‹ Archives de zoologie expérimentale et générale (volume 4)Chapitre 51 sur 115 · Cylisttciu cavernioola n. sp · texte numérisé non relu

Cylisttciu cavernioola n. sp

(Planches XVII et XVIII, figures 195 à 319).

Grotte du Laura, Castillon, dép. Alpes-Maritimes, France, 25. IX. 05, no 90, 1 cf ad., î 1 puUus.

Dimensions, cf : Longueur 7.5 %; largeur maxima (péréionite IV) 2.5 %.

Corps régulièrement elliptique, très convexe, pouvant se rouler en boule plus ou moins complètement. Bords libres des I>éréionites prenant les 2/5 de la largeur des somites.

Carapace dure, résistante, entièrement couverte de très petites écailles imbriquées et aplaties, avec, de place en place, des écailles plus longues, lancéolées, dressées, servant de protection à des organes sensitifs compliqués. Bord des somites pourvu des mêmes écailles, mais triangulaires, à sommet effilé et disposées en rangées serrées et régulières.

Coloration dans l'alcool blanche immaculée.

TÊTE quadrangulaire à angles postérieurs arrondis, plus de deux fois plus large que longue, bombée sur la face tergale. Lobes latéraux arrondis, larges, parallèles, prenant un quart de la longueur totale de la face tergale. Lobe médian non saillant, à peine indiqué par une inflexion largement arrondie de la ligne frontale.

Epistome fortement bombé, couvert d'écaiUes arrondies et imbriquées, parcouru en son milieu par une crête arrondie longitudinale se terminant à une fossette bien marquée.

198 EMILE G. RACOVITZA

Clypeus cinq fois et demie plus large que long, oblique, à bord antérieur fortement concave, à angles antero-latéraux obtus, avec une rangée submédiane de longs poils. Suture épistomoclypéale très nette, un peu concave vers Tavant.

Yeux nuls ; il n'y a pas trace d'appareil optique externe.

Antennes longues, atteignant le péréionite V.

Tige entièrement couverte d'écaillés imbriquées, plates, appliquées, et pourvue, de place en place, d'écaillés plus longues, eflUées et dressées. L'article V porte du côté distal une tige courte à extrémité divisée en lanières. L'article II est le plus large ; il est pourvu d'un renflement interne et d'une petite saillie basale externe. Les articles II à IV présentent du côté postérieur un sillon longitudinal, mais pas trace de dents.

Flagelle ayant même écaillure que la tige, un peu plus long que l'article V de la tige, mais presque deux fois plus grêle, composé de deux articles. Le premier n'a que les deux tiers de la longueur du second, qui porte à l'extrémité distale un appareil composé d'un petit article cylindrique à surface épineuse, surmonté d'un faisceau également cylindrique de longues soies accolées à la base.

Antennules très courtes (0.25 ^^), dépassant un peu le bord supérieur de la fossette articulaire des antennes, à trois articles. Article I, 2 1/2 fois plus long que l'article II et de même longueur que l'article III. Articles I et II cylindriques et nus. Article III conique, légèrement aplati, portant sur le bord interne onze bâtonnets cylindriques sur une rangée et une crête longitudinale postérieure parallèle à la ligne d'insertion des bâtonnets, se terminant par un petit mamelon pourvu d'une petite épine conique.

Labre ample, largement arrondi au sommet, nu.

Mandibule gauche Î (A été perdue).

Mandibule droite. Apophyse dentaire apicale à quatre dents dont deux plus longues et plus pointues que les autres ; apophyse dentaire médiane représentée par une masse cubique, hialine,

bidentée. Lobe sétifère triangtdaire. Quatre tiges ciliées réunies en un groupe. Tige triturante volumineuse.

Hypostome ample, ovoïde. Lobes latéraux divisés en deux lobules arrondis et pilifères sur le bord interne. Lobe médian triangulaire.

Maxillb I. Lame externe pourvue de forts poils sur le bord antero-externe. Dix dents dont les cinq internes ont l'extrémité bi ou triflde, les cinq externes sont coniques et recourbées. Lame interne avec bord supérieur subdroit, une pointe très courte subapicale externe et deux tiges ciliées, coniques, allongées et subégales.

Mayhj.f. II à sommet arrondi et bilobé. Lobes subégaux en largeur; lobe interne pourvu sur la moitié interne de son bord supérieur d'une rangée de fortes soies, et sur la moitié externe d'une rangée de soies plus grêles. Lobe externe pourvu de trois fortes soies du côté interne et d'une aire pilifère du côté externe.

Maxillipède. Corps pourvu d'une rangée de poils sur son bord antero-externe et d'épines coniques courtes sur sa face ventrale.

Palpe nettement biarticulé, de forme subtriangulaire. Article I quatre fois et demie plus large que long, pourvu de deux épines dont l'interne est la plus longue. Article II trois fois et demie plus court que le corps du maxillipède, garni du côté externe de trois courtes épines, du côté interne de deux groupes d'épines dont le proximal a une longue épine et deux courtes, et le distal deux longues et deux courtes, et s'articulant au sommet avec un court faisceau cylindrique de soies accolées par la base.

Appendice masticatoire quadrangulaire, d'un tiers plus court que le palpe, ayant un bord supérieur droit pourvu de quatre petites dents, deux à chaque angle, et d'une forte épine submédiane.

Epignathe en forme de languette allongée, nu, arrivant au niveau de trois quarts de la hauteur du corps du maxillipède.

PÉBÉION. Bord antérieur du somite I embrassant la tête jusqu'au milieu de sa longueur.

200 EMILE G. RACOVITZA

Somite I à bord postérieur présentant de chaque côté une étroite mais forte sinuosité, à angles postérieurs aigus et dirigés vers l'arrière.

Somites II à V à bord postérieur présentant de chaque côté une large mais très faible sinuosité, à angles postérieurs presque droits et très faiblement dirigés vers l'arrière. Somite II montrant de faibles traces de la sinuosité latérale du somite I.

Somites VI et VII à bords postérieurs régulièrement concaves, à angles postérieurs de plus en plus aigus et de plus en plus dirigés vers l'arrière.

Somites I et II un peu plus longs que les autres qui sont sensiblement de même longueur.

Processus latéraux manifestes seulement sur le somite II et alors très petits et coniques.

PÉRÉiOPODES semblables; I un peu plus court que les deux tiers de la longueur des antennes, les autres augmentent progressivement de longueur jusqu'au VII qui est plus long d'un sixième que le I.

Longueur proportionnelle des articles du péréioi)ode VII : Basis = 1 1/2 Ischium = 1 1/2 Meros > 1/2 Carpos > Propodos = 3 Dactylos.

Basis pourvu de quelques épines simples, comme l'ischium qui est pourvu en plus au bord distal de deux tiges à extrémité trifide. Les meros, carpos et propodos portent, du côté interne et au bord distal, des tiges à extrémité triade, et du côté externe des écailles sétiformes. De plus, les carpos I portent du côté distal une tige spéciale à sommet aplati et divisé en nombreuses pointes. Dactylos couvert d'écaiUes sétiformes, pourvu de quelques courtes épines à sommet obtus et portant sur la face antérieure une longue tige flexible se terminant en pointe effilée. Ongle nu et recourbé; à sa base s'insère une forte épine conique, presque aussi longue que l'ongle, et une tige cylindrique, plus développée sur les péréiopodes antérieurs, qui s'applique contre l'ongle et le contourne.

PÉNIS simple, en forme de languette, atténué au sommet (1).

Pléon. 8a longueur (telson compris), représente les 2/7® de la longueur totale ; sa largeur diminue graduellement vers l'arrière depuis le péréion.

Somites I et II deux fois plus courts que les autres, à angles externes cachés par le bord postérieur du péréionite VII.

Somites III à V subégaux en longueur, à bord postérieur de plus en plus infléchi, à angles postérieurs aigus et fortement dirigés vers l'arrière. Les angles postérieurs du somite V sont légèrement convergents.

Pléopodes MALES. Exopoditc I subovalaire, un peu plus large que long, nu. Endopodite I chitineux, transformé en organe copulateur, deux fois et demi plus long que l'exopodite, mais deux fois plus étroit, à moitié distale plus étroite que la proximale, se terminant par une pointe arrondie i>ourvue d'un orifice entouré de quatre ou cinq épines courtes.

Exopodite II triangulaire, une fois et demie plus long que large, presque deux fois plus long que l'exopodite I, pourvu sur son bord externe d'une rangée de x>^tites tiges à extrémité trifide et sur son bord postero-interne d'une aire piUfère étroite. Endopodite II chitineux, transformé en organe copulateur, un peu plus long que l'exopodite, aussi long que l'endopodite I, biarticulé. Article basai plus large mais deux fois et demi plus court que l'article terminal, qui se prolonge en une fine baguette rigide.

Exopodites III à Y triangulaires, diminuant de grandeur du m au V, pourvus sur le bord externe d'une rangée de petites tiges à extrémité bifide, et sur le bord interne d'une rangée de poils. Endopodites III à Y, membraneux, quadrangulaires, à angle postero-interne un peu proéminent et simple chez les endopodites III et IV mais bifide chez le V.

Angles postero-internes des protopodites III étirés vers l'arrière en une pointe conique, chez les autres simplement arrondis.

(1) Le bord externe du pénis était complètement Boadé^sor toute m longueur, à l'endopodite du pléopode I gaucbe.

202 EMILE G. HACOVITZA

Trachées au nombre de cinq paires.

Uropodes très courts. Protopodite beaucoup plus court que le telson, présentant un sillon latéral profond. Exopodites ovoïdes, allongés, couverts de soies fines et d'écaillés, deux fois plus longs que la partie du protopodite visible du côté dorsal, pourvus au sommet d'un bouquet de trois ou quatre soies. Endopodites cylindriques, couverts de fines soies, à sommet dépassant un peu l'extrémité du telson et pourvus au sommet de trois à quatre longues soies.

Telson triangulaire à sommet pointu, à bords latéraux régulièrement concaves, à face dorsale convexe, non excavée. La pointe terminale est au niveau des angles postérieurs du pléonite V.

Eapports et différences. Cette espèce rentre très bien dans la diagnose du genre CyîisUcus telle que l'a établie Btjdde- LuND (1886). Elle présente cependant une adaptation très complète à la vie souterraine : absence complète d'appareil optique, dépigmentation totale, grand développement des organes sensitifs épidermiques.

SiLVESTRi (1897) a décrit sommairement un Cyîisticus également aveugle, le C. ancpMhalmus du sud de l'Italie. Son espèce diffère de la mienne par les caractères suivants : elle est granulée, ses lobes frontaux latéraux sont triangulaires, son lobe frontal médian est grand, triangulaire et aigu, le premier article du flagelle est deux fois plus long que le second. Ces caractères suflOlsent d'ailleurs à montrer que les deux espèces sont très différentes. Le C. anophthalmus est certainement un hypogé ; j'ai trouvé en Corse, assez abondant, un autre Cylisticus hypogé qui sera décrit ultérieurement.

Observatiort. — La larve à six péréionites qui a été trouvée en même temps que le Cylisticus cavernicola, est aussi un Cylisticus, mais je ne puis me prononcer avec assurance s'il appartient bien à la même espèce que l'adulte. Si réellement la larve est un Cylisticus cavernicola, nous aurions un fait intéressant à noter ; la larve avait des yeux parfaitement conformés, et l'on

pourrait en déduire la descendance directe de mon espèce d'une forme lucicole oculée.

ELEONI80U8 n. g.

Corps elliptique très convexe, pouvant se rouler en boule.

Tête du type Arma4illidium, pourvue d'un scutellum dont le bord supérieur se continue de chaque côté par un rebord frontal. Tabercules antennaires obliques et saillants. Clypeus fortement concave en avant.

Antennes du type Cylisticus, à flagellum biarticulé.

Antennules du type Cylisticus, très petites.

Mandibules à lobes sétifères, pourvues de quatre (1) tiges ciliées, et avec une forte tige triturante.

Maxille I à lame interne pourvue de deux tiges ciliées à gauche, et d'une seule à droite (2).

Maxillipède du type Cylisticus. .

Péréion ayant les épimères de tous les somîtes entiers, non fendus. Péréionites antérieurs pourvus d'un appareil articulaire qui est formé par des lames articulaires venant s'emboîter, de chaque côté du corps, dans un repli articulaire.

Péréiopodes semblables, sauf en ce qui concerne les carpos et propodos des péréiopodes I qui sont plus larges qu'aux autres péréiopodes.

Pléon du tjnpe Cylisticus, graduellement plus étroit que le péréion, à angles postérieurs aigus et fortement étirés vers l'arrière.

Pléopodes femelles du type Armadillidium.

Trachées au nombre de deux paires.

Uropodes à protopodite plus court que le telson, mais beaucoup plus large que l'exopodite, à angle postero-externe des protopodites aigu, fortement saillant et dirigé vers l'arrière.

(1) Le nombre de tiges n'est pas un caractère générique.

(2) n eat possible que cette assymétrie des lames internes soit due à une malformation spéciale h l'unique individu examiné.

204 EMILE G. RACOVITZA

Exopodite ovalaire plus long que large. Endopodite plus long que large et beaucoup plus long que Texopodite.

Telson triangulaire, plus court que les uropodes, arrivant au niveau des pointes des épimères du pléonite V.

Ce genre est très intéressant, car il montre que les Armadillidium dérivent de formes Porcellioniènes ; il présente en effet un mélange de caractères de Cylisiicus et à^'Armadillidium. Il montre aussi que la transformation s'est opérée d'abord à la partie antérieure du corps ; la partie postérieure garde plus longtemps le caractère ancestral.

C'est d'Eluma que mon genre se rapproche le plus, tout en étant encore fort différent. Quoiqu'il en soit, Eleonisctis est une de ces formes anciennes qui ont persisté dans les cavernes après la disparition ou la transformation de leur souche superficielle.

Page 1