‹ Archives de physiologie normale et pathologique (volume 4)Chapitre 71 sur 257 · S JANVIER 1Ô95 JANVIER · texte numérisé non relu

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C. Une injection de 50 centimètres cubes de toxine tue le chien en cinq heures. La température de Tanimal commence à baisser trois heures après Tinjection et la période d'hypothermie ne dure

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que deux heures. Au moment de la mort le thermomètre ne descend pas au-dessous de 34'' ou 35"*.

Exp. IX. (29 janvier 1895). — Chien pesant 8>^r,850. A 10 heures du matin, injection dans la veine jugulaire de 50 centimètres cubes de toxine filtrée le 19 janvier. L*hyperthermie immédiate est très légère. Aucun autre symptôme immédiat. L'animal est laissé au laboratoire où règne une température de 4-^4*. A 1 heure, la température du chien n'a pas encore baissé. Un peu de tristesse. Sang à Tanus. Diarrhée sanglante. Vomissements glaireux. A 2 heures, la température a baissé de 2 degrés et le chien se couche pour ne plus se relever. Mort presque brusque à 3 h. 10 m. Température = 34«,9. (Graphique n» 9.)

D. Dans deux cas (Exp. X et XI) où nous avons encore augmenté la dose (53*^ et 65**) la mort du chien est survenue également en cinq heures avec les mêmes symptômes, mais sans hypothermie (38*4 et 39*3).

E. Le cobaye injecté sous la peau avec 1 ou 2 dixièmes de centimètre cube meurt en vingt ou trente heures avec une température rectale de 35* environ*.

II. — Nous ferons connaître ultérieurement nos expériences sur le mécanisme de cette hypothermie, nous voulons seulement signaler dès aujourd'hui quelques-unes de ses particularités.

A. Nous ne l'avons jamais vue se produire sans une notable période d'incubation occupée par de i'hyperthermie, qui débute très rapidement après rinjection. Cette période d'incubation est de quinze heures en moyenne chez le chien et le lapin injectés avec 1 à 2 ou 3 centimètres cubes de toxine. Nous avons pu la raccourcir (jusqu'à ti'ois heures) en augmentant la dose injectée; nous n'avons jamais pu la supprimer complètement, car des doses supérieures à 50 centimètres cubes, ont entraîné la mort du chien avant tout abaissement de sa température rectale.

L'existence d'une période fatale d'incubation entre l'injection d'une toxine microbienne hypothormisante et l'apparition du symptôme doit rappeler nos expériences sur le poison tétanique. Nous avons été les premiers, il y a deux ans, à mettre en relief ce fait qu'à côté des véritables toxines microbiennes, agissant à la façon des toxiques, il existe certains poisons solubles, également microbiens (le poison strychnisant du bacille de Nicolaïer entre autres), qui ne produisent leurs effets qu'après une période plus ou moins

* MM. d'Espine et de Marignac (de Genève) ont annoiic»'- en 1890 que le cobaye, inoculé avec des cultures vivantes do bacille diphtéruiue, meurl, avec une lempérature inférieure à 36*.

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longue d'incubation. Le poison diphtérique rentre dans cette catégorie intéressante, en tant qu'il engendre. l'hypothermie; nous allons voir également qu'il n'est vaso-dilatateur qu'après plusieurs heures d'incubation dans l'organisme. Enriquez et Hallion * ont remarqué de leur côté qu'une injection de 14 centimètres cubes de poison diphtérique dans la veine d'un chien ne produit des désordres enregistrables de la respiration et de la circulation, que vers la onzième heure après l'injection. La soi-disant toxine diphtéritique n'engendre donc pas ses principaux efîets à la façon des toxiques, mais se rapproche plutôt à ce point de vue de la culture filtrée du bacille de Nicolaïer. Pourrons-nous lui étendre l'interprétation que nous avons donnée du mode d'action du poison tétanique? Nous l'ignorons encore. Dès à présent nous devons cependant noter que la dose injectée a une importance beaucoup plus grande dans l'empoisonnement diphtérique que dans l'empoisonnement tétanique. Cela peut d'ailleurs s'exphquer par les lésions considérables causées par l'injection d'une dose un peu forte de culture filtrée du bacille de LôfQer*.

B. La température du local habité par les animaux injectés ne paraît pas avoir d'influence sur l'apparition plus ou moins rapide de l'hypothermie, mais elle a une grande importance, quant à l'intensité de celle-ci une fois commencée. Le chien, le lapin sont devenus comparables à des animaux à sang froid, se réglant sur la température ambiante. Nous avons remarqué que les chiens amenés du chenil, où il gelait, au laboratoire chauffé présentaient presque immédiatement une élévation marquée de leur température rectale ; celle-ci rebaissait dès que l'animal était reconduit au chenil.

Nous avons institué avec deux lapins l'expérience suivante :

Exp. XII. (8 janvier 1895). — Deux lapins de poids à peu près égal reçoivent à 5 h. 30 m. dans le tissu cellulaire, chacun 3 centimètres cubes d'une toxine filtrée le 15 décembre. Leur température monte immédiatement. Ils sont mis au chenil où il gèle.

9 janvier, A 8 heures du matin leur température a des tendances à baisser. L*un est laissé au chenil à 0<*, Tautre est mis dans une vaste chambre étuve à -f- ^^' Celui du chenil baisse progressivement et meurt à 5 heures (vingt-quatre heures après Tinjection) avec T. = 25<»,8 ; celui de rétuve meurt une heure plus tard avec T. = 40«. Un lapin neuf est laissé quarante-huit heures dans la même étuve et en sort bien portant avec la même température rectale qu*à rentrée, après avoir présenté il est vrai une légère élévation de température. (Voir le graphique n» 10.)

• Enriqukz et Hallion^ Soc. de hioï.y 26 d«'îcombre 1894 (Gourmont, discussion).

• Gourmont et Doyon, Lésions inteslioale? dans l'intoxication diphtérique expérimentale [Soc. de biol.y 2 février 1895).

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INTOXICATION DIPHTÉRITIQUE. 259

La déperdition du calorique joue donc un grand rôle dans Thypothermie de Tempoisonnement diphtérique. L'expérience précédente parait prouver également que cette hypothermie n'a pas, par ellemême, une part importante dans le mécanisme de la mort des animaux, puisqu'en l'empêchant de se produire par suppression de la déperdition de chaleur animale, on ne retarde pas sensiblement la mort. Nous avons vu d'ailleurs que la mort en cinq heures peut s'obsei'ver chez le chien sans hypothermie.

C. Le poison diphtérique a des effets vasodilatateurs violents. Les expériences relatées dans les mémoires de Roux et Yersin montrent déjà les animaux succombant avec une vasodilatation générale, de la congestion, des hémorragies. Nous avons remarqué les mêmes effets chez tous les animaux ; il n'est même pas rare d'observer de gros infarctus. Il est probable que cette vaso-dilatation est la cause de la déperdition considérable de chaleur des animaux intoxiqués et par suite est pour une part dans celle de l'hypothermie. Il est difficile de prouver qu'elle en constitue à elle seule le mécanisme, dans lequel peut également rentrer un défaut de production de la chaleur animale.

En tous cas, il est intéressant de remarquer que cette vaso-dilatation ne se montre (absolument comme l'hypothermie) qu'après une assez longue période d incubation. Nous injectons le 30 janvier 1895 (Exp. XUI) un chien de 8 kilogrammes avec 1 centimètre cube et demi de toxine dans la veine jugulaire. Six heures plus tarp la température n'a pas baissé, les muqueuses de la bouche sont normales; nous le sacrifions. On ne constate aucune trace de vaso-diiatation des organes inî^rnes (foie, intestins, etc.) ; l'autopsie ne se signale par aucune particularité.

Il ne semble donc pas que ces phénomènes vaso-dilatateurs puissent tenir à la présence, dans la culture filtrée, de substances vaso-dilatatrices analogues à celles que nous connaissons ; ces dernières n'ont pas besoi)» de plusieurs heures pour mettre en jeu l'appareil nerveux si délicat qui préside à la vaso-motricilé.

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VARIATIONS DE VIRULENCE DU VENIN DE VIPÈRE Par MM. 0. PHISALIX et O. BERTRAND

(Travail du Muséum d'histoire naturelle.)

De nombreux travaux ont démontré que les sécrétions microbiennes varient en quantité et en qualité, suivant les conditions dans lesquelles se sont développés les microbes. Étant donné Tanalogie que nous avons établie entre ces sécrétions et le venin de la vipère, il était vraisemblable que celui-ci présenterait, suivant les conditions d'existence de Tanimal, des différences du même ordre.

Il y a longtemps, du reste, qu'on avait remarqué combien sont variables les accidents consécutifs aux morsures de vipère. Mais les explications qu'on en a données étaient contradictoires. Pour les uns, ces différences tiennent uniquement à la quantité et au mode de pénétration du venin; pour les autres, au contraire, elles résultent surtout des variations de toxicité de ce venin. Il est probable que ces deux causes agissent simultanément, mais cela n'a jamais été étudié d'une façon systématique.

Au cours des recherches que nous avons faites antérieurement sur le venin de vipère, nous avons eu l'occasion d'examiner comparativement des venins d'origines très variées, et nous avons recueilli des documents qui nous permettent non seulement d'élucider cette question, mais encore de mettre en lumière des faits d'une plus grande importance.

Au sujet des variations de toxicité du venin de la vipère, un grand nombre d'opinions ont été émises. On a considéré successivement la variété, le sexe, Tâge, la saison, etc., comme des causes susceptibles de modifier la qualité du venin. Déjà, Ambroise Paré écrivait, en parlant des aspics [Œuvres^ 6* édition, 1607, p. 757) :

A Outre ces choses, faut entendre que le lieu et le temps auquel les bestes venimeuses sont nourries donnent plus ou moins de vigueur à leur poison, car celles qui sont nourries aux montagnes et aux

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lieux secs sont plus dangereuses que celles qui sont nourries es lieux froids et marescageux. Aussi, toutes morsures de bestes venimeuses apportent plus de danger en esté qu'en hyuer. Dauantage, celles qui sont affamées ou ont esté irritées sont plus dangereuses que les autres, et leur venin est plus pernicieux à ieun, qu'après qu'elles ont mangé. Pareillement, les ieunes et qui sont amoureuses, c'est-à-dire en mit, sont plus malignes que les vieilles et que celles qui ne sont en rut. Aussi on tient que le venin des femelles est plus dangereux que celuy des masles. »

Les mêmes affirmations ont été rééditées depuis par la plupart des auteurs. Nous les avons soumises au contrôle de l'expérience et nous avons reconnu que, seule, l'influence de la saison et de la localité était vraiment efficace. En opérant sur des vipères provenant de différents points de France (Isère, Puy-de-Dôme, Vendée, Seine-et- Oise, Jura, Haute-Saône), nous n'avons constaté aucune différence appréciable entre leurs venins, malgré la variété, le sexe ou l'âge de ces animaux, qu'ils soient à jeun ou à l'état de digestion.

Nous exposerons séparément les variations du venin, constatées suivant la saison et suivant la localité, les premières étant d'ordre quantitatif, les secondes d'ordre qualitatif. Ces dernières sont, du reste, de beaucoup les plus intéressantes.

Variations suivant les saisons. — Les opinions les plus contradictoires ont été émises, relativement à l'influence des saisons, sur le danger des morsures de vipères. Tandis que Tixier [Considérations générales sur la vipère (Soc. des se. méd. de Gannat, 1854)] dit : « C'est surtout au printemps que les morsures de ces serpents sont dangereuses, lorsque le long engourdissement de l'hiver a permis l'accumulation et par suite la concentration du venin », d'autres observateurs pensent que c'est, au contraire, pendant les grandes chaleurs de l'été que les blessures faites par la vipère sont les plus redoutables. Cette dernière opinion, la plus répandue, est aussi la plus conforme à la réalité, car nos expériences montrent que la virulence du poison augmente d'une manière continue du printemps jusqu'à l'automne, c'est-à-dire pendant toute la période d'activité de la vipère. En avril, par exemple, il faut de deux à deux fois et demi plus de venin pour produire le même effet mortel qu'en septembre, quelle que soit, d'ailleurs, la localité d'où proviennent les vipères.

Nous avons déjà fait remarquer * que, pour obtenir des résultats comparables, il fallait opérer non pas avec du venin liquide, dont la concentration varie d'un individu à l'autre, mais avec l'extrait sec

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