‹ Archives de zoologie expérimentale et générale (volume 2)Chapitre 137 sur 153 · SUR LA NATURE DES ÉPONGES · texte numérisé non relu

SUR LA NATURE DES ÉPONGES

Dans une note du premier fascicule, pag. iv, vol. I, de ces Archives ont été exposés quelques opinions et quelques faits présentés par les auteurs qui regardent les Eponges comme des dérivés du type Gœlentéré. Les naturalistes sont loin d*ètre d'accord sur la nature zoologique de ces élres et il existe encore aujourd'hui trois opinions principales.

Nous n'entendons parler que des opinions des auteurs qui rangent ces êtres parmi les animaux.

Les uns veulent en faire un type particulier que distingue une structure spéciale et difficile à bien nettement caractériser.

Les autres rapportent celte sorte de colonie qu'on appelle une éponge à des animaux dont la cavité digestive en forme de sac communique avec de nombreux canaux disposés en réseau au milieu du tissu commun intermédiaire aux divers individus, lesquels par leur réunion constituent un être complexe, une association, un Zoanthodeme ou une population d'animaux fleurs ainsi que cela se voit par exemple dans les Alcyons. D'autres ont imaginé qu'un tissu commun général formant la plus grande partie de la masse de l'éponge porte en certains points des séries de petits êtres distincts tout à fait analogues à des infUsoires.

Notre dessein n'est pas d'analyser tous les mémoires et tous les faits publiés à l'appui de ces opinions. Nous citerons seulement quelques observations nouvelles qu'on a présentées comme preuves de ces deux dernières manières de voir.

Le Dr. Th. Eimer a publié un travail fort intéressant sur les Cellules urii' contes et les spermatozoïdes des Eponges marines (1).

Jusqu'ici l'on n'avait pas trouvé dans les tissus des éponges ces capsules remarquables qui abondent dans les organes de tous les Cœlentérés et sur les fonctions desquelles on n'est pas encore bien fixé; je veux parler des Nematocystes ou cellules à fils entortillés en spirale qui dans certaines conditions se déroulent comme un ressort à boudin et s'échappent à l'extérieur; que leur cellule soit détachée du corps ou qu'elle. soit encore immei^ée dans les tissus,

(1) Voy. Archivé fwr MtcroiJtopisehe Anaiomie de Max Schultzb. toI. 8 — Jan« Tier 1872 — pag. 3SL

Arch. de Zool. Exp. et Gen. vol. 1. 1872. E

Lxvi NOTES ET REVUE

On a pensé que ces fils en pénétrant dans nos tissus étaient la cause de ces sensations si acres, si brûlantes, de cette urtication si violente que déterminent quelques Cœlentérés. Aussi a-t-on donné le nom de cellules urlicantes à ces capsules qu'il est plus prudent de nommer comme le faisait Jules Haime Néma^ tocysies^ ce qui ne préjuge rien sur des fonctions qu'on est encore loin d'avoir absolument démontrées.

La présence des nénialocystes dans les tissus des Cœlentérés a paru fournir un caractère de première valeur à plusieurs naturalistes.

Le prof. Haeckel pense que Tabsencc' complète des organes à fiJament (/^Tesselorgané) dans toutes les Eponges, et leur présence constante dans les Coralliaires, les Hydromédusaires et les Cténophores est le seul caractère morphologique qui sépare nettement et absolument la première de ces classes des trois dernières. Aussi a-t-ir réuni celles-ci en une seule division, les Acâlèphes ou Cnid^ {Nesselthiere) (i).

Le prof. Huxley avait de même formé de ces trois classes le groupe des Ne-

MATOPHORA.

Il faut enfin remarquer, ainsi que le rappelle le Dr. Th. Eimer, que les naturalistes ayant le plus étudié les Eponges, MM. Bowerbanck, Johnston, Gray, 0. Schmidt, Miklucho-Maclay — n'ont pas signalé Texistence des Nématocysles {Nesselzellen) dans ces êtres.

Les figures données par le doct. Tli. Eimer ne laissent aucun doute Q2) . Le filament pelotonné soit en dedans de la capsule soit saillant à l'extérieur offre la plus complète analogie avec les filaments urticants des Goralliaires ou des Acalèphes.

C'est dans plusieurs espèces d'Epongés siliceuses qu'il les a rencontrés, chez les KENIERA (Os. Schmidt) et en particulier les Reniera fibulata^ et DesmaceUa vagahunda (Os. Scb., etc.).

Si donc l'on ne met pas en doute la découverte des nématocystes dans les Éponges, et il n'y a pas de raison pour cela, si d'un autre côté l'on admet que la présence de ces corps fournit l'un des caractères les plus importants des Cœlentérés, on en tirera évidemment la conclusion que la découverte du docteur Th. Eimer prouve le rapprochement déjà essayé des Éponges et des Cœlentérés tels que les Alcyonaires.

Mous ne ferons qu'une remarque, les Éponges nous paraissent correspondre à un type bien distinct, bien caractérisé, et les preuves données à Tappui de leurs relations avec les Alcyonaires ne nous ont pas encore convaincu. Tout en admettant que les nématocystes existent dans les tissus des Éponges, il ne nous est pas possible d'admettre qu'ils soient l'apanage exclusif des Cœlentérés et par cela même qu'ils puissent fournir un caractère d'une valeur absolue. Tous les naturalistes savent en effet, que chez les Eolidiens on rencontre des espèces dont les- papilles sont bourrées à leurs extrémités de nématocystes offrant la plus grande analogie , la plus complète similitude avec les mêmes organes chez les Cœlentérés. Enfin le docL Hermaon Fol en a signalé la présence aussi dans les Appendiculaires (3).

La seconde opinion qui rapproche les Spongiaires de l'un des groupes des Infusoires vient aussi d'avoir de nouvelles publications à son appui.

(1) Yoy. EaNEST H^eckbl, Ueber den Organismus der Schwâmme und ibre Yerrvandtschaft mit den Corallen. Jen. Zeitsch Bd. Y. pag. 213.

(2) Yoy. Loc. cit., pag, 283, tig. A.

(3) Yoy. U. Fol. Mémoire de la société physique et d'histoire naturelle de Geoevc, vol. XXI, 2« partie, pag. 3.

NOTES ET REVUE litii

Il a paru dans un journal anglais (i) un travail du prof. II. James Clarck, (Prof. Nal. Hist. Kenlucky, University, I/exinglon, Ky'), qui on le sait a des opinions toutes opposées à celles rappelées plus haut

Nous ne pouvons exposer en ce moment les théories générales de M. James Glarcky sur ce qu'il appelle la Polarity et le Poîycephalism, dans les animaux; nous prierons le lecteur de voir pour cela Tarticle publié sur ce sujet (2).

Nous dirons seulement que comme preuve de son opinion antérieure, à savoir que chaque cellule des corbeilles vibratiles des Éponges est un être analogue à un Infusoire flagellé, il publie les dessins et Thistoire d'une nouvelle espèce de Spongille d'Amérique (3), chez laquelle pour lui chaque cellule des corbeille est un cephalic member {a cephalid in this caze) of a polycepfuilic individual.

Autour de ces corbeilles les éléments, pris jusqu'ici pour des cellules, seraient à ses yeux des individualités céphaliques groupées en certains points du tissu commun de l'éponge.

Chacune de ces individualités céphaliques, appartenant néanmoins à une société, à un être polycéphalique, auraitia forme d'un corps ovalaire granuleux, présentant dans son intérieur deux vésicules pulsatileset serait surmonté d'un long tube membraneux ou voile {craspedum) au centre duquel paraîtrait comme un axe le long flagellum caractéristique. Du reste, voici textuellement la définition donnée par M. James Clarck dans la description de la Spongilla aracknoïdea^ espèce qui vit dans les eaux douces de la partie ouest des Massachusetts.

« The Monads'cephalids. — We now proceed to describe the most essential « feature of Ihis animal, the Monads. They are the characterizing, the domina- « ting élément, in référence to which the whole organism is contrived and tt construcled. They are not cells; the are the heads of polycephalic individuall tt and consequently correspond functionally to the tentaculated heads of Polypi, « and not to their interior épithelial cells. We must fîrst describe what we call « the monad chamber ; the Monad chambers, are deep spherical hollow which tt form the réceptacles of the groups of monads. The are mère cavity, and bave « no lining wall (6). »

M. le Prof. James Clarck se félicite de voir M. Carter confirmer ses opinions par des éludes minutieuses de quelques espèces d'Épongés (5). C'est un appui important qu'elles reçoivent en efTet. Mais dans ce résumé nous ne voulons apporter aucun jugement sur des faits que nous n'avons point contrôlés par une observation directe. Nous l'avons dit en commençant nous rapportons simplement des faits publiés. Or, d'après ce qui précède, la diflérence entre les deux théories doit paraître très-grande, puisque lorsque Ton regarde les Éponges comme des Cœlentérés voisins des Alcyonaires les plus inférieurs, les corbeilles vibratiles sont évidemment des parties que Ton compare par analogie avec les cavités stomacales des polypes et que lorsqu'au contraire on veut comme MM. J. Clarck et Carter voir dans les cellules de ces corbeilles des Monades-lètes d'individus polycéphaliques, on les considère comme les analogues des tentacules des polypes. De tous ces faits il résulte que dans l'histoire des Spongiaires il y a encore bien des découvertes à faire et on champ infiniment vaste à exploiter.

Page 1