I. — Institut Pasteur de Nha Trang
Le but poursuivi à Nha-Trang est Tétude des maladies des Hommes et des animaux et la préparation des divers sérums et vaccins utiles à la colonie. Indépendamment de ces travaux, qui constituent la besogne courante de rinstitut de Nha-Trang, le personnel attaché à cet établissement poursuit des études et des recherches sur toutes les questions microbiologiques qui s'offrent à son activité et qui présentent un sérieux intérêt pour l'Indo-Chine.
M. Vassal, médecin des colonies, directeur, a publié divers travaux :
1* Le surra et les maladies à Trypanosomes en Indo-Chine;
2* Sur un Hématozoaire endoglolmlaire nouveau de l'Écttreuil;
3* Recherches hématologiques sur les Oiseaux,
En outre, le D' Vassal a publié dans le Bulletin économique de V Indo- Chine (octobre 1905), les observations qu'il avait faites, sur le paludisme et les Moustiques, au cours d'une mission au LangBian, où le Gouverneur Général l'avait envoyé pour étudier plus spécialement les relations existant entre le paludisme et les Moustiques des régions mois. Il a pu déterminer trois espèces nouvelles d'Anophèles et fournir des indications précieuses sur les conditions sanitaires, au point de vue du paludisme, du plateau du Lang-Bian et des divers postes de la route d'accès.
M. ScHEiN, vétérinaire bactériologiste, a présenté des observations intéressantes dans un rapport qu'il a rédigé à la suite d'une épizootie de peste bovine dans la région de Ph^^n-tièt. Il a pu étudier, à Nha-Trang même, un cas de barbone spontané chez le Cheval, et observer à Phan-tiêt un exemple curieux d'uncinariose du Chat. Les travaux de M. Schein sur ces divers points seront publiés dans le Bulletin économique.
Dans un autre ordre d'idées, M. Vbrnrt, chimiste, a fait des recherches sur la culture de certains arbres à caoutchouc dans le Sud-Annam, parti-
culiërement celle des Lianes à caoutchouc et de VHetea brasiliensis. Les résultats de ses observations ont fait l'objet de deux mémoires publiés par le Bulletin économique de la colonie et reproduits par de nombreux périodiques spéciaux.
Le directeur de l'Institut Pasteur a constaté plusieurs cas de fièvre récurrente chez des coolies venus du Tonkin pour la construction du chemin de fer. Cette maladie n'avait pas encore été reconnue en Indo-Chine. Il poursuit actuellement des recherches sur le paludisme et les Moustiques de la région de Nha-Trang. Les études sur cette question sont particulièrement favorisées par les nombreux malades indigènes provenant de l'entreprise du chemin de fer et dont le plus grand nombre sont atteints de paludisme. Ce travail de longue haleine fera l'objet d'une publication ultérieure.
L'article 6 du contrat de rattachement porte que le personnel de l'Institut de Nha-Trang est à la disposition du Gouverneur Général pour tous travaux, missions ou études scientifiques intéressant la colonie. Cette clause a reçu déjà de fréquentes applications, notamment en ce qui concerne l'envoi du personnel en mission. En 1905,1e D' Vassal a été envoyé au Lang-Bian pour y étudier le paludisme et les Moustiques, mission dont lia été déjà parlé. En janvier 1905, M. Schein, vétérinaire, est envoyé en mission au Tonkin, puis à Hué, en vue de rechercher le virus antipestique. En février 1906. il se rend à Phan-tiôt à l'occasion d'une épizootiede peste bovine. Plus récemment, il a été chargé d'une mission au Dariac, où sévissait une épizootie chevaline de surra.
Enfin, les vaccinateurs indigènes de l'Institut ont été mis à plusieurs reprises à la disposition de l'administration ou des colons, pour aller pratiquer des inoculations sur des troupeaux contaminés.
La préparation des sérums contre la peste bovine et la barbone fait l'objet de soins spéciaux ; on a observé que le sérum conire la peste bovine n'est efficace que lorsqu'il a été préparé avec du virus pestique absolument pur. Il peut arriver, au cours des passages de Veau à Veau, que le virus pestique s'altère, probablement par suite d'une association microbienne. Le sérum préparé avec ce virus impur n'a plus aucune efficacité , il doit être rejeté et remplacé par un sérum provenant d'un virus pestique pur, d'où un risque d'interruption dans la préparation du sérum contre la peste bovine. Le fait s'est produit, en 1905, à l'Institut de Nha-Trang, et M. ScHEiN dut partir à la recherche d'un virus pestique pur, pour le Tonkin et Hué, où des épizooties étaient signalées. Il a pu retrouver un virus actif et la préparation du sérum s'est poursuivie dès lors normalement. Malgré cette interruption, l'Institut de Nha-Trang a pu répondre à toutes les demandes de sérum contre la peste bovine.
Pour les autres sérums et vaccins, il possède actuellement des réserves assez considérables pour faire face à toutes les éventualités qui pourraient se produire. Ses approvisionnements dépassent en effet 18.000 doses pour le sérum antipestique, 4.000 doses pour le sérum antipesteux et 2.000 pour
le sérum antibarboneux. Les saignées d'animaux, laites chaque semaine, augmenteront régulièrement ces provisions.
IL — Institut Pasteur de Saigon.
L'Institut Pasteur de Saigon est chargé d'assurer le service antirabique de la Cochinchine et des régions voisines, et de préparer le vaccin jenuérien nécessaire aux mêmes pays. Comme à Nha-Trang, son personnel ne se borne pas à cette tâche quotidienne et poursuit des recherches sur les maladies qui sévissent plus particulièrement en Extrême-Orient.
Depuis son arrivée à Saigon, M. le D' Noc, médecin bactériologiste, a porté ses efforts sur l'étude de la dysenterie et du béribéri, qui font tant de victimes en Cochinchine. Il a reconnu que la dysenterie qui sévit en Cochinchine était la dysenterie amibienne, et il a pu retrouver l'Amibe spécifique dans les eaux d'alimentation de Saigon. M. Noc a rencontré, dans l'intestin des malades atteints de béribéri, un Ver parasite (Necator americanus) voisin de celui qui, en Europe, cause l'anémie des mineurs. Il suppose que ce Ver joue un rôle capital dans l'étiologie du béribéri.
M. le D' Denier, médecin-bactériologiste, a commencé des essais de traitement du choléra au moyen d'un sérum qu'il a préparé à l'Institut Pasteur à Paris, en collaboration avec M. Salimbeni. Le sérum anticholé rique avait été expérimenté déjà par le D' Simond aux Indes, où il avait donné de bons résultats. Les premiers cas traités par M. Denier à Saigon ont confirmé la valeur de ce sérum. M. Denier est actuellement en mission à Manille, où une forte épidémie de choléra a été signalée et où il espère pouvoir traiter un grand nombre de cas.
MM. Bréaudat et Saint-Sernin, chimistes, ont achevé l'étude des eaux potables de Saigon et ont fourni à ce sujet le rapport documenté à la suite duquel a été décidée l'adduction à Saigon des eaux du Donnai prises à Trian.
Les services antirabique et vaccinogène ont fonctionné régulièrement. M. Noc a amélioré considérablement la préparation du vaccin, qui donne aujourd'hui d'excellents résultats. L'efficacité de ce vaccin est d'ailleurs vérifiée chaque semaine par le médecin adjoint de l'Institut Pasteur, chargé du service de la vaccination à Gia-Dinh.
L'Institut de Saigon a toujours pu répondre à toutes les demandes do vaccin qui lui ont été adressées. — Dépêche colonicde, 29 janvier 1907.
La nomenclature étiologique en parasitologie. — Le terme de soanoze a été introduit dans le langage médical par Virchow. en 1855, pour désigner les « infections par poisons animaux contagieux », c'est-à-dire la rage, la morve, le charbon, la fièvre aphteuse (1). Eu 1870, Reder et
(1) R. Virchow. Bandbuch der speciellen Pathologie und Thérapie, Erlangen, 1855; cf. II, L Abtbeilting, p. 337.
i68 NOTES ET INPORBfATIONS
Korényi (2) donnent ce môme nom collectif aux maladies susdites qu'ils définissent : a maladies résultant de Tinfection par des contages animaux ». En 1874, Bollinger (3) emploie ce même terme dans un sens un peu plus large, puisqu'il ajoute le veniu des Serpents à la liste ci-dessus; pour lui encore. les zoonoses sont les a itifeclions par poisons animaux )).
Malgré de tels patronages, le terme de zoonoze n'a jamais été d'un emploi courant en Allemagne; il semble être complètement tombé en désuétude tit n'avoir pénétré dans aucun ouvrage français. Lie sens qui lui était attribué est très différent de celui que M. Lancereaux lui dunne actuellement.
Le mot mycose, également proposé par Virchow (4) en 1856, pour désigner les maladies produites par les Moisissures en général (Schimmelkrankheiten uberhaupt) a été accueilli très favorablement. Il est resté d'un usage courant, toutefois avec une extension nécessaire, en ce sens qu'il s'applique actuellement à toutes les maladies parasitaires causées par les Champignons. Une série de dérivés ont été formés avec ce mot, suivant le siège anatomique ou la nature de l'agent pathogène : otoroycose, onychomycose, dermatomycose, blastomycose, discomycose, actinomycose, etc. II est très regrettable que le nom de mycosis fongoide ait été donné et maintenu à une affection cutanée qui n'est aucunement une dermatomycose. II va sans dire que les intoxicatiouK par les Champignons vénéneux ne rentrent pas dans la catégorie des mycoses, mais dans celle des a chiminoses ».
Le terme de mycose et ses dérivés sont à la fois si précis et d'un emploi si commode qu'il a paru désirable d'user de vocables similaires pour désigner les maladies parasitaires d'origine animale ou bactérienne. M. le professeur J. Guiart, à l'époque où il était encore chef des travaux pratiques et agrégé de parasitologie à la Faculté de médecine de Paris, a le premier fait usage des termes de zoose et baclérinsey que nous avons aussitôt adoptés, au Laboratoire de parasitologie, et qui, depuis environ deux ans, sont couramment employés dans nos écrits et dans notre enseignement oral.
Le mot baetériose se comprend de reste, d'après ce qui vient d'être dit : la lèpre, la peste, le choléra sont des bactérioses. Quant au mot zoose, il a été adopté d'abord parce qu'il est formé sur le même modèle philologique que mycose et baetériose, ensuite parce que le mot zoonose avait été employé en Allemagne dans un sens très différent, ainsi que je l'avais déjà fait remarquer à l'époque : la dysenterie amibienne, l'anémie des mineurs, la gale, la maladie du sommeil sont donc des zooses.
Ces distinctions et classifications sont incontestablement inspirées par le souci de faire usage d'une nomenclature exclusivement étiologique
(2) Reder und Korânyi, in Pilha und Billroth's Handbuch der allgemeinen und specieUen Chirurgie. Erlangen, 1870; cf. I, 2. Abtbeilung, p. H4.
(3) Bollinger, in Ziemssen's Handbuch der specieUen Pathologie und Thérapie, III, p. 395, 1874.
(4) R. Virchow, Àrchiv fUr pathol. Ànatomie, IX, p. b58, 1856.
Dans ce sens, où il se sont engagés résolument depuis une dizaine d'années au moins, les Parasitologues sont d'accord pour aller beaucoup plus loin; il en résulte une singulière précision de leur langage, ainsi que l'abandon obligatoire d'une foule d'expressions synonymes entre elles, dont la multiplicité, pour une même maladie, tenait à 1 ignorance de la cause et à l'importance excessive attribuée à des caractères secondaires, tels que la variété du siège anatomique ou de la répartition géographique.
Bien qu'ils doivent allonger cette noie, quelques exemples sont utiles pour faire comprendre en quoi consiste le progrès réalisé.
Vuncinariose^ causée par VUneinaria dnodenalis, est l'affection connue sous les noms de chlorose d'Egypte, hypohémie intertropicale, anémie des mineurs, anémie du Saint-Gothard, opilation, etc. La filariose, causée par la Filaria Bancrofti, était précédemment désignée sous les noms d'hématurie intertropicale, hémato-chylurie, chylurie, éléphantiasis des Arabes. Certaines de ces dénominations persistent, mais elles ne désignent plus que des symptômes et non des entités morbides distinctes, comme auparavant : on décrit donc une hématurie filarienne, comme on connatl d'autre part une hématurie babésienne. Cette dernière s'observe chez les animaux tels que le Boeuf; elle est symptomatique de la babésiose, causée par le Babesia bovis, petit parasite des globules rouges du sang.
L'uncinariose et la babésiose, que je viens de citer, sont généralement connues sous les noms impropres d'ankylostomose et de piroplasmose, les parasites patho»jènes recevant alors les noms d' Ankyloatoma duodencUe et de Piropldsma bovis. Ces dénominations sont inacceptables, non qu'elles soient mal formées ou qu'elles invoquent des caractères inexacts, mais par l'unique et primordiale raison qu'elles se sont introduites dans le langage scientiflque plus ou moins longtemps après d'autres termes absolument synonymes et demeurés valables. Dans les sciences naturelles, tous les noms faisant double emploi doivent être supprimés et la loi de priorité doit être appliquée dans toute sa rigueur: elle est la base inébranlable de toute la nomenclature zoologique et botanique; elle doit donc être appliquée aussi aux termes médicaux dérivés du nom des parasites.
La maladie du sommeil est causée par le Trypanosoma gambiense; c'est donc une trypanosomose. Mais le nagana d'Afrique, le surra des Indes, le mal de caderas du Paraguay, la dourine d'Europe sont aussi des trypanosomoses, et plusieurs d'entre elles peuvent frapper soit le ChevaL soit le Bœuf. Les trypanosomoses constituent un groupe nosologique naturel, qui se subdivise en un certain nombre de maladies distinctes; en histoire naturelle, on aurait nettement la notion d'un genre comprenant plusieurs espèces; en fait, il en est bien ainsi, puisque les agents pathogènes sont des animalcules d'espèce différente, appartenant à un seul et même genre.
Pour distinguer ces espèces morbides, il ne suffirait pas de dire: trypanosomose équine ou bovine, du Cheval ou du Boeuf. Nous avons la la chance de posséder pour chacune d'elles une dénomination spécifique : maladie du sommeil, nagana, surra, qu'il me semble nécessaire de con-
server. II en est hei\reuseinent de môme pour les deux spirochétoses actuellement définies chez l'Homme : typhus récurrent et liëvredes Tiques (Tick fever).
En l'absence de telles dénominations spécifiques pour les diverses maladies parasitaires, on se voit contraint de faire intervenir la notion du parasite lui-même, ce qui précise sans doute, mais alourdit singulièrement le langage; c'est ainsi, par exemple, qu'on doit distinguer parmi les filarioses celle à Filaria Bancrofti, celle à F. diuma, celle à F.Dfmarquaiji. Mais ce sont là des distinctions très rarement employées et qui ne sont, dans la pratique, d'aucun inconvénient. —- R. Blanchard.
Monument de Pasteur à Buenos-Aires. — Le 10 avril 1898, a été inauguré à Buenos-Aires un monument à la mémoire de Pasteur. Ce monument est d'une tenue artistique particulièrement harmonieuse (planche frontispice). II se dresse dans les jardins de l'Hôpital Français, calle Rioja, 951 ; il a été élevé à l'aide d'une souscription populaire, dont la cotisation maxima avait été fixée k 5 piastres. Il est l'œuvre de deux Français, M. Pézieux, statuaire, et M. P. Betat, architecte.
Nous devons la photographie de ce remarquable monument à M. le Président de la Société philanthropique française; il a bien voulu la faire exécuter à notre intention, à la demande de M. J. Lignières. Nous leur exprimons à tous deux nos sincères remerciements.
La peste de Marseille, 1720. — Extrait du Journal et Correspondance dexMathieu Marais (Paris, Didot, 4 vol., 1864-1869) :
« 20 août (1720;. — L'état de la ville de Marseille a touché la cour. On a envoyé quatre mille louis à M. Le Bret, intendant de Provence, pour leur distribuer avec des petits billets et des remèdes. Les médecins ont fait ouvrir les corps morts ; on les a trouvés pleins de Vers. On a mis ces Vers dans de l'eau froide, dans de l'eau chaude, dans du vinaigre, dans du vin, dans de leau-de-vie ; ils ne sont pas morts. On les a mis, pour dernière expérience, dans du citron et de l'huile, ils sont morts, et les médecins croient avoir trouvé un remède à cette maladie contagieuse qu'ils disent n'être pas la peste ». — P. Pic, Les heures libres. Paris>Steinheil, in 8' de 388 p., 1908; cf. p. 72.
Institut de Médecine coloniale. — La sixième session s'est close le 24 décembre 1907. Elle a été suivie par 27 élèves, dont voici l'énumération, par nationalités ; le nom de ceux encore dépourvus du diplôme de docteur, bien qu'ayant achevé leur scolarité, est imprimé en italiques:
Fha.nce : MM. Belky Boulin, Crespin, Demoreau, Gréhant, Jacquemart, Jouenne, Julien, Louveau, Parrot, Poisot, Ragaine, Vaissier et Weisgerber.
Brésil: M. Bastos.
Colombie: MM. Gutierrez, Otalvaro, Pareja, Mejia y Ochoa et Reyes.
Egypte: M. Mohammed Oassef.
HaIti: mm. Hodelin et Salomon.
Mexique : M. Zuniga y Âzcarate.
Paraguay : M. Vera.
Perse : M. Abelghassem.
Syrie: M. Many.
M. PoisoT, interne des hôpitaux de Paris, a été classé premier. Viennent ensuite, avec la note très bien, et par ordre alphabétique, MM. Bastos, Crespin, Jouenne, Many, Salomon, Weisgerber et Zuùiga y Azcarate. Ont obtenu la note bien^ MM. Belle, Jacquemart. Oassef et Reyes.
L'examen de Parasitologie a été particulièrement satisfaisant. En outre de Texamen oral, chacun des candidats devait reconnaître 25 préparations choisies parmi les deux listes suivantes, dont le total monte à 46 pièces ;
Préparations microscopiques