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SUR UN CAS

DE

MYASE HYPODERMIQUE CHEZ L'HOxMME

PAR

E. TOPSE2NT, Chargé de cours à l'École de Médecine de Rennes.

Vers le milieu de mars dernier, un ancien étudiant en pharmacie de notre École, M. Emmanuel Goupil, de Ploêrmel, me fit l'amabilité de m'adresser une larve de Diptère que lui avait remise une personne frappée de ce que cette larve avait cheminé sous la peau d'une enfant.

Convaincu par les quelques mots qui m'annonçaient l'envoi qu'il devait s'agir d'un cas intéressant de myase hypodermique, je priai mon élève de vouloir bien contrôler et compléter ses renseignements en procédant, à une enquête aussi minutieuse que possible.

Pour répondre point par point à mes questions, il lui fallut se livrer à bien des démarches et triompher de la défiance bien connue des gens de la campagne. Soit dit en passant, il est probable que, sans la situation de son père, maire de Ploêrmel et, depuis nombre d*années, médecin dans la région, il n'eût jamais réussi à obtenir les indications qui permettent aujourd'hui de retracer l'histoire du parasite en question.

L'hôte de cette larve était une petite fille de huit ans environ, habitant chez ses parents dans la campagne, à la Ville-au-Vy, soit à 7 kilomètres de Ploêrmel, et vivant, comme c'est l'habitude dans la contrée, en promiscuité permanente avec les bestiaux.

Dans cette localité, les Hypoderma bonis de Geer abondent et leurs larves y sont vulgairement désignées sous le nom de « crû ». Les paysans s'imaginent que leur présence sous la peau des Vaches est, de la part de leurs bêtes, un indice de santé prospère. Cette opinion serait, d'après Lafore, très répandue dans les campagnes. Quoi qu'il en soit, dans la région qui nous occupe, on n'avait jamais vu de « crû » sous la peau de l'Homme.

Afchiven de Parasitologie^ IV, n^ 4, 19(M. 40

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L'enfant commença à se plaindre dans les derniers jours de janvier et souffrit cruellement pisqu*au 7 mars. Elle éprouvait, aux points où se trouvait la larve, des douleurs qu'elle comparait à de fortes piqûres et qui lui arrachaient des cris accompagnées de cette exclamation souvent répétée « ça pique! oh! ça pique! » Les douleurs étaient parfois assez violentes pour l'amener à perdre connaissance. Tout le temps qu'elle hébergea le parasite, elle eut ainsi des syncopes, qui pouvaient durer dix minutes, un quart d'heure, et qui se renouvelaient tous les trois jours ou tous les deux jours, ou encore tous les jours et même deux fois par jour. Dans les derniers temps, les syncopes s'espacèrent. L'enfant avait jusque là joui d'une santé excellente, qu'elle a progressivement recouvrée par la suite.

Au début, le père de la fillette, la supposant atteinte d'une fluxion de poitrine, s'était mis en devoir de la soigner à sa façon, notamment par application, sur la région douloureuse,- d'abord d'un linge trempé dans du beurre rDussi à la poêle et dans du lait, puis, à tout hasard, d'un vieux vésicatoire a qui n'avait servi qu'une fois à sa femme ». Plus tard, il la présenta aux médecins de Ploêrmel, sans que ceux-ci parvinssent à déterminer la nature réelle de l'affection. Enfin, comme la douleur se faisait sentir en des points toujours nouveaux, il finit par acquérir de lui-même la conviction que sa fille devait avoir un « crû » sous la peau.

Cependant, la larve cheminait toujours et son trajet pouvait être suivi par les personnes de la famille. Sa présence, qui s'était d'abord révélée à la base du cou, au-dessus du sternum, se manifestait de place en place, à des intervalles inégaux, par de très légers soulèvements, rouges et sans aréole, de la peau, comparables à de forts pinçons, et qui s'effaçaient pour faire place à de courtes traînées ecchymotiques. Entre ces lésions, aucun indice apparent de l'existence du parasite. Après avoir contourné par la gauche la partie supérieure du tronc, traversé le dos, parcouru l'épaule droite, la larve remonta enfin derrière le cou, au-dessous de la nuque, où elle fit son apparition au dehors, au milieu d'une sorte de tumeur grosse à peu près comme une noisette. A ce moment, une parente, après avoir essayé sans succès de la faire sortir par pression entre les pouces, réussit à l'extirper à l'aide d'une aiguille.

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