‹ Archives de la ville de Bourges avant 1790 (volume 3)Chapitre 42 sur 97 · RÉCEPTION DU PRINCE · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DU PRINCE

» Ils le conduisirent jusqu'à la porte du faulxbourg, où » ils firent une deuxième salve qui fut trouvée si bonne, » que Monseigneur, s'eslant retiré sur le théâtre, les voulut » voir passer l'ung après l'aultre, en quoy il prit ung siu- » gulier plaisir, ce dont il donnoit signe certain par la con- » tenance qu'il faisoict.

» A peine les dictes compagnies furent-elles passées, w qu'elles se trouvèrent talonnées des quatre Ordres man-

» diants des seize paroisses, des deux abbayes monacalles » et d'ung collège de chanoines, desquels Sainct-Ursin » estoict, ceux de Sainct-Estienne étant à l'église attendant » Monseigneur et ceux de la Saincte-Ghapelle, de fondation » royalle; suivant que la coustume est que ceux de Sainct- » Ursin fassent la première harangue pour tout le clergé, » comme il faict la procession continuant avec psalmes en » grande humilité et dévotion, se sépara de son Ordre » maistre Antoine Couvreux, licencié en droict canon, et » plus ancien chanoine de la dicte église qui, estant monté » sur le théâtre accompagné de quelques autres chanoines, « ayant faict en toute humilité la révérence à mon dict » seigneur, luy, et au nom de tout le clergé, la submis- « mission d'ycelui dans ces parolles :

DISCOURS DE MAISTRE ANTOINE COUVREUX, PLUS ANCIEN CHANOINE DE SAINCT-URSIN

» Monseigneur, nous avons des commandements de Dieu, » tant par le vieil que nouveau Testament, de porter hon- » neur, remerciements et obéissance aulx Roys et princes, » de par luy institués pour régir, goubverner et faire venir » son peuple en la cognoissance de son sainct nom et » observance de ses saincts commandements. Ce qui nous » exhorteroit, comme sainct Pierre et sainct Paul en leurs » épistres.

» De sainct Pierre : Toute humaine créature doibt estre » subjecte au Roy et aux ducs de par luy envoyés, comme » estant tenus de rendre compte de leurs subjects devant » Dieu. Il a pieu, Monseigneur, à ceste bonté divine, avoir » pourveu ceste ville de Bourges, pays et duché de Berry,

» (J'ung duc et prince, fils et frère de Roy, d'une jDer-

» sonne très-noble, très-magnanime, d'une race de Roys

y> si vaillants, si puissants, si saincts, si dévots, por-

» tant le nom de très-chrestien, faisant vivre leur peuple

» dans l'obéyssance de l'Église catholique, apostolique et

» romaine. Il vous plaira. Monseigneur, prendre et recep-

» voir la fidélité et obéyssance du clergé de la ville de

» Bourges pour vos très-fidelles sujets, loyaulx serviteurs

» et orateurs, faire main levée, garder ou defîendre en

» leurs privilléges, franchises et libertés, pour mieux vac-

» quer aux prières et oraisons qu'ils sont tenus de faire,

» tant de jour que de nuict, selon leur vocation, afin qu'il

» leur plaise. Monseigneur, nous faire la grâce de vivre

» soubs une obéyssance en paix spirituelle et temporelle, et

» à vous donner heureuse et longue vie. »

RÉPONSE DE l'ÉVÊQUE DE MANTES, CHANCELIER

» Cette harangue parachevée et la réponse faicle par le » dict seigneur, avec signification de sa bonne affection » qu'il portoit à l'Église, à l'union et repos d'ycelle, qui » fut encore plus amplement déclarée par Monseigneur » l'évesque de Mantes, chancelier et chef de son Conseil, » homme de grande saincteté et érudition, suivit l'Univer- » site de la dicte Ville, à pied, avec bon nombre de docteurs » de chacune des Facultés d'ycelle, à scavoir : théologie, » droict canon, droict civil, médecine et arts, qui, chapes » de robbes et chaperons d'escarlate, selon leur institution, » accompagnoient messire Jehan Mercier, l'ung de leurs )' collègues, docteur en droict civil et recteur, pour ceste » heure, de la dicte Université, qui, habillé d'habits recto-

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» raux, ayant les dix bedeaux de l'Université devant luy » avec leurs masses, monta sur le théâtre, et, après avoir » donné signe de son humilité par humbles révérences, » voir mesme protestations à mon dict seigneur, s'exprima » en ces mots :

DISCOURS DE JEHAN MERCIER, RECTEUR DE l'uNIVERSITÉ

« Monseigneur, sy le pays de Berry a occasion de louer

» el remercier Dieu de la grâce qu'il luy a faicte de vous

» avoir pour Duc et qu'il doibt estimer à grand bien et

» honneur d'estre une pauvre ville qui paravant affligée

» reçoit ung indicile soulagement, nous en avons plus de

)' raison que pas ung.

» xNous, qui faisant une petite partie de la Ville, avons

» été abandonnés en temps troublé, sans pouvoir continuer

» aysément à exercer l'exercice honneste aussi bien que

» pauvre et sans pouvoir bonnement entretenir, ce pourquoy

» establir vos ancestres ont tant travaillé, je confesse que

» ce mal nous a été commun avec les autres de nostre pro-

» fession, mais peut estre plus grave qu'à pas ung des

» autres, pour n'avoir, despuis nos premières institutions,

» enduré aulcun changement, car quand est de Testât com-

» mung des Universités, ce royaulme ayant esté d'autre

» foys renommé pour la rare érudition des docteurs qui,

» espars en divers lieux, attiroientà soy la meilleure partye

» de la noblesse estrangère tant d'Italie, que d'Espagne,

» Angleterre, Escosse, Poullogne, Allemaignc, le destin,

y jalloux de son avancement et anvieux de sa grandeur, a

» tellement renversé tout, qu'à grand peine, que de dix ou

» douze collèges de nom s'en pourroict-il compter quatre

» OU cinq dignes d'estrc estimés pour tels, et encore

» se voit-il bien peu de professeurs faisant lecture ordi-

» naire. Gela nous donne occasion, Monseigneur, de congra-

» tuler l'accroissement de vostre appanayge, y estant eschu

» pour comble des honneurs, dont Dieu est leur auteur.

» Vous veulent bienheureux, deux des plus fameuses

» escholles qui soient pour le présent en la France, dont

» ceste y qui vous saulue de par moy en toute humilité est

» accomplye de tout ce quy peut estre requis pour la reli-

» gion, dévotion, justice, salut et discipline des hommes. Il

» me déplaict fort. Monseigneur, de vous en faire tel récit,

» quoyque véritable, pour le peu de témoignage que nous

» en pourront rendre à présent, laissant à la singularité de

» votre aspect à juger au peu de nombre que nous sommes

* Testât auquel ce corps, qui faisoit anciennement, comme

» il faict encore, renommer tout le pays, a esté réduict par

» les guerres ennemies des bonnes licences et des bonnes

» mœurs.

» Toutesfois nous sommes contraints vous réentretenir

» du passé, dont ne voulons estre crus à notre simple pa-

» rolle; ainsi désirons plus particulièrement rétablir ces

» faicts et dedans et dehors la France, quelque part que

» l'on faict profession de droict et justice. La nécessité que

» nous avons de votre faveur et bienveillance pour estre

» remis et entretenus en anciennes libertés, privilléges et

» franchises que vos devanciers Roys de France nous ont

» libéralement octroyés et que seules, pouvant entretenir

» les sources tant mesprisées, au grand désavantayge de

» nos -fondateurs, de votre bon vouloir et affection nous y

» oblige. Nous avons ferme espérance d'estre escoutés. Her-

» cule, auquel les Romains vouoient jadys ung temple com-

» mung avec les Muses, avoit les vertus héroïques du roy » François, vostre ayeul, qui a tant aymé les sciences, qu'il » a honoré les Universités et n'avoit pas d'autre tiltre plus » grand que d'estre surnommé père des bonnes lettres, » comme de vérité qui a chassé la barbarie de la France et » ouvert les trésors des langues eslrangères, non encore » cogneues. Cette espérance est non vaine, comme nous » cuidons; nous tenons. Monseigneur, à vous donner signe » certain de l'esjouyssance que nous avons de la paix esta- » blie en France par vostre moyen, ayde pour laquelle » Auguste Octavien, second empereur, est recommandé par » son histoire; sa vertu c'est d'avoir premièrement estably » la paix en sa respublique, en quoy il a esté plus habile » que Jules Cœsar, qui avoictparavant subjugué la moictyé » du monde et estably la monarchie à Romme.

» Constautin-le-Grand, après Octavien et longtemps » après, gaigna encore plus grand tiltre d'honneur, pour » avoir remis non-seulement la respublique, mais aussy » l'Eglise. Comme véritablement il est fort ditTicille de con- » tenir ung peuple en religion une, en obéyssance et fidé- » lité qu'il doibt à son prince. Hais entre paix et paix y a » différence. Les ungs la font après estre lassés de la guerre » ou après estre affoyblis, de façon que le vaincqueur ne » diffère beaucoup du vaincu, comme il nous est advenu » cy-devant, estant morts en nos guerres civilles les plus » grands chefs tant d'une part que de l'aultre, qui a » causé que nous soyons tombés au vice que Plutarque » reproche aux Macédoniens, d'avoir termes de paix et » de guerre comme d'une monoy, pour nous en servir » selon qu'il est bien mieux à propos, non pour le deb- » voir, mais pour la raison, ayant tousjours un mot de

» paix en la bouche, retenant néant moingts une volonté

» contraire, ce que Platon escript avoir esté faict en la res-

» publique des Crettes.

» Si nous avons une paix dissemblable, c'est à vous que

» la France en est tenue, qui l'avez si bien traictée avec

» l'assistance de l'Esprit-Sainct de Dieu, qui vous a tous-

» jours accompagné, moyennant la fermeté de la religion

» que vous embrassez.

» Que jamais nostre prosbilé ne scaura rien de malheurs

» passés en nostre respublique, toutes inimitiés estant

» estainctes et assoupies. C'est beaucoup que revenir d'un

» camp chargés de despouilles, souillés du sang de son

» ennemy vaincu et terrassé; c'est beaucoup que de traîner

» après soy ung nombre de guidons et d'armes de son adver-

» saire mis en routte; c'est beaucoup que d'entrer dans

» une ville accompaigné de prisonniers et esclaves de

» guerre : ce sont les moyens par lesquels les anciens,

» Grecs et Romains, c'est-à-dire barbares, au respect de

» notre nation, ont obtenu leur nom et pris place avec les

» dieux. Mais si l'intention de toute guerre menée avec

» équité se pose dignement et est recogneue n'estre faicte

y> que pour vivre en paix, dorment en repos ceux qui ont

» faict tant de cognoistre, car les dangers qu'ils ont en-

» courus pour la respublique ne permestra que pour leur

» souhaitter chascun soupir! Dorment donc en repos et

» rendent leur nom immortel par ces manœuvres obliques

» comme ils pourront. Et vous. Monseigneur, qui, sans

» souiller vos mains au sang de personne, avez restably la

» paix bannye de ce royaulme, vivez bien heureux et vivez

» si longuement que Testât des affaires le requiert, que vos

» bons subjets le souhaitent, que nous le désirons de plus

» grande aflcclion que pas ung, pour en recepvoir les pre-

» miers fruictz, les choses estant remises de sorte que nous

» remercions Dieu de nous avoir faict tomber entre les

» mains d'un prince tant favorable, et vous, par ce moyen,

» puissiez-vous user de nous, au proffit, contentement et

» soulagement du publicq, comme de ceux qui sacrifient à

» votre service leur travail et leurs vies, sans que ny le

» temps, ny la faveur (.l'ayder les en puisse distraire

» jamais. »

RKPONSE DU PRINCE A l'uMVERSITÉ

« Mon dict seigneur ayant faict response que sa volonté » estoict d'entretenir l'Univei-sité et la favoriser en tout » ce qui luy seroict possible, comme faict aussy le sei- » gneur de Mantes, qui, par une grande oraison, remonstra » la nécessité d'icelle, le dict recteur descendit du théâtre » pour reprendre son rang immédiatement après l'Esglise. »

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