I. — PARASITES VÉGÉTAUX
Les parasites végétaux, signalés jusqu'ici comme endoparasites des Culicides, sont encore peu nombreux, et cependant leur nombre réel doit être assez élevé. Leur étude présente beaucoup d'intérêt, en raison de l'action pathogène exercée par bon nombre d'entre eux sur le Moustique hôte ; de plus, un certain nombre semblent pouvoir être disséminés par le Moustique et inoculés à l'état de spores : ils pourraient ainsi produire, d'après certains auteurs, quelques affections de la peau spéciales i\ des régions tropicales de l'Amérique du sud.
Bactéries et Champignons.
Bactéries. — .Le premier cas décrit l'a été par Perroncito ; ce savant avait, en novembre et décembre 1899, recueilli des larves de Culicides dans les environs de Turin. L'éducation de ces larves lui fournit des Moustiques adultes de Vespèce Anophèles maculipennis et il avait été frappé de la grande mortalité qui sévissait sur ces Insectes. Il en rechercha la cause et fut ainsi amené à l'attribuer
à une Bactérie, analogue au Leptothrix buccaHs, qui parasitait ces Insectes. Le microorganisme était formé de filaments verdâtres, larges de 1 à 2 fi, cloisonnés transversalement et réunis en faisceaux ; on trouvait en outre une grande quantité de granulations et des corpuscules sphériques semi-lunaires ou de formes variées, en grande partie mobiles.
Le siège de ce microorganisme n*est pas indiqué de façon précise ; il est plus que probable que c'est la cavité générale de rinsecte.
Remarque importante : d'après Perroncito, cette Bactérie est pathogène pour les Anophèles. Les Moustiques s'infestent à l'état de larves ; le parasite poursuit son évolution chez la nymphe, puis chez l'adulte et finit par le tuer, peu de temps après sa naissance.
Nous voyons donc, dans ce premier cas de parasitisme, un parasite pathogène, sans doute pour les Culicides en général, et en particulier pour un Anophèles. Il serait très désirable que des recherches fussent continuées en ce sens, pour mieux déterminer cette Bactérie, ainsi que ses aptitudes biologiques et rechercher si on ne pourrait pas en tirer parti pour la destruction systématique des Culicides, dans certaines conditions données.
Champignons. — Un second cas de parasitisme, dû cette fois à un Champignon, a été signalé brièvement par Léger et Duboscq : <( Nous avons retrouvé, disent ces auteurs, dans quelques larves de la région de Campo di Loro, un Champignon filamenteux, sans doute analogue à celui déjà signalé par Perroncito dans ces Insectes. ))
Tout récemment, Marchoux, Salimbeni et Simond ont signalé, chez le Stegomyia calopus adulte, la présence de divers Champignons. Ces Champignons, analogues à des Mucor^ ont été rencontrés en grande abondance à certaines périodes de l'année ; ils se trouvaient non seulement dans le tube digestif et ses annexes, mais aussi dans le cœlome.
Ces parasites peuvent envahir tout le corps du Stegomyia et amener ainsi sa mort : c'est donc encore un exemple de parasite pathogène pour le Culicide. Les auteurs ont surtout recherché si ce Champignon, parasite du Moustique, avait une relation quelconque avec l'aptitude du Stegomyia calopus à transmettre la fièvre jaune et ils concluent par la négative.
LES PARASITES DES CUUCIDES l8
La destruction des Insectes par les Champignons est fréquente dans la nature, et on pourrait en multiplier les exemples. Citons toutefois VEmpusa culids trouvé par A. Braun chez le Culexpipiens\ c'est de môme uue Empusa, qui tue très fréquemment les Mouches de nos contrées. Rappelons aussi que, d'après Trabut et Debray, les Altises adultes peuvent être détruites par le Sporotrichum globuliferum, et que leurs larves, d'après Vaney et Conte, peuvent Tétre par le Champignon de la muscardine des Vers à soie, le Botrytis bassiana.
On voit donc que la connaissance plus exacte de ces Champignons peut nous rendre de très grands services dans la lutte entreprise pour la destruction des Culicides. Elle peut aussi nous être utile à un autre point de vue, les Moustiques pouvant nous transmettre certaines maladies causées par ces Champignons^ )es maladies à caratés, par exemple. C'est ainsi que Montoya y Florez a recueilli les divers Champignons des caratés dans le corps de Moustiques (Culex ?), de Simulies et de Punaises dans les régions à caratés de l'Amérique centrale, et qu'il n'est pas éloigné d'admettre rintervention de ces Insectes dans la transmission de ces maladies, par suite de l'introduction des spores de ces Champignons dans la peau, au niveau des piqûres.
Il est toutefois nécessaire que de nouvelles études soient entreprises, pour élucider cette question de l'étiologie des caratés ; il était bon néanmoins de poser le problème de l'action possible des Culicides, dans ce cas particulier.
Nous devons maintenant dire quelques mots des Levures, rencontrées par plusieurs auteurs chez les Moustiques.
En octobre 1900, Laveran a signalé le cas d'une Levure, parasite des Culicides. Cet auteur a observé, sur des coupes d'Anophèles macîUipennis, l'existence d'une Levure dans la cavité cœlomique de Moustiques provenant de Rio-Tinto (Espagne) ; ils avaient sucé du sang palustre et avaient été bien fixés dans l'alcool absolu. D'après Laveran, cette Levure se présente sous l'aspect de petits éléments ovalaires, mesurant de 2 à 5 p de long; un certain nombre de ces cellules ont à l'une de leurs extrémités un petit bourgeon ; elles possèdent chacune un noyau, que l'on colore facilement par le procédé de Heidenhain.
La plupart des cellules de Levure sont libres dans la cavité
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cœlomique, où elles sont groupées en petits amas. Sur plusieurs coupes longitudinales de ces Anophèles, Laveran a vu nettement que celte Levure traversait Tépithelium des parois du tube digestif et venait tomber dans la cavité cœlomique.
Cette Levure semble pathogène pour le Moustique ; en effet, à la suite des observations de Laveran, le D^ Macdonald, de Rio- Tinto, a recherché systématiquement ces petits éléments cellulaires, qu'il a réussi à retrouver. Il a remarqué de plus que les larves d* Anophèles mouraient rapidement, à Tépoque de Tannée où Ton trouvait \es Anophèles infestés par la Levure décrite par Laveran. 11 est donc probable que la Levure se transmet de la larve à l'Insecte adulte, comme dans le cas du Champignon, parasite des Culicides, observé par Perroncilo.
Marchoux, Salimbeni et Simond ont aussi observé des Levures chez la plupart des Stegomyia caloptis qu'ils ont eu l'occasion d'examiner, au cours de leurs recherches sur la fièvre jaune. Ils les ont surtout trouvées sur des Moustiques disséqués à une période peu éloignée de leur naissance : elles existaient en abondance, surtout dans le cœlome des Moustiques, sur les individus nourris de miel, de fruits et de matières sucrées. Ces auteurs notent que ces Levures différaient selon le genre de nourrhure de l'Insecte.
Contrairement aux Champignons, sigualés plus haut par les mêmes auteurs, ces Levures n'étaient pas pathogènes pour le Culicide ; on ne peut non plus, d après eux, leur attribuer aucun rôle dans l'aptitude du Stegomyia calopus à transmettre la fièvre jaune.
Néanmoins l'étude de ces Levures n'est pas dénuée d'intérêt : les masses sphéroïdes ou de formes irrégulières, formées par ces Levures, que l'on rencontre dans le grand sac à air du Culicide, peuvent facilement être prises, à un examen superficiel, pour des Sporozoaires, et les auteurs ne sont pas loin de supposer, comme nous le verrons plus loin, que ces Levures ont été prises par les Américains Parker, Beyer et Pothier, pour un des stades du parasite qu'ils ont décrit sous le nom de Myxococctdium stegomyiae. Il est bon de signaler, dès maintenant, les erreurs d'interprétation possibles auxquelles peut donner lieu la rencontre de ces Levures, parasites des Culicides.
Schaudinn, dans son remarquable travail, interprète d'une façon tout à fait spéciale le rôle de ces Levures^ qu'il a presque
toujours rencontrées dans les dwerticules de Testomac (sac à air, estomac suceur, réservoir à nourriture) des nombreux Culicides qu'il a disséqués, au cours de ses belles recherches. Pour lui, ces Levures auraient un rôle purement physiologique : il a été amené, par ses expériences, à conclure que Teffet irritant de la piqûre des Cultx est dû, non pas seulement, comme on le pensait jusqu'ici, à la salive sécrétée par les glandes salivaires, mais bien aussi à l'action combinée des gaz et produits divers, sécrétés par les Levures des diverticules œsophagiens. Nous ne suivrons pas Tauteurdans sa démonstration très serrée de ce rôle, en quelque sorte physiologique, des Levures parasites; nous tenions seulement à sigualer au passage cette interprétation originale, qui nous montre combien toutes ces questions des parasites des Culicides ont besoin d'être sérieusement approfondies. Nous voyons en effet, à propos de ces Levures de l'estomac du Moustique, trois auteurs, les étudiant successivement en pays différents, Schaudinn en Allemagne, Parker, Beyer et Pothier au Mexique, Marchoux, Salimbeni et Sîmond au Brésil, et leur attribuant chacun une interprétation totalement différente au point de vue de leur rôle parasitaire.