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Nominations. — Dans sa séance du 1*' décembre 1900. FAcadémie des sciences morales et politiques a décerné le prix François-Joseph Audiilred (actes de dévouement : 15.000 francs; à M. le D' Ykrsin, pour sa découverte du sérum contre la peste.
— Dans sa séance publique annuelle du lundi 17 décembre 1900, l'Académie des sciences a décerné le prix Bellion à M. J. Brault, professeur à l'Ecole de médecine d*Alger. pour son livre Intitulé : Traité pratique des maladies des pays chaiids et tropicaux,
— Dans sa séance publique annuelle du 18 décembre 1900, l'Académie de médecine a décerné un encouragement de 1000 fr., à prélever sur les arrérages du prix Marie Chevalier, à M. le D' S. Artault pour son mémoire intitulé : Flore et faune des caotmes pulmonaires, publié dans le tome 1*' de ces Archioes,
— Le Professeur Aimé Schneider, de l'Université de Poitiers, a été nommé Chevalier de la Légion d'honneur à l'occasion du 1^ janvier 1901. Cet éminent zoologiste, qui s'est si vivement illustré par ses mémorables travaux surfles Sporozoaires, reçoit enfin une distinction dont il était digne depuis de longues années.
— A l'occasion du deux-centième anniversaire de la fondation du royaume de Prusse, le roi de Prusse, empereur d'Allemagne, a conféré la noblesse héréditaire à M. Emile Behring, professeur d*hygiène à l'Université de Marbourg, inventeur de la sérothérapie antidiphtérique.
Nécrologie. — L'expédition envoyée au Brésil par l'École de médecine tropicale de Liverpool, en vue d^étudier la lièvre jaune (III, 359), vient d'être cruellement éprouvée. Le D' Walter M vers, l'un de ses membres, a succombé à la lièvre jaune, en janvier 1901 . Il est mort victime de son dévouement à la cause de l'humanité et de la science.
Le D' Yersin au Panthéon chinois. — Dans son très attachant ouvrage sur la Chine (1), le D' Matignon, médecin de la légation de France à Pékin, indique les origines du polythéisme chinois : tous les dieux de la Chine sont des hommes qui, pendant leur vie, se sont distingués à des titres divers (2). a Kouan-ti, le dieu de la guerre, le plus populaire peutêtre parmi les divinités de cette nation particulièrement pacifique, était un brave général mort dans une embuscade en 219 de notre ère. Des
(i) J. J. Matignon, Superstition, crime et misère en Chine. Lyon et Paris, 2* édlUoD, 1900; cf. p. 351-352.
(2) Cf. Archives de Parasitologie, III, p. 21 ; origine d'Aristohi-MyoJln, dieu de TintelllKence.
Européens eux-mènies ont été promus au rang de dieux. Dans une province du centre de Tempire, le père Fabre, un missionnaire, est vénéré et a sa statue, dans la région qu*il déharrassa, paratt-il, des Tigres. Dans la imgode des cinq cents génies à Canton, ne voit-on pas Maroo Polo? Enfin» Yersin faillit de son vivant entrer dans Timmortaiité, les Chinois, après les premières inoculations antipesteuses à Canton et à Ârooy, ne parlaient de rien moins que de le placer dans ce temple des génies. »
11 est à jamais regrettable que les Célestes se soient arrêtés en si bonne route et niaient pas accordé à Yersin, leur sauveur, les honneurs de la déification. Quel exemple ces v> sauvages » d'Extrême-Orient n*eussentils pas donné ainsi aux « civilisés » d'Occident qui, voilà pas encore si longtemps, brûlaient ou envoyaient à Téchafaud leurs savants et leurs philosophes I En tout cas, quelle intéressante mentalité de telles préoccupations ne nous révèlent-elles pas chez le peuple chinois, qui depuis un temps immémorial ne pratique dautre culte que celui des ancêtres et des grands hommes I C'est là, 11 faut en convenir, le seul culte rationnel et vraiment acceptable pour tout esprit débarrassé des rêveries de la métaphysique et nourri du lait de la science moderne : c'est seulement dans le cours du XIX' siècle que la doctrine positiviste d'Auguste Comte a tenté de l'introduire chez nous, d'ailleurs sans grand succès. Au point de vue philosophique, la Chine nous a devancés de vingt siècles. — R. Bl.
Fermetore de llnstitat sdrothéritpiqae de Blilan. — Le Conseil provincial d'hygiène de Milan et le conseil supérieur d'hygiène de Rome ont été convoqués d'urgence pour prendre des mesures énergiques à la suite des graves accidents qui viennent de se produire en Lombardie par l'emploi de sérum anti-diphtérique contaminé.
L'Institut sérothérapique de Milan est à peu près le seul existant en Italie, ou plutôt il éclipse tous les autres qui, réunis, ne fournissent pas la dixième partie des sérums nécessaires à la consommation.
L'importance de cet établissement, d'où sortait le sérum homicide, explique donc l'immense émotion qui s est emparée de tout le monde médical en Italie et de la population elle-même.
Le préfet a ordonné la fermeture provisoire de l'Institut et la vente du sérum a été interdite jusqu'à nouvel ordre sur toute l'étendue du territoire.
La direction de l'Institut elle-même a pris des mesures de précaution rigoureuses : toutes les fioles vendues provenant de la série contaminée sont ou seront retirées de la circulation (il en est déjà rentré 230 sur 905 fournies) et tous les sérums déjà fabriqués seront détruits ; on emploiera pour les produits futurs des fioles d'un autre modèle, bouchées à Témeri, afin d'éviter tout nouvel accident et toute légitime suspicion de la part du public.
La contamination a dû, explique-t-on, se produire par l'intrusion des Bacilles du tétanos (le vaccin contre le tétanos est préparé dans un laboratoire sis dans le même établissement).
NOTES ET INFORMATIONS iS9
Huit décès ODt été constatés jusqu'à présent : deux à Cbindono, près de fiergame, trois à Valdobbiadene, et trois à Prato-Sesîa-sur-Novare. Mais, eomnil les effets de l'empoisonnement ne se font sentir que neuf jours après les inoculations, il est à craindre que de nouveaux cas de tétanos ne soient encore à enregistrer.
La fabrication de la partie de sérum contaminé remonte au 24 novembre dernier et la distribution au 29 du même mois.— Le Temps, 16 janvier 1901.
IfaiaonB de refage poar désinfectés. — Dans la séance du Conseil municipal de Paris du 30 octobre 1900, M. Jobn Labusquière a déposé la proposition suivante :
0 Vous savez que la désinfection s'impose dans les cas de maladie contagieuse; mais elle ne peut être utilement et eiflicacement pratiquée que si l'appartement désinfecté reste inbabité pendant quelques jours.
» Or, il est presque toujours impossible à des familles de travailleurs d'abandonner leur logement et ce n'est qu'exceptionnellement qu'un voisin fraternel offre un logement pendant une journée ou deux.
B A Bruxelles, où la municipalité jouit d'ailleurs d'immunités beaucoup plus grandes que cette assemblée, un établissement communal a été édifié pour recueillir les familles cbez lesquelles il a été nécessaire de pratiquer la désinfection.
» Aujourd'hui que le service de la désinfection et particulièrement la lutte contre la tuberculose ont pris à Paris un développement considérable, je demande que la création d'établissements similaires soit mise à l'étude.
» Des renseignements très utiles pourraient être demandés à la municipalité de Bruxelles sur la manière dont a été créé chez elle le service dont je parle.
» Je demande le renvoi de ma proposition à la 5« Commission.
D Elle est ainsi conçue :
B Le Conseil
» Invile la 5* Commission à mettre à l'étude la création de maisons dans lesquelles seront, suivant le cas, logées les familles dans l'appartement desquelles il devra être procédé à des opérations de désinfection.
» Signé : John Labusquière. b
Enseignement de la médecine tropicale (II, 138, 316, 626; 111, 185, 359). — M. le D' Boinet, professeur de pathologie interne à l'Ecole de médecine de Marseille, vient d*ètre appelé à la chaire de clinique exotique à la même Ecole. Ainsi se trouve complété, par cette heureuse nomination, l'enseignement de la médecine coloniale créé par la ville de Marseille.
— Par arrêté du 8 décembre 1900, un service de clinique a été annexé à la chaire des maladies des pays chauds de TEcçle de médecine d'Alger. M. le professeur J. Brault, titulaire de la chaire, a été chargé de ce nouveau service.
Voilà donc enfin tranchée, dans le sens de la plus stricte justice, une question depuis longtemps en suspens, au sujet de laquelle se sont enga-
gées des polémiques assez vives. M. Brault, (|ui a défendu avec vaillance, depuis plusieurs années, son opinion sur la nécessité de créer à Alger une clinique des maladies des pays chauds, obtient OnaleiHent gain de cause. Nous en sommes très satisfait, pour différentes raisons : parce que ridée qu'il soutenait était juste en elle-même; parce que nul n'était plus apte que lui à prendre avec succès la direction de ce nouvel enseignement ; parce que celui-ci va donner plus d'importance encore à l'Ecole de médecine d'Alger, qu'il faudra bien songer un jour à transformer en Faculté ; enfin, parce que nous voyons triompher ainsi une idée qui nous était chère et en faveur de laquelle nous avons naguère rompu une lance.
La clinique des maladies des pays chauds qui vient d'être Instituée à TEcole d'Alger est la première création de ce genre faite par le Ministère de l'Instruction publique. Nous attendons d'autres créations similaires : l'Université de Paris aura aussi, dans un avenir prochain, du moins nous le croyons fermement, sa clinique des maladies exotiques. — B- Bl.
Création d'an corps de médecins indigènes à Madagascar. — Par arrêté du 1*' octobre 1900, M. le général Gallieni, Gourerneur général de Madagascar, a créé un corps de médecins indigènes de colonisation.
Ces médecins sont divisés en quatre classes, dont les appointements sont fixés ainsi qu'il suit :
i" classe 2.500 francs
Les médecins indigènes de colonisation débutent par la 4* classe et doivent faire deux ans au moins dans chaque classe pour pouvoir passer à la classe supérieure.
Un concours portant sur toutes les branches de la médecine aura lieu tous les ans à la fin de l'année scolaire pour l'admission dans le corps des médecins de colonisation. Le nombre des places à donner au concours sera notifié par le Gouverneur général au Directeur de l'École de médecine de Tananarive, un mois avant la date ûxée pour le concours. Pourront prendre part au concours tous les médecins malgaches munis d'un diplôme français. Avant d'être nommés dans le corps, les candidats devront souscrire un engagement de cinq ans à compter du jour de leur nomination. Cet engagement sera renouvelable.
Les nominations, après concours, seront faites par le Gouverneur général, ainsi que les avancements en classe d'après les notes fournies par les chefs de province et l'appréciation technique du directeur du service de santé. Les médecins de colonisation auront droit au logement, les moyens de transport leur seront fournis.
Ils devront opérer des vaccinations gratuites, faire des conférences d'hygiène dans les écoles, s'intéresser à toutes les questions concernant la salubrité publique.
En dehors de leurs fonctions, ils auront la faculté de soigner à titk*e onéreux les personnes qui en auront le moyen, ils adresseront chaque mois, aux chefs de province ou commandants de cercle, un rapport sur la morbidité et la mortalité de leur circonscription ; ce rapport sera transmis au Directeur du Service de santé.
Les médecins mis à la disposition de particuliers seront à la charge des employeurs, qui devront leur garantir tous les avantages auxquels ils auraient droit par le présent arrêté. Le Directeur du Service de santé en a la surveillance technique et centralise les rapports médicaux ; 11 inspecte ou fait inspecter par les médecins sous ses ordres les hôpitaux indigènes delà colonie.
Méthode de coloration des Àctinomyces ( Diacomyces bovis ). — Depuis quelque temps déjà, nous avons trouvé un nouveau procédé, qui permet de colorer et d'étudier le parasite de l'actinomycose dans les tissus. Ce procédé, d*une exécution sûre et facile, donne des résultats meilleurs que ceux que Ton obtient par les méthodes classiques de Babès et de Weigert ; nous le décrivons dans cette courte note :
Les fragments des tissus à examiner, préalablement fixés à Talcool ou au blchlorure de mercure, sont inclus dans la paraflSne et débités en coupes minces au microtôme. Il es! avantageux, pour la facilité des manipulations, de coller ces coupes sur des lames porte-objet; le collage se fait de préférence avec la gélatine bichrolnatée.
I^s coupes sont colorées par l'action successive : 1* d'une solution d'hématoxyline ; 2* d'une solution de bleu Victoria ; 3* enfin, d'une solution de violet de rosaniline. Les couleurs que nous avons utilisées proviennent de la maison Grûbler.
i^ Coloration par l'hématoxyline. — Les coupes sont colorées pendant quelques minutes par une solution d'hématoxyline de Delafield, solution à laquelle on a ajouté une quantité d'acide acétique suffîsante pour lui faire prendre une teinte rougeàtre. Puis on lave à l'eau pour donner à la coupe une coloration violacée.
2* Coloration par le bleu Victoria. — Ixs préparations sont traitées pendant 2 à 3 minutes par la solution suivante :
Bleu Victoria 1 gramme
Alcool iO centimètres cubes
Eau 90 —
puis, après avoir rejeté l'excès de matière colorante, sous lavage à l'eau, on traite les coupes pendant quelques instants par la solution de Gram forte ;
Iode i gramme
lodure de potassium 2 —
Eau 200 centimètres cubes.
et on lave a l'alcool.
Archives de Parasitologie^ IV, n* 1, i90i. 11
i68 NOTES ET INFORMATIONS
3' Coloration par le violet de rosaniunb. — Les coupes soùt enfin colorées par là solution suivante :
Violet de rosaniline 1 gramme
Alcool 10 centimètres cubes
Ëau 90 —
Cela fait, après avoir enlevé Texcès de matière colorante en portant les préparations dans un cristallisoir rempli d'eau, on procède à la différenciation. Pour cela, on lave rapidement à l'alcool absolu et on décolore la préparation par un mélange à parties égales d'essence de cannelle et d'alcool absolu. Ce mélange s'empare uniquement du bleu Victoria; son action est très rapide, presque instantanée, il faut l'arrêter dès que la coupe prend une couleur rouge. A ce moment, on lave à nouveau à l'alcool pour enlever le violet de rosaniline, qui s'est fixé d'une manière diffuse sur les différents éléments du parasite et des tissus ; on prolonge la décoloration par l'alcool jusqu'au moment où la préparation présente à peu près la teinte qu'elle avait après l'action de l'bématoxyline. Les coupes sont alors éclaircies au xylol et montées dans le baume du Canada.
Les préparations obtenues par ce procédé sont très nettes et très démonstratives : les noyaux des cellules se montrent colorés en violet lilas par l'bématoxyline; le mycélium de l'Âctinomyces en bleu foncé par le bleu Victoria ; les renflements en massue ont fixé le violet de rosaniline et présentent une teinte rouge éclatante. On peut très facilement sur ces préparations étudier les rapports des parasites et des éléments des tissus ; les formes intra-cellulaires du Disœmyces bovis sont surtout beaucoup plus nettes, beaucoup plus évidentes que dans les coupes obtenues par les autres méthodes.
Les préparations, faites par le procédé que nous venons d'indiquer, paraissent susceptibles d'une longue conservation ; nous en possédons qui, colorées depuis bientôt une année, n'ont rien perdu encore de leur éclat et de leur netteté primitive. — Cu. Morel et E. Dulaus, Faculté de médecine de Toulouse.
Lia lèpre dans le nord-ouest de Madagascar. — La lèpre existe sous toutes ses formes sur la côte nord-ouest de Madagascar. La lèpre nerveuse est cependant la plus répandue. Les cas en sont nombreux et s'observent chez des représentants des différentes races, mais surtout chez les Makois, d'origine africaine, et les Sakalaves. Les hommes et les femmes sont également atteints.
Les Sakalaves connaissent très bien cette maladie. Ils n'ont pas souvenance d'une importation du fléau dans leur pays (elle remonte probablement aux premières incursions arabes sur la côte ouest). Mais ils savent que le mal est contagieux ; ils prétendent qu'un seul rapport sexuel, avec un lépreux, donne la lèpre. Aussi, dès qu'un individu présente des symptômes patents de cette affection, est-il expulsé du village, et isolé, lui et sa famille, car ils admettent l'hérédité.
Les lépreux se réunissent et forment des villages, généralement situés
dans dés tlots, comme par exemple Sakatia, près de Nossy-Bé, Cbicoundonni aux Comores« Là ils vivent entre eux, menant la vie ordinaire des autres villages. Ils se soignent réciproquement; ils absorbent diverses infusions et portent au cou des amulettes qu'ils désignent du terme générique de tisanes ; mais ils savent bien que le mal est sans remède.
Quel est le mode de contage ? Il semble y en avoir plusieurs.
Lorsque la femme ou l'homme a des sécrétions bacillifères ou des lésions des muqueuses, la lèpre, comme la syphilis, peut se contracter par le coït ; c'est une croyance très répandue parmi les indigènes, que les rapports sexuels sont la principale cause de contagion ; ils en citent des exemples.
Plus généralement, on peut penser à l'inoculation par les Moustiques. Elle semble très possible ; mais alors, il y a lieu de se demander pourquoi les Blancs, que les Moustiques attaquent autant que les Noirs, ne sont qu'exceptionnellement atteints de lèpre; pourquoi les soins de propreté du corps, qui ne peuvent protéger des Moustiques, garantissent contre l'infection lépreuse ? Ce sont surtout chez des gens miséreux, chez des déportés, qu'on a observé, à part quelques cas accidentels généralement attrîbuables à des inoculations bien constatées, la lèpre chez les Européens. Le transport du Bacille de Hansen par les Mouches (transmission passive) me semble fournir la solution.
En effet, j'ai vu des malades atteints de lèpre tuberculeuse supporter sur leurs plaies, sans même y prêter attention, des légions de Mouches. Or, ces Mouches se répandent ensuite de tous côtés, viennent se poser sur une simple écorchure. blessure légère ou ulcère, comme en ont si souvent aux jambes les indigènes marchant nus dans la brousse, et voilà la Bacille ensemencé. Beaucoup de Malgaches, comme les Arabes, supportent sans les chasser les Mouches qui se posent sur leurs muqueuses* d'où infection possible. Inversement, les sécrétions de ces muqueuses comme les expectorations contenant chez les lépreux des Bacilles, les Mouches se chargent d'agents pathogènes et les transportent soit sur d'autres muqueuses, soit sur des plaies quelconques.
Ainsi s'expliquerait pourquoi l'Européen qui est vêtu, qui soigne et protège ses moindres blessures, qui éloigne de ses plaies et de ses muqueuses toute Mouche importune, contracte très rarement, même lorsqu'il vit au milieu de lépreux indigènes, la terrible maladie ; pourquoi la plupart des cas de lèpre chez l'Européen, aux colonies, s'observent dans les colonies pénitentiaires et surtout chez les libérés, que, le plus souvent, la malpropreté et les mœurs relâchées rendent inférieurs aux indigènes.
Les Mouches dont le corps, les pattes et la trompe sont souillés de Bacilles lépreux, peuvent infecter des milieux de culture divers. On comprend alors pourquoi les peuples qui mangent, comme les Malgaches, des Poissons et des viandes séchés au soleil, c'est-à-dire livrés aux Mouches pendant toute la durée de la dessiccation, sont particulièrement frappés ; pourquoi, aux temps de famine, où les affamés ne reculent pas devant les viandes avariées et les disputent aux Mouches, la lèpre augmente ; pour-
lai NOTES ET INFORMATIONS
quoi les maladies de peau, surtout chroniques et suppurantes, facilitent la production de la lèpre ; pourquoi la lèpre, enGn, 8*étend par petits foyers autour d'une case, dans une famille, tandis que, dans nos hôpitaux» un lépreux dont les plaies sont pansées, dont les expectorations sont désinfectées et hors de portée des Mouches, n*est nullement un danger pour Ses voisins de lit.
Un fait encore est à signaler : de même que presque tous les lépreux de Norvège ont la gale, de même à peu près tous les Malgaches portent des PMhiriiAS pubis (c'est pour s'en défendre que les femmes se rasent le pubis). Ces Insectes pourraient bien, eux aussi, jouer un rôle dans la dissémination de la lèpre et particulièrement dans l'action nocive de certains rapports sexuels.
En résumé, la lèpre est très répandue sur la côte nord-ouest de Madagascar, surtout dans les régions riches et commerçantes, et particulièrement aux points où le trafic des esclaves africains (Makois), généralement pratiqué par des Arabes, était le plus actif : baie d'Amposindava, baie de Baly, cap Saint-André.
Elleparatt se propager surtout : directement, par le coït; indirectement, soit par \esPhthirius pubis (transmission active), soit, plus généralement, par les Mouches allant ensemencer les muqueuses et les plaies (transmission passive). Les plaies anfractueuses, négligées, suppurantes, seraient, comme pour le tétanos, les plus propices au développement du Bacille lépreux.
Il est nécessaire de lutter à Madagascar contre ce fléau ; de créer des léproseries dans quelques-unes des tles si nombreuses sur les côtes malgaches Là les malades vivraient en toute liberté, mais sans communication avec la grande terre, et sous la surveillance de médecins indigènes (Ecole de Tananarive) ou européens. L'examen au point de vue de la lèpre, comme d'ailleurs de toute autre maladie contagieuse, devrait être pratiqué sur tout immigrant venant s'installer à Madagascar ^ D' P. R. Joly, médecin de 2« classe de la marine. (Extrait du rapport de fin de campagne, à bord de la Rance, 1899-1900).
Résistance des œufs de Dermanysse à une haute tempôratore. — Un récent travail de M. Gustave Loisel sur Ut défense de Vœuf, publié dans le Journal de VAnatomie, me remet en mémoire une expérience que je fis, il y a une quinzaine d'années, et qui était restée inédite dans mes cartons. C'est un document intéressant sur la question ; voilà pourquoi je le publie aujourd'hui.
J'étais lié, à Tépoque dont je parle, avec un ingénieur qui exploitait, à Boulogne-sur-Seine, des appareils perfectionnés de désinfection pour vêtements et pièces de literie, dans lesquels la température était portée à 120*. Ce sont des appareils analogues qu'emploie actuellement l'administration de l'Assistance publique et qui servent à l'hôpital Saint-Louis pour désinfecter les vêtements des galeux. Cet ingénieur était précisément au courant de mes travaux sur les Acariens; il eut l'idée de m'oflrir ses appareils
pour vérifier si les Acariens, existant accidentellement dans les objets qu'il enfermait dans son appareil, étaient bien tous tués. Bien que n'en doutant pas, je voulus néanmoins proOter de Toffre. N'ayant pas sous la main de Sarcoptes en vie, je les remplaçai par des Dermanysses de poulailler, qu'il est facile de se procurer en tout temps et à foison. J'en remplis à moitié un tube d'une vingtaine de centimètres cubes de capacité et c'est par plusieurs centaines d'individus de tout âge et de tout sexe qu'on pouvait les y compter. Le tube, fermé d'un bouchon d'ouate, fut placé dans Tappareil, puis soumis pendant une demi-heure à sa plus haute température.
Quand je retirai le tube, tout son contenu paraissait bien mort et je n'en étais nullement surpris. J'emportai néanmoins le tube dans mon laboratoire, où j*en examinai les habitants de temps en temps; tous étaient bien à l'état de cadavre. Mais, au bout d'une huitaine de jours, je fus très étonné de voir de tout petits Acariens blancs se mouvoir sur les parois du tube. En les examinant de près, il me fut facile de reconnaître des larves octopodes de Dermanysses. Comme on le sait, la plupart des larves des Acariens de la famille des Gamasidés naissent avec huit pattes, de mères qui sont ovovivipares, et les Dermanysses n'échappent pas à cette règle. Il me fut également facile de retrouver, au milieu des cadavres des adultes, ceux des femelles ovigères ayant encore l'œuf vide dans l'abdomen : cet œuf embryonné avait supporté la température de 120*, qui avait tué la mère dans le ventre de laquelle l'embryon était logé.
Cette expérience sur les Dermanysses n'infirme en rien les résultats de la désinfection des vêtements des galeux telle qu'elle se pratique à l'hôpital Saint-Louis, car les mœurs des Sarcoptes diffèrent heureusement de celles des Dermanysses : les Sarcoptes ne transportent pas leurs œufs avec eux, comme le font les Dermanysses ; ils ne les déposent pas dans les vêtements des galeux, mais bien dans les sillons sous-épidermiques où on les trouve rangés en chapelet. Il faudrait un hasard impossible pour qu'un grattage les portât ailleurs que sur le corps ou sous les ongles. Aussi, jusqu'à présent n'a-t-on encore constaté aucun cas d'insuccès dans les procédés actuels de désinfection des vêtements des galeux. — Pierre MéoNiN, de l'Académie de médecine.
Tous les ouvrages reçus sont annoncés.
Périodiqae reçu en échange
Annales de thérapeutique dermatologique et ê^phUigraphique, publiées par le D' L. BuTTB.
Généralilés
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