RAPPORTS ZOOLOGIQUES DES BRAGHI0P0DE
De tous les animaux» les Brachiopodes sont peut-être ceux qui ont été le plus ballottés d'un groupe à un autre dans les classiûcations Zoologiques.
La forme de leur coquille calcaire les fit d'abord confondre avec les Acéphales Lamellibranches. L'existence de leurs singuliers appendices buccaux ou bras avait sinplement servi à les faire distinguer comme une sous-classe. Un peu plus tard Huxley, d'un coté, Hancock, de l'autre, considérant la simplicité apparente de leur organisation et comparant leurs bras avec le lophophore des Bryozoaires d'eau douce, rapprochèrent les Brachiopodes du groupe des Tuniciers. Enfin une opinion bien plus étrange a eu aussi quelques succès : c'est celle de Vogl qui, s'appuyant sur la constitution du squelette des bras et sur l'existence si singulière de soies chitineuses qui les bordent ou bordent le manteau, voulut faire des Brachiopodes des crustacés.
Aujourd'hui un naturaliste américain, Edward S. Morse, apporte une autre idée et fait des Brachiopodes des Annélides.
Voilà donc au moins quatre classes auxquelles on a attribué successivement les Brachiopodes.
La dernière opinion, celle de Morse, est uniquement fondée sur des recherches embryogéniques portant sur les Térébratulines et sur l'étude d'une Lingule de la Caroline du Nord vivant enterrée dans le sable dans lequel elle se forme un tube et qu'elle peut creuser au moyen de ses soies. Elle avait déjà été émise d'ailleurs par Steenstrup.
Nous ne pouvons mieux faire pour juger ces diverses opinions que de reproduire en le résumant ce que M. de Lacaze Duthiers disait en i865 en s'occupant de la 'i hécidie.
La constitution fondamentale du système nerveux ne peut donner ici aucun renseignement. Il consiste en trois paires de ganglions, une sus-cesophagienne et deux sous-œsophagiennes, que l'on peut indifféremment considérer soit comme une chaîne ventrale rudimentaire, soit comme se rapportant au type des Acéphales dépourvus de pied. Li deuxième paire de ganglions inférieurs est d'ailleurs plutôt une dépendance de la première qu'une paire vraiment indépendante. C'est le point d'origne des nerfs du lobe palléal ventral, tandis que la première paire sert d'origine aux nerfs palléaux dorsaux.
Mais si la disposition des ganglions ne peut nous renseigner, celle des branches nerveuses est au contraire très- instructive.
En considérant le Brachiopode comme un Acéphale qui serait placé dans sa coquille de manière que son plan de symétrie soit perpendiculaire à la charnière au lieu delà contenir, on arrive facilement à trouver toutes les analogies possibles entre les deux organismes.
La masse nerveuse supérieure à l'œsophage correspond exactement à la même masse chez les Acéphales ; elle fournit des branches aux bras conmie chez ces derniers elle en fournit aux palpes labiaux. Les bras et les palpes labiaux doivent donc être considérés comme analogues.
La masse nerveuse sous-œsophagienne envoie des neris aux lobes du manteau chez les Brachiopodes comme chez les Acéphales ; elle est donc l'analogue desjgan-
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glioDS branchiopalléaux de ces derniers ; sealement chez les Brachiopodes les branchies et le manteau sont confondus.
Quant au ganglion pédieux il manque ici comme chez les Acéphales dépourvus de pied.
On observe d*ailleurs les mêmes rapports entre le cœur et le tube digestif qui chez les Brachiopodes est souvent aveugle. Les organes génitaux dans les deux groupes sont situés dans Tépaisseur du manteau.
Dans les Brachiopodes encore, les produits des glandes génitales s'échappent à Textérieur à travers de véritables organes de Bojanus comme cela se voit chez certains Acéphales, tels que divers Pectens, la Pinnanobilis, les Spondyles, etc. Dans les deux cas le corps de Bojanus est d'ailleurs tapissé intérieurement d*épithélium vibratile et poùède deux orifices, Tun externe, Fautre interne.
Chez. les Brachiopodes le ganglion palléobranchial se trouvant très-rapproché de la bouche, roriûce externe des corps de Bojanus a dû suivre son déplacement si Tanaiogie que nous avons cherchée à établû* avec les Acéphales est vraie. C'est en effet ce qui arrive : les orifices génitaux des Brachiopodes sont situés de chaque côté de la bouche et un peu au-dessous d'elle.
Ainsi tous les traits essentiels du Brachiopode rappellent TAcéphale lamellibranche et nous ne voyons dans cette organisation rien qui puisse donner l'idée d'une Annélide.
A la vérité, il y a dans l'économie des Brachiopodes beaucoup de caractères particuliers qui ne permettent pas de les réunir avec les Acéphales dans une seule et même Classe. Il faut y voir une Classe indépendante de TEmbranchement des Mollusques; mais on ne peut les éloigner de ces derniers animaux sans rompre toutes les analogies.
Le renversement de l'animal, dans sa coquille, les dispositions si spéciales et si variées de l'appareil musculaire ne sont pas des objections à cette manière de voir.
Le Tridacne lui aussi a subi dans sa coquille une sorte de retournement qui, pour être d'un autre ordre,' n'en indique pas moins que la position de l'animal par rapport à sa coquille n'est pas absolument fondamentale.
Quant à la disposition des muscles elle est en quelque sorte une dépendance de la position de l'animal dans sa coquille et de son mode de fixation. De même, chez les Tuniciers , la tunique devenant bivalve chez le CkevreuUus caJensis, un appareil musculaire spécial se forme pour se mettre en rapport avec cette disposition nouvelle.
La présence d'un collier nerveux exclut jusqu'ici tout rapport des Brachiopodes avec les Tuniciers chez qui on n'a pu voir encore qu'un seul ganglion.
Celle de cils vibratiles abondants est contraire à tout ce que l'un voit chez les articulés dont les branchies mêmes en sont privées. Les roues vibratiles des rotifères ne détruisent pas cet objection, leurs cils sont d'une nature bien différente de celle des cils ordinaires.
Quant à l'embryogénie, si elle rapproche les Brachiopodes des Annélides elle les rapproche aussi des Bryozoaires et n'est pas un argument sufiQsant.
D'ailleurs n'a-t-on pas décrit des larves de Némertes qui ressemblent étrangement à des larves d'fichinodermes ; sur cette ressemblance a-t-on jamais songé à dire que les Turbellariés et les Echinodermes ne formaient qu'une seule classe 7
Nous ne croyons donc pas qu'il y ait rien à changer à l'opinion émise en 1865 par M. de Lacaze Duthiers, que les Brachiopodes sont et doivent demeurer une classe de l'embranchement des Mollusques. Ils doivent être placés à la fin de ceux-ci après les Acéphales, immédiatement avant les Tuniciers que l'on peut considérer comme formant un sout-embranchement.
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