HOMMAGE DU CORPS DE JUSTICE
a Soudain le corps de la Justice, accompagné de leurs
» sergents, notaires, procureurs et advocats, tenant le
> costé droict, et celuy de la Ville, accompagné de leurs » sergents et habillés de robbes my-partie de rouge et my- » partie de vert, tant de velours que satin et damas, et les » mesmes officiers de drap, portant sur leurs manches les » armoyries de la dicte Ville, batues d'orfaivreries et bro- • derics d'or et d'argent et soye, tenant l'aultre costé.
» Lesquels de la Justice et de la Ville, ayant marché puis » estant descendus de leurs chevaulx, monta sur le théâtre
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» noble homme Jacques Gassot» seigneur de Deffans, corn-» » missaire des guerres, maire de la Ville» accompagné de » quelques membres du corps de la dicte Ville, qui fit la harangue devant Monseigneur, ainsi qu'il s'en suict :
DISCOURS DS M. GAS80T DE DEFFÀNS, MAIBE DK BOURGES
c Monsieur, s'il estoict possible à nature de faire qu'à la face etasseuranced'ung seul, on peut juger de l'affection de plusieurs conformes et consentant en mesme volonté, je suis assez disposé de façon que par moy vous puissiez juger de l'affection de mes citoyens, tant en qualité et particulier que d'ung esgal consentement se sentent tant honorés de YOtre Tenue et présence que, nous souyenant des malheurs passés de la guerre (qui leur ont été les moyens de vous en donner signe plus certain), ils cuident continuer en ceste paix et repos tant heureux, duquel ils ont usé soubz l'obéyssance des Roys de bonne mémoire, François vostre ayeul et Henry vostre père.
» Toutefois, ce moyen m'estant osté, et me restant la seule paroUe que mes concitoyens confirment par leur silence et réciproque volonté, je ne puis qu'au nom de tous vous offrir un vœu loyal et une obéyssance volontaire d'un peuple qui, de tout temps amateur de la grandeur de son prince, n'a rien estimé plus cher que de l'honorer et obéyr et servir, voire l'adorer en sa justice et bienveillance. Cette affection ancienne. Monseigneur, si naturelle d'ung chascun d'eux est nonseulement confirmée, mais de beaucoup augmentée en vous, tant pour le ranc (sic) que vous tenez en ce royaubne, que pour les singulières vertus qui réunissent
» en vous de dévotioo envers Dieu, de pitié et humanité » envers vos subjelz, et de libéralité envers eux. Il leur a
> esté octroyé des privilléges plus grands qu'à ville de ce
> royaulme, lesquels ils supplient Votre Grandeur avec » toute humilité» leur vouloir entretenir, promettant se » rendre dignes encore de plus grands par bons services
> qu'ils délibèrent faire au Roy et à vous, Monseigneur,
> toute leur vie, mestant leur confiance et certaine asseu- » rance que par vostre faveur et authorité et moyen, a n esté vostre ville de Bourges des plus renommées et an- » ciennes de toute la France, recepvra accroissement de » tout bien et félicité et ne pouvant pour récompense 1 sinon de rechef vous offrir ung vœu entier et sincère » et bien affectioiané pour vous et vos ayeux et honorer » avec toute humilité et fidélité.
> Nous supplierons le Créateur, Monseigneur, qu'il luy 1 plaise nous donner la grâce de pouvoir vivre solibs » vostre obéyssance longues années et vous maintenir et » conserver, pour le bien de ce royaulme, en toute prospé- » rite et santé. »
i Incontinent après que le dit seigneur eust accepté l'offre » de la dicte Ville et tesmoigné devant tous la fiance qu'il » avoit en icelle, furent appelés pour monter sur le théâtre • nobles hommes :
^"^-^Jtfessire Loys de Ghasserat, chevalier de l'ordre du Roy, » baiUy de Berry; y Messire Guillaume Régnier, président et lieutenant
> général, accompagné des lieutenant criminel particulier, » conseillers, advocats et procureur du Roy au dit siège.
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9 et portant le dit S' Régnier, président et lieutenant 9 général, la paroUe pour le corps de Justice comme il » s'en suict :
DISCOURS ne «* reqnier, président et lusutcnant général
c Monseigneur, en quelqu'endroict que Tostre personne se transporte, la grandeur de vostre nom et origine royalle anime chascun de désirer non-seulement voir, mais aussy par tous humbles devoirs et démonstrations d'affection et volonté enviable, recc^oistre vostre Excellence à quoy singulièrement sont invités ceux du pays et duché de Berry, ausquels Dieu a faict ceste grâce de vous establir sur eux. Prince, Seigneur et Duc et ains que de toustes principaultés, et dont la justice sera le seul soutien et prindpal fondement. Toutesfoys la singulière splendeur de vostre origine, accompaignée de toutes vertus, faict que le corps de Justice de vostre Ville de Bourges, composé de ceste compaignie, est présenté en toute humilité devant vous, comme s'approchent de son vray soleil pour d'iceluy recepvoir accroissement de splendeur et par vostre principalle aucthorité estre maintenu en sa dignité et honneur. Et ainsy qu'un navire voyageant ayant esté surpris d'un fort mal de tempeste, après avoir longuement esté battu d'un vent contraire, reçoit singulier cou* tentement quand, eschappé du naufrage, il peut approcher d'ung port, pour à couvert en iceluy rcprenâ»ses ^ esprits et réparer ses adventures, ainsy l'aïupRilé de
vostre justice ayant souffert les travaux/ afflïcti oppressions des armes que les troubles plissés ont auc-|3 thorisées, tirée par vous. Monseigneur, des angoisses,.
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» tumultes et mesprises esquels les raisons guerrières Tout » réduicles, se rend en yostre sein et met entre vos bras, et
> a recours à yostre bonté et clémence et espère, Monsei- » gneur, que la force de vos rayons tirera toutes mauvaises 1 exalations et résouidra tous brouillards eslevés par les 9 tempestes passées, en sorte que le temps devienne beau
> et calme« Yostre lumière fera luyre la justice et la resta*
> blira en son ancienne splendeur.
- » Les bons empereurs romains n'ont estimé la force de » leur empire, consistée tant en structure de tours et » forteresses qui sont subjectes à ruynes et réparations, » qu'en ung bon establissement de justice, par laquelle Tem- . » pire naissant s'entretient heureusement. II dure certai- » nement avec la prospérité du prince. Aussy la justice a » esté appelée fille du Ciel, pour vouloir dire n'y a rien plus » approchant de la divinité que la distribution d'icelle, qui » appartient par tiltre spécial aux Roys, princes et poten- » tats, qui sont l'image de Dieu vivant, et qui les faict » régner et rendre à leurs subjects sincère justice, qui est
> bien le plus grand et plus spécieux ornement qui se » puisse trouver, non-seullement pour illustrer vostre nom
> pendant vostre vie, mais aussy pour le rendre recomman- 1 dable à la postérité. Relevez donc, Monseigneur, comme » de la poulssière, l'honneur de la justice opprimée et 1 foullée aux pieds. Et nous, qui avons cet honneur d'estre 1 placés sous vostre aucthorité à la distribution d'icellOj » asseurez-nous vostre faveur de tel debvoir sous vostre
> obéyssance, que la grandeur de vostre aucthorité et di- » gnité sera suivie par vos offices, que Dieu, le Roy et vous, » Monseigneur, en recepvrez ample satisfaction et conten-
> tement. >
ABGHIYS8 DE Lk TILLE DE BOITlIfiBS 109
€ Mon dict seigneur print en fort bonne part ceste 1 harangue et enchargea les juges et aydes y faire leur 9 debvoir, remonstrant sa volonté n'estre aussi que de la
> Toir rendre sincèrement» comme estant celle qui main- 9 tient Taucthorité des roys et princes.
OFFBE DES CLEFS DE LA VILLE PAB LE MAIBE
> Incontinent après» le dict S' Gassot se représenta» qui» » en signe d'obéyssance» offrit à Monseigneur les clefs de la » Ville» lui usant de ces mots :
c Monseigneur» vos très-humbles subjects de vostre ville » de Bourges vous présentent» par moy» les clefs d'icelle» 1 avec toute humilité» soubmission et obéyssance» pour en
> disposer selon vostre bon plaisir. »
c Et alors Monseigneur les toucha seuUement avec ung
> visaige ouvert» dict en ceste façon :