DES EMBOLIES EXPÉRIMENTALES APPLIQUÉES A LEUR ÉTUDE
Par le jy H. LAMV
(Travail du laboratoire de physiologie pathologique des Hautes-Études.)
RÉSUMÉ DES Faits anatomo-cliniques.
L*attentioa a été attirée en ces dernières années sur les altérations primitives des vaisseaux de la moelle et sur la part qui leur revient dans un certain nombre de myélopathies aiguës ou chroniques. L'on s'accorde aujourd'hui à reconnaître, à côté des processus dégénéraiifs des éléments nerveux, l'existence de lésions primitivement localisées à l'élément vasculaire.
La question n*e8t pas toujours des plus simples à résoudre. Dans les lésions dégénératives anciennes de la substance nerveuse, les vaisseaux capillaires de la moelle sont souvent intéressés d*une façon secondaire à un degré quelconque. Il en est ainsi dans les dégénérescences descendantes d^origine cérébrale, pour prendre un exemple qui ne présente aucune obscurité dlnterprétation. On sait quel fut le peu de fortune de la théorie vasculaire du tabès formulée par Adamkie>vicz. Mais il ne fallut rien moins que la preuve manifeste de Tintégrité des vaisseaux dans des cas de tabès incipiens pour mettre cette hypothèse à néant.
Certaines scléroses combinées (Ballet et Minor) *, la sclérose en plaques (Babinski)^ ont paru reconnaître une origine vasculaire. On a invoqué en faveur de cette interprétation la topographie de la sclérose, Torientation
* Ballet et Minor, Un cas de fausse sclérose systématique combinée (Archives de neurologie^ 1884).
* Babinski, Anatomie pathologique de la sclérose en plaques et des diverses rariétés de sclérose de la moelle {Archives de physiologie^ 1886).
des foyers malades autour des vaisseaux allérés, etc. Cette manière de voir, n*allant pas à rencontre des opinions admises, n*a guère jusqulci rencontré d'objections. Il s'agit là d'ailleurs de lésions diffuses et sans relations avec les différents systèmes de la moelle.
Mais voici que, plus récemment, la théorie vasculaire a été étendue à certaines affections classées parmi les myélopathies systématiqueSy P. Marie * admit le premier que la poliomyélite antérieure, jusqu'ici considérée comme une dégénération primitive des cellules motrices, n'était en réalité qu'une lésion secondaire à l'oblitération des artérioles 4{m aboutissent aux cornes antérieures. Les exam^;i8 apatomiques dans plusieurs autopsies de paralysie infantile récente (Goldscheider ^, Siemerling^) ont montré le bien fondé de cette manière de voir. Le professeur Raymond, dans un cas d'amyotrophie syphilitique a constaté une méningo-myélite vasculaire avec atrophie consécutive des éléments moteurs de la substance grise*.
Dans un autre ordre de faits, on tend aujourd'hui de plus en plus à considérer les lésions de certaines myélites aiguës diffuses comme relevant du mécanisme de la nécrose par ischémie. Le ramollissement médullaire observé en pareil cas, serait, non pas d'origine inflammatoire, comme on l'a cru, mais résulterait de l'anémie aiguë du tissu nerveux.
Tout en reconnaissant un mécanisme analogue, ce ramollissement /nedullaire diffère, par beaucoup de points de son histoire, du ramollissement cérébral. A l'inverse des artérites du cerveau, les altérations des artères spinales ne figurent point en général parmi les lésions de sénilité dues à l'athérome^. Dans les moelles d'individus âgés, on peut se convaincre que le système aHériel est le plus souvent intact en comparaison des vaisseaux de l'hexagone de Willis. Aussi les observations de ramollissement médullaire chez les vieillards sont-elles peu communes. Au contraire les artérites de la moelle appartiennent surtout aux processus aigus, et peuvent s'observer notamment au coure des maladici^ infectieuses chez des individus jeun^s.Tietzen^ a interprété de la sorte la plupart des myélites rapides caractérisées anatomiquement par le l'amollissement aigu de la moelle. Tûckwell, Leyden, Marchand ont fait connaître des observations de ramollissement médullaire d'origine embolique au •cours d'endocardites infectieuses. Mais c'est principalement dans les myélopathies aiguës de la syphilis que le mécanisme du ramollissement
* P. Marie, Leçons sur les maladies de la moelle. Paris, 1892, p. 466.
* GoLDscHKiDER, Ucbor PoliomyeliUs (Deutsche Zeitscbrift /. kUn, Med.^ 1893, t. XXin, p. 494).
' SiEMERLiNG, Zup patbol. Analomie der spiualen Kinderlàhmung (Archiv, A Psycb, 1894, Bd XXVI, Hfl 1, p. 276).
* Raymond, Atrophie musculaire chez des syphilitiques {Bull, do la Soc. de méd. des hôpitaux, 9 février 1893).
* Voir Démange, Contribution à l'étude des lésions scléreuses des vaisseaux spinaux {Revue de médecine^ 1885).
•TiETZBN, Die aciite Erweichung des Rûckenmarks {Inaug. Dissertation^ Marburg, 1886).