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Nous croyons pouvoir conclure de nos expériences que, dans les intoxications par divers poisons, tels que l'arsenic, le phosphore, l'acide pyrogallique, la quantité du soufre difficilement oxydable de l'urine subit une augmentation relative.
Lorsque l'intoxication est effectuée avec lenteur, l'augmentation ne se manifeste qu'au bout de quelques jours, sans doute lorsqu'une dose suffisante de toxique a été accumulée par le foie.
Lorsqu'on agit mécaniquement sur le foie, on observe une augmentation analogue, mais qui se produit d'emblée.
DE LA GREFFE THYROÏDIENNE EN GÉNÉRAL ET DE SON ÉVOLUTION HISTOLOGIQUE EN PARTICULIER
Par Id D' H. CRISTIANI Prirat-dooeot à l'Uoiversité de Génère.
(Planches I et II)
1 est un fait acquis aujourd'hui, c'est que la greffe thyroïdienne sauve la vie des animaux thyroïdectomisés. Avant d'arriver à cette conclusion, il fallait encore expHquer deux séries de faits contradictoires : d'abord qu'il arrive que des animaux thyroïdectomisés ne succcombent pas à la thyroïdectomie, et ensuite que la greffe du corps thyroïde ne sauve pas tous les animaux thyroïdectomisés.
On a pu aujourd'hui expliquer la plupart de ces faits apparemment contradictoires.
Pour ce qui est des animaux thyroïdectomisés survivant à l'opération il a été démontré qu'il existe, surtout chez le chien, assez fréquemment des glandes thyroïdes supplémentaires, siégeant à des endroits différents du corps, notamment au cou et sur la crosse de l'aorte (Schiff, etc.). Chez les lapins, qu'on avait vu survivre régulièrement à l'extirpation du corps thyroïde, Gley a démontré l'existence de glandules thyroïdiennes embryonnaires qui, d'après cet auteur, peuvent remplacer la fonction thyroïdienne après l'ablation de cet organe. Quant aux rats, auxquels on avait aussi attribué la faculté de résister à la thyroïdectomie, nous avons pu démontrer nous-méme que la survie de ces animaux était due à des débris du corps thyroïde, ayant échappé à l'extirpation et devenant ensuite le siège d'une régénération partielle de l'organe.
L'objection que la greffe thyroïdienne ne sauve pas toujours la vie des animaux, n'est pas non plus bien fondée, car pour qu'une
ArCH. de PHY8., 5» 8BRIB. — VII. 5
greffe soit utile, il faut qu'elle réussisse. Or la plupart des expérimentateurs ont prouvé que cette réussite est loin d'être la règle. L'organe peut en effet se nécroser et se résorber assez rapidement et de cette manière les mauvais effets de la thyroïdectomie ne sont pas évités.
D'un autre côté presque tous les auteurs sont d'accord pour admettre que, lorsque la greffe réussit, l'organe, pour des causes inconnues, n'arrive pas à vivre indéfiniment, mais au contraire finit par s'atrophier et à ce moment les symptômes de l'athyroïdie peuvent se manifester et le plus souvent la mort de l'animal peut s'ensuivre.
Le premier qui ait pratique avec succès la greffe thyroïdienne après la thyroïdectomie est Sehiff*;il a cependant remarqué que les organes greffés finissaient par s'atrophier, de manière qu'il n'en restait que des taches ou des épaississements rougeâtres sur le péritoine.
Carie ^ a aussi constaté le même fait chez un chien ; cependant les greffes en général ne lui ont pas réussi.
Fano et Zanda^ ont réussi une fois la greffe chez un chien.
Zuccaro * a fait la greffe thyroïdienne chez des chiens, d'un sujet à Tautre, et a conclu qu'elle était inutile, puisque la glande greffée dégénérait constamment.
Eiselsberg* dans un premier mémoire expose l'insuccès de ses greffes thyroïdiennes sur des chats (1 1 cas), pratiquées pour éviter les accidents de la thyroïdectomie. L'organe transplanté se nécrosait toi^'ours, soit qu'il fût pris à un autre chat et greffé préalablement à l'animal qu'on allait opérer, — soit qu'on transplantât immédiatement à l'animal même, dans Vnbdomen, la glande thyroïde qu'on venait de lui extirper.
Seulement dans deux cas, il réussit à greffer une moitié de thyroïde avant l'ablation de la seconde moitié, et dans ces cas les animaux survé- (îurent.
Dans une nouvelle série d'expériences, Eiselsberg^ a été plus heureux. Dans quatre expériences sur des chats, il réussit à greffer le lobe gauche de la thyroïde dans une poche entre le péritoine et l'aponévrose des muscles abdominaux. Après quoi il leur extirpa à des intervalles différents, le hibe droit de la thyroïde, sans voir survenir des symptômes Càclieux. A|)rès un laps de temps variable (1 mois, 41 jours, 2 mois,
* ScHiKF, liovuc médicale de la Suisse romande^ 1884, n" 2 et 8.
* Cahle, Ceniralbl. f. Phys., 1888, n* 9.
■ Fano v.l Zaxda, Arch. per le Se. mcd.^ t. XIIL
* Zuccaro, Progr. med. di Napoli, 1890» t. IV.
* EiBKLSBKHG, Ucber Tétanie im Anschluss an Kroprextirpationen (SammL med. ScIii'iftcB, 1890; réf. Ceairalbl. f. paih. Anai.^ 1890).
* EisELsnKRG, Ueber erfolgreiche Einheilung der Kalzcnschilddriise in die lîauchdecke nnd Auflrelen von Tétanie nach deren Extirpation (Wiener kîinische Wochenschritty 1892, n* 5).
8 mois après le greffe) il extirpa l*organe greffé : cette fois les symp- Idmes tétaniques ne tardèrent pas à se montrer, dès le second jour, et les animaux succombèrent tous.
Uexamen histologique de la glande greffée représentait « une glande thyroïde, richement yascularisèe, complètement conservée dans sa structure ».
Pour la réussite de la gi*effe, Eiselsberg considère comme importants les deux points suivants :
1* L'opération doit être faite d'une manière absolument aseptique en évitant toute contamination de la plaie, ainsi que tout emploi d'antiseptique;
^ La transplantation de la glande doit suivre le plus près possible son extirpation, afin d'éviter tout refroidissement et toute coagulation de l'organe. C'est à la non-observation de ces règles qu'il attribue l'échec de ses premières greffes.
En 1892 également la greffe du corps thyroïde a été pratiquée par Sgobbo et Lamari * sur deux chiens et deux chats. La greffe ne réussit que dans un seul cas, sur un chien auquel on greffa un lobe de la thyroïde dans le ventre immédiatement après l'extirpation de la glande. Chez les trois autres animaux, où le résultat fut négatif, la transplantation fut faite avec des glandes prises sur d'autres animaux, et pas immédiatement après la thyroïdectomie : le troisième jour dans un cas, le deuxième jour dans le second cas, le quatrième jour dans le troisième cas. Ces animaux moururent avec les symptômes habituels et à l'autopsie on trouva un processus inflammatoire dans le péritoine autour de la glande transplantée. Les auteurs attribuent leurs insuccès au fait qu'ils ont laissé passer trop de temps entre la thyroïdectomie et la greffe.
Canizzaro^ a également fait des expériences sur des chats et des chiens auxquels il greffait la glande thyroïde sur les muscles sterno-hyoïdiens : il a obtenu la survie des animaux.
L'étude histologique des glandes greffées lui a permis de constater qu'elles perdaient leur substance colloïde et prenaient un aspect embryonnaire. Il affirme avoir vu cela encore trois mois après l'opération, mais n'a pas suivi le sort ultérieur des greffes.
Ughetti^ a fait des expériences de greffe d'une espèce animale à l'autre dans le but d'approfondir expérimentalement la question de la greffe thyroïdienne chez l'homme, qui se fait nécessairement toujours d'une espèce animale différente. L'auteur a aussi cherché à déterminer si la greffe préserve l'organisme indéfiniment, ou seulement pour un certain temps.
• Sgobbo et î^amari, SuUa funzione défia glandula tiroide (Rivista clinica c ierapeutica, 1892, p. 449).
• Canizzaro, Ueber die Function der Schilddrûse (Deutsche med. Wocbenscb.^ 1892, p. 184).
• Ughetti, Sulla fisiol. délia tiroide (Appunli crilici e nota prelimicare sul trapiantamento di questa ghiandola), Napoli, 1892 (Extrait de la Ri forma mèdica).
Il est arrivé aux conclusions suivantes :
La greffe préalable à des chiens du corps thyroïde de chien ou de lapin les préserve des conséquences do la thyroïdectomie exécutée après la réussite de la greffe. Ughetti fait cependant des réserves quant à la durée de cette préservation, car il croit que la glande greffée 8*atrophie avec le temps, et il se demande si, une fois la glande atrophiée, les symptômes de Tathyroïdie ne peuvent pas revenir.
Quant à Textirpation des glandes greffées qu Eiselsberg a toujours vue être fatale à ses animaux, Ughetti Ta vue parfois être suivie des symptômes d*athyroïdie ; d*autres fois les animaux continuaient a se bien porter. Dans le premier cas les symptômes se manifestaient toujours plus tard qu'après une thyroïdectomie normale.
Enfin, cet auteur insiste sur le fait qu'il a vu la glande thyroïde greffée s'atrophier graduellement.
Cette atrophie finale du tissu greffé a été d'ailleurs constatée pour toutes les greffes en général, à rexception de la greffe épithéliale superficielle, dont le rôle est différent et dont on ne saurait com-, parer les résultats à ceux des greffes profondes.
La disparition finale de la plupart des greffes, même lorsque le tissu greffé a contracté de solides adhérences, tient certainement à l'impossibilité, dans laquelle ce tissu se trouve, de fonctionner. Il n'y a assurément rien d'étonnant à voir s'atrophier un morceau de muscle ou de nerf greffé dans le péritoine ou sous la peau d'un animal : car ne savons-nous pas que la simple section d'un nerf laissé en place suffit pour amener l'atrophie de son bout périphérique? On peut aussi comprendre qu'une glande à conduit excréteur greffée de manière que son conduit ne puisse pas déverser son produit en dehors, finisse par s'altérer et disparaître, mais tel n'est pas le cas du corps thyroïde.
On ne s'explique pas facilement à priori, pourquoi cet organe, arrivant à fonctionner pendant un certain temps, doive nécessairement finir par s'atrophier. D'après ce que nous connaissons, la glande thyroïde exige pour pouvoir fonctionner des connexions vasculaires très abondantes et probablement certaines influences nerveuses, dont les détails nous échappent. Or, les auteurs qui ont pratiqué la greffe avec succès ont constaté que les liens vasculaires existaient dans la greffe : quant aux liens nerveux — qu'on n'a pas encore démontrés dans la greffe — il faut admettre, soit qu'ils y existent, soit que la fonction thyroïdienne puisse s'en passer.
Quant à admettre que la fonction thyroïdienne de la greffe ne soit qu'uniquement une action de présence, une action chimique de la substance de la glande, analogue à l'action .qu'<m obtient par l'injec* tion de suc thyroïdien, nous ne croyons pas qu'on puisse aujourd'hui
s'y arrêter, car l'action de la greffe, même lorsqu'elle est passagère, est quand même énormément plus durable que celle produite par l'injection de suc thyroïdien ; et en outre le fait que la glande greffée peut conserver son aspect normal, même après plusieurs mois, ainsi que l'ont constaté plusieurs auteurs, indique bien que ce n'est pas par résorption de sa substance qu'elle agit.
En partant de ce fait, que la greffe thyroïdienne fonctionne réellement pendant un certain temps, mais qu'elle finit par s'atrophier (et cela d'après tous les auteurs qui s'en sont occupés), malgré qu'il n'existe réellement aucune cause essentielle pour que cette atrophie se produise, nous avons essayé d'en rechercher les causes, et éventuellement le remède.
Nous avons vu que les animaux dont on s'est servi pour les expériences étaient en général des chiens, des chats et des lapins. L'opération de la greffe consistait à introduire dans le péritoine, ou sous la peau, ou entre la paroi abdominale et le péritoine, soit la totalité de la glande, soit un de ses lobes. Tous les auteurs ont constaté un nombre relativement très grand d'insuccès dans la reprise immédiate de la greffe, et cela d'après nous à cause des dimensions beaucoup trop considérables de l'organe greffé. En effet, déjà Eiselsberg avait invoqué cette cause pour expliquer l'insuccès de ses premières expériences et avait proposé pour favoriser la greffe, de morceler la thjToïde. Nous verrons plus loin, en parlant de nos propres expériences, rénorme avantage qu*on a à greffer de petits morceaux de l'organe.
Dans toute la littérature sur la greffe thyroïdienne, ce qui frappe tout d'abord, c'est la pauvreté d'examens histologiques de la glande greffée, qui auraient cependant pu contribuer à expliquer le mode d'action de la greffe et peut-être aussi les causes immédiates de ses fréquents insuccès et de son atrophie consécutive. Dans la plupart des cas les auteurs se bornent à mentionner si la greffe était grande ou petite, et la généralité constate qu'elle était atrophiée au bout d'un temps plus ou moins long. Canizzaro, Eiselsberg ont bien examiné au microscope quelques coupes de thyroïdes greffées, mais ils ne l'ont pas fait méthodiquement, de manière à se rendre compte de leur évolution.
L'étude que nous présentons aujourd'hui a pour but de compléter au point de vue anatomique et histologique nos précédents mémoires sur les effets de la thyroïdectomie et de la greffe thyroïdienne, et en même temps de démontrer qu'il est possible de produire des greffes thyroïdiennes à durée indéterminée, c'est-à-dire durant autant que la vie normale de l'animal.
Nous avons déjà communiqué dans une courte note lue à la Société
de Biologie (10 novembre 1894), le résultat de nos études sur les phases par lesquelles passe une glande greffée, depuis le moment de la transplantation jusqu'à deux ans après celle-ci. Nous allons les étudier ici avec plus de détails.
Pour ne pas compliquer le sujet, nous n'étudierons aujourd'hui que des greffes pratiquées sur des rats, avec le corps thyroïde provenant du même animal. Nous reviendrons plus tard sur des expériences de greffe croisée d'une espèce animale à une autre et à l'application de ce procédé de greffe de Tanimal à l'homme. Nous nous proposons aussi de reprendre l'étude des effets de l'extirpation de la greffe, car de nouvelles expériences sont venues modifier notre première opinion sur ce sujet.
Nous avons étudié dix-neuf greffes^ dont la plus jeune avait dixhuit heures de date et la plus âgée environ deux ans.
Macroscopiquement on constate que les greffes du premier jour sont libres dans la cavité abdominale : elles sont pâles et molles. Déjà le second jour on commence à apercevoir des adhérences qui sont cependant très faibles et se laissent facilement déchirer avec la main ou les instruments. Le troisième jour les adhérences sont déjà solides : en général la glande se trouve enveloppée dans l'épiploon ou le mésentère : parfois l'adhérence se fait au bord de la plaie, d'autres fois à l'intestin ou au foie, ou à un autre organe. Dans tous les cas, mais particulièrement lorsque la greffe adhère au grand épiploon, on observe très tôt une riche vascularisation superficielle qui fait reconnaître très vite la greffe dans la cavité abdominale, où elle tranche par sa couleur rouge foncée sur le reste. Pendant les premiers jours, en détachant ces adhérences, on remarque que cette couleur rouge appartient à l'enveloppe péritonéale et non à la glande elle-même qui est d'une couleur jaunâtre.
Depuis ce moment, c'est-à-dire depuis le quatrième jour, nous avons toujours constaté que la greffe. était bien adhérente, bien vascularisée et qu'elle paraissait toujours considérablement plus grosse que le corps thyroïde normal. Généralement le corps thyroïde était greffé en deux moitiés correspondant chacune à un de ses lobes : les deux parties se greffaient en général séparément, cependant nous avons remarqué une fois qu'elles s'étaient réunies et avaient formé une seule grosse greffe.
An microscope à un faible grossissement les greffes de dix-huit à vingt-quatre heures se présentent sous un aspect assez étrange : on ne reconnaît plus le corps thyroïde. D'abord les coupes mises dans un bain colorant (picrocarmin, hématoxyline, etc.) ne prennent presque pas la couleur : elles en sortent rose pâle ou grisâtres.
A un grossissement plus fort (%. 2), on peut reconnaître la forme
EVOLUTION DE LA GREFFE THYROÏDIENNE. 7t
des alvéoles, dont les parois très pâles sont parsemées de points fortement colorés, parfois ronds, parfois irréguliers: on n'y voit presque pas de cellules. Dans Tintérieur des alvéoles on voit de grosses cellules extrêmement pâles, gonflées, remplissant parfois la totalité de l'alvéole, d'autres fois disposées le long des parois et dé-> limitant encore une cavité centrale. Dans la plupart de ces cellules on ne peut pas distinguer de noyaux : dans quelques-unes cepeur* dant on en voit, mais ils paraissent plus petits qu'à l'ordinaire. En général, chaque cellule contient des points colorés. Les vaisseaux ne sont pas visibles : à peine peut-on deviner entre les diaphanes follicules des traces de capillaires paraissant oblitérés.
Dans une greffe de trois jours l'aspect macroscopique de la coupe diffère peu de celle du premier jour. On y remarque à la périphérie des cellules embryonnaires faisant partie du péritoine adhérent. Les coupes ne prennent pas encore bien la coloration ; elles sont cependant beaucoup plus colorées que celles des greffes du premier jour.
On y remarque même deux zones : une plus foncée à la périphérie, une plus claire au centre. A un faible grossissement ces coupes ont un peu l'aspect d'un réseau, dont les mailles sont dessinées en foncé et les espaces en clair (voir /iff. S et 4).
Le fort grossissement permet de distinguer que ces mailles, surtout bien nettes à la périphérie, constituent un riche réseau capillaire, dont les cellules endothéliales très nombreuses ont de très gros noyaux, dans lesquels on remarque de très nombreuses figures karyokinétiques : peu de noyaux sont ronds, à l'état de repos. Ceux qui ne sont pas en karyokinèse sont irréguliers et présentent des formes bizarres.
Dans les e^aces limités par les mailles de ce réseau et qui correspondent aux follicules glandulaires on voit des amas incolores où l'on distingue avec peine les contours pâles des cellules épithéliales, dont les noyaux sont encore invisibles ou presque : il y a par contre des granulations colorées. L'image que nous venons de décrire se rencontre surtout dans une zone intermédiaire qui se trouve entre l'extrême périphérie et le centre de la coupe (%. 3); cette image est différente si nous nous rapprochons du bord de la coupe ou de sa partie centrale. A la partie centrale nous voyons à peu près ce que nous avons décrit dans les coupes d'un jour, avec cette différence que les cellules épithéliales des alvéoles sont encore plus incolores et que les noyaux y sont absolument invisibles. Par contre l'extrême périphérie (%. 4) de la coupe nous montre déjà une image histologique mieux caractérisée. Le tissu est très bien coloré et nous y voyons déjà des alvéoles thyroïdiens de petite taille et n'ayant pas ou presque pas de cavité dans leur centre : ils sont entourés par du
tissu embryonnaire au milieu duquel rampent quelques vaisseaux capillaires embryonnaires. Depuis le tissu en état de prolifération qui forme une coque autoui' de la glande greffée partent quelques vaisseaux de nouvelle formation de calibre assez grand, dont les parois sont minces et embryonnaires. Ils sont gorgés de sang. Les petits follicules de la périphérie constituent à peine une rangée qui n'est même pas complète : on les voit nettement surtout là où il y a des vaisseaux de nouvelle formation.
Les coupes d'une greffe de cinq jours (ûff. 5) nous présentant déjà une différenciation très nette entre la partie périphérique et la partie centrale de l'organe. A un faible grossissement la couche périphérique, de beaucoup plus étroite que l'autre, a une structure nettement glandulaire, tandis que la partie centrale, occupant la presque totalité de l'organe, est nettement conjonctive.
A un grossissement plus considérable (ûff. 6) on voit à la périphérie des follicules glandulaires ayant déjà des caractères thyroïdiens définitifs : alvéoles épithéliaux contenant de la matière colloïde au centre. La grandeur de ces follicules est variable : il y en a quelques-uns de très grands à côté d'un grand nombre de moyens et de petits. Les follicules glandulaires ne forment plus ici, comme dans les coupes de trois jours, une seule couche et encore incomplète autour de la glande : cette couche est double et même triple dans certains endroits.
Il existe encore, entre les follicules, une quantité assez grande de tissu embryonnaire. Les vaisseaux capillaires sont beaucoup plus distincts et les gros vaisseaux sanguins de nouvelle formation venant de la périphérie sont plus puissants et plus nombreux.
Le tissu embryonnaire qui ne se voit qu'entre les follicules, à la périphérie, devient de plus en plus abondant à mesure qu'on se raporoche du centre, où il constitue toute la masse de l'organe. Il est ICI sillonné par quelques vaisseaux : il y a des cavités qui sont assez larges, irrégulières et presque sans paroi, contenant des globules blancs avec de la fibrine : ce sont des fentes lymphatiques.
La même image, mais plus perfectionnée, nous est fournie par une coupe d'une greffe de neuf jours (ûff. 7).
Ce qui frappe toujours, c'est la différenciation entre la partie centrale et la partie périphérique. La couche glandulaire est ici plus épaisse, les follicules plus nombreux, l'infiltration interstitielle moins forte.
Les vaisseaux sont toujours mieux constitués : on les voit pénétrer plus profondément dans l'épaisseur de la partie centrale, où ils sont plus nombreux que dans les coupes précédentes et où leurs parois sont beaucoup mieux formées.
Depuis ce moment, la glande thyroïde est constituée : elle diffère d*une thyroïde normale par le fait que sa structure n'est glandulaire qu'à la périphérie et qu'elle présente une infiltration plus ou moins abondante entre les folUcules. C'est une glande thyroïde enflammée, dont la partie centrale serait en voie de cicatrisation.
Une image très caractéristique nous est fournie par une greffe de quarante jours (%. 8).
Ici la couche glandulaire est très épaisse et a la forme d'un anneau bosselé entourant la partie centrale embryonnaire. Le tissu thyroïdien de la couche glandulaire est très parfait ; les alvéoles sont nombreux et parfois très gros ; ils contiennent généralement de grandes quantités de substance colloïde, rétractée par les agents fixateurs, {6ff. 9, a a) avec de nombreux prolongements filiformes qui la ratachent aux cellules épithéliales. Il y a très peu d'infiltration cellu-laire entre les follicules.
Le passage entre la couche glandulaire et la couche embryonnaire est ici très brusque {fiq, 9) ; il y a une délimitation assez nette entre ces deux tissus. Dans la masse de cellules embryonnaires qui constituent cette couche centrale, on voit des vaisseaux assez nombreux et des traînées de cellules disposées parallèlement qui ne sont que des vaisseaux en voie de formation. Dans la masse de cellules embryonnaires, on voit aussi, surtout dans la partie qui est voisine du tissu glandulaire, de nombreuses cellules géantes contenant un grand nombre de noyaux.
La pièce qui a servi à cette étude était la greffe d'un lobe de thyroïde sur un jeune gros rat : ce lobe de la glande était relativement très grand. Nous faisons remarquer ce détail, car dans une greffe de vingt-sept jours, où le corps thyroïde est de moitié environ plus petit que dans le cas précédent, la couche glandulaire était, au vingtseptième jour, déjà tellement développée qu'il n'y avait plus au centre qu'une portion très petite de tissu coryonctif infiltré. Le rapport donc entre le volume de l'organe greffé et la rapidité de son évolution est ici très nettement démontré par la comparaison de ces deux pièces; la petite gi'effe n'ayant que vingt-sept jours de date est beaucoup plus avancée que la grande de quarante jours. . Sur une greffe de deux mois et demi, de grande taille {fig, 10), il n'y a plus à distinguer deux couches, une glandulaire, périphérique, l'autre embryonnaire, centrale ; ici on remarque du tissu glandulaire partout. Seulement la glande est comme partagée en deux lobes par de fortes travées conjonctives, et ces lobes sont encore subdivisés en lobules. Le tissu thyroïdien parait par places tout à fait normal ; il y a cependant une infiltration cellulaire entre les alvéoles plus ou moins accusée, selon les régions.
La greffe la plus âgée que nous ayons pu nous procurer a environ deux ans, ou plus exactement dix-neuf mois et dix^huit jours.
Ayant élevé depuis de nombreuses années une quantité très considérable de rats (blancs), nous avons observé que jamais la vie de ces animaux en captivité, même dans les meilleures conditions, ne dépassait deux ans. Or^ étant donné que la greffe avait été pratiquée sur le rat à l'âge de six semaines, nous nous trouvons en présence d'un rat ayant subi la thyroïdectomie et la greffe thyroïdienne et ayant vécu normalement jusqu'à un âge qui représente chez lui l'extrême vieillesse. Il est mort, en effet, de pneumonie avec œdème généralisé, c'est-à-dire de la mort des rats par vieillesse. 11 est encore bon de remarquer que deux de ses frères de la même portée, qui n'avaient jamais subi d'opération et qui vivaient avec lui dans la jnême cage, sont morts à peu de distance, environ deux mois auparavant, de la même maladie. Irons-nous jusqu'à dire que la greffe thyroïdienne a prolongé la vie en retardant la vieillesse? Pas précisément. Nous nous bornerons à constater que chez un animal thyroïdectomisé et greffé dans son jeune âge, la mort est arrivée par vieillesse, et l'organe greffé a persisté pendant tout ce temps sans, subir aucune atrophie.
L'opération de la greffe avait consisté à introduire dans le péritoine un lobe entier du corps thyroïde et la moitié de l'autre lobe. Le lobe entier (grosse greffe) a été retrouvé adhérent au mésentère et enroulé dans celui-ci; il paraissait considérablement plus gros qu'un lobe de corps thyroïde normal.
La moitié de l'autre lobe (petite greffe) était attachée à la paroi abdominale, au niveau de la plaie : il était plus petit que le précédent, mais plus gros que la moitié d'un lobe de corps thyroïde normal.
Les coupes pratiquées avec ces deux greffes (%. 11) ont montré partout la structure d'un corps thyroïde normal. 11 n'y avait pas de partie centrale et de partie périphérique ; tout était du corps thyroïde avec ses alvéoles de différentes grandeurs, contenant de la substance colloïde. La vascularisation était très riche et il n'y avait pas de trace d'infiltration cellulaire inflammatoire, comme on en observait toujours dans les coupes des greffes beaucoup plus jeunes.
En somme, l'étude systématique d'une série progressive de greffes thyroïdiennes nous montre que l'organe greffé, après avoir passé par le stade de tuméfaction trouble, revient à l'état embryonnaire et depuis ce moment commence à se régénérer. La régénération se fait depuis la périphérie et progresse vers le centre, en rapport direct avec les vaisseaux de nouvelle formation. La reconstitution de l'organe est assez rapide pendant les premiers jours pour la partie
ÉVOLUTION DE LA GRÉpFE THYROÏDIENNE. 75
en contact direct avec ie tissu inflanxmatoire qui constitue Tadhérence de la glande avec le péritoine, d'où viennent les nouveaux vaisseaux. Elle est plus lente pour la partie centrale, où les vaisseaux ne paraissent venir que des nouveaux vaisseaux de la périphérie : cependant la reconstitution de Torgane finit par être complète vers le troisième mois ; la rapidité de son évolution est cependant en rapport direct avec les dimensions de Torgane, car les petites greffes sont beaucoup plus vite mûres ou adultes que les greffes de grandes dimensions, et les portions de lobes plus vite que les lobes entiers.
Mais contrairement à Topinion généralement admise, ces organes greffés et régénérés peuvent persister aussi longtemps que la vie normale de l'animal sans subir aucune atrophie ; ils sont même, à la mort de l'animal, considérablement plus volumineux qu'au moment de la greffe, et cela même en faisant abstraction du volume des adhérences et des membranes de nouvelle formation qui leur constituent une capsule.
Donc la greffe thyroïdienne, pratiquée après la thyroïdectomie chez le rat, peut constituer un organe permanent ayant les attributs morphologiques du corps thyroïde.