‹ Archives de parasitologie (volume 2)Chapitre 47 sur 104 · PAK · texte numérisé non relu

PAK

P. BUSQUBT et J. CRBSPIN

Médecin-major de 2* classe Professeur soppléant

Chargé du laboratoire de bactériologie à l'École de médecine d'Alger,

de l'hôpital militaire du Dey (Alger).

Pai'mi les aflections qui peuvent se présenter à Tobseryation, dans le champ encore si mal exploré de la pathologie exotique, il n'en est pas de plus obscures et de plus mal définies que celles qu'on a groupées (Sauvages) sous le nom générique de frambœsia.

La multiplicité des synonymes employés dans les divers pays d'outre-mer pour désigner ces productions papillomateuses, montre clairement combien grandes sont les divergences de vues sur la nature et les caractères propres de celte maladie. Pian, crabes, guignes, c'est ainsi qu'on la désigne dans certaines colonies françaises (Antilles, Guyane). On la nomme encore yaws aux Indes anglaises, aboukoué et osondo au Gabon, hotiba au Brésil, keisse ou changou <^ Madagascar, Pateh en Malaisie, bouton d\imboine aux Moluques, tonga en Mélanésie, dthoko ou coco et patita en Polynésie, mebarrha chez les Pahouins, tetia au Congo, paranghi k ('.eylan, eftiferfou dubéa à la Côte-d'Or, ajortor chez les Accra, tongara chez les Hausa. Charlouis a proposé sans succès le nom de Polypapillomata tropicum.

On ignore complètement si ces divers noms s'appliquent à une ou plusieurs affections. Pour les uns (Poulet, Bestion, Bréda, Van- Leenl, Charlouis, Powel, Pierrez, etc.), on a alTaire ù une entité morbide bien définie, contagieuse, résultant d'une infection microbienne. W. Prout, dans le Traité des maladies des pays chauds de Davidson, soutient énergiquement cette thcse, admise aussi par Scheube (1896) et Manson (1898). Il la définit : « A spécifie endémie disease, occuring in tropical countries, propagated by contagion^

SUR UN CAS DE FRAMBQKSIA OBSERVE KiN ALGERIE M)

and characterised by the présence of an éruption which commences as papules and eventually forms crust-covered tubercles (p. 511). »

Pour les autres (Sydenham, Copland, Hébra, Alibert, Grenet, Davillé, RoUet, etc.), toutes ces tumeurs seraient tributaires de la syphilis.

Le Dantec, dans son remarquable article sur le pidu (Précis de pathologie exotique) est éclectique. Pour lui, certaines de ces productions sont bien dues à la syphilis ou à la tuberculose, mais il ajoute avec raison : a il y a lieu de se demander si à côté de ces excroissances frambœsiformes, d'origine spécifique, il n'existe pas de véritables tumeurs ayant une tout autre nature, dans le genre de la botryomycose que Poncet et Dor ont d'abord décrite chez le Cheval, puis chez THomme » (p. 724).

L'indépendance de la syphilis et de la frambœsia semble ne pouvoir être contestée après les expériences dé Charlouis à Samerang (Java). On ne saurait oublier, en ellet, que cet auteur a inoculé avec succès la syphilis à un malade couvert de frambœsia depuis un certain temps. De plus, il a vu, sur un individu atteint de frambœsia et ayant contracté un chancre induré, les deux affections, syphilis et frambœsia, évoluer simultanément, côte à côte, chacune conservant ses caraclères particuliers. Powell rapporte deux cas semblables.

Enfin, W. Prout insiste sur les signes distinctifs qui séparent la frambœsia de la syphilis (loco citato, p. 519) et Manson partage entièrement cette manière de voir (p. 433).

l^e fait clinique que nous avons pu observer, et dont nous relatons aujourd'hui l'observation semblerait démontrer que la sage réserve de Le Dantec est en concordance parfaite avec la , réalité des choses.

Page 1