W. A. FORBES
Africaine
C?d*une trentaine d'années
A. Pettit
Indienne
P. Camper
iO
Africaine |
Jeune
Cf de 2 ans 1/2
W. DÔNITZ
A. VON MOJSISOVICS
Mais, ainsi que Ta indiqué P. Camper, la question se pose de savoir si cette variation n'est pas en rapport avec Tâge du sujet. Chez TEléphant, remarque cet anatomiste, « on observe une structure pareille aux reins des enfants, de Tours et des autres mammifères ; elle pourrait donc bien ne dépendre que de la grande jeunesse » de rindividu disséqué ; « et il est à présumer que dans TEléphant adulte, comme dans Thomme formé, la substance des reins devient plus homogène et plus lisse à Textérieur » (p. 41).
L'ensemble des documents, réunis actuellement, semble légitimer cette conception et F. Plateau et V. Liénard n'hésitent pas à conclure « que les anatomistes, qui ont disséqué de jeunes Proboscidicns, ont ordinairement trouvé les reins partagés en un grand nombre de lobules, tandis que ceux qui ont ouvert des individus adultes, ont vu les reins à peu près lisses ou n'offrant que des divisions en petit nombre et peu distinctes » (p. 279).
Chez l'Eléphant d'Afrique (un mâle adulte) qu'ils ont disséqué, I*'. Plateau et V. Liénard auraient même « considéré la partie périphérique du rein comme continue, si leur attention n'avait été attirée
NOTES ET REVUE gv
sur Texislence possible de partitions par les travaux de leurs devanciers» (p. 2.79-380) ; les deux analomistes belges n'ont, en edet, « retrouvé que des traces vagues de divisions, de légers sillons per- Boetlant de compter, encore avec doute, ci nq à si x lobules, sur une por-
Fig. 1.
Ph3. 1. — Face ventrale du rein * de l'Elephas africanus Biumb. a, artère; o. veine; 1-8, lobes rénaux ; *, sillon peu marqué séparant les lobes 1 et 2.
lion de la surface de l'organe, le reste étant lisse et continu » (p. 280). Sur l'exemplaire que j'ai examiné, un mdle, âgé d'une Irenlaine cTannéeSy Taspect est différent ; le rein est divisé en huit lobes dont sept sont facilement reconnaissables sur toutes les faces, le huitième n'étant délimité que par un sillon peu accusé (fig. 1).
* Cette pièce et deux autres préparaUons complémentaires ont été présentées k la Société de Biologie, dans la séance du i7 avril 1907.
cvi NOTES ET REVUE
^ A ce propos, on remarquera qu'il ne s'agit pas ici d'une simple
répartition en champs ' de la surface du rein ; en réalité, ce dernier
se compose de huit parties élémentaires, douées, comme on le verra,
d'un certain degré d'autonomie. En effet, à l'inverse de ce qu'on
observe chez la plupart des Mammifères, la capsule rénale ne se
laisse détacher qu'avec difficulté * et une dissection minutieuse ne
permet pas d'en débarrasser complètement la surface de l'organe ' ;
en outre, elle se réfléchit au niveau des sillons interlobaires et se
prolonge dans toute l'épaisseur du parenchyme rénal *.
Sur les sections parallèles aux faces ventrale et dorsale, le rein
ofrre,ainsi,raspectd'undamier,formédepolygones irréguliers, dont
la portion périphérique est occupée par de la substance corticale et la
portion centrale par de la substance médullaire et qui sont séparés
les uns des autres par des septa réfringents, d'aspect fibreux, épais
de 1-2 millimètres. En dépit des affirmations de certains auteurs,
substance corticale et substance médullaire sont très nettement
limitées l'une vis-à-vis de l'autre non seulement à l'état frais, mais
môme sur les pièces macérées ou putréfiées. C'est donc à tort qu'on
chercherait de ce côté la caractéristique du rein des Proboscidiens ;
celle-ci semblerait plutôt devoir être fournie par l'absence de papille
et l'abouchement direct des tubes droits dans un tubus maximtis *
(P. Camper, J. Hyrtl). Et, encore, cette disposition n'est-elle pas
absolument spéciale à l'Eléphant; on la retrouve, plus ou moins
modifiée, chez d'autres Mammifères, en particulier chez le Cheval.
Comme on Ta vu précédemment, sur les sections parallèles aux
faces ventrale et dorsale, le parenchyme rénal se montre subdivisé
en polygones irréguliers, séparés par des tr^ctus fibreux. Ceux-ci
décomposent le rein en une série de lobes •, qu'ils enveloppent d'une
* Htrtl propose l'expression de « Pelder », se refusant à employer celle de « Lappen -.
* Ce n'est pas, toutefois, le cas de tous les Éléphants disséqués Jusqu'à ce Jour. Chez l'Eléphant indien étudié par M. Watson, la capsule était » readily separable from the contained organ » (p. 61). A. von Mojsisovics la décrit, chez l'espèce africaine, comme vue membrane « ieicht abzuiôsende » (p. 78).
3 La présente description s'applique strictement au spécimen du Muséum, mort dans des conditions bien spéciales. On remarquera toutefois, que la capsule rénale n'offirait aucun signe d'inilammation.
* I^a jeune femelle A'Elephas afiicanus, disséquée par G. S. Huntinoton, présentait une disposition dilTérente : « The suici separaUng the lobes are bridged over by the same flrm arcolar tissue which forms the superflciai invcstment of the entire organs > (p. 113).
* Indépendamment de la musculature décrite plus bas. ^ Huit chez l'animal du Muséum.
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sorte de gaine, percée en divers points d'orifices au travers desquels se continue la substance rénale; d'autre part, au sommet des polygones, ils s'élargissent en une sorte de carrefour dont le centre est occupé par une artère de 1-2 millimètres de diamètre et à limitante interne bien développée.
A Fexamen microscopique, ces cloisons interlobaires, que W. DôNiTZ paraît avoir décrites sous le nom de « Bindegewebesepta >>*, se montrent essentiellement constituées par des fibres musculaires lisses, groupées en faisceaux dépourvus d'ordonnancement net et entremêlées de fibres lamineuses; elles renferment, en outre, des vaisseaux au voisinage desquels on observe quelques fibres élastiques. Au niveau des carrefours, une atmosphère conjonctive enveloppe l'artère et la sépare du tissu contractile * (fig. 2).
L'ensemble, ainsi constitué, se continue directement avec la capsule rénale ' et, d'autre part, est en rapport avec dos septa fibreux * qui pénètrent dans la substance corticale.
En somme, le rein de l'Kléphant d'Afrique est formé d'un nombre variable de lobes, entourés d'une sorte de sangle musculaire ^ Cette disposition, pour exceptionnelle qu'elle puisse paraître au premier abord, doit cependant être rapprochée de faits déstructure, réalisés chez d'autre Mammifères. Des travaux déjà anciens ont établi, en effet, Texistence de fibres musculaires lisses, non seulement dans le bassinet, les calices et la capsule du rein des Mammifères (Remak, LuDWiG, Ebertu, pour divers animaux ; Kralse pour l'Homme), mais, aussi, dans le parenchyme rénal proprement dit* (Henle,
* Bindegeweàezuge, de A. von Mojsisovics. (P- 78.).
* Les condiUons défavorables, dans lesquelles s'efTectuent les dissecUons d'animaux aussi peu maniables que les Éléphants adultes, ne m'ont pas permis de faire une étude histologique du rein; d'autre part, le souci de conserver des pièces de collection précieuses m'a empêché de poursuivre certains examens autant qu'il eût été désirable. Telles sont les causes des lacunes de la présente note.
Les fragments étudiés ont été fixés, par temps froid, environ 2i heures après la mort, dans l'alcool à 90* ; ils ont été colorés par le bleu polychrome, — l'hématoxyllne et réosine orange — ITiématoxyline et le Van Gieson — l'hématoxyllne, l'orcéine et le vert lumière.
* Pour M. Watson> chez l'Éléphant indien, la capsule rénale est composée de « dense Hbrous tissue > tp. 60).
* Sur la signiflcation normale ou pathologique de ces septa, voir plus bas,
* Le rôle de cette musculature consiste-t-il à assurer l'évacuation de l'urine hors d'un organe volumineux ? C'est là une cxplicaUon vraisemblable, mais, en faveur de laquelle on ne saurait faire valoir actuellement aucun fait décisif. On trouvera, cependant, des arguments intéressants à ce point de vue dans le travail de S. D. Kostjuhjn.
* D'après, Rbmak, tel serait aussi le cas des Ophidiens.
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EcHAV, Eberth, Jairdet, Kostjumn, von Ebkbr). Ainsi que Fa éUbli Jarihet, le rein de THoomme renferme « des faisceaux musculaires lisses en assez grande abondance. Ces fibres peuvent être rangées^ d'après leur situation, «n trois groupes. Les unes sont 4»ériphériques...; d'autres doublent le bassinet et forment les muscles
Fig. 2.
Fio. 2. — Coupe d'une portion du rein de VElephas afiicanus Blumb. Reproduction d'une photographie (gross. : 15). Au point figuré, ies septa muscuiaires dessinent une sorte de carrefour, dont ie centre est occupé par une artère. Kntre les branches des cioisons contractiles, la substance corticale avec les glomérules de llalpighi.
annulaires des papilles, et, enfin, il en existe d'autres qui, se détachant de la face profonde du bassinet, remontent ou plutôt descendent la p}Tamide du sommet à la base... Ces dernières fibres ontelles des connexions avec les fibres superficielles? Cestce que nous ne saurions dire, n'en ayant jamais observé dans la partie la plus externe de la substance corticale » (p. 98).
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Vraisemblablement, il s'agit là d'une disposition assez générale*, qui atteint un développement remarquable chez TEléphant^. Toutefois, il convient de rappeler ici une notion due à Jardet : sous l'influence des irritations chroniques, les libres musculaires s'hypertrophient ; or, bien que l'état de conservation des tissus ne permette pas des conclusions rigoureuses, néanmoins, il est probable que le tissu rénal n'était pas indemne de toute lésion; dès lors, on est conduite suspecterune hypertrophie anormale du tissu musculaire '.On notera, cependant, que les cloisons contractiles ne sont le siège d'aucun des phénomènes de prolifération et d'immigration cellulaires, de régression, de mortilication et de phagocytose qui sont le propre des processus inflammatoires.
D'ailleurs, nombre d'autres faits de structure, les septa conjonctifs, notamment, soulèvent la même question ; mais, en l'absence de pièces de comparaison provenant d'animaux sauvages, tués en pleine santé, on ne peut songer à établir une démarcation précise entre les faits normaux et les faits pathologiques.
Enfîn, il importerait de savoir quelle valeur morphologique il convient d'accorder aux lobes qui constituent le rein.
La question a été tranchée déjà par W. Dônitz. Pour cet auteur, le rein de TEléphant est formé de véritables lobes ou rénicules, formant un système autonome *. Mais, il manque à cette conception de reposer sur des faits embryogéniques, seuls décisifs en pareille matière.
En l'absence de preuves irrécusables, quels arguments peut-on invoquer en faveur de Thypothèse de W. Dônitz?
Tout d'abord, il convient de signaler le fait qu'à chaque lobe semble correspondre, en général, un calice distinct^ ; en second
* D'autres organes dépourvus de conduits excréteurs (teUe la rate) offrent également, suivant les types zoologiques, des variations extrêmement étendues au point de vue de la musculature.
' Le cas du Mouton, étudié par R. Remak est à citer : « Eine vollstandige musculose Kapsel habe icli nur beim Scliafe aufflnden kOnnen ; sie liegt tiier zwischen der bindegeweblgen Kapsei und der Substanz der Niere, mit der sle durch Fasern, die sich zwiscben die Knàuelchen einzusenken scheinen, zusammenhângt » (p. 414).
* K. Remak avait soupçonné la vérité, ainsi que l'atteste cette phrase : « Vielieicht sind die neuerdings von Beckmann in kranlcen Niere gefundenen von ihm und Andcren als BindegcwebszeUcn gedeuteten Gebilde hicrhcr (fibres musculaires) zu ziiblen > ip. 415).
* Wirkliche Lappen ou renculi [sic] (p. 86).
* I^ relaUon n'est cependant pas constante: pour 5-6 lobes, P. Plateau et V. Lié.nard comptent 8 calices.
ex NOTES ET REVUE
lieu, on peut arguer de Tindépendance des rénicules signalée par M. Watson ; suivant cet anatomiste, chez TEléphant indien, les lobes « could be readily separated from one another, withoutany lacération of the rénal tissue »*.
il est à remarquer, cependant, que telle n'est pas la disposition chez tous les Eléphants. En effet, chez l'individu {E, Africanus) que j'ai disséqué, des travées de substance rénale, peu importantes à la vérité, établissaient des passages directs entre les lobes limitrophes.
En somme, Thypothèse suivante paraît la plus vraisemblable : comme il est de règle chez les Mammifères, le rein des Proboscidiens passe par un stade pluriréniculé, mais, ce dernier persiste, plus ou moins atténué, pendant toute la vie ; à TAge adulte, le nombre des lobes aurait encore tendance à diminuer ' et on observerait, ainsi, des lobes en voie de conglobation ^,
En résumé, le rein de l'Eléphant est un organe plurilobé, intermédiaire aux formes conglobées et pluriréniculées les plus typiques, caractérisé par le développement d'un système contractile cloisonnant.