‹ Archives de parasitologie (volume 3)Chapitre 27 sur 127 · ŒUFS · texte numérisé non relu

ŒUFS

CEuFS DE Gastrophilus intestinalis.

Description. — L'œuf de Gastrophilus inlestinalis a la forme d'un cône comprimé dont la base, ou pôle antérieur, obliquement tronquée, est munie d'un opercule ovalalre, convexe extérieurement et entouré d'un rebord ; le sommet, ou pôle antérieur, est pointu ; toute la surface est finement striée transversalement. Il est d'une couleur jaune blanchâtre. Sa longueur est de i^«^28 et sa largeur, à la^base, de 0°>™35.

Les œufs sont placés sur les poils à la façon des lentes de poux ; ils leur adhèrent par la moitié de leur longueur, à partir du sommet, de telle sorte que la base, dirigée vers le bas, reste libre et écartée du poil.

ADHÉRENCE AUX POILS. — Les œufs sout rcteuus très solidement aux poils au moyen d'une matière glutineuse émise par la femelle au moment de la ponte. Pour les en séparer, il est nécessaire d'exercer un effort assez grand et. très souvent, on n'arrive qu'à détériorer l'œuf. Dans le but de m'assurer si cette substance agglutinante était soluble dans l'eau, j'ai laissé séjourner, durant plusieurs heures, poils et œufs dans l'eau froide, sans aucun résultat. Maintenus pendant quelques minutes dans l'eau bouillante, les œufs restaient aussi intimement adhérents qu'avant l'expérience.

Fréquence. — On sait que la femelle, guidée par un instinct particulier, dépose ses œufs sur les parties du corps que la langue peut atteindre, et que l'endroit de prédilection est la face interne des genoux.

J'ai remarqué que les Chevaux infestés de ces parasites sont très nombreux, surtout les Chevaux de la campagne. S'ils en ont presque tous, la Mouche s'attaque néanmoins, de préférence, à ceux qui

178 J. OUYOT

ont une robe de couleur; sur les Chevaux blancs on en trouve très peu ou pas du tout. Pour les apercevoir sur ces derniers, il est nécessaire de s'approcher de très près du quadrupède à cause de la couleur blanc jaunâtre des œufs; sur les autres, on les distingue faciiement à plusieurs mètres de distance, accumulés à la face interne des genoux et tout le long du canon, jusqu'au sabot.

11 est extrêmement commun de rencontrer les œufs ailleurs qu'aux genoux ; on les trouve souvent à l'extrémité libre des poils de la crinière, derrière les épaules et sur les flancs, mais alors ils sont très clairsemés. Les larves n'en sont pas pour cela destinées à périr ; il est, en effet, fréquent de voir, dans les pâturages, les Chevaux se lécher mutuellement. D'autre part, il est possible, selon Numan, que la larve rampe sur la peau à l'aide de ses crochets et arrive ainsi à s'introduire dans la bouche du Cheval. D'après mes constatations, une jeune larve venant d'éclore, déposée sur la main préalablement humectée d'un peu de salive, parcourt deux centimètres environ à la minute, lorsqu'elle marche en ligne droite. Mais comme il lui arrive souvent de changer de direction et même de revenir sur ses pas, elle évolue en sonime dans un espace très restreint. Il en est sans doute de même lorsqu'elle se meut entre les poils du Cheval ; dans ce cas elle risque fort de périr avant d'atteindre la bouche. 11 me semble qu'il y en a bien peu qui puissent arriver à pénétrer de cette façon dans le tube digestif. Je crois plutôt que ces larves sont, pour la plupart, destinées à manquer leur but et que, seuls, les œufs des régions accessibles à la langue sont capables de laisser échapper des larves qui s'introduiront dans la cavité buccale, lorsque le Cheval les fera éclore par le contact de sa langue humide et chaude. La Nature parait d'ailleurs avoir prévu le cas en accordant aux femelles une très grande fécondité.

ÉcLosiON.— Tant que dure le développement de l'embryon, l'opercule adhère assez fortement à l'œuf ; quand Téclosion est sur le point d'avoir fieu, il se détache au contraire avec facilité ; aussi la larve n'a-t*elleque peu d'efforts à exercer pour le faire tomber entièrement.

Pour s'assurer de la maturité de l'œuf, Numan l'humectait de salive et lui communiquait la chaleur de la main en le roulant entre les doigts ; la coquille éclate et la larve en sort. Cette expérience, à laquelle on soumet les poils portant des œufs, ne réussit pas si ces derniers ne sont pas arrivés à maturité.

LARVES DB 6ASTR0PHILBS (OESTRIDBS) 179

J*ai constaté que, lorsque l'œuf est bien mûr, il suffit de le déposer simplement sur la main pour que la larve fasse immédiatement sauter Topercule et se mette à ramper avec agilité. Si, quoique mûr, il ne s'ouvre pas, un excellent procédé qui réussît toujours consiste à souffler avec précaution entre les deux mains appliquées Tune contre l'autre; l'haleine humide ainsi projetée sur l'œuf le fait éclore aussitôt. En agissant de la sorte on ne fait qu'imiter les Chevaux; ceux-ci font, en effet, éclore les œufs en leur communiquant la chaleur humide de la langue, lorsqu'ils se lèchent.

Durée de l'incubation. — On ignore le temps qui s'écoule entre le moment de la fécondation et celui de la ponte ; on ne connaît pas davantage celui qu'un œuf pondu exige pour arriver à maturité. Bracy-Clark admet que 4 ou 5 jours suffisent pour le développement complet de l'embryon. Joly (1) contredit formellement cette assertion, en se basant sur ce fait qu'ayant placé des œufs recueillis aux poils d'un Cheval, les uns dans un flacon humide et les autres à sec dans une boite de carton, il a vu les premiers éclore au bout de 23 jours et les autres 2 ou 3 jours plus tard. A la suite de ces expériences et d'autres analogues, il conclut en ces termes : « il faut au moins 20 ou 25 jours pour que les œufs éclosent, lorsqu'ils ont été séparés du Cheval qui les portait. Un peu moins de temps suffit peut-être si on les laisse sur l'animal ; mais, même dans ce dernier cas, nous sommes disposé à croire que l'évolution du germe ne peut jamais s'opérer en cinq jours ».

Les conclusions de Joly ne peuvent être prises en sérieuse considération ; il ne dit pas, en effet, si ces expériences portaient sur des œufs venant d*être pondus ou sur des œufs fixés depuis un certain temps aux poils du Cheval. C'est que, sur le même animal, on trouve à la fois, le même jour, des œufs sans doute fraîchement pondus, puisqu'ils renferment une masse fluide blanchâtre, et des œufs mûrs, que l'on fait éclore au moyen du procédé indiqué tout à l'heure. Je me suis assuré du fait dans maintes circoustances; toutes les fois que j'ai pris des œufs sur les poils des Chevaux, j'ai constaté qu'au moment même on pouvait faire sortir des larves de quelques-uns d'entre eux.

(1) Recherches zoologiques, p. 487.

IBQ J. 6DY0T

DésiraDt savoir combien de temps après leur séparation de Thôte les œufs contenaient encore des larves vivaotes, je mis en observation ceux que j'avais recueillis le 22 septembre 1900. Je plaçai les poils couverts d*œufs dans des cornets de papier, après avoir fait des lots séparés, chaque lot correspondant à un seul cheval, et je mis tous les paquets dans une boite de carton, à la température de l'appartement.

De temps en temps je m'assurais qu'il en sortait des larves vivantes. Chaque fois, je pouvais constater que quelques œufs étaieot éclos spontanément et avaient laissé sortir des larves que je retrouvais complètement desséchées.

Le 28 décembre 1900, c'est-à-dire 3 mois et 6 jours après la récolte des œufs, j'obtenais encore des larves bien agiles, en plaçant simplement les œufs dans la main. Je restai ensuite jusqu'au 7 janvier suivant sans pouvoir les observer ; mais à cette date, malgré toutes mes tentatives, je ne pus faire éclore un seul œuf. La température extérieure ayant considérablement baissé pendant cet intervalle de temps et par suite aussi celle de l'appartement non chauffé où se trouvaient les œufs, je me suis demandé si le froid n'avait pas contribué à faire périr les larves dans l'œuf. Je suis porté à admettre qu'il n'en est rien ; j'ai réussi, en efifet, le 7 janvier}1901 et jours suivants, jusqu'au 13 inclus, à faire éclore des œufs pris sur des Chevaux le 6 octobre de l'année précédente. Or, ils avaient été soumis aux mêmes changements de température que les premiers.

Comme il est peu probable que les œufs mettent 3 mois et 6 jours pour arriver à maturité, à partir du moment où ils ont été pondus, il est donc extrêmement curieux de voir ces petits êtres, en apparence si fragiles, rester en quelque sorte à l'état de vie latente pendant un intervalle de temps aussi considérable.

Cette expérience prouve que pour avoir une idée de la durée d'incubation des œufs, il est nécessaire, abstraction faite du temps qui s'écoule entre le moment de la fécondation et celui delà ponte, d'assister à la ponte, de recueillir les œufs pondus et de les suivre dans leur développement ultérieur.

Il doit être relativement facile d'avoir des œufs fraîchement pondus, si j*en juge par ce fait que j'ai pu m'emparer, le 6 octobre dernier, d'une femelle de Gastrophilus intestinalis occupée à déposer ses œufs sur les poils d'un Cheval, dans l'enceinte même de la ville

LARVES DE GASTROPHJLES (OESTRIDES) 181

de Vanoes. Le môme phéDomène doit s'observer encore bien mieux en pleine campagne, au moment des fortes chaleurs, alors que ces Insectes se livrent avec ardeur à la reproduction.

Lorsque l'hiver approche, les larves renfermées dans les œufs qui sont restés adhérents à Thôte doivent évidemment se ressentir du froid et mourir si celui-ci devient trop vif. J'ai toutefois observé qu'en octobre et en novembre il est possible de faire éclore des œufs pris sur des Chevaux en plein air. J'ai môme assisté, le i" décembre 1900, à l'éclosion d'un œuf dans ces conditions : au contact des doigts il en sortit aussitôt une jeune larvule bien vivante. Je dois ajouter qu'à cette date le froid ne s'était pas encore fait sentir et que, pendant les mois précédents, le temps était resté très doux et très humide.

STADES LARVAIRES Larve de Gdstrophilus intestinalis au premier stade

A cause, sans doute, de leur fréquence dans l'estomac et de la facilité de se les procurer, ] es larves adultes seules ont été à peu près exclusivement l'objet de l'attention des vétérinaires et des naturalistes. Les jeunes larves, au contraire, de très petite taille.et se prêtant par suite plus difficilement à l'examen à l'œil nu, onlété plus délaissées. Rien de plus facile, cependant, que de se les procurer, en plus grande quantité môme que les larves adultes, puisqu'il suffit d'approcher les Chevaux dans le courant de l'été, pour faire une abondante provision d'œufs et, par là môme, de petites larvules.

Avant le mémoire de Joly, il n'est question des jeunes larves que pour en signaler l'existence. Numan; cependant, y découvre les germes des couronnes d'épines et les crochets de la tôte. Dans le travail qu'il publia en 1846, Joly (1) décrit la larvule de la façon suivante : «Au moment de sa naissance, la larvule a une forme et môme une structure assez différentes de celles que nous verrons chez la larve parvenue au terme de son accroissement. En effet, au lieu d'être à peu près conique et ramassée comme cette dernière, elle est presque f usiforme, très allongée et formée de treize seg-

(1) Joly, Loeo cilato, p. 188.

i82 J. GUYOT

ments, dont les premiers sont très difiBciles à compter. Dans Tétat de repos» les deux ou trois premiers segments sont invaginôs l'un dans Tautre, ce qui rend la supputation des anneaux beaucoup p]U8 difficile et quelquefois même entièrement impossible.

)) Le segment céphalique, outre deux prolongements charnus et rétractiles marqués d'un point noir à leur extrémité (palpes ou antennes?), porte encore deux crochets (mandibules) qui servent à la jeune larve, une fois introduite dans l'estomac, à s'attacher à la membrane interne de cet organe. Une couronne et un faisceau d'épines presque aussi grandes que les crochets, mobiles, recourbées comme eux, et placées tout à fait en avant du deuxième anneau, concourent également à fixer l'animal, rappelant ainsi jusqu'à un certain point l'organisation de plusieurs Vers intestinaux et notamment celle des Echinorhynques.

» Des épines analogues aux précédentes garnissent les bords postérieurs de chacun des neuf anneaux qui suivent la tête : le dixième, le onzième et le douzième en sont complètement dépourvus. Ce dernier offre à son extrémité libre deux espèces de lèvres, entre lesquelles on voit sortir de temps en temps deux tubes rétractiles destinés à remplir un r61e important dans l'acte de la respiration.»

Il dit aussi qu'à sa sortie de l'œuf, la larve est couverte à sa partie antérieure d'une portion de la membrane vitelline dont elle ne tarde pas à se débarrasser.

Cette description de Joly ne concorde pas avec les figures qu'il a dessinées. Alors qu'il admet que les épines sont placées au bord postérieur des anneaux, il semble «(u'elles soient plut6t représentées au bord antérieur^ tout au moins aux premiers anneaux.

Frappé de ce défaut de similitude entre le texte et les figures, persuadé, ainsi que le fait remarquer Brauer, que les épines doivent être placées, comme chez la larve adulte, au bord antérieur des anneaux, j'entrepris d'élucider cette question. Je ne tardai pas à m'apercevoir qu'il y avait, en effet, erreur et qu'en outre un grand nombre de détails n'avaient pas été indiqués. Je me mis alors en devoir de représenter la larve d'une façon aussi exacte que possible, afin de pouvoir en faire une description plus complète.

Pressé par le temps je ne me suis occupé que des caractères extérieurs ; je laisse à dessein de côté, du moins pour le moment, ce qui se rapporte à l'anatomie interne.

LARVES DE GASTROPHILES (OESTRIDES) 183

Moyen employé pour examiner la larve. — L'animal est si petit lorsqu'il quitte sa prison, qu'il est absolument nécessaire, pour se rendre compte de sa constitution, de se servir du microscope. On l'observe dans une goutte d'eau, entre lame et lamelle, en ayant soin d'interposer entre elles de petites cales de papier. Il est extrêmement intéressant de suivre cette petite bète dans ses évolutions. Malgré la surface unie du verre, elle réussit, à l'aide de ses crochets, à ramper sur la lame porte-objet par une série de contractions successives de son corps, pendant lesquelles les anneaux se pénètrent les uns les autres à la manière des tubes d'un télescope. Si Ton a soin de renouveler l'eau sous la lamelle, on arrive, sans autre précaution,àconserverlalarvevivante pendant vingt-quatre heures et même davantage.

Le déplacement incessant de Tanimal ne permettant pas de le dessiner ni de l'examiner à un fort grossissement, on l'immobilise en faisant une autre préparation, sans interposition de cales de papier. Les seuls mouvements que la larve puisse effectuer dans ces conditions sont des mouvements de latéralité de la partie postérieure de son corps. Par suite de la compression exercée par le poids de la lamelle, les deux faces de la larve se rapprochent l'une de l'autre, l'air contenu dans les trachées est expulsé et la transparence du corps devient telle que Ton aperçoit à la fois les épines de la face ventrale et celles de la face dorsale.

Cette disposition ne permet pas de conserver la larve longtemps en vie ; au bout d'une demi-heure à une heure, les anneaux commencent à se déformer, ils se gonflent et la mort survient. Pour l'avoir non déformée, on remplace l'eau par une solution de potasse très concentrée, la glycérine ou le baume de Canada. Au bout de quelques secondes, Tanimal cesse tout mouvement dans le baume ; mais dans la potasse, il peut résister plus d'une demi-heure, et dans la glycérine, environ une heure et demie. Si Ton désire une préparation immédiate, il est donc nécessaire de tuer la larve ; pour cela, on la plonge dans l'ammoniaque, le chloroforme ou le xylol. Dans les deux premières substances, la vie cesse instantanément, tandis qu'avec la seconde, la mort n'arrive qu'au bout de quelques secondes. On monte ensuite l'animal dans la glycérine ou dans le baume. Si l'on emploie le baume, on tue la larve à l'aide du chloroforme ou du xylol ; ces substances .enlèvent l'humidité qui

Page 1