‹ Archives de l'art français (volume 2)Chapitre 33 sur 70 · X. DE LA GUETTE A H» COLBBRT · texte numérisé non relu

X. DE LA GUETTE A H» COLBBRT

A Toulon, le 12 juin 1663.

Je prends la liberté. M., de vous faire présenter par le S*^ Ghappelier mon nepveu ou plustost par H. Pellissary, le portrait delà gallère capitane comme estant une œuvre de vostre ministère plustost que de

mes soings.

J'ay beaucoup de regret que le peintre n*a pas esté

(1) De la Guette avait reçu Tordre de H. de Louvois de ravertir de la conduite de l'abbé Fouquet. (P. M.)

(2) La phrase depuis ce qui me lait souvenir a été publiée par M. Henry, p. Sd.

assez iDgeoieux pour la représenter aussy belle et anssy magnifique qu'elle ce voit icy et qu'elle parois*

tra daos les portz estrangers. Et sy j'estois assez éloquent pour ?ous en faire une véritable description vous advoueriez sans doute qu'elle est incomparablement plus enrichie et ornée que ne le représente sa peinture. Et mesme le peintre n'ayant sceu faire voir le dedans de la poupe qui est doublé de lambris d'ollivier, et de bois d'Inde qui représente quantité de fleurs de lys d'or» d'Ëlles couronnées» et qui ce ferme avec m ballustre doré, on peut dire qui! a caché ce qui est de plus singulier dans la construction de la gallère.

Enfin» M.» j'ay sou vente fois souhaitté que vous eussiez pu voir les bastimens qui ce sont construitz icj depuis que vous avez voullu jctter les yeux sur le faict de la marine» mais particulliërement la capitaine et le vaisseau 6\ Philippe^ puisque vous auries congneu que ce sont deux machines qui» outre qu'elles seront très bonnes à la guerre, seront encore propres a faire esclatter sur les mers la magnificence de Sa Majesté. — Je vous offre ce tableau. M., tel qu'il est et en mesme temps mes respects et soubmissions avec de sincères sentiments d'estre toute ma vie avec fidélité et respect» M*, vostre très humble et très obeiafiapt serviteur.

d'ihfreyille ('l) a GOLBERT* V 4 août leaK. Toulon.

J*ay commencé à réformer les ouvriers ; j'ay osté les peintres» chauderonniero» et dans cette semaioe

(1) Louis le Roux, chevalier, seigneur dlnfreville et de Saint* Aubin iTEseroTlIle, eonteiller d*Élat« servit plus de quarante ans

dans la marine, d*où il se retira le 10 avril 1670 avec les justes regrets du roi. En effet, après avoir servi avec distinction sous Richelieu qui avait créé noire marine et nos grands arsenaux, il aida Colbert à rétablir et à développer celle partie de la puissance fran- Qsise. — Au début de sa carrière, il avait assisté à la prise de îont(>el]ier.— Au siège de la Rochelle, attaché en qualité de corn* Bîasaire jj^énèral à Tarmée navale, il en eut toute la direction loreqoe le roi lui eut commandé de s'établir au fort de Marillac, qui formait Tun dos bouts de la fameuse digue — En 1642, il était nommé inlendani des armées navales, charge qu'il exerça successivement sous l'amiral de Brëzé et sous le commandement de la reine. — En 1665, il vivait depuis quelque temps retiré dans ses terres ; mais il représentait trop, pour demeurer éloigné des affaires, les grandes traditions administratives de Richelieu que Colbert bonoraiilant. Le roi le renvoya alors à Toulon remplir les fonctions d'iniendant de la justice, de la police et des finances de la marine; il avait en oulre l'intendance des troupes de Provence ainsi que celle des places fortes et citadelles de Marseille. En cette qualiiè d^intendant de la marine, il présida avec autant d'activité (lue d'intelligence à de grands armements et Iftcha d'établir Tof^ Are et d'éciaircir tout d'abord « la magie noire des magasins. »

Le peu d'aiiarlicmcni qu'il avait montré à ses avaniaG[es personnels ne lui avail pas rendu ses longs services profitables, u II n'avait, disait-il, augmenté qu*en enfans. » Trois oe ses fils servirent FEiat; le premier, capitame d'infanterie, mourut au siège de Candie; le second, d'infreville Saint-Aubin, était capitaine de vais seau, et le troisième, commissaire général de la marine.

Celte famille des le Roux d'infreville était de bonne noblesse. — L'inlendant écrivait à ce sujet, le 6 mars 1668, ù Colbert: «Je vous prie de faire arrester le eonra des poursuites que M. de Maries, intendant d^Aleiiçon, fait contre moy pour ma noblesse. Je suis eadet de la maison des barons du Bourg-Theroude qui ont esté choisis pour remplir les bancqs du parlement de Normandie, lors de sa création. Feu mon père est mon président à mortier. Mes aieuiles ont esté de la maison du chancelier Olivier. >:ou8 avons faict partage avec Messiettra de Lenville qui en sont descendus et en portent le nom. » (P. M.)

je feray Testât de ceux qui resteront pour travailler à

la construction et à préparer les agrès de la Thérèsê, J*aurois bien voulu faire travailler à prix fait à Ia sculpturc et peinture de ce vaisseau, car c est une dépense très grande quand on y travaille à journée et que Ton fournil les peintures, for et les dorures. Peintures et sculptures du Saint^Philippe reviennent à plus de t20,000 liv res. M*^ de la Guette ni à laissé un nommé la Rose (1), peintre, qui en a conduit l'ouvrage, pour le régler de ces salaires Je ne scay comme j'en sortiray. J*ay arresté un lieu très commode à faire Testuve et la corderie ; j'en tais dresser le devis pour l'envoyer à S. M. avec le plan et le projet de cette dépense-

(1) Nous avons consacré à Jean -Baptiste de la Rose quelques lignes dans noire second volume des Peintres provinciaux^^, 252- 3; les lecteurs des Arcliives out vu, par les instruclions de M. de Mari^ny à J. Veraet, que les ouvrages et les talents de La Rose ii*étaieut pas oubliés au dix-huitième siècle.— -J*ai cru comprendre autrefois, par quelques paroles de M. Porte, amateur d'Aix en Provence, que, dans les papiers possédés par lui du père Bougerel, biograplie du Puget, il devait se trouver des renscignemcnis assez complets sur J. B. de la Rose. Il est à rtgretter que M. Porte n'ait

1)as de son vivant publié ces papiers. Pourquoi ses héritiers ne es donneraient-ils pas à classer et à annoter soit à M. le docteur Pons, soit à M. Roux Alphéran, soii à M. Henry ? — La collection de TEcole de médecine de Moulpcllier possède un portrait de La Rose par le fameux peintre provençal t'auchier; cela fait, à notre compte, deux portraits du même personnage par le même artiste. (Ph. diCb.}

1667. 4 novembre.

Estât et mémoire dressé par le de la Rose peintre et par^ les maistres sculpteurs du parc de Toulon, de la somme qu'il canmendra pour la façon des sculptures, dorures et peinturés des trois desseins par eux dressez de la poupe

du vaisseau le Royal-Louis, destiné pour servir d A miral, lequel est de présent sur les chantiers deTarsenal.

PAEmiRmiEKT POUR LB DESSEIN DU SIEUR LA ROSE.

Pour les trois fanaulx , '1,500"'^

Pour le couronnement 1,000

Poar les Termes de coin en coin • . 3,000

Pour les armoiries et omementz qui sont à Tentour . • • • i ,500

Pour la menuyserie et balustre du 1*' balcon d*en haut. 700

Pour le 2* balcon, menuyserye et ornemens d*alentour. i,000

Pour Toroement et menuyserye du troisiesme balcon . . 600

Pour rornement et menuyserie de la saincle Barbe 600

Pour rornement depuis la pièce d'hourdy jusqu'à la mer. 500 Pour tout l'ornement qui est au costé du navire depuis

la poupe jusqu'à la pouleine à la reserve des galleryes. 6,000

Pour les ornemens et menuyseries des galleryes 8,000

Pour la pouleine et pour tous ses ornemens I ^OOO

Pour les portes-grues et grandes harpes de la proue. . . . 400

Pour les six deseoilats 1 00

Pour les omemens qui sont au dedans du navire 1,400

£1 pour la despense de Tor, peinture et ouvriers qu'il faut pour dorer et peindre tout ce qui est cy-dessus

En toute la sculpture

mentionné, la somme de

En tout

POUR LE DESSEIN DE ROMBAUD LARORUIIE.

Pour les trois fanaulx. .

Pour le coaronnement.

(Report. . • • • t,980#)

Poir les grands Thennes éé eoing tu coing 8,400

Pour les oruemeos el menuyseries du plat fond de U

poupe •••••••••• 700

Pour le devant du perron de Tescallier 500

Pour les oraerneos et menoyseries du balcon et le des-

soobz 1^200

Ponr les omemeos depuis la sainte Barbe jasqa*en bas. 800

Pour les gallerles dn cosié do taissean 1,800

Pour les ornemens de tous les sabords 800

Pour les ornemens de la pouleiue 1,000

Pour les portes-grues et grandes harpes. • 850

Pour les six d'escoUalz (sic) 100

Pour )a frise da costë do vaissean depuis la poupe jusqu'à la pottleine • 1,800

Pour les omemeDs qui sont au dedans du Tatsseau 1 ,400

Et pour toute la sculpture* • . 14,000

Et pour la despense de Tor, peintures et ouvriers pour dorer ce qui est mentionné au présent chapitre la somme de.«.,« •••• ii,850

En tout... 25,850

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