‹ Archives de la ville de Bourges avant 1790 (volume 3)Chapitre 12 sur 97 · ENTRÉE DU PRINCE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

ENTRÉE DU PRINCE DE CONDÉ

Il se trouve dans la même liasse, à la date de la Saint- Jean 1616, un certain nombre de pièces concernant ce qui s'est fait le jour de l'entrée en cette Ville de Mgr le prince de Gondé, en qualité de gouverneur du Berry.

Je ne saurais transcrire en entier les dispositions de cette entrée ; elles ont beaucoup d'analogie avec celles adoptées en 1605 pour l'entrée du roi Hmri IV. J'en extrais cependant celles-ci, qui m'ont paru s'en écarter un peu :

«( En outre des décorations des rues, qui seraient balayées, tendues ou tapissées, les habitants devront fournir des batailles d'infanterie en bons équipages d'habits.

)i Les bourgeois fourniroiU des logements aux gentilshommes de mondict Seigneur.

» Les pouldres seront visitées par le pouldrier du Roy, ainsi que les pièces d'artillerie qui sont déposées au Crot du portail d'Aurron.

» Elles seront conduictes aux plates-formes qui leur sont destinées, tirées par les canonniers, qui, après les avoir nettoyées, les reconduiront à leur dépôt.

» Les autorités iront attendre sur la route d'Issouldun jusqu'à la croix Moulte-Joie. »

Vient ensuite l'itinéraire que suivra le cortège. Il est absolument le même que celui désigné au programme précédent.de l'entrée d'Henri IV.

Cette réception dut être fort brillante.

En 1620, la reine Marie de Médicis vint également à Bourges; les mêmes dispositions furent prises par la Municipalité.

// semble que la Ville ait à tâche, dans ces diverses réceptions, d'assurer de son entier dévouement les Majestés qui viennent dans ses murs, tant elle met de soin à l'organisation de ces fêtes locales.

Je citerai encore comme mémorables, dans la même liasse n° 3i, des documents relatifs à l'histoire générale de la France, tant sous le règne de Louis XIV que sous celui de son successeur Louis XV.

1660. — Publication de la paix entre la France et l'Espagne.

11 septembre 1692. — Entrée de M. le comte tl'Âubigiié, gouverneur de la province du Berry.

14 septembre 1696. — Lettre de Louis XIV au Lieutenant général du royaume^ M. de Gaucourt, au sujet de la paix entre la France et la Savoie.

4 novembre 1714. — Publication de la paix entre la France et l'Empire et les Electorats.

18 septembre 17:26. — Délibération fort curieuse de la Municipalité sur l'imposition de la taxe du joyeux avènement de la Couronne. Cette délibération fait déjà pressentir un commencement de résistance à ces sortes d'impôts. (La Ville avait été taxée à 2,300 livres, plus le sou pour livre, = 3,917 livres, somme égale à la moitié du revenu de la cité.)

On retrouve également, à la date du 19 février 1745, une ordonnance de police qui enjoignait aux habitants de Bourges de fermer leurs boutiques le mardi 23 février de la môme année, et d'illuminer, le soir, les fenêtres de leurs maisons, en réjouissance du mariage de Mgr le Dauphin avec l'Infante d'Espagne.

Même ordonnance pour la naissance de Mgr le duc de Bourgogne, 13 octobre 1751 ; pour celle de Mgr le duc de Berry, 10 septembre 1754; pour celle de Mgr le comte de Provence, du 11 septembre 1755; et enfin pour celle de Mgr le comte d'Artois, du 9 novembre 1757.

Comme on le voit, à cette époque on ne se contentait pas, comme aujourd'hui, d'inviter les habitants à illuminer leurs maisons, on enjoignait.

Je rehcoutre encore dans celte liasse un irait é de fixation des linnitcs de la France et de la Sardaigne, 24 août 1760, et un traité de commerce et de navigation entre Sa Majesté le Roi de France et les États généraux des Provinces-Unies, du 47 août 1741.

Liasse 35

Dans cette liasse, il n'est compris que « Testât des frais » faicts et desbourcés par M^ Guillaume Seurat, receveur » des deniers de la commune, en may, jung et juillet 157(3, » pour l'entrée et réception de Monseigneur, frère unique » du Roy, duc de Berry, Anjou, Alençon et Touraine, à son » joyeulx avènement en ceste dicte ville de Bourges, où il » fit sa dicte entrée le quinzième juillet. » (Cérémonies racontées plus loin.)

Il y a mémoire de charpentier, menuisier, peintre, couvreur; de feu d'artifice, d'œuvre de fleuriste, de mécanique, de pavage, de serrurerie, etc.

Il fut, à cette occasion, dépensé 6,252 livres 7 sols 3 deniers.

Liasse 36 FÉTK DU ROI HÉRODE OU DES FOUS

Il existait à Bourges, autrefois, avant 1610, ainsi que dans bon nombre de villes de France, une fête appelée la fêle du roi Hérode ou fête des fous. Elle y était célébrée trop bruyamment, sans doute, car elle devint, comme nous allons le voir plus bas, la cause d'un conflit administratif.

Cette fête se célébrait la veille des Roys ; elle consistait dans la représentation de la vie du loi Hérode, espèce de

mystère fort en vogue à cette époque. Les acteurs se présentaient en habits du temps d'Hérode, se promenaient par la ville et s'arrêtaient à tous les carrefours, où ils donnaient le spectacle des différentes phases de la vie du Roi de Judée.

Nous sommes en 1610; depuis quelques années, cette fête avait été négligée. En cette même année, on voulut la reprendre, mais le Maire et les Echevins avaient, en raison des scandales qui s'y produisaient, fait défense de laisser conduire la représentation par la ville.

M* Tuillier, prévôt de la Ville, ne fut pas du même avis; de là conflit administratif et procès porté devant les commissaires du maréchal de La Châtre, gouverneur de la Province. L'affaire alla en Parlement; gain de cause fut donné à la Municipa.lité, à la requête de laquelle l'arrêt du Parlement fut, en 1625, signifié aux Officiers du Bailliage et de la Prévôté.

Ainsi disparut une de ces vieilles coutumes du moyen-âge si chères aux populations, mais que ne semblait plus admettre la marche déjà bien accentuée des esprits vers d'autres idées.

La licence de cette fête fut aussi bien le prétexte que la cause de la décision prise par la Municipalité. On doit, du reste, féliciter celte administration d'avoir su profiter de cette occasion pour faire disparaître l'une de ces dernières coutumes de temps plus barbares.

Liasse 37 Je retrouve là divers documents relatifs à la convocation

des ÉLats généraux, et notamment une liste fort importante des dates de convocation :

Liasse 38

Celte liasse est un registre couvert en parchemin, fort bien conservé et fort bien tenu.

Il contient :

1» Les actes d'assemblées de l'Hôtel-de-Ville pour la nomination ' des membres destinés à la confection des Cahiers (États généraux de 1789);

2° Les actes du Tiers-État pour la nomination des quatre députés aux États généraux;

3° Le Cahier des remontrances du Tiers-État de la province de Berry, du gouvernement d'Orléans, et le Cahier général du Tiers-État. C'est une véritable mine de renseignements sur cette époque.

Liasse 39

J'y rencontre des communications très-importantes relatives à une nouvelle constitution des États généraux; elles se trouvent dans des dépêches adressées à la Ville par différentes cités du Midi. Celles-ci avaient pris l'initiative dans cette question, qui allait devenir pleine de tempêtes et était le prélude du réveil de l'esprit libéral, cause de la Révolution française :

Ce sont les villes de Narbonnc, Béziers, Clermont-Ferrand, Lavaur, Puylaurens, - Libourne, Marseille, Bar-sur-Aube;

Buzançais, Sancoiiis suivirent cet exemple, et s'associèrent aux villes du Midi pour solliciter de la Municipalité de Bourges son concours dans cette manifestation près du Roi, toute respectueuse d'abord, mais de nature à faire entrer en conflagration générale les esprits déjà surexcités de la nation.

Liasse 40 1788-1789

(]ette liasse, très-volumineuse, contient les derniers documents relatifs aux actes constitutifs et politiques de la commune.

C'est là que se trouvent tous les documents municipaux de cette courte période, si féconde cependant en événenements, de 1788 à 1789.

C'est bien là l'histoire de la Révolution française en province. Les arrêts du Roi, les décisions, les lettres relatives à la convocation des États généraux (1788) y fourmillent. Convocation du Tiers-État, Cahiers des plaintes et doléances adressées au Roi par le Tiers-État, les Officiers du Bailliage et Siège présidial : tous ces actes se pressent, on sent le mouvement en avant s'accentuer. J'y retrouve également les Cahiers des remontrances de la Juridiction consulaire, de la Faculté de Droit, du Collège des Avocats,' des Notaires, des Procureurs royaux. Les huissiers, la milice bourgeoise, la maréchaussée, le village d'Asnières, tous aussi gens du Tiers, ont formulé, comme les précédents, dans les Cahiers, leurs griefs, leurs désirs, leurs doléances.

Tous les corps d'état, de métiers, ont exprimé également,

et séparément, dans les Cahiers que je retrouve ici, tous les besoins de l'époque.

Tous ces documents respirent les mêmes aspirations vers une plus grande somme de liberté.

Là s'arrêtent ce travail et ma nomenclature sur cette première partie des Archives municipales, avant 1790.

J'y ai puisé ce qui me semblait le plus en relief, le plus intéressant, laissant de côté des détails moins frappants sans doute, mais qui peuvent cependant, pour certains, avoir leur intérêt. Les chercheurs en feront leur profit.

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