‹ Archives d'Anthropologie criminelleChapitre 82 sur 134 · Report · texte numérisé non relu

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A llcporter

CHARLES PBRRIER

Le tatouage fut exécuté :

Dans une grande ville (Marseille, Nice, Toulon,

Lyon, Paris, etc.) 150 fois, soit p. 100

Au régiment 60 — —

Dans une maison d'arrtH 49 — —

Aux bataillons d'Afrique 26 — —

Aux compagnies de discipline 20 — —

A la campagne 14 — —

Aux travaux publics 10 — —

A bord d'un navire 9 — —

Dans une maison centrale 8 — —

30 fois le tatoueur fut un vagabond.

soit p. 100

un soldat,

un marin,

un soldat bataillons d'Afrique

un professionnel,

un soldat comp. de discipline,

un matelot,

un « travaux publics »,

un gamin,

le sujet lui-môme,

une fille publique,

sa mère,

individus de profes. diverses

Les causes du tatouage furent :

Imitation » . . . . 143 fois, soit p.

Passe-temps 135 —- —

Vanité 16 — —

Moment d'oubli 15 — —

Esprit de corps 12 — —

Fétichisme 10 — —

Amour .... 7 — —

Amitié 5 — —

Obéissance 3 — —

La matière colorante employée fut

Encre de Chine

Encre de Chine et vermillon . . . .

Noir de fumée

Charbon de bois

Charbon de pierre

Suie

282 fois, soit

Quant aux images et dessins (principalement bustes, personnages en entier, animaux, ancres, cœurs, emblèmes professionnels, fleurs, inscriptions, initiales, etc.)) ils furent choisis :

Par le dessinateur dans 163 cas, soit p. 100. 47.10

Par le tatoué 63 — — . 18.20

D'un commun accord 120 — — . 34.68

Le tatouage fut exécuté :

Gratuitement. . . . 220 fois, soit p. 100 3.586

Avec salaire .... 126 — — 36.41

31 fois, le tatouage fut payé en argent (de 50 centimes à 5 francs, suivant rimporlance du dessin).

95 fois, il fut payé en nature (tabac, bière, vin, dîner, cantine, ou objets de mince valeur, tels que : cravate, mouchoir, etc.).

Dans un tiers des cas, Tavanl-bras droit fut le siège du premier tatouage.

Viennent ensuite Tavant-bras gauche, le bras gauche, le bras droit, la main gauche, et indifféremment, toutes les régions du corps.

La douleur déterminée par le tatouage fut :

Légère dans 140 cas, soit p. 100 40.46

Nulle 129 — — 37.28

Vive 72 — - 20.80

Insupportable 5 — — 1.44

L'opération du tatouage donna lieu :

A une inflammation légère 202 fois, soit p. 100 58.38

A aucune inflammation 138 — — 39.88

A une inflammation vive. ..... 5 — — 1.44

A un phlegmon . t — — 0.28

Sur ces 346 individus :

196 regrettent de s'être laissé tatouer, soit p. 100. . 56.64

120 se montrent indifférents, ~ . . 34.68

30 sont véritablement fiers de leurs tatouages — . . 8.67

500 CHARLES PBRRIER

Les chiflres montrent clairement qu'en France du moins, contrairement à Topinion de Berchon et de Tardieu — opinion combattue du reste par Lorabroso et Lacassagne — le tatouage se remarque avant l'âge de seize ans. Passé trente ans, on ne le rencontre que rarement.

C'est qu'à partir de cet lige l'expérience et la réflexion semblent imprimer à la vie une direction meilleure. Celte pratique est généralement considérée, alors, comme une sottise,

Lombroso voit dans cette précocité des tatouages un caractère criminel.

Lacassagne pense de même, mais il estime que l'influence manifeste de l'apprentissage et de la vie dans les ateliers doit aussi entrer en ligne de compte.

La vérité, c'est que, pour conclure delà précocité, delà fréquence et de la variété des tatouages chez les condamnés, à un caractère criminel, il faudrait pouvoir établir, non seulement dans quelle proportion on se fait tatouer dans les divers milieux auxquels appartiennent les condamnés, mais encore quelle est la proportion de ceux qui s'étant fait tatouer en bas âge sont devenus criminels. Resterait alors à savoir si ces mêmes individus, devenus criminels, seraient porteurs d'emblèmes quelconques, ayant été élevés dans un milieu distingué et honnête.

Très souvent, les tatouages ne sont pas exécutés au lieu môme où ridée en a été suggérée. Les soldats, par exemple, se font tatouer presque toujours hors de la caserne, dans les auberges ou les cabarets. Là, on est plus à son aise, on peut causer librement, boire un coup, fumer une pipe et vanter, verre en main, la beauté de telle ou telle image à tatouer.

Les libations font fléchir la raison et préparent ainsi le terrain; l'imitation, la fantaisie, etc., et la bêtise se chargent du reste.

L'opération est d'ailleurs bon marché; à quelques exceptions près, c'est à Cœil qu'on la pratique. A voir la satisfaction qu'éprouve le tatoueur après un tatouage, on se demande pour le plaisir de qui il a été fait.

Le plus souvent, le tatoué s'en remet pour le choix de l'image au tatoueur.

Quand il choisit lui-même le dessin à exécuter, il y a fort à penser qu'il l'a déjà vu tatoué sur un camarade. Par suite, les tatouages ne peuvent fournir que d'une manière restreinte des renseignements sur la vie psychique des criminels.

C'est, ordinairement, dans les régions les moins sensibles et les plus faciles à découvrir que siègent les premiers tatouages.

Quant à la douleur déterminée par l'opération, elle est moins vive qu'on ne pense. S'il en était autrement, il y aurait, écrit M. Ladame (1), moins de tatoués non seulement chez les ouvriers, les soldats, les marins, mais même chez les personnes d'un rang élevé.

D'ailleurs, le fait qu'un grand nombre de tatouages se pratique dans la jeunesse est une preuve que la douleur ne peut être bien excessive.

Elle varie du reste suivant les individus et les régions du corps.

M. Baer n'a jamais entendu parler de troubles graves de la santé chez les détenus après les tatouages. M. Batut a fait la même remarque.

Depuis dix ans que nous sommes chargé du service de santé de la maison centrale de Nîmes, nous n'avons eu à soigner qu'un seul détenu pour un accident sérieux (phlegmon du bras) à la suite de tatouage. L'encre de Chine avait été la matière colorante employée. Il est vrai que le tatoueur était d'une maladresse insigne et d'une malpropreté repoussante.

C'est le charbon, la suie, le noir de. fumée et l'encre de Chine qui occasionnent le moins d'inflammation consécutive. La plupart des complications sont déterminées par le vermillon et l'encre bleue ou noire. Réussissent très bien, sans accident aucun, les tatouages à la poudre de quinquina additionnée de vin.

Les regrets que témoignent 56,64 pour cent des tatoués sont dus à deux causes. Pour quelques-uns, les tatouages sont des révélations compromettantes qu'ils essaient de faire disparaître par toutes sortes de moyens. Pour les autres, ils impriment un cachet spécial qui différencie du commun et dégrade.

La majorité des indifférents se compose d'alcooliques.

Quant à ceux qui sont véritablement fiers des images ou inscriptions dessinées sur leur corps, ce sont, en général, des inconscients ou des maniaques.

(1) Archives d'anthropologie criminelle, 45 mars i895. Le tatouage des criminels, par Baer.

i2« Année, N« 71. 38

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