INTRODUCTION
On rencontre dans Tovaire de certains Mammifères on tissu spécial^ d'importance variable, caractérisé essentiellement i>ar ses cellules polyédriques finement granuleuses à certaines périodes, remplies de graisse à d'autres moments. Ces éléments présentent des rapports étroits avec un réseau très étendu de capillaires. Leur noyau est volumineux. Leur cytoplasme présente souvent des formations ergastoplasmiques comme on en trouve dans les cellules témoignant d'une certaine activité glandulaire.
Les caractères de ces cellules leur ont valu le nom de cellules
AllCa. DB ZOOL. BXP. BT QÂH. — 4* SÉBIB. -~ T. VII. ~ (lit). 8
interstitielles et le tissu qu'elles forment a été considéré par Boum et Ldcon comme une « glande interstitielle de Tovaire » analogue à celle du testicule.
La (( glande interstitielle » de Tovaire a été observée chez les Eongeurs, Insectivores et Chéiroptères adultes. Bécemment, Sainmont en a fait une étude approfondie chez le Chat. Elles ont été aperçues par Tournetjx dans l'ovaire d'un fœtus de cheval à terme. D'autres grands Mammifères en sont privés à l'état adulte. M. le Professeur Prenant attira notre attention sur ces faits. Suivant ses conseils lumineux nous avons voulu faire un état de la glande interstitielle de l'ovaire depuis les stades les plus jeunes jusqu'à l'animal en pleine période d'activité génitale. Nous avons voulu suivre son évolution afin de nous rendre compte si, formation permanente chez les uns, elle ne manquait pas totalement chez les autres, et si apparaissant seulement à l'âge adulte chez certains elle ne serait pas, chez certains autres, l'apanage exclusif de la période fœtale. En un mot, peut-on opposer aux Mammifères dont l'ovaire est pourvu de glande interstitielle, d'autres Mammifères absolument dépourvus de cette formation?
En présence des différents aspects des cellules interstitielles au cours de leur évolution dans l'ovaire, nous nous sommes demandé s'il n'y avait pas lieu d'établir une comparaison avec les cellules interstitielles du testicule, et si, de même que selon BouiN et Anobl, il y a plusieurs glandes interstitielles successives du testicule, il ne pouvait exister aussi plusieurs glandes interstitielles de l'ovaire.
Voulant acquérir quelques indications sur le rôle de la ^ande interstitielle de l'ovaire, nous avions entrepris l'étude de sa physiologie. L'homologie des éléments de cette glande dans l'ovaire et dans le testicule nous avait fait entrevoir la possibilité d'une analogie physiologique. Le temps nous a manqué x>our mener à bien nos expériences. Nous espérons toutefois les reprendre sur une nouvelle base, et en faire le sujet d'une prochaine note.
Notre travail est le résultat de recherches entreprises depuis près de deux ans au laboratoire d'histologie de la Faculté de médecine. Avant d'en exposer la matière, il nous est très agréable d'y trouver l'occasion d'exprimer nos remerciements à tous les maîtres qui nous ont fait goûter l'art médical et les recherches scientifiques.
M. le Professeur Prenant avait déjà mis son laboratoire à notre disposition il y a cinq ans. Nous n'oublierons certes pas l'accueil bienveillant qu'il nous y a fait depuis cette époque. Qu'il veuille bien agréer ici l'expression de toute notre reconnaissance pour la sympathie dont il nous a entouré, et pour les conseils éclairés qu'il n'a pas craint de nous prodiguer.
M. le Professeur Pol Boihn participe amplement à nos remerciements. H nous a aidé de sa compétence spéciale dans nos recherches. L'amitié qu'il nous a toujours témoignée nous a profondément touché et nous sommes heureux de l'avoir augmentée encore par la fréquentation du laboratoire.
Nous n'oublierons pas non plus les bons moments passés dans le calme du laboratoire entre les causeries de nos maîtres et celles de nos amis Messieurs les Docteurs Soyer et Champt.
Nous remercions tout spécialement, pour les nombreuses pièces que nous devons à leur obligeance, M. le Professeur HAusHAiiTBE daus le service duquel nous avons eu l'honneur d'être externe, et M. le Professeur Vautrin.
HISTOBIQITE
Un grand nombre d'auteurs ont remarqué dans l'ovaire la présence des cellules interstitielles ou de cellules granuleuses analogues d'aspect glandulaire. Bien plus rares sont les auteurs qui en ont fait une description détaillée, et en particulier ceux qui ont assisté à leur formation et les ont suivies au cours de leur dévelopi>ement. Nous passerons assez rapidement en revue les premiers, cette revue existant déjà dans la plupart des ouYrages ayant trait aux formations interstitielles. Les seconds mériteront une analyse plus détaillée.
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Le premier en date (1868) FFLffGfESL a mentionné âans Tovaire des amas de cellules conjonctives remplies de granulations graisseuses qui donnent à Torgane une coiQeur jaunfttre. Leur apparition précoce empêche qu'on les rapproche des cellules des corps jaunes. Leur rôle serait Télaboration de maténauz en vue de la nutrition de Tœuf. Elles pourraient toutefois représenter des éléments en dégénérescence disparaissant pour faciliter Texpansion des follicules.
SoHBÔN (1868) examinant des ovaires de Chattes adultes, y observe des cellules particulières, les « StromaaeUen » qui occui>ent la zone médullaire et dont Torigine serait dans la dislocation des corps jaunes.
His (1866) foit la description de cellules allongées, pourvues de prolongements, dans les ovaires de Chatte et de Vache. En raison de leur forme il les appelle « KùmzélUn ». Leur contenu cytoplasmique est granuleux et masque souvent le noyau. Elles proviennent, soit du tissu conjonctif transformé, soit des leucocytes. Leur apparition est très précoce et on en trouve déjà chez les jeunes Chattes de huit à quinze jours.
Waldetbe (1870) considère les « KomzelUn » comme des celliQes migratrices et les nomme « Wanderzellen ». H en décrit dans le fœtus humain de trente-deux semaines sous le nom de « Parenchymaaellen ».
BoBN (1874) décrit la x)ortion centrale {Keimlager) d'un ovaire de fœtus de Cheval de dix mois, comme constituée par des cellules polygonales remplies de granulations jau. nâtres. Elles disparaissent plus tard. La zone périphérique (KeimplaUe) renferme l'épithélium germinatif et les cordons de Pflûgee.
Ehbuoh (1877) examine les cellules plasmatiques de Wal- DETER et remarque une affinité particulière jwur le violet de Dahlia chez quelques-unes d'entre elles. H propose de les api>eler « Oranulirte zellen ». Les autres qui fixent très x>eu le même colorant sont pour lui les « Plasmazellen », dénomination soub laquelle il englobe les cellules interstitielles glandukûres de Tovaire, du
testicule, des capsules surrénales, des glandes coccygiennes et carotidiennes.
Gkeightok (1878) décrit dans la x)ortion centrale de Toyaire de jeunes Qiattes et de jeunes Chiennes, des cellules interstitielles dont il remarque comme His les rapi>orts avec les capillaires sanguins.
TouBNEUX (1879) confirme les observations de Bo£N chez les embryons de Cheval. H assimile les cellules interstitielles de Tovaire à celles du testicule. Leur origine serait dans le tissu oonjonctif formant le stroma des glandes génitales. Comme Sbdklioh il remarque leur affinité i>our certains colorants et les fait entrer dans le type des « Plasmazellen » de Waldeyeb.
BouGBT (1879)pensequedanslesovaires de Chatteet de Lapine, les cordons de cellules granuleuses « sont en effet des cordons segmentaires ou des portions des cordons de la zone médullaire vides d'ovules, n'ayant pas pris part à la formation des follicides ou n'ayant été que partiellement envahis par ces formations ».
Mac Leod (1880) distingue dans le tissu conjonctif de l'ovaire de Taupe, Hermine, Vesperugo pipigtrella, deux sortes d'éléments : des cellides plates et des cellules polyédriques granuleuses s^nblant renfermer de la graisse. Il les identifie aux c Karfiaellen » de His et aux « Plasmazellen » de Waldeteb. H remarque leur x>eu d'affinité pour les colorants et les nomme « ceUuUs ifUentiHelles ».
E. Van Bensden (1880) préconise lui aussi l'appeUation de « cellides interstitielles ». H en fait une description détaUlée dans l'ovaire de Vespertilio invrinus et de Bhinolophusfermm equinwn, et leur attribue une origine conjonctive.
PAiiADiNO (1881) considère dans le stroma ovarique d'un Lapin adulte les cordons médullaires provenant de l'organe segmentaire, et des tubes parenchymateux, formés d'éléments polyédriques pavimenteux, destinés à régénérer le parenchyme ovarique.
ScHUUN (1881) remarque chez les embryons de Chat des amas de eeUules à grains réduisant fortement l'acide osmique. Il les
homologue aux « Kvmzellen » de His et aux « PUumazellen » de Waldeter. Ce seraient des cordons^épithéliaux analogues aux cordons de Pplugeb, se chargeant de graisse en dégénérant.
Habz (1888) confond les éléments d'aspect épithélial de Tovaire avec les tubes de Pflùgee et les appelle « EpUhelzellen und Strange des Segmentalsystems ». Très développés chez certains Mammifères (Cobaye, Lièvre, Cheval), ces éléments restent atrophiés chez d'autres (Brebis). Malgré cette erreur regrettable et qui a été d'ailleurs relevée par Winiwabteb, son travail présente de l'intérêt par le matériel abondant qui en fait le sujet.
Chubugi (1885) considère la substance médullaire de l'ovaire du Lièvre adulte comme représentant la partie génitale du corps de Wolfp considérablement hypertrophiée.
Janosie (1887) regarde les amas cellulaires interstitiels comme des cordons médullaires hypertrophiés. H émet l'hypothèse de formations analogues aux cellules des capsules surrénales.
Nagel (1888) mentionne les rapports du tissu interstitiel avec les corps jaunes et les cordons médullaires.
LôWENTHAL (1888) adopte l'appellation de « Kâmzellen » et dit qu'elles ont une structure alvéolaire.
Plato (1897) a vu les différents stades marquant le passage des cellules conjonctives aux cellules interstitielles dans le testicule de jeunes Chats. Dans les ovaires de Chatte et de Souris il observe des cellules interstitielles analogues, chargées de graisse et, comme Pplugeb, il pense qu'elles ont un rôle dans la nutrition de l'œuf.
Eabl (1898) a observé dans les ovaires de Souris, de Lapine et de Femme, des cellules interstitielles au voisinage des follicules atrétiques. Alors que les follicules dégénèrent, un grand nombre de cellules du stroma se transforment en cellules épithélioïdes. Les corps jaunes pourraient aussi contribuer à la multiplication de ces éléments qui constituent la majeure i^saUe de l'ovaire du Lapin, car ils sont formés de cellules analogues. H ne peut cependant accepter cette idée : si l'on peut en effet admettre une augmentation et une différenciation des corps
CELLULES INTERSTITIELLES DE L'OVAIRE iOi
jaunes, on ne peut concevoir leur destruction propre. Ces cellules interstitielles provenant de la dégénérescence de la thèque des follicules atrétiques ont donné lieu à de fausses interprétations. Chez la Souris, oit elles existent en grand nombre, elles entrent en relation étroite avec des capillaires.
GoEBT (1898) assimile les cellules interstitielles de l'ovaire à celles du testicule. Leur origine est conjonctive.
P. BoTJiN (1899) observe que chez certains animaux (Kongeurs), un grand nombre de follicules de de Graaf s'atrophient X>endant le développement de l'ovaire et se transforment en formations particulières, faux corps jaunes ou corps jaunes atrétiqties. Ceux-ci sont produits par l'envahissement de la cavité folliculaire par les cellules interstitielles de la thèque qui se vascularisent secondairement et prennent l'aspect d'une glande à sécrétion interne. Ces faux corps jaunes représentent la première ébauche de la glande interstitielle de l'ovaire (Limon).
WiNiWABTEE (1900) étudiant les cordons médullaires de l'ovaire d'embryons de Lapin, relève les erreurs de ScHULm, Chiabugi, Pàladino et Habz qui ont confondu les cordons médullaires avec le tissu interstitiel.
BEOAin) et PoucABD (1901) constatent que les cellules conjonctives de l'ovaire « quelquefois appelées cellules interstitielles » ont une fonction sécrétoire active.
Nous arrivons maintenant aux travaux plus importants d'auteurs récents.
Limon (1901) fait une étude approfondie des cellules interstitielles de l'ovaire chez les Rongeurs, Insectivores et Chéiroptères. H dissipe la confusion résultant des nombreuses appellations données à cette formation et préconise le terme de « cellules interstitielles » parce que, dit-il, « cette épithète était justifiée par la situation de ces éléments au milieu des éléments conjonctife et par leur origine histogénétique commune avec ces derniers ».
Les cellules interstitielles sont arrangées généralement en nids ou lobules bien individualisés, orientés suivant les rayons
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de Tovaire. Leur nature glandulaire évidente et leurs rapports étroits avec les capillaires sanguins déterminent le qualificatif plus approprié de « glande interstitielle de l'ovaire ». Le rôle physiologique de cette glande est encore inconnu. Confirmant l'opinion de Winiwabtbe qui ne constate aucun rapx)ort génétique entre les cellules interstitielles et les cordons médullaires, Ldcon pense que la différenciation de la glande interstitielle aux dépens des éléments conjonctifs du stroma n'est pas probable et il les fait dériver de la prolifération des cellules conjonctives de la thèque des follicules de de Obaaf. Cette prolifération a x>our résultat la formation d'un organe spécial d'apparence épithéliale, le faux e^orps jaune.
L'origine attribuée par Ldcon aux cellules interstitielles de l'ovaire est vraie en ce qui concerne les Chéiroptères, Bongeurs et Insectivores. Chez ces animaux en effet la glande interstitielle est formée essentiellement chez l'animal jeune et adulte. Mais ce mode de formation n'est pas le seul, et la naissance des éléments interstitiels aux dépens du tissu conjonctif, observée par de nombreux auteurs chez d'autres animaux, est un fait. D'ailleurs comme nous espérons le montrer au cours de ce travail, les deux origines ne s'excluent pas chez un même animal.
MoNTUOBO (1908) préconise pour les cellules interstitielles le npm de « cellule midollari » (cellules médullaires) qui pour lui a l'avantage de ne préjuger, ni de leur nature, ni de leur situation. La substance médullaire, qui occupe chez le Lapin les quatre cinquièmes de l'ovaire, n'est pas la caractéristique de celle de tous les Mammifères. Certains, en effet, présentent une division nette entre la substance corticale et la substance médullaire. Les cellules interstitielles sont plus abondantes au voisinage du hUe, leur cytoplasme granuleux, avide de fuschine acide, comprend une zone centrale plus dense et une zone externe vacuolaire. Comme Ldcon il n'observe pas de mitoses dans les cellules interstitielles. H remarque la diminution de la graisse dans leur cytoplasme, pendant la grossesse. Pour ce qui est de leur mode de formation, il penche plutôt vers une origine mésenchymateuse.
Quant à leur rôle physiologique il ne peut se prononcer sur sa nature.
CoHN (1908) remarque que les cellules interstitielles ont un protaplasma chargé de gouttes de graisse, analogues à celles des cellules à lutéine du corps jaune, mais plus petites et plus finement divisées. Elles diffèrent encore, chez le Lièvre et le Lapin, par leur répartition dans le tissu conjonctil au milieu duquel elles forment des groux^es plus importants, et par la vascularisation capillaire plus pauvre. En outre, les limites cellulaires sont plus nettes, le protaplasma a deux zones différentes, et le noyau a sa chromatine finement divisée. H constate l'identité des cellules interstitielles et des cellules thécales, et leur attribue la même origine que Limon.
P. BoxjiN et P. Angel (1908) observent dans le testicule d'embryon de Porc la présence des cellules interstitielles contrastant avec leur absence totale dans l'ovaire. Us se demandent s'il n'y aurait pas lieu de faire jouer à ces cellules un rôle dans le déterminisme cytosexuel.
G. Sainmont (1904) constate que peu d'auteurs ont fait une étude méthodique des cellules interstitielles chez l'embryon. H attire l'attention chez le Chat, sur la différence d'aspect de l'ovaire embryonnaire et de l'ovaire adulte. Dans ce dernier on définit nettement une zone corticale et une zone médullaire. Etudiant une série complète d'ovaires de Chat, il distingue dans l'évolution de cet organe, trois périodes correspondant à des poussées de prolifération interstitielle. A ces trois périodes correspondent cinq formes différentes de cellules interstitielles: 1^ la cellule itUerstitielle jeune ; 2^ la cellule interstitielle de transition ; 3^ la cellule interstitielle adulte ; 4<> la cellule interstitielle dégénérée ; ^ la cellule interstitielle hypertrophiée.
Pour lui,rorigine des formations interstitielles est conjonctive; on peut voir facilement chez l'embryon les différents stades de passage. H fait observer les relations existant entre: l^' le développement du tissu interstitiel dans la zone des cordons médullaires, et l'apparition d'ovules dans ces derniers ; 2^ entre la
condensation du tissu interstitiel adulte autour des cordons médullaires, et le début d'accroissement des œufs évoluant en follicules. H aflftrme que le développement des cellules interstitielles précède toujours celui des organes avec lesquels elles sont en rapport, de même que la dégénérescence des cordons médullaires est consécutive à la dégénérescence des groupes interstitiels dans la première période. H en est de même pour les follicules de de Graaf dans la deuxième période.
En ce qui concerne la physiologie de la « glande interstitielle » il refuse à cette formation le nom de glande, que Bouin, Ldcon et Ancel lui accordent, et constate que « le rôle trophique de la cellule interstitielle est parfaitement conciliable avec celui de la sécrétion interne ».
Au sujet du rôle des cellules interstitielles dans le déterminisme cytosexuel il s'exprime ainsi : « Un fait d'un tout autre ordre parle contre l'opinion émise encore par Bouin et Ancel et d'après laquelle le tissu interstitiel, par sa sécrétion interne, tiendrait sous sa dépendance l'ardeur génitale de l'individu. Nous avons eu l'occasion d'observer depuis trois ans, deux Chattes que nous avions châtrées, dans le but de recueillir du matériel ; or, il se fait qu'au moment du rut chez les autres animaux, l'ardeur génitale se réveille chez ces Chattes, tout comme auparavant» et elles ont, durant une huitaine de jours, des rapports répétés avec le mâle. Une autre Chatte adulte, châtrée dans le même but, mais que nous n'avons pu observer ensuite, eut déjà des rapports sexuels cinq ou six semaines après l'opération. Ces faits prouvent que l'ardeur génitale chez la Chatte n'est pas soumise à l'influence tout au moins exclusive du tissu interstitiel ».
MM. Bouin et Ancel ne contrediront certes pas l'opinion de Sainmont, car leurs hypothèses au sujet du rôle de la glande interstitielle dans le déterminisme cytosexuel n'a jamais concerné que la glande interstitielle du testicule. Les observations de Sainmont sur l'attitude des Chattes castrées n'infirment donc en rien l'hypothèse de ces auteurs.
L'ouvrage de Sainmont présente un grand intérêt par le
matériel embryonnaire sérié qu'il a recueilli. Cette étude raisonnée de Tovaire au cours de la vie de la Chatte mérite d'attirer l'attention et nous regrettons avec l'auteur qu'il n'ait pu suivre oette évolution en particulier pendant la gestation.
Bennet Mills Allen (1904) a étudié le développement de l'ovaire de Lapin et de Porc depuis les stades embryonnaires les plus jeunes jusqu'à l'adulte. L'indifférence sexuelle cesse chez le Lapin à quatorze jours et demi, chez le Porc, au stade un centimètre et demi. Le Porc au stade de deux centimètres et demi présente des phénomènes de dégénérescence graisseuse s'étendant aux cordons sexuels. Les cellules du stroma se modifient, leur cytoplasme se divise en une zone externe claire et une zone centrale périnucléaire granuleuse. Ce sont là les caractères des cellules interstitielles. Abondantes dans le testicule, elles sont très rares dans l'ovaire. H constate une grande ressemblance entre les cellules sexuelles primitives et les cellules interstitielles du stroma. Tandis que chez le Porc les cellules interstitielles de l'ovaire apparaissent au stade de deux centimètres cinq et se xencontrent jusqu'à quatre centimètres, chez le Lapin leur présence est associée à la dégénérescence des follicules, n attribue aux cellules interstitielles de l'ovaire et du testicule une origine conjonctive et remarque leurs nombreux points de ressemblance avec les cellules à lutéine.
Wallâst (1904) décrit l'ovaire humain en cas de grossesse normale ou de môle hydatiforme. Il observe une production en masse de cellules à lutéine analogues à celles du corps jaune et de cellules plus ou moins grandes ressemblant aux cellules interstitielles dans le sens de Ldcon et de Bouin. H afBb*me que la glande interstitielle existe à coup sûr dans l'ovaire de la Femme enceinte.
Fbaenkel (1906), dans un article important sur les formations glandulaires de tissu interstitiel dans l'ovaire des Mammifères, fait un historique détaillé de la question. Le riche matériel qui est la base de son travail comprend 46 esi>èces de Mammifères, n remarque la tendance des différents tissus de l'ovaire
<c ein luteinartiges Aussehen anzunehmen^d.h. dturob vermelirten » Sâfterufluss an Grosse, Kôrnong and Gapillarversorgung der » Zellen zuzunehmen ».
Contrairement à Wallabt, il ne croit pas qu'en se basant sur l'aspect d'une cellule, on puisse en faire une cellule à lutéine. Les cellules à lutéine sont en effet de grands éléments épithélioïdes contenus dans le corps jaune, et l'on n'a jamais constaté leur émigration hors de cet organe. Aucun réactif spécifique n'existant pour les cellules à lutéine, la confusion qui règne à leur sujet s'explique et n'est pas facile à dissiper. H nie catégoriquement la présence des cellules interstitielles dans l'ovaire de la Femme enceinte. Sur les 45 espèces adultes examinées, 24, en y ajoutant l'Homme, ont un ovaire absolument dé;>ourvu de tissu interstitiel. Chez les 22 autres (Marsupiaux, Ongulés, Insectivores, Bongeurs, Chéiroptères), ce tissu existe abondamment avec tous ses caractères habituels. Se rendant compte que, malgré sa variété, son matériel est cependant incomplet i)our chaque esx>èce, surtout en ce qui concerne réx>oque embryonnaire, il arrive néanmoins aux conclusions suivantes :
lo n existe à coup sûr ches beaucoup d'animaux un tissu construit sur le type des glandes à sécrétion interne et qui pourrait bien avoir une fonction.
2^ La grande inconstance de ce tissu, en particulier dans l'ovaire des Mammifères supérieurs (Anthroi)oïdes, Homme) où il manque, son aspect et son étendue extraordinairement variables, sa provenance aux déx>ens d'organes en voie de destruction (follicules atrétiques), emi>échent qu'on lui attribue une fonction générale et importante.
Comparant la glande interstitielle au corps jaune, il fait remarquer que cette dernière formation existe toujours chez tous les Mammifères qu'il a examinés, en gardant toujours les mêmes caractères. Constant, toujours semblable à lui-même et apparaissant périodiquement, le corps jaune remplit les conditions exigées d'un organe à fonction propre, contrairement à la glande interstitielle.
Bbgaud et Dttbebtjil (1906) constatent la néoformation permanente des cellules interstitielles dans Toyaire du Lapin, contrairement à Topinion de Ldcon qui considère les cellules interstitielles une fois établies, comme définitives. Us pensent à une dégénérescence des vieux éléments et distinguent quatre stades : a) gUide jeitne ; h) stade adulte ; c) stade sénesoent ; d) stade décrépit. Cette évolution rapproche la glande interstitielle des glandes holocrines. La fonction glandulaire est très probable, étant données les variations de chromaticité du noyau et Tabsence de kariokynèse. Les produits de sécrétion seraient évacués dans les lymphatiques.
En somme, la littérature touchant les cellules interstitielles de Tovaire nous montre qu'elles apparaissent tantôt aux dépens du tissu conjonctif embryonnaire, tantôt aux dépens des follicules atrétiques de l'adulte. Leur évolution diffère selon les animaux. Permanentes, elles apparaissent de très bonne heure chez certains animaux tels que le Chat (Sainhont), tandis qu'elles ne se forment chez d'autres (Insectivores, Bongeurs, Chéiroptères) qu'au moment de l'établissement de la puberté (Limon, FrlenkeSj, Cohn, Montuobo, etc.). Nous allons, dans notre travail, essayer de montrer que parmi les grands Mammifères, dont Fbâeneel a examiné l'ovaire à l'état adidte sans y trouver de formations interstitielles, certains (Solipèdes) présentent, pendant la période embryonnaire, un dévelopi>ement remarquable de ces mêmes formations.
La physiologie du tissu interstitiel est mal élucidée. Les rôles variés qu'on lui attribue sont un indice de son incertitude. Malgré la variété de son matériel, Fbaenkel n'a obtenu aucun renseignement à cet égard. En ce qui concerne l'évolution de cette glande, il affirme qu'elle n'existe pas chez l'homme. Nous croyons qu'il est prématuré d'avancer une telle opinion, malgré la grande analogie des ovaires humains et des ovaires de porc, avant d'avoir examiné une série complète d'embryons humains. Comme nous allons le voir, la Jument adulte en pleine activité génitale ne possède pas trace de formations interstitieUes, alors
que Tovaire du fœtus n'est qu'une masse compacte et volumineuse de ce même tissu. Eîen ne nous dit que l'embryon humain n'est pas, à une certaine période de son développement, le siège d'une formation analogue.