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II. — Identification avec rOpisthorchis felineus (Rivolta

Les caractères que nous venons de tracer permettent didenlifier nos exemi)laires avec VOpislhorchis felhieua^ l'ancien I). felincum Rivolta. Mais il est nécessaire de bien s'entendre sur la signifi-

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cation du ternie V.felineum, qui a prêté déjà à plusieurs confusions, par suite de l'existence cliez le Chat domestique de plusieurs Douves très différentes. C'est à Max Braun que l'on doit la lumière sur cette question depuis que, dans un travail datant de 1893, il a établi les véritables caractères du D.feHneumei débrouillé la synonymie(l).

Ce qui n'a pas peu contribué à obscurcir pendant longtemps la question, c'est l'identification du I).felincumB\ec les V, conus Creplin(2) (1825) et Z>. conus Gurlt (3) (1831). Si le U. conus Gurlt correspond bien au D. fclineum véritable, celui de Crepiin est une espèce voisine, assurément, mais bien différente et nommée par Rudolphi U, trnncalum. Celui-ci se dislingue par sa taille plus petite (2»»'»), les fins aiguillons qui recouvi'ent les téguments, la situation de la venlouse ventrale plus poslérieure, par les testicules entiers, enfin par Textrémité postérieure simulant une large ventouse (d'où le nom impropre et longtemps conservé d'Amphistoma truncatum) : c'est aujourd'hui le Metorchis truncatus Max Braun. Ce Distome se confond encore avec le D. campanulaium Ercolani (4), trouvé en Italie dans le foie du Chien, chez le Chien et le Chat à Utrecht.

VOpistkorchis felineus n'a pas non plus de ressemblance avec le D. albidum Max Braun, 1893, autre parasite du Chat, trouvé par cet auteur à Kœnigsbei-g et par Railliet à Alfort. Ce dernier parasite, en effet, ne mesure que 2™"» 5 à S'»'» o sur l^m à l«>m 6; il est couvert de fines épines caduques, et les vilellogènes s'étendent en avant jusqu'au niveau de la bifurcation des caecums intestinaux. Tous ces caractères suffisent à l'éloigner de ïOpisthorchis felineus.

Ce n'est certainement pas aux espèces précédentes que nous devons rapporter le parasite que nous avons décrit. 11 présente par contre une similitude frappante avec une troisième Douve du Chat, le D. conus Gurlt.

Ce Distome dont nous n'avons malheureusement pu nous procu-

{\j Max Uhaun, Die Lebcrdislomeo der Bauskéize. Ce ntralbtatt fiir Bakteriol.y XIV. p.381etsuiv.

(2)Creplin, Ohservaliones de Entozois. Gryphiswaldiao, 1825; cf. I, p. 50.

J3) Gurlt, Lehrbuch der pathologischen Ànatomie der Uaussdvgetiere. Berlin, 1831, lab. VIII, fig. 34-36, p. 373 375.

(4) ËHCOLAM, Osscrvazione di Elmintologia. BoU. d. se. med. di Bologua^ avril 18T5, p. 274-2;9.

rer la description originale, a, en eflèl, une longueur de 2^^^ à 9mm. Il possède les caractères généraux du Distome de Creplin, mais il s'en distingue par sa ventouse ventrale, placée bien en avant du milieu du corps, par son cou bien rétréci, par l'absence de toute apparence de ventouse postérieure, enfin par la lobation évidente de ses testicules. Cette espèce se confond en partie avec le D. lanceolatum Creplin.

En 1884, Rivolta (1) retrouva le môme parasite dans le foie du Chien et du Chat domestiques en Italie, et le nomma D. felineum. Ce Distome a une longueur de 4 à 7™™, 5™°» en moyenne; la couleur est rougeâtre, la forme spatulée. Les téguments sont lisses, sans épines. Vers la région moyenne du corps la largeur est de 1™™, mais elle devient plus grande en arrière. L'œsophage est court; les ventouses sont presque égales et distantes de !•"". Les testicules situés postérieurement, Tantérieur à gauche, l'autre à droite, ont 3 ou 4 lobes et peuvent être- accolés Tun à l'autre. L'ovaire, lobé, siège ventralement vers le début du tiers postérieur de la longueur. Le receftaculum seminis est piriforme et les vitellogènes s'étendent sur les côtés de la partie moyenne du corps.

En 1886, De Yong (2) observa la même espèce chez le Chien et le Chat à Utrecht ; il en donne une description que nous résumons d'après Max Braun :

Ver atténué en avant, arrondi en arrière, de 6 à 10™"» sur 1 à 2, sans aiguillons; ventouse orale de 240 à 330 {i.; ventouse ventrale de 180 à 300 \l, située à la limite entre le premier et le deuxième quart de la longueur ; œsophage court ; cœcums se dirigeant vers Tarrière, souvent reconnaissables à l'œil nu, à leur coloration noire ; vitellogènes dans le tiers moyen du corps; utérus s'étendant entre les caecums ; en arrière Tovaire, puis les testicules lobés, le droit placé derrière le gauche. Entre les deux testicules passe la vésicule excrétrice qui va s'ouvrira l'extrémité postérieure.

Sonsino (3), en 1889, a eu de nouveau le même Distome sous les

(1) Rivolta, Sopra una speciediDistomanclGattoenel Cane. Giornaledi anat.t fisioL e palol. degli animali, XVI, 1884, p. 20.

(2) Db Yono, Distomum campanulaluin en Distomum felineum hi\ den Hond. Tijdschritt. voor veearlsenijk. en Veelell, XIV, Utrecht, 1886-1887, p. 57-62.

(3) Sonsino, Studie e notizie elmintologiche : Distomum conus e forme afflni. Proc verb, délia Soc, tosc. di $c. natur,^ 7 luglio 1889.

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yeux, mais ilest curieux toutefois de constater que, dans sa description du D. conus, il semble mélanger les caractères du D. conus Creplin et ceux du D, conus Gurlt.

Max Braun (1) enfin, qui a ivouvéV Opisthorchisf elineuskKcRmgS' berg chez le Chat associé au Meiorchis truncatus et au D. albidum, en donne une description détaillée dont voici le résumé :

Ver de 10 à 13™°» de longueur (jusque 18™™); largeur de 2 à 2™™ 5 (1™™25 chez les individus contractés); corps atténué en avant, arrondi en arrière. Vers le cinquième antérieur de la longueur, une encoche, visible à Tœil nu et qui marque le niveau de la ventouse ventrale. CcmJeur rougeâtre; ventouses sensiblement égales, de 280 p. de diamètre. Pharynx de 204 \l sur 161 a. Œsophage de 200a. Ventouse ventrale à l^^S de la buccale; ca3cums intestinaux atteignant l'extrémité postérieure. Deux testicules, postérieurement placés, Tun à 4, l'autre ù 5 lobes; au microscope on reconnaît que ces lobes testiculaires sont eux-mêmes entaillés. Entre les testicules s'enroule, en S, la partie terminale de Tappareil excréteur.

En avant des testicules, ovaire un peu lobé, étendu transversalement, et receptaciUum seminis en poche ou en bouteille. Vitellogènes occupant les bords latéraux du tiers moyen du corps, et composés de 8 à 9 groupes d*acini séparés les uns des autres. A Tavant-dernier follicule se rattachent les vitelloductes. Circonvolutions utérines se terminant, avec Textrémité du canal déférent, juste au-dessus de la ventouse ventrale. Œufs deSOu. sur il p-. Le pôle portant le clapet est un peu rétréci.

La cuticule ne porte jamais d'épines ni d'aiguillons.

En rapprochant cette description et celles données par les différents auteurs qui ont observé la même espèce, de celle que nous avons nous-mêmes écrite plus haut, on peut se convaincre qu'il y a entre elles la plus grande identité. Le seul point sur lequel elles divergent quelque peu est celui des dimensions : celles indiquées par Max Braun sont eu effet très différentes de celles de Gurlt et de Ri vol ta; elles sont aussi très supérieures à cellesque nous avons trouvées nous-mêmes. Sur les autres points, la ressemblance est complète. Peut-être ya t-illà un effet de Tétatvariable de contraction du

^1) M. Braun, Loco cilalo, p. 423.

Distome; peut-être aussi y a-t-il dans certains casdes variétés locales.

En tout cas, puisque Max Braun n'hésite pas à passer par-dessus les diflérences des dimensions indiquées par Gurlt, Rivolta, de Yong et lui-même, pour identifier les parasites à une seule et même espèce, VO, felinem, nous sommes autorisés à reconnaître le même Distome dans nos Douves annamites.

On peut dire en passant, d'ailleurs, que l'histoire des Distomes du Chat ne parait pas encore totalement élucidée. Ward (1) a signalé, aux Etats-Unis, une Douve du Chat se distinguant de celle de Rivolta par quelques faibles différences : sa taille varie de 12 à 20b>|°.; les ventouses sont inégales; les testicules sont parfois ronds; Textension de Tutérus est plus grande, ainsi que celle des vitellogènes, qui peuvent atteindre, en arrière, le niveau du second testicule. Au niveau de l'ovaire, ces vitellogènes laissent un espace vide, de sorte que Ton peut distinguer à la glande une portion susovarienne et une portion sous-ovarienne. Les vitelloductes, au nombre de deux de chaque côté, et correspondant aux deux parties de la glande, forment latéralement à l'ovaire une figure caractéristique en Y ou en V.

D'autre part, Ijima (2), en 1886, dit avoir trouvé chez le Chat au Japon, à côté d'une petite forme de la Douve de Chine, un Distome couvert de fines épines et de petites dimensions; cette forme n'a jamais été bien déterminée.

VO, felineus offre, en outre, des ressemblances parfois très grandes avec des Douves hébergées par d'autres animaux que le Chat. Tels le D. viverrini, signalé dans l'Inde par Poirier; le D. tenuicolle Rud. trouvé chez le Phoque, et même certains Distomes des Oiseaux. Looss (3), tout récemment, a attiré Tatten^ tion sur des faits de ce genre en Egypte. Dans ce pays une Douve parasite du Miltus œgyptius, VOpiiithorchis geminus, ressemble de la manière la plus parfaite à VO. felineus, totalement inconnu chez le Chat dans la région. L'examen le plus attentif reste impuissant à différencier les deux espèces.

(1. Ward, Helminthologische NoUzen. — 2. Distowa felineum Hiv. înden Vereinigten Staaten. Ceniralblalt fiirBaklerwL.XYU. p. ^-309.

(2) IJHtfA, Notes on D. endemiaim. Journal ofihe Collège of science, Imp, Univ. Japan, 1, 1886, p. 47.

(3) Looss, On some parasites in the Muséum of the School of tropical Medicine, Uyerpool. Annah of tropical medicine and parasitology, p. 138, 1907i

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Y a-l-il là le résultat de Tadaptation d'une même forme à des hôtes différents dans diverses régions ? Rien ne permet jusqu'à présent de raffirmer. Quoi qu'il en soit, d'après ce que nous venons de dire, il est possible que le parasite que nous avons trouvé chez l'Homme au Tonkin, soit^hébergé normalement par un autre hôte que le Chat, mais ce n'est là qu'une simple hypothèse et jusqu'à déplus complets éclaircissements, il est rationnel de l'identifier à l'O. felineus.

m. — Opisthorchis felineus chez rHomme.

C'est Vinogradov (1) qui, en 1892, a signalé pour la première fois, en Sibérie, TO. felineus chez THomme. Le Ver, qui selon l'auteur serait le parasite humain le plus répandu à Tomsk, mesure 13"»°»5 sur 3™"». En voici les principaux caractères :

Téguments lisses; ventouse orale de 328[i. de diamètre; ventouse ventrale, à 2™»» 129 de la première, de 308 ji. Pharynx de 388 |i. sur 320 (j. et œsophage de 161 {x. Cœcums intestinaux pleins d'une substance granuleuse brune atteignant l'extrémité postérieure du corps. En dehors des cœcums deux rubans plus clairs que l'auteur regar de comme les canaux excréteurs, mais qui sont plus probablement les nerfs latéraux avec leur commissure antérieure. Vésicule excrétrice allongée,Jpostérieure. Deux testicules postérieurement situés, le premier à 4 et le, second à 5 lobes. Receptaculum seminis de 750 a sur 200 p.; ovaire de 450 p.. Utérus à circonvolutions étroites, allant s^ouvrir au-dessus de la ^ventouse ventrale. Vitellogènes latéraux, à nombreux petits acini glandulaires, s'éteudant du niveau de la ventouse ventrale à celui du bord antérieur du premier testicule. Vilelloducles naissant au début du quart postérieur des vitellogènes. Œufs de 26 à 38 (/. sur 10 à 22 p., munis d'un clapet.

Ce Distome dont Tauteur a signalé peu après un deuxième cas chez l'Homme (2) est identique à l'O. feliiuus. L'identité est con fîrmée par le fait que la même espèce se trouverait à Tomsk chez

(i) Vinogradov, Un nouveau Distome du foie de l'Homme. Nouvelles de l'Université de Tomsk, IV, p. 116, 1891.

(2) Vinogradov, Un deuxième cas de Distomum sibiricum. Ibidem, IV, p. 131,

le Chat et le Chien, avec des dimensions sensiblement plus petites, il est vrai (4 à 8«»™ sur 1 à 2™™) (1).

En 1900, Askanazy (2) retrouve chez l'Homme, à Heydekrug (Prusse Orientale), un parasite que l'on a identifié au I). sihiricum et dont voici les caractères, un peu incomplets, d'après la description de l'auteur : Ver transparent, rougeâtre ou jaunâtre, de 9 à i^^^ de longueur (10™»» en moyenne) sur 2°^"^ de large; caecums intestinaux noirâtres se terminant en cul-de-sac vers l'extrémité du corps ; utérus bourré d'œufs. Canal déférent venant déboucher au voisinage de la ventouse ventrale. Ovaire sirrondi ; receptaculum seminis pirîforme. Deux testicules postérieurs, le premier à 4, et le second à S lobes. Entre les deux testicules, vésicule excrétrice en S ; pore excréteur terminal. En dehors des caecums deux canaux excréteurs longitudinaux, et de chaque côté 8 groupes de follicules glandulaires constituant les vitellogènes. Vitelloductes transversaux. Téguments lisses.

Le troisième auteur qui ait signalé l'O. felinem chez l'Homme, Kholodkovsky (3), ne donne pas de description du parasite : il se contente d'en indiquer la découverte chez un homme mort à Saint- Pétersbourg, mais qui avait beaucoup voyagé en Sibérie.

Les descriptions de Vinogradov et d'Askanazy concordent très bien avec celle que nous avons donnée plus haut d'après nos propres échantillons et le seul point à signaler réside dans la différence des dimensions, le Distome trouvé à Hanoï, étant de taille plus restreinte. Ses dimensions sont également plus petites que celles indiquées par Max Braun pour 0, felineus. Mais comme nos mensurations s'accordent^avec celles de Gurlt et Rivolta, dont les Distomes sont aujourd'hui identifiés par tous les parasitologues à 0. felineus ou Z). sibiricum, le cas que nous signalons au Tonkin est bien à rapprocher de ceux observés en Sibérie et en Prusse.

En somme, avant qu'il fût signalé à Hanoï, l'O. felineus n'était

(1) Vinogradov a rencontré, en môme temps, chez l'Homme, un seul spécimen de Distome, couvert de piquants et mesurant seulement 2"" 5 sur !"■. On ignore s'il faut le rapporter, en l'absence d'indications précises, à une espèce du Chat, Metorchis truncatus par exemple, ou à une autre forme.

(2) Askanazy, Ueber Infection des Menschen mit Diatomum felineum (sibiricum) Riv. in Ostpreussen, und ihren Zusammenbang mit LeherkTùhs. Centralblatt fiir Bakteriol., 1. Abl., XXVIII. p. 491 502.

(3) KHOLonKovsKY, Sur quelques rares parasites de l'Homme en Russie. Archives de Parasitologie, I, p. 354-355, 1898.

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connu, chez l'Homme, qu*en Sibérie, en Russie et dans l'Allemagne Orientale. Mais la répartition géographique de ce parasite chez le Chat ou chez le Chien est aussi d'un certain intérêt, puisque dans les régions où ces animaux sont infestés, on pourra être amené à constater la présence du même Distome dans l'espèce humaine-

Chez le Chat, ÏO. felineus a été rencontré à peu près dans toute l'Europe, ainsi que le prouvent les observations de Rivolta en Italie, de Max Braun à Kœnigsberg, de de Yong en Hollande, de Neumann et de Railliet à Toulouse et à Alfort. Il existe aussi en Hongrie et en Scandinavie et on le rencontre parfois non seulement chez le Chat, mais encore chez le Chien, le Renard et le Gulo bœ^ecUis. Hors de l'Europe, il serait inconnu en Egypte, d'après Looss, mais Vinogradov l'a signalé à Tomsk chez le Chien et le Chat. On Ta trouvé au Japon ; aux États-Unis enfin, il serait représenté, chez le Chat, par une espèce très voisine VO. pseudofelinem.

Peut-être la connaissance plus complète de la répartition géographique de la Douve du Chat jettera-t-elle un jour quelque lumière sur la question de l'hôte intermédiaire de ce parasite, qui est resté jusqu'ici totalement inconnu. Bien que l'on ne puisse encore faire que des hypothèses, et que les expériences tentées pour élucider le développement n'aient encore donné aucun résultaty il est vraisemblable que VO, felineus a pour hôte intermédiaire quelque Poisson; cette supposition est d'autant plus rationnelle que l'on a trouvé plusieurs fois, chez l'Homme, \e Dibothriocephaltis latus à côté de VO. felineus,

La présence de la Douve du Chat, chez l'Homme, au Tonkin, étant un fait acquis, il serait intéressant de déterminer la fréquence de ce parasite chez l'Homme dans ce pays, et aussi de le rechercher dans le foie des Chats et des Chiens indigènes. La question des dimensions du Distome chez ses hôtes normaux serait aussi d'un certain intérêt. Des observations seraient à faire pour fixer ces divers points, et pour éclairer l'étude de la distomatose humaine en indo-Chine.

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