‹ Archives de zoologie expérimentale et généraleChapitre 35 sur 154 · RHABDOCÈLES DE LA FAUNE PROPONDE DD LAC LÉMAN · texte numérisé non relu

RHABDOCÈLES DE LA FAUNE PROPONDE DD LAC LÉMAN

musculaire sous-cutané. Celui-ci est composé, comttie chez les autres Rhabdocëlôs, d'une doublé couche de muscles longitudinaux et circulaires se croisant à angle droit. Les éléments ou flbrocellules tnùsculailres sont lisses et ne iiiontrent ili noyaux ni membrane d'en- Teioppe. La fîbrëj long ruban fusiforme, s'effile aux deux extrémités et se ramifie tellement qu'elle paraît échevelée aux deux bouts. Bous les tnusclesy et plongeant dans lé parenchyme mésodermique, sont les gi'andes cellules lagénifoï'mes (|ul sécrètent les bâtonnets.

lA bouche est terfnitialé, formant une large boutonnière transveN sale. Cette boutonnière donne entrée dans un vaste sac fait d'un repli eii'calalre de la peau. Du fond de ce sac émerge une trompe robuste et presque iubuléuse domme celle des Planaires. Formée dé puissauts muscles longittidinatix, circulaires et radiaires, elle est protractile à un haut degré et peut faire saillie au dehors. Elle s'uni^à là cavité digestive par une courte portion œsophagienne, indiquée par les gladdes salivaireâ en bouteille qui y débouchent. Cet œso^ phage porte un épithéllum bas et prismatique, tandis quelle reste dû sac digestif est revêtu Uniformément de longues cellules pédicùléés à la base et pyrifbrmes ou claviformes au sommet, lequel pend dans la cavité digestive. Toute cette partie renflée des cellules est farcie de granulations très réfringentes nageant dans un suc jaune qui remplit à lui seul le rôle de tous les sucs digestifs préparés par les diverses glandes digestives des animaux supérieurs. Nos cellules^ en effet, étant nues et sans enveloppe, entourent directement, à la façon des Khizopodes, les aliments qu'elles désagrègent et liquéfient. C'est sur elles que nous avons le premier vu et signalé ces curieux mouvemenis amiboïdes de Tépithélium digestif que d'autres observateurs et surtont MM. Metschnikof et Krukenberg ont montré être très répandus chez les Vers et les 2oophytes. Ces cellules ont acquis ané grande importance pour expliquer la digestion directe sans stics digestifs ni glandes spéciales. Le sac intestinal n'est, du reste, limité qne par ces cellules épithéliales, car il n'a ni couches musculaires ni f amqoe conjonctive spéciale , et il rej^ose dif écfement s\xt h

64 G. DUPLESSES-GOURET.

parenchyme mésodermique. En effet, entre Tintestin et la peau existe un vaste espace intermédiaire comblé par un tissu conjonctif réticulé, à noyaux très visibles, à Tentre-croisement des fibres.

Chez aucun autre Rhabdocèle on ne voit si bien ce réseau. C'est entre ses larges mailles que sont dispersés pôle-môle les follicules testiculaires et ovariens. Les premiers se résolvent en faisceaux de zoospermes entourant souvent complètement les œufs et formant des traînées qui s'accumulent dans les interstices du réseau et se poussent de proche en proche jusqu'à gagner la base d'une vésicule séminale arrondie ou ovale, pourvue de parois distinctes se continuant en un long tube replié et musculeux qui est le pénis. Celui-ci peut faire saillie hors du pore génital en se déroulant comme un doigt de gant. Il n'a point d'armure chitineuse> mais une double couche de muscles longitudinaux et annulaires. Les zoospermes mûrs contenus dans la vésicule séminale sont, comme ceux des Plagiostomes marins, munis d'un axe médian bordé des deux côtés d'une membrane ondulante comme chez les Tritons, membrane simulant une hélice ou une spirale. Quant aux follicules ovariens, ils mettent en liberté des œufs de toute taille qui circulent comme les zoospermes dans les mailles du parenchyme pour s'y revêtir du jaune sécrété par les lobules latéraux du vitellogène. Dans le voisinage de la vésicule séminale, les œufs mûrs sont reçus dans un réceptacle musculeux aboutissant au sinus génital commun par Toviducte. Ce réceptacle utérin ne contient à la fois qu'un seul œuf mûr à coque orangée. Les larves sortant de cet œuf sont déjà tout à fait semblables aux adultes, mais en diffèrent par la présence de longues soies tactiles symétriques comme chez les Planaires marines. Le pore génital commun est aussi, comme chez les Planaires marines, entouré d'une couronne de glandes lagéniformes unicellulaires.

Le système aquifcre, très complet et très ramifié, forme sous la peau un réseau d'anastomoses très fines. Toutes les branches portent des entonnoirs à flamme vibratile et se réunissent en deux grands troncs latéraux qui serpentent sur les flancs pour converger

}itoA6D0GÈLES DE LA PAtJNB PftOt^ONDE DU LAC LÈMAK. 6H Ters la pointe caudale à une boutonnière placée vers l'extrémité postérieure du corps. Le système nerveux, fort difficile à voir à cause de l'opacité de la peau, se compose d'un ganglion céphalique bilôbé. Nous n'avons pu voir de nerfs efférents non plus que de cristallins sous les taches oculaires. En résumé, toute cette anatomie et spécialement la disposition folliculaire des organes sexuels, puis le sac digestif lobule et la trompe exsertile, montrent une tendance assez marquée du type Rhabdocèle au type Dendrocèle.

Stations et lçcalités. — Notre espèce, ainsi que l'Otomésos* tome de Morges, appartient exclusivement à la faune lacustre. Dans ces conditions, elle est fort commune, car nous l'avons trouvée en toute saison partout où nous avons dragué, et cela depuis 2 mètres jusqu'aux plus grands fonds. 11 s'en trouve beaucoup dans le limon, mais encore davantage, si possible, dans les débris légers d'Ëntomostracés pélagiques formant le détritus floconneux du fond avec des Diatomées et du sable. Là nous avons trouvé en toute saison des exemplaires de tout âge depuis des jeunes larves avec soies tactiles (spécialement sur le bord du mont à Morges) jusqu'aux adultes avec œuf mûr. Nous avons vu l'animal devant Morges, Ouchy et Villeneuve. Nous l'avons retrouvé devant Yverdon au lac de Neufchâtel. M. Forel Ta trouvé dans d'autres lacs suisses (Zurich, Constance, etc.). M. Asper l'a retrouvé aussi, et, sans doute, plusieurs des grandes Planaires blanches qu'il indique au lac Majeur et ailleurs encore ne sont que de grands exemplaires de notre espèce. En revanche, et malgré les recherches les plus attentives, nous n'avons jamais vu cet animal ailleurs que dans le fond de nos lacs. En Allemagne, M. Graff l'a dragué sur des prairies de Ghara du fond du lac de Starnberg.

Notre espèce n'est donc en aucun cas d'importation littorale et, comme pour VOtomésostome de Morges, sa présence au fond de nos lacs ne peut s'expliquer que si on la considère comme un très ancien transfuge de la faune maritime. Nous avons déjà 'de nombreux exemples montrant que des animaux appartenant à des genres entièrement marins peuvent s'éloigner tellement de leur point de dé-

AaCB. DB ZOOL. EXP. ET QÉN. — S* SÉRTE. — T. II. 1884. &

Page 1