RESULTATS
!• Fonctionnement moteur dans Févacuaiion, — L'examen de nos radiographies en série, ou de nos dessins sur Técran, nous a montré dans toutes nos expériences sur la grenouille, sur le chien ou sur rhomme, que le fonctionnement moteur de Testomac qui s'évacue se fait, dans tous les cas, suivant le même mode ; ces expériences ont pourtant été répétées dans différentes conditions, comme nous le verrons plus loin, et un nombre de fois assez considérable. Nous avons examiné, en effet, une quinzaine de grenouilles ; pouf les chiens, nos premières expériences ont été faites sur des animaux chloroformés, puis, pour vérifier ce premier résultat, sur un chien apprivoisé, se laissant attacher sans résistance, ne se débattant pas et ne manifestant aucune émotion pendant tout le cours de Texpérience ; et enfin chez Thomme, nous avons examiné quatre sujets bien portants qui n'avaient jamais présenté aucun symptôme pathologique du côté de Teslomac. Voici donc comment se comporte l'estomac en train de s'évacuer sur la grenouille, sur le chien ou sur l'homme.
Les ondes de contraction naissent vers le milieu de la grande courbure ; la paroi de l'estomac s'aplatit, se creuse d'un sillon léger à ce niveau ; puis l'onde progresse, atteignant de nouvelles fibres musculaires, tandis que les fibres précédentes se relâchent.
A mesure qu'elle approche du pylore, le sillon qu'elle marque se creuse davantage, sur la grande courbure comme sur la petite, si bien qu'à la fin l'estomac est divise en deux parties inégales, la partie inférieure formant un antre prépylorique où les matières sont tassées par l'onde qui progresse vers le pylore toujours fermé. A là fin, lorsque l'onde est à trois ou quatre millimètres du pylore, les matières passent dans la première partie de l'intestin grêle qui se contracte aussitôt et chasse les matières plus loin : c'est l'onde prë* pylorique qui se continue sur le duodénum comme nous avons pu U voir sur le chien. .
. • 'MOfAicrré STOHACAiiB. "89
Pendant ce temps, une onde nouvelle s'est fôimée sur la grande courbure de Festomac ; elle apparaît au moment où se forme Tantre prépylorique, comme pour y chasser les matières contenues dans la cavité de l'estomac. Quelquefois, lorsque l'évacuation est lente, cette contraction ne progresse pas, elle meurt sur place une fois que ['antre prépylorique s'est formé ; en général, elle descend comme la première, creusant un sillon de plus en plus profond, tandis qu'une Dode nouvelle nait sur la grande courbure. On peut étudier facilement tous ces détails sur Testomac de la grenouille et sur celui du chien ; sur l'homme, on ne peut voir que les contractions qui se propagent sur la grande courbure, la petite courbure étant cachée jNir l'ombre de la colonne vertébrale.
D'autre part, comme nous avons pu le voir chez la grenouille, sur i'estomac viennent mourir les contractions œsophagiennes ; elles lescendent, elles s'étalent sur la grande courbure qu'elles dépri- [neot dans sa partie supérieure, puis s'effacent. Elles ne semblent [)as se continuer avec les contractions de la région jprépylorique.
La seule difTérence, au point de vue fonctionnel, que nous ayons pu constater entre l'estomac de la grenouille, celui du chien, ou celui de l'homme, tient à la vitesse de propagation des ondes. Chez la grenouille, elles sont plus lentes et se succèdent toutes les trente secondes environ.Chezle chien et chez l'homme, elles se suivent à dix ou quinze secondes d'intervalle et mettent vingt à trente secondes à se propager, depuis leur point d'origine jusqu'au pylore.
Mais, somme toute, dans ces trois espèces animales, l'estomac présente au point de vue fonctionnel deux parties distinctes ; la partie^ supérieure, la plus considérable, qui sert de réservoir aux aliments et où les contractions, s'il y en a, ne sont pas visibles sur l'écran ; la région pylorique qui est vraiment Torgane moteur de l'estomac et qui, par des mouvements péristaltiques violents et périodiques, chasse peu à peu dans le duodénum les matières accumulées dans Testomac.
Nous rappellerons que ces faits avaient déjà été notés par quelques observations sur Tanimal, mais dans d*autres conditions d'expérience. Hofmeister et Scfaûtz ^ isolaient rapidement Testomac d'un chien avec quelques centimètres de Tœsophage et du duodénum ; ils le portaient à letuve, et pendant quelques minutes voyaient les ondes naître sur la partie inférieure de la grande courbure et la région prépylorique se eoDtrecier nettement. Mais ces deux auteurs admettaient que les contractions péristaltiques, nées sur la grande courbure, ne se continuaient pas dans la région prépylorique ; d'après eux, Tantre se vidait par une con-
* HoFMUBTER ot ScHÛTZ, Atcb. fûr exper, Patb, und PhêriOi, 1886, t. XX.
^W) J.-Gfi« ROtiX ET BALTHAZARD.
^traction totale: les faisceaux longitudinaux so contractaient d*abord, pais •les faisceaux circulaires. Nous avons vu qu'en réalité il n'en est rieo; -cette apparence était due probablement à ce qu*ils détachaient le duodénum, qui, alors, ne pouvait plus fournir de point fixe pour les contractions de Testomac.
Dans un travail récent, Ducceschi ^ a étudié Testomac du chien à Taide de fistules établies dans les différentes régions de Testomac. II a constaté dans la région pylorique des contractions plus violentes et régulières. Comme Hofmeister et SchQtz, il admet que « le cône formé par Tantre prépylorique se contracte et se relâche d*un seul coup par un mouvement comparable à une systole et une diastole ■, bien que, à notre ' point de vue, l'examen de ses tracés ne justifie pas cette conclusion.
Quant au fonctionnement moteur de Testomac de l'homme, on ne pouvait que le soupçonner. Von Moritx ^ avait bien vu qu'en introduisant, par la bouche, des manomètres dans l'estomac, on enregistrait des pressions beaucoup plus élevées dans la partie inférieure de l'estomac que dans le grand cul-de-sac ; Pfungen et Ullmann 3, sur un sujet porteur d'une fistule gastrique, avaient noté le même fait ; mais on n'avait aucune preXive directe de la fonction motrice de la région prépylorique de l'estomac.
2* Évacuation des solides et des liquides. — Après avoir ainsi établi le mode de fonctionnement moteur de l'estomac, nous avons essayé de discerner quelques-unes des causes qui provoquent les contractions de l'organe et qui règlent son évacuation. Un premier fait que nous avons noté, c'est la façon différente dont se comportent les liquides ou les solides : lorsque Ton fait ingérer à Tanimal ou au sujet en expérience une substance liquide quelconque (eau, sirop de sucre, et aussi chez la grenouille, albumine d'œuf crue), dès que le liquide est ramassé dans l'estomac le duodénum commence à se remplir; c'est en général à peine deux ou trois minutes après l'ingestion du liquide que l'évacuation commence ; chez le chien et chez l'homnie, les contractions de la région prépylorique apparaissent en même temps, et l'estomac continue à se vider régulièrement et lentement en chassant à chaque contraction une petite quantité de liquide dans le duodénum ; chez la grenouille, au contraire, les contractions de . la région prépylorique n'apparaissent que vingt à trente minutes après l'ingestion du liquide, bien que les anses intestinales aient commencé à se remplir, aussitôt après que le liquide s'est rassemblé dans l'estomac.
Les substances solides se comportent tout autrement ; la \iande
* Ducceschi, Arcbivio por h sciente mediche, 1897, n* 2.
* Von Moritz, Zeitscbrift fur Biologie, t. XXXII, p. 318.
* Ppunqen et Ullmann, Ceniralblatt fur Physiologie, 1887, t. It p. 221 et 275.
MOTRiaTK STOMACALE. 91
^nie ou Talbumine d*œuf coagulée s'accumulent dans restomac et y séjournent longtemps ; le pylore reste fermé et rien ne pénètre' dans le duodénum. Chez une grenouille à qui on fait avaler un demi-centimètre cube d'albumine coagulée; les contractions de la région prépylorique et Tévacuation de Testomac ne commencent guère que trois heures et demie à quatre heures plus tard. Sur le chien, c'est à peu près la même chose :
A on chien à jeun, on donne à midij 50 grammes de viande crue hachée, mélangée à 10 grammes de bismuth ; de temps en temps ranimai est examiné ; à 3 h. 10 m. les contractions de la région prépylorique apparaissent, l'évacuation commence, et la tache sombre que dessine la viande mêlée de bismuth, diminue peu à peu de dimension ; on continue à observer l'animal jusqu'à 4 h. 30 m. et Tévacuation continuant toujours suivant le même mode, on cesse l'expérience.
n est assez difficile de déterminer à quel moment une pâte peu épaisse atteint assez de fluidité pour se comporter comme un liquide ; surnotre chien, par exemple, l'albumine d'œuf incomplètement coagulée, et formant une pâte relativement liquide, s'est comportée comme un aliment solide ; au bout d'une demi-heure, il n'y avait ni contraction de la région prépylorique, ni évacuation.
8^ Action de feau, des solutions de peptone et des solutions éâcide cblorydrique sur les contractions de l'estomac. — Le fait que Testoiçac reste immobile pendant trois heures environ après l'ingestion d'un aliment solide, nous a permis d'établir la valeur de quelques substances pour provoquer les mouvements de la région fwépylorique. Toutes ces expériences ont été faites sur notre chien apprivoisé, de façon à éliminer autant que possible tous les troubles nerveux qui auraient pu modifier le fonctionnement de l'estomac.
L'eau pure ne produit rien : nous avons fait avaler à notre chien, après qu'il avait pris 50 grammes de viande crue hachée, 50 ou 100 centimètres cubes d'eau, l'animal étant suspendu verticalement. Le liquide restait à la surface de la viande tassée dans le bas-fond de l'estomac ; on le distinguait parfaitement sur l'écran, il fonnait, au-dessus de la tache sombre de la viande, une couche plus claire, à surface horizontale, et qui fiuctuait à tous les ballottements imprimés à l'animal ; mais cette couche liquide ne persistait pas longtemps, elle disparaissait au bout de cinq à dix minutes, soit que l'eau ait été absorbée, soit qu'elle ait été évacuée par le pylore.
Comme nous allons le voir, les solutions de peptone ou les soluiions d'acide cblorydrique se comportent d'une façon toute différente. Dans ces expériences, nous avons employé la peptone de Witte ; nous
9S J.-CH. nOUX ET BALTHAZARD.
donnions à rBoiinal 60 grammes d*éau tenant en eohitioh 5 a 10 grammes de peptone. Quel que soit le moment de la digestion, le premier effet d*une solution de peptone ingérée est d*amener une sécrétion abondante et durable; en effet, la couché fluide que Too ^ aperçoit dès que le liquida est dans Testonoiac, au lieu de disparaître en quelques minutes, reste visible et s'accroît même rapidement. Elle persiste ainsi pendant une heure à une heure et demie, et quand elle disparaît c'est que le liquide de sécrétion s'est entièrement mêlé aux aliments solides ; tout le conteifiu stomacal ne forme plus qu'une masse pâteuse, fluide, homogène, en train de s'évacuer dans le duodénum.
En même temps, la solution de peptone excite la contractilité de l'estomac ; si l'estomac présente déjà des contractions, l'ingestion de peptone les exagère immédiatement, que le contenii' stomacal soit représenté par des aliments solides ou liquides, qu'il soit acide ou alcalin; si l'estomac est immobile, au contraire, il faut un certain temps, quinze à vingt minutes^ avant qu'apparaissent les contrac* lions de la région prépylorique ; une fois apparues, elles persistent en général pendant toute l'évacuation de l'estomac. L'évacuation commence d'habitude avec les contractions de la région prépylorique ; pourtant, lorsque la masse alimentaire contenue dans l'estomac n'est pas réduite en bouillie, il se produit des contractions pendant vingt à trente minutes avant qu'il ne passe rien dans le duodénum. Voici, pour confirmer ces quelques points, le résumé des expériences faites avec la peptone sur notre chien. .
23 juin. — L*animal à jeun reçoit à 3 heures, 50 grammes de viande crue hachée, mêlée a 10 grammes de bismuth ; un quart d'heure après (à 3 h. 15), on lui donne 50 centimètres cubes d*une solution de peptone à 10 0/0. Immédiatement après, on voit au-dessus de la viande une couche de liquide qui persiste ; vingt minutes après Tingestion de la peptone (à 3 h. 35m.) les contractions de la région prépylorique apparaissent etrévacuation commence ; les contractions persistent jusqu'à 4 h. 15, à ce moment elles s'affaiblissent, la couche de liquide qui surmontait la viande a diminué, puis est disparue. On donne alors à Tanimal 50 centimètres cubes d'une solution de peptone à ^0/0. Cinq, minutes après, les contractions redeviennent très nettes. Une couche de liquide apparaît au-dessus de la viande, elle persiste tout en diminuant jusqu'à 5 h. 15 m. A. ce momenti les contractions de Testomac continuent toujours, la couche de liquide a disparu, le contenu de Testomac ne forme plus qu'une pète homogène
qui ballotte lorsqu'on secoue Tanimal.
27 juin. «— L*animal à jeun (à 3 heures) reçoit une pâtée faîte avec deux œufs incomplètement coagulés et 20 grammes de bismuth. «—Une demi-heure après il n*y a ni contraction, ni évacuation, on lui fait alora
MOTHIGITB stomacale; 98»
90)' avaler 50. éenUmètres cubes d'une solution, de- peptonè à k â h. 45, un quart d*heure après, Févacuation et les contractions loent ; elles continuent et s'exagèrent jusqu*à 4 h. 15 m., moment cesse l'expérience* Ija pâtée contenue dans l'estomac était trop our qu'il pût exister une xsouche de liquide surnageant.
in. — . L^animal qui, dans les quatre expériences précédentes, iché verticalement, est laissé en liberté,^ on ne l'attache que de t temps pour examiner son estomac.
lal à jeun mange à 3 heures, 50 grammes de viande crue, hachée, ec 15 grammes de bismuth ; à 3 h. 15 m. on Texamine, pas de on, pas d'évacuation ; à 3 h. 30 m. idem. On lui donne alors aètres cubes d'une solution de peptone à 20 0/0 ; 25 minutes Texamine, très fortes contractions dans la région prépylorique, icuation. A 4 h. 15 Tévacuation commence seulement; les consent toujours très fortes; à 4 h. 45 m. les contractions sont très violentes, l'évacuation continue : le contenu de l'estomac nu pâteux. On cesse réxpérience. Comme l'animal n'était placé ment que pour l'examen, il était imposible que le liquide se discouche surnageant sur la viande. -
llet. — Animale jeun, reçoit à 3 heures,. 60 gramme^ de sirop de
lant en suspension 15 grammes de bismuth : Tévacuation com-
assitôt, contractions de la région prépylorique peu marquées. On
n*e les contractions et Tévacuation pendant une demi-heure. On
le alors (3 heures), 4 grammes de peptone en solution dans
mes d'eau, les contractions s'exagèrent aussitôt .
45, il reçoit 5 grammes de bicarbonate de soude ; à 4 heures, il
grammes de bicarbonate de soude ; les contractions continuent
énergiques; à 4 h. 15 m., les contractions étant toujours éner-
on prend un échantillon du contenu stomacal qui est alcalin,
avons fait également quelques essais avec une solution CQcinal à 3 0/0. On constate à peu près les mêmes phéno-
il se produit immédiatement une sécrétion abondante ; elle
jusqu'à ce que le contenu de l'estomac soit réduit en une mogène ; la seule difîérence que nous ayons constatée, c'est allu plus longtemps pour que les contractions de la région rique apparaissent, trois quarts d'heure environ, tandis qu'une
de peptone, dans lés mêmes conditions; les fait apparaître aart d'heure. Peut-être l'acide chlorhydrique n'amène-t-il des ions dans l'estomac qu'en accélérant là production de pepr ea dissolvant 5 granmies de peptone de Witte dans 100 cen-
cubes de la solution de HCl, des contractions très nettes ^rues au bout d'un quart d'heure. Voici les expériences se mt à ce siget.
94 i.-GH. ROUX ET BALTHAZARD.
4 juin. — Grenouille à jean reçoit 1/2 centimètre cube d*albuminecot^ gulée, à 5 heures moins 20 minutes A 5 heures, Testomac étant immobile on lui fait avaler un centimètre cube d*une solution d'HCl of&cinal à 1/iOÛO ; à 5 h. 10 m., contractions énergiques de la région prépylorique ; Testomac commence à s'évacuer.
Une grenoiiitttt témoin qui a reçu 1 centimètre cube d'eau, au lieu de la solution d^HCl, ne prémite aucun mouvement de Testomac.
24 juin, — Chien à jeun reçoit, & 3 heures, 50 gi*ammes de viande crue, hachée, mêlée à 15 grammes delbîsaïuth. 20 minutes après, Testomac ne présente ni contraction ni évacuatm^ On fait ingérer au chien 100 centimètres cubes d'une solution d*HCl à S/HN^ à S h. 20 m. Jusqu'à 4 heures, pas de contractions, mais couche de lîquid%«|fArue aussitôt après ringestion de la solution, et qui augmente progressivanant de hauteur. A 4 heures, les contractions de la région prépylorique appartv^ sent : Tévacuation commence, les contractions peraistent et Tévacuation continue toujours de la même manière. A 4 h. 45 m. la couche de liquide n'est plus distincte, le contenu de Festomac est formé par une pâte fluide, homogène, qui ballotte quand on secoue l'animal. A 5 heures, les contractions et l'évacuation continuent sans modiÛcatioi^ ; on cesse l'expérience.
25 juin. -^ Chien à jeun reçoit, à 3 heures, 50 grammes de viande crue, hachée, mêlée à 15 grammes de bismuth. A 3 h. 15, on lui fait avaler 5 grammes de peptone, dissous dans 100 centimètres cubes d'HCl à 3/1000. Cinq minutes après, couche de liquide surnageant sur la viande ; à 3 h. 30 m., les contractions apparaissent, la couche de liquide s'est encore accrue ; à 3 h. 50 m., l'évacuation commence, la couche de liquide diminue; à 4 h. 10 m., les contractions qui ont cessé pendant cinq minutes, reprennent plus nettes. La couche de liquide s'efface de plus en plus, à mesure que le contenu de l'estomac devient plus pâteux ; à 4 h. 35 m., le liquide a disparu, le contenu de l'estomac forme une masse pâteuse ; à 4 h. 45, les contractions et l'évacuation continuent ; on aiTête l'expérience.