II. — Les attitudes et la locomotion des Paresseux
PAR
Directenr-acyoiat du laboratoire maritime du Museam d'Histoire naturelle
Chef des travaux de TÉcole des Hautes Études à la Station physiolo^que
du Gollëpe de France.
INTRODUCTION
Dans les traités de Zoologie les pins récents aussi bien que dans les mémoires originaux les plus modernes et les mieux conçus, les auteurs séparent avec trop de soin encore les Tardigrades ou Paresseux actuels (famille des Bradypodidae) des Oravigrades disparus {Mylodon, Megalanyx, Scelidotherium, Megatheriwn, etc)« Les premiers de taille relativement réduite sont des animaux aux formes grêles présentant les caractères de l'adaptation extrême à la vie arboricole. Les seconds, de taiUe souvent gigantesque, aux formes toujours lourdes et massives devaient, si Ton en juge par l'ensemble de leur morphologie, mener xme existence terrestre et peut-être semifouisseuse. Si Ton y regarde de près, on ne tarde pas à s'apercevoir que ces différences générales de forme et d'aspect tiennent surtout à des différences de mode de vie et que les
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Gravigrades et les Tardigrades ont en somme un ensemble de caractères communs portant plus spécialement sur les parties anatomiques les moins exposées aux modifications que peut entraîner une existence arboricole dans le cas des Tardigrades, terrestre et semi-fouisseuse dans celui des Gravigrades.
Sans vouloir nous engager ici plus à fond dans l'examen de la question des rapports morphologiques des deux groupes, rappelons seulement les' caractères communs de leur bassin, de leur omoplate, de leur arc jugal et enfin de leur dentition caractéristique d'un régime essentiellement végétal.
Ces similitudes morphologiques suffiraient déjà à elles seules à légitimer la téunion des Tardigrades et des Gravigrades. si la Paléontologie ne venait encore fournir à cette manière de voir un appoint important. En étudiant les fossiles des couches tertiaires les plus inférieures de la Patagonie, on est arrivé à découvrir des formes animales présentant un ensemble de caractères qui permettent de voir en eux les ancêtres communs possibles des Tardigrades actuels et des Gravigrades disparus. Je ne veux point remonter ici jusqu'au Protobradys harmonicus Amegh., animal encore trop mal connu, qu'Ameghino considère comme cet ancêtre ; je veux simplement parler des nombreuses espèces du genre Hapalops. L'examen des planches dont Scott (1903) a illustré sa description des Bdentés du Santacruzien de Patagonie est à ce point de vue éminemment suggestif.
Les deux groupes des Gravigrades et des Tardigrades sont en somme si voisins qu'on ne peut entreprendre l'étude de l'un sans être immédiatement obligé d'aborder celle de l'autre, et, tout bien pesé et examiné, il semble impossible qu'en Systématique on ne les réunisse pas en un seul et même groupe auquel on pourra donner soit le nom de Phytophages qu'on leur a d'ailleurs déjà attribué en raison de la nature essentiellement végétale de leur régime, soit plus heureusement peut-être celui de Bradymorphes par exemple, qui rend compte de leurs caractères morphologiques généraux.
LES EDENTÉS TARDIGRADES ET GRAVIGRADES 3â
C'est ce groupe des Phytophages, ou si l'on veut des Bradymorphes, dont j'ai entrepris depuis plusieurs années déjà l'étude à la fois physiologique, morphologique et systématique. Mais comme la tâche que je me suis imposée est véritablement longue et, en raison de la difficulté que Ton a à se procurer des matériaux, assez peu aisée, j'ai résolu de procéder pour ainsi dire par éta/pes.
Mon intention est donc de publier sur ce sujet, et dans un ordre quelconque, une suite de mémoires isolés et dont l'ensemble réalisera, j'espère, dans quelque mesure, le programme que je me suis imposé.
Je présente aujourd'hui les deux premiers de ces mémoires. Le premier a pour titre : Les coupures généeiques de la FAMILLE DES Bradypodedae. Le second s'intitule : Les attitudes ET LA LOCOMOTION DES PABESSEUX.
Bien que j'aie voulu, ainsi que je viens de le dire, ne m'imposer dans la publication de ces mémoires aucun ordre particulier, j'ai cru bien faire en publiant ces deux-ci tout d'abord. Le premier eût logiquement dû être un des derniers de la série, puisque la Systématique, telle que je la comprends du moins, doit être la résultante et l'aboutissant en quelque sorte des études de Morphologie et de Physiologie. Mis en tête des autres, il offre à mes yeux l'avantage de faire connaître de prime abord le terrain sur lequel je vais évoluer et de permettre peut-être au lecteur de mieux saisir les détails anatomiques dont il sera question au cours des autres mémoires. Quant au second, il était bien naturel de le produire au début de la série : iK)ur bien comprendre la morphologie des Paresseux, ne faut-il pas d'abord bien connaître leur mode de vie, puisque c'est en somme ce mode de vie qui véritablement les a fait.
Le troisième mémoire qui paraîtra sous peu traitera des caractères d'adaptation des extrémités des Paresseux.
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