à ériger, afin de le distribuer et de le disposer convenablement.

Un constructeur sage et prudent doit bien connaître l’étendue de l'exploitation et le système de culture auquel elle doit être soumise ; car, suivant le cas, il faut des bâtiments plus ou moins vastes, et, en rapport avec le nombre de bêtes que l’on doit entretenir, et, les produits que l'on doit abriter; ces données générales s'appliquent surtout aux bâtiments de la ferme; nous aurons occasion d’y revenir dans le chapitre sixième.

Pour la maison d’habitation, dont nous devons traiter ici spécialement, nous dirons que ses proportions doivent varier suivant le nombre de personnes qu’elle doit contenir et suivant la position du cultivateur; mais la distribution d’une habitation rurale doit toujours être simple. On doit éviter avec soin d'y faire des emplacements obscurs, des cabinets noirs. 11

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faut faire des ouvertures suffisamment grandes, afin que l’air cl la lumièro puissent pénétrer largement dans le logis et l'assainir; car même dans les localités sèches et arides, l’humidité est toujours à- redouter.

Dans les pays très-chauds, ou ceux dans lesquels les pluies sont très-fréquentes, on fera bien d’établir sur les façades au-dessus de chaque fenêtre ou porte, de petits auvents en bois, recouverts en ardoises, en métal et même en tuiles suivant leurs dimensions. Si ces auvents on L l’inconvénient de supprimer un pou de jour à l’intérieur, ils protègent néanmoins contre l’intempérie des saisons les boiseries et leurs peintures.

Le sol des étages, surtout au rez-de-chaussée, doit être planehéié, les murs enduits d'une manière quelconque, et, tenus avec beaucoup de propreté; les étages supérieurs doivent être tendus en papiers peints ; lorsqu’on construit, cela peut paraître une dépense, mais elle est bien vite gagnée par l’économie que le papier de tenture fait réaliser chaque année sur le badigeonnage intérieur des murs. Du reste, on fait aujourd’hui des papiers d’un prix si minime, que le surcroît de la dépense qu’ils occasionnent ne peut peser d’une manière bien sensible sur les frais généraux d’une construction.

Nous recommandons aussi, de bien étudier l’écoulement des eaux ménagères et de les diriger par des conduits souterrains dans les purinières ou dans les fosses à fumier, au lieu de laisser croupir ces eaux au devant de l’habitation, comme on le fait trop souvent.

Il sera bon et utile de fixer partout à l’aide de potences ou de tasseaux des tablettes en bois mobiles, car celles-ci permettent de tout ranger avec soin et de ne rien laisser traîner sur les tables ou les autres meubles, ce qui contribue à donner au logis un air d’ordre et de propreté, qui habitue de bonne heure les enfants à acquérir ces deux précieuses qualités.

Il faut enfin, quelles que soient les proportions d’une maison, que toutes les pièces intérieures qui se communiquent n’aient accès que par une seule porte d'entrée. Si cependant, il est nécessaire à certaines époques de l’année d’en avoir une deuxième sur un point quelconque, soit pour l’entrée ou la sortie des denrées ou faciliter un prompt enlèvement des récoltes, il faut que Tune d'elles soit toujours fermée à clef et ne serve que dans les cas exceptionnels, que nous venons d’énumérer.

Généralement dans les habitations rurales, la pièce principale est la cuisine; c'est là, en effet, que les ouvriers se réunissent pour s’entendre avec le patron, le fermier ouïe propriétaire, sur les travaux à exécuter. C'est dans la cuisine que se fait la paye et se règlent les comptes; elle sert aussi de salle à manger aux domestiques de la ferme.

Le cultivateur n’a pas besoin de beaucoup de pièces, deux ou trois lui suffiront; c’est pour cela qu’il les lui faut grandes, la cuisine surtout ; puisque

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à part les différents services que nous venons d'énumérer ci-dessus, et auxquels elle doit satisfaire, elle est encore l’antichambre, le vestibule et bien souvent elle renferme aussi l’escalier qui dessert les étages supérieurs.

La cheminée de la cuisine doit être large et profonde, non-seulement pour pouvoir contenir les grandes marmites nécessaires à la cuisson de la nourriture des hommes et du bétail, mais encore pour l’utilité et l’agrément des campagnards ; car n’importe le temps, l’habitant des champs voyage à pied ou à cheval, il va aux foires, à la chasse ; aussi en rentrant tout crotté chez lui, après avoir essuyé la pluie ou l’orage, et voyagé dans des chemins boueux, il aime à se rapprocher de la cheminée, où l’attire un feu clair de bois, tandis que la ménagère apprête le dîner.

Nous devons dire cependant que, dans beaucoup de contrées, la cuisine se trouve une simple annexe de la pièce commune, et cette disposition a bien son utilité car on peut jouir de la vue du feu, s’en servir pour sécher ses vêtements mouillés et puis ensuite passer dans la pièce commune pour y traiter ses affaires. Nous ne discuterons pas plus longuement le mérite de telle ou telle autre disposition : nous donnerons des types et nos lecteurs y choisiront celui qui obtiendra leur préférence, d’autant que nous analyserons les agréments et les inconvénients afférents à chaque modèle présenté.

Nous dirons seulement pour terminer nos généralités sur l’habitation rurale, qu’il serait à désirer que chaque nouvelle construction eût un cabinet d’aisances; ce serait une amélioration importante à introduire, car aujour- d’hui le plus grand nombre n’en possèdent point. Cependant l’absence de cette partie essentielle du logis amène plus souvent qu’on ne croit des maladies, de graves accidents et même la mort, car bien souvent, les mouches charbonneuses peuvent piquer les hommes qui vont en plein champ.

Les autres dispositions intérieures de la maison varient suivant la destination de chaque pièce ou le caprice de celui qui l'habite. Le mieux selon nous, est de passer en revue chaque type : nous les désignerons sous les catégories de maisons de journaliers, ou de petits cultivateurs, et d’/)abitations pour la petite, moyenne et grande culture. Il est bien entendu cependant que souvent la catégorie intermédiaire pourra être prise pour la division qui la précède ou qui la suit; car il est bien difficile, sinon impossible, de déterminer où commence la moyenne ou grande exploitation, puisque le nombre d’hectares qui sert à délimiter ces diverses catégories sont variables suivant les localités. Aussi n’avons-nous établi ces trois classifications que pour donner de la méthode à, notre travail.

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