Archives des arts, sciences et lettres
Les §§ 1-14 ont paru dans lé Messager des Sciences historiques, à Gand, en 1854; les §§ 13-34, en 1855; les §§ 35-41, en 1856, et les §§ 42-46 en 1858.
Planches et Viguette».
Paffe
Miniature exécutée à Mons en 1491 15
Deux reliures flamandes du XVe et du XVIe siècle. . 62
Grand sceau et contre-sceau de Wenceslas et de Jeanne, duc et duchesse de Brabant, Limbourg et Luxembourg. 154
Sceaux de Jean du Vivier, orfèvre de Charles V, roi de France ïbid.
Sceau de Jean Van der Rosen , orfèvre de Bruxelles, du XIVe siècle ïbid.
Sceau et contre-sceau de Jean, seigneur de Ligne et de Bailleul, en 1411 189
Sceaudu métierdes barbiers de Bruxelles, du XVe siècle. ïbid.
Sceau de Jean, seigneur de Wesemael, maréchal de Brabant, en 1433 ïbid.
Sceau de la ville de Braine-le-Comte , du XVe siècle, et cachet de cette ville gravé en 1580 ïbid.
Monogrammes de divers graveurs sur bois et sur cuivre 65, 66, 140, 146, 150 et 151
Armoiries d'Anselme Adornes et de Marguerite Van der Banck, sa femme, qui vivaient à Bruges au XVe siècle. . 266
§ 1er. Chroniqueurs, Indiciaires, Historiographes, Maîtres d'école des souverains, etc.
Sommaire .Jean Froissart. — J. Molinet. — Louis Vacqua. — Adr. Wielle. — Rémi du Puys. — H.-C. Agrippa. — Jean Beauvarlet. — Liévin Goethals. — Pierre Vernois. — Ph. et J.-J. Chifflet.
Froissart (Jean). — « Gentil, noble, joli, fresque, sage, » ilameret et amoureux, » tel est le portrait que nous a fait de Wenceslas, prince poëte, auteur de plusieurs pastourelles, messire Jean Froissart, son contemporain, qui devint son secrétaire en 1381. Si l'histoire a condamné la politique de ce prince, nous devons cependant avoir quelque égard pour le témoignage du chroniqueur valenciennois, qui fut à même de l'apprécier. Des documents authentiques, récemment découverts par nous, établissent que Froissart fut employé à des travaux littéraires par le duc de Luxembourg et de Brabant, en 1374- et 1377, alors qu'il n'était encore que curé du village des Estinnes-au-Mont, près du château de Binche, domaine qui appartenait à la duchesse Jeanne.
I. « De par le duc de Lucembourc et de Braibant, mandons et commandons à vous (Gérard d'Obiés), nostre prévost de Binch, que vous donnés et payés ou nom de nous à messire Jehan Froissart, curet de Lestinez-ou-Mont, porteur de cestez, la somme de xij frans franchois, que nous lui devons, pour certainez besoignes qu'il nous a bailliés et délivrées; lequèle some vous rabaterons en votre premier compte par ces présentes plakiés de nostre saïeî.
Donnet à Brouxelles, l'an de grasce mil ccc lxxiij», le second jour de mardi, selonc costume de le court de Cambray. »
II. « Le duc de Luccembourg et de Brabant. Provost de Binclie, nous vous mandons et volons que vous délivreis à nostre bien ameit messire Jehan Froissart, cureit de Lestines, wyt petis mottons, un double motton de nostre monnoye de Filvorde pour deus desdis mottons conteit, lesquels donneit li avons. Et ou cas que les li donneir ne pueis, vous mandons que vous le assegneis en aulcun lieu sur une amende où il les puisse avoir, ce ne laissiez aulcunement, et nous les vous ferons rabattre en vos premiers comptes par ces lettrez plakiés de nostre saël. Donneit à Bruxelles, iiij jours en juing, l'an mil trois cent sixante-sept (1). »
MoLiNET(Jean). — Il paraît que le chroniqueur en titre de Philippe-le-Beau, malgré soncanonicatde laSalIe-le-Comte, à Valenciennes, n'était pas riche, si l'on en juge au moins par le don que lui fit son maître, au mois de juin 1499, d'une somme de 29 livres 10 sous, pour lui acheter des vêtements convenables.
Ce prince lui accorda aussi, par lettres patentes du 11 septembre 1501, une somme de 50 livres, « pour une fois, »en considération de ce qu'il lui avoit présenté en don ung «livre qu'il avoit nagaeres fait à sa louange (2). »Au mois de janvier 1504 (n. st.), il le gratifie encore de 10 livres « pour aucunes causes à ce le mouvans dont n'est besoing » icy faire déclaration (3), » et, un an plus tard, de 6 autres livres pour l'achat d'une robe de deuil en drap noir (4).
(1) Acquits des comptes des domaines de Binche (Registres nos 15030 et 15051 de la chambre des comptes), aux Archives du royaume. — Voy. l'article sur Froissart, de Mr Arthur Dinadx, dans les Archives du Nord de la France, etc., 3e série, t. II. Les comptes prouvent que ce n'est point à Lessines, ainsi que l'a cru le savant directeur de ce recueil, que Froissart fut curé pendant plusieurs années.
(2) Registre n° F. 187 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(3) Registre n" F. 190, ibidem.
(4) Registre n" F. 191, ibidem.
I.«A messire Jehan Molinet, prcstrc, chanoine de la salle de Valcnciennes et chroniqueur de Monseigneur, la somme de xxxix livres x sous pour don qu'il lui fait en considération des bons et agréables services qu'il lui faisoit journellement, mesmement pour emploïer en l'achat de bon drap pour lui en faire une robe et autres hasbilemens, aflin qu'il fût de tout plus honestement en point (1). »
II. « A maistre Molinet, chroniqueur de Monseigneur, lequel solloit estre assigné sur la recepte de Valenciennes de cent escus par an, comme il appert par lettres patentes, icy pour une année esehute le xvje jour d'avril, après Pasques, l'an mil V° et ung, lesdites c escus qui font ijc xl liv. tourn. (2). »
Vacqua (Louis), — maître d'école de Monseigneur (l'archiduc Charles), en 1509 (3).
Wiele (Adrien), — maître d'école des enfants d'honneur de Monseignenr (l'archiduc Charles), en 1513 (4).
Du PuYs(Remi), — indiciaire et secrétaire de Charles, roi d'Espagne. Il reçoit de ce prince, en 1516, une somme de 1 50 livres pour le récompenser des services qu'il lui rendait en composant des chroniques, et pour le livre qu'il avait composé sur la joyeuse entrée de Charles, à Bruges, lors de son inauguration comme comte de Flandre (18 avril 1515). Cet ouvrage a été réimprimé à Bruges en 1850, format grand in-4°, avec 33 planches.
« A maistre Remy du Puys, indiciaire et secrétaire du roy, la somme de cl livres que le roy, par ses lettres patentes du xije d'avril XVe xvj, après Pasques, luy a accordé en considération des bons et aggréables services qu'il luy avoit fait et faisoit lors journellement du fait de ses cronicques, mesmement en récompense d'un grand livre qu'il avoit fait à son ordonnance, touchant le Iriumphe de sa ville de Bruges à sa joyeuse entrée en icelle ville, et
(1) Registre n« F. 186 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Registre n° 3198 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. (5) Registre n° F. 198 collection citée, à Lille.
(4) Registre n° F. 200, ibidem.
pour autres causes à ce le mouvant, dont il ne veull icy autre déclaration estre faicte, et ce oullre et par-dessus ses gaiges ordinaires qu'il avoit et prenoit de luy (1). »
Agrippa (Henri-Corneilie), — indiciaire et historiographe de Charles-Quint, reçoit, en 1532, une somme de 50 livres, « pour furnir aux despence qu'il a faiz pour cause de sa » retenue oudit estât (2). » Ne laissons pas passer le nom de cet homme célèbre, qui a été tant calomnié de son temps, sans mentionner la lettre qu'il écrivit de Bonn, le 22 février 1534, au grand conseil de Malines, à propos de la condamnation de son livre : De incertitudine scientiarum, par les théologiens de Louvain. Cette curieuse épître existe en original aux Archives du département du Nord, à Lille, et a été publiée par le docte conservateur de ce dépôt, Mr Le Glay, dans ses Nouveaux Analectes (Lille, 1855, p. 46).
Beauvarlet (Jean), — chapelain et maître d'école, reçoit, en février 1532 (n. st.), de Marie, reine douairière de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, 55 sous « pour unes petites » heures et autres oraisons, et pour ung petit livre qu'il avoit » escript pour elle (3). »
Goethals ou Panagathus (Liévin), — maître d'école des pages d'honneur de Marie de Hongrie, reçoit, en décembre 1538, une somme de 100 livres, « tant pour ses paynes n qu'il avoit faiz en la description de la généalogie de l'em- »pereur (Charles-Quint) et de ladicle royne, comme pour » l'avoir fait éluminer pour envoïer à l'empereur (4). »
Vernois (Pierre), — roi d'armes de Philippe H, sous le
(1) Registre n° F. 201 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2 et 5) Registre n" F. 216, ibidem.
(4) Registre n» F. 222, ibidem.
nom de Milan, adressa une requête à Marguerite de Parme, en 1560, « pour eslre recompensé de la grande et excessive «despense qu'il a soustenu à faire imprimer le pompe fu- «nèbre »de Charles-Quint : il y allègue que cette impression lui a coûté plus de 2,000 florins. La gouvernante lui fit donner 400 écus (i).
Chifflet (Philippe). —
Lettre à Pierre Roose, chef et président du conseil privé : « Monseigneur, je suis adverti que l'on imprime à Anvers, chez Hiérosme Verdussens, un libelle intitulé Spongia liltura, que l'on dit estre tout rempli d'injures et invectives contre monsieur de Saint-Germain, présupposant l'auteur de ladite Spongia, que ledit sieur de Saint-Germain l'est de la Littura. Ce libelle, à ce qu'on m'a dit, contient environ vingt feuilles. J'ai creu estre de mon devoir d'en advertir Vostre Seigneurie Illustrissime, pour y avoir tel esgard qu'elle jugera convenir. Je la supplie de m'honnorer de la continuation de ses bonnes grâces, et de croire que je serai à jamais, monseigneur,
» De Vostre Seigneurie Illustrissime, le très-humble et obéissant serviteur, » A Bruxelles, le 50 aoust (1646?). Ph., abbé de Balerne. »
Chifflet (Jean-Jacques). —
Lettre à Pierre Roose : « Monseigneur, je prens la hardiesse d'envoyer à V. S. Illœe mon traitté de l'Alsace. Elle jugera, s'il lui plaît, s'il importe au service de Sa M^, et s'il ne convient pas de faire tous les efforts possibles, pour le recouvrement de ceste province. Car il me semble que ceux qui traittent ces matières ne font guère plus d'estat de donner une province aux enuemys, que l'on fait de lascher un valet de pique en jouant aux chartes. Je recommande mes deux fils à V. S. Illme et après les {sic) avoir souhaitlé une bonne nouvelle année, je me signe d'icellc,
» Très-humble et très-ohéissant serviteur,
» Bruxelles, le 14 de l'an 1630. Chifletius (2). »
(1) Archives de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
(2) Collection des papiers du chef et président Roose, vol. 55 et 42, aux Archives du royaume.
§ 2. Musiciens, Fabricants d'instruments, orgues, etc.
Sommaire : Lambert et Helbert, moines de l'abbaye de S'-Hubert. — Jean Vyre. — Guy, d'Anvers. — Marc Moers. — Antoine, Jérôme, Jacques et Henri Mors. — Rémi du Molin. — Jacques Boquet. — Henri Bredeniers.
— Etienne Diedegbem. — Sigismond Vyer. — Jean Crinon. — Rogier Pathie. — Etienne Lethman. — Michel de Ladfœur. — Michel de Boucq.
— Fr. Van der Elst. — Arn. de Smith. — Jean Turnhout. — Pierre Cornet.
— Nie. de Rayer.
Lambert, organiste, — moine de l'abbaye de Saint-Hubert, ordre de Saint-Benoit, cité dans le Cantalorhim (1), vivait en 1055. Les bénédictins Martène et Durand, qui les premiers ont publié cette importante chronique du XIe siècle, font observer que la mention d'orgues à une époque où elles étaient excessivement rares dans les monastères, est une chose très-remarquable.
Helbert, — de Liège, autre moine de l'abbaye de Saint- Hubert, contemporain du précédent, est cité comme musicien et mathématicien excellent (in abaco et masica triumphantem) (2).
Vyre (Jean) — « maistre des orgues. » Payement qui lui est fait, en 1387, pour « porter unes orgues par forche de »gens, tant par l'eauwe comme par terre, de Bruges à »Arras, » par ordre de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (s).
Guy, — d'Anvers. Payement de 18 livres 15 sous, fait à maître Guy, d'Anvers, pour avoir, en 1431, remis à point les orgues de Philippe-le-Bon au château de Hesdin, en Artois (4).
(i) Édition du baron de Reiffenberg, p. 244. {Collection des chroniques belges) .
(2) Ibidem, p. 246.
(5) Registre n° 13675 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(4) Gachard, Rapport sur les Archives de Lille, p. 275.
Moehs (Marc), — organiste, à Lierre, reçoit, au mois d'août 1508, o\ livres 5 sous pour l'achat» d'ung manicor »que Monseigneur (l'archiduc Charles) a fait acheter de lui » pour son desduit et passe-temps (î). »
Mors (Antoine), facteur d'orgues, livre à la cour de nouvelles orgues, du prix de 115 livres, en 1514 (2); « une «paire d'orghes » au roi Charles, « pour s'en servir à son » très-noble plaisir en sa chapelle, » en juin 1515 (3); un daincordium à l'archiduchesse Éléonore, pour la somme de 16 livres, en mars 1516, et, à la même époque, 146 livres pour « l'estoffe et la fachon d'unes nouvelles sorghes que Monseigneur (Charles) luy avoit faict acheter »pour servir journellement en sa chapelle (4). » Antoine Mors habitait alors Anvers, et vivait encore en 1529, époque où il reçut 20 livres « pour sa paine et salaire d'avoir » reffaict et raccoustré les orgues de la chappelle de Ma- » dame (Marguerite d'Autriche), et faict à neuf trois souf- »fletz avec leur contrepois de plomb servans ausdicts «orgues (s). »
Cet Antoine Mors est très-probablement le même que celui dont il est parlé dans la chronique de Schwerin, où il est dit qu'il était natif d'Anvers, et qu'il fournit, en 1559, à Jean-Albert , duc de Mecklenbourg, des orgues (organo musico) destinées à être placées dans la magnifique cathédrale de Schwerin. Cette chronique mentionne encore un Jérôme Mors, fils du susdit Antoine, qui mourut à Schwerin en 1598, âgé de 79 ans, et que le duc Albert appela près de lui, lorsqu'il n'avait encore que dix-sept ans, c'est-à-dire en
(1) Registre n° F. 195 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Registre n° F. 200, ibidem.
(3) Registre n° F. 206, ibidem.
(4) Registre n° F. 201, ibidem.
(5) Registre n° 1805 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
1556. Il se maria à l'âge de 64 ans. Son père, ajoule-t-elle, exerçait la profession d'organiste, aidé de ses fils Antoine et Jacques et de ses vingt filles (i).
Mors (Henri), — faiseur d'orgues, reçoit, en mai 1 51 7, la somme de 62 livres 10 sous, pour avoir vendu au roi Charles « de petites orgues, pour s'en servir en sa capelle, et les » porter avec lui en son prouchain voyaige d'Espaigne , » pour ce que celles dont l'on jouoit estoient trop grandes » et pesantes (2). »
Du Molin (Rémi), — organiste de l'église de Saint- Jean, àMalines, en 1528 (5).
Boquet (Jacques) ou Bouquet, — fut tout à la fois organiste de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas (4), et de la chapelle de Charles-Quint : il vivait en 1550.
« A maistre Jacques Boquet, organiste de la chappelle de l'empereur, xviij livres, pour le portaige des orgues de la chappelle de Gand à Malines; de la court audict Malines à l'église Saint-Pierre, par plusieurs fois,- de Malines à Anvers, pour les faire remectre à point; d'Anvers à Bruxelles; de là à Cambray, et de Cambray à Bruxelles (janvier 1529-1530, n. si.) (5). »
Bredeniers (Henri) — était organiste de Philippe le Beau en 1505 (6), et fut continué dans ces fonctions après la mort de ce prince, qu'il accompagna en Espagne (7), avec
(1) Chronicon Suerink, par Bern. Hedericus, col. 1667 et 1682. Voy. Bulletins de la commission royale d'hisloire, lre série, t. IV, p. 361.
(2) Registre n° F. 199 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(3) Registre n° 1804- de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(4) Registre n» 1805, ibidem.
(5) Registre n° F. 214 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(6) Registre n» F. 191, ibidem.
(7) Bredeniers se fait rembourser en 1509 et 1510, de la somme qu'il a payée pour le transport, de l'Espagne à Anvers, d'un coffre renfermant les
le titre d'organiste ou de maître de la chapelle de l'archiduc d'Autriche (Charles). En mai 1508, il reçoit une gratification « pour l'enlrelènementde quatre jeunes enffans que par » ordre de Monseigneur il a gardez, monstrez et enseignez » la musicque pour chanter en ladicte chapelle. » En 1509, Bredeniers est récompensé « des paynes qu'il prend jour- » nellement à apprendre à jouer sur le maincordion Mon- » seigneur (Charles) et mesdames ses seurs (1). » Il fait un voyage en Hollande en 1514, « pour les affaires » des archiducs Charles et Ferdinand (2). Le premier, devenu roi d'Espagne et souverain des Pays-Bas , lui accorde, par lettres patentes de 1516, une pension annuelle de 100 livr. « en considération de ses services (3). » La même année, le roi donne encore 50 livres à Bredeniers, pour le récompenser de son dévouement, et afin qu'il pût continuer l'achèvement de la maison qu'il se faisait bâtir à Lierre, sa ville natale probablement, et en faire orner la façade d'une belle verrière armoriée. Charles-Quint le gratifie d'une autre somme de 50 livres, en septembre 1521, pour une seconde verrière, sans doute. Il avait accompagné ce prince à son voyage en Angleterre, en 1520, et y avait offert à ses frais un banquet aux chantres de la chapelle du roi Henri VIII, à Canterbury (4).
I. « A Henry Bredeniers, organiste et maistre des enffans de la chapelle de l'archiduc, pour l'entretènement de quatre jeusnes enffans que par ordon-
livres et missels de la chapelle de Philippe le Beau, qui avaient été emportés dans ce pays, lorsque ce prince s'y rendit pour la seconde fois. (Acquits des comptes de la recette générale des finances, aux Archives du royaume).
(1) Ibidem.
(2) Registre n° F. 200 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(3) Registre n« F. 201, ibidem.
{i) Bredeniers est encore cité dans les registres de la chambre des comptes, n»s F. 19b, fo ijc iiijxx xvj ro. F. 200, f» iij° xxxj v°; F. 201, f° iijc lxxviij r<> et iiijc lxxvij r°, aux Archives du déparlement du Nord, à Lille.
nance de Monseigneur il a gardez, monstrez et enseignez la musique pour chanter en ladicte chapelle, etc. (1).
II. » A maislre Henry Bredeniers, organiste, 1 livres que le roy, par lettres patentes du xix aoust XV" xvj, luy a accordé en considéracion des bons et aggréables services qu'il luy avoit par cy-devant faiz et faisoit lors chascun jour oudict estât d'organiste, et autrement, en diverses manières, mesmement pour l'avanchement des ouvraiges de sa maison à Lyere, et pour une verrière armoyée des armes dudict seigneur roy, qu'il promectoit mectre au chieflieu de sadicte maison, etc. (2).
III. »A Henry Bredeniers, organiste, 1 livres par lettres patentes datées de Bruxelles, le xxvj septembre XVe xxj, tant pour don et gratuité, comme pour faire faire une verrière armoyée des armes (du roy), et icelle mectre en la maison qui faisoit lors édiffier en la ville de Lyere (3).
IV. » A maistre Henry Bredeniers, organiste de la chappelle dommesticque du roy, la somme de xviij livres xv solz, pour don gratuyt que le roy luy a fait en considéracion de la despence qu'il avoit soutenue à un banquet par luy fait aux chantres de la chapelle du roy d'Angleterre à Canturbye, ou voyaige que le roy y avoit lors fait (4). »
Diedeghem (Etienne), — élève de Henri Bredeniers, cité en 1513.
« A Henry Bredeniers, par lettres patentes du xix febvricr XVe xij (v. st.), tant pour les despens d'un jeusne filz nommée Estienne Diedeghem, tamburin de mesdames Lyénor, Ysabeau et Marie d'Austriche, qu'il a nourry et gardé depuis xv mois lors auparavant passez-, et aprins à jouer des fluytes, leut [luth] et claincordin, orghes et autres instrumens, pour jouer devant mesdictes dames pour leur plaisir et passe-temps toutes et quantes fois qu'il leur plairoit (S). »
Vyer (Sigismond), — organiste de Marie, reine douairière de Hongrie, reçut, en octobre 1 532, une somme de 73 livres
(1) Registre n° F. 195 de la chambre des comptes, aux Archives du déparlement du Nord, à Lille.
(2) Ibidem.
(5) Registre n° F. 207, ibidem.
(4) Registre n° 1927 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(5) Registre n° F. 199 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille. Voy. encore le n° F. 200, f° iijc xvj v°, ibidem.
pour la réparation du « grand portatif instrument que Sa » Majesté feyst amener avec elle d'Allemaigne, lequel estoit » tout gasté (i). » Lorsque Marguerite se rendait en quelque église ou couvent, afin d'assister aux offices divins, Vyer y faisait porter les orgues pour en jouer (2).
« ASiegmont Vyer, pour ung grant instrument virginal par luy prins et acheté en la ville d'Anvers, et ce comprins l'amménaige dudict Anvers, xxxvj livres xv s. (avril 1353) (3). »
Crinon (Jean), — « ouvrier d'orghues, » à Mons, se rendit, en 1536, de cette ville à Bruxelles, pour montrer à la cour « plusieurs instrumens d'orghues, »et reçut 15 livres de gratification (*). En 1538, il répara les orgues de la chapelle du palais (s).
Pathie (Rogier), — organiste de la chapelle de Marie, reine douairière de Hongrie, cité en 1538 et 1539 (e).
Lethman (Etienne), — « ouvrier d'orghes, » livre à Charles-Quint « ung grant et ung petit posityfz, » en 1539 (7).
De Ladfoeur (Michel), — maître des chantres de l'église collégiale de Soignies, en 1581.
« A maistre de Ladfœur, maistre des chantres de Soingnies, xxviij livres, tant pour luy que pour les chantres et enffans de cœur dudict Soingnies, pour s'estre transportez, à l'ordonnance de Son Excellence, doiz ledict Soingnies vers la ville de Mons, pour chanter la messe le jour des obsèques de feue la royne d'Espaigne, célébrées en l'église de Sainte-Walterude, le xxixe et pénultiesme jours de janvier XVe lxxxj (8). »
(1) Registre n° M. 216 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Ibidem.
(3) Registre n<> M. 138, ibidem.
(i et 6) Registre n° M. 140, ibidem.
(S) Registre n° M. 178, ibidem.
(7) Registre n° M. 211, ibidem.
(8) Registre n» F. 263, ibidem.
De Boucq (Michel) — fut organiste de Philippe II; il vivait encore en 1585.
« A Michiel de Boucq, ci-devant organiste et pensionnaire de Sa Majesté, viiijc livres à bon compte de la despence que luy conviendroit faire à la recherche des enffans que Sa Majesté avoit ordonné luy estre envoyé pour le service de sa chapelle (janvier 1585) (1). »
Van der Elst (François), — facteur d'orgues, répare celles de la chapelle de la cour, à Bruxelles, en 1588 (2).
De Smith (Arnould) ou Smit, — facteur d'orgues, en 1 594.
<• A Aert Smit, faiseur des orgues, pour l'achapt contre luy faict d'ung positif d'orgues ayant plusieurs registres pour le service de la chapelle de la court de Bruxelles, v<= livres (avril 1594) (3). »
Turnhout (Jean), — qualifié de maître de la chapelle de la cour et de maître des chantres de la chapelle, en 1595 (4).
Cornet (Pierre), — organiste de la chapelle des archiducs, en 1621 (s).
De Rayer (Nicolas), — organiste de la chapelle royale, au mois d'avril 1659.
« A Nicolas de Rayer, ij°> vjc xl livres pour les nouvelles orgues que Son Altesse (le cardinal Infant) at ordonné estre faictes en ladite chapelle, dont les matériaux et ouvriers ont esté à sa charge (6). »
(1) Registre n° F. 268 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Registre n° F. 271, ibidem.
(5) Registre n° 25573, f» cxlvj v°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. Voy. aussi le registre n° F. 277 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(4) Registres n™ F. 278 et F. 279, ibidem
(5) Registre n° F. 503, ibidem.
(6) Registre n» F. 516, ibidem.
§ 5. Enlumineurs.
Sommaire : Corporations des enlumineurs, à Mons. — Miniature peinte sur un chirographe de 1490. — Gérard Harembourg. — Jean de Roovere. — Thiéri Jacopssone. — Arnould Gelasemakere. — Adrien Reyniers.
La corporation des enlumineurs, a Mons. — Tout ce que nous savons des enlumineurs de Mons, c'est que les statuts de la corporation qu'ils formaient avec beaucoup d'autres métiers furent homologués le 17 juillet 1487 (1). Leurs noms et leurs travaux sont restés jusqu'ici dans un oubli complet. Nous avons cependant découvert (2) une œuvre certainement due au pinceau d'un artiste montois. C'est un parchemin haut de 58 centimètres 5 millimètres, et large de 55 centimètres. La partie supérieure est occupée par l'écriture qui contient 44 lignes, de 48 centimètres de longueur chacune. La partie inférieure est ornée d'une miniature large de 57 centimètres 5 millimètres et haute de 27 centimètres 2 millimètres, qui est encadrée dans une bordure rouge de 5 millimètres d'épaisseur. Sous la miniature se trouvent les trois premières lettres du mot chirographe, coupées par le milieu, selon l'usage d'alors. Cela prouve qu'il a dû être délivré un second acte, en tout semblable au nôtre.
Que l'on nous permette de raconter à quelle occasion ce chirographe fut exécuté.
En 1490, le lendemain du jour de la procession de Mons, c'est-à-dire le lundi après la fête de la Sainte-Trinité, Jean Lavoine, sergent de Montignies-lez-Lens, pour l'abbaye de Saint-Denis, avait calengé et fait prisonniers plusieurs bestiaulx qui appartenaient à des fermiers de l'abbaye de
(1) De Boussu, Histoire de Mons, p. -426.
(2) Archives judiciaires, à Mons.
Saint-Denis, et qu'il avait trouvés paissant sur des bruyères de la juridiction de l'abbaye d'Hasnon, contigues à des propriétés de même nature du noble chapitre de Sainte- Waudru. Le bailli du chapitre s'autorisant de cette proximité, s'avanchia de recevoir et lever certains deniers de l'un de ces fermiers, pour l'amende qu'il avait encourue par la calenge de ses bestiaux, calenge faite, disait-il, sur les bruyères et justice de l'église madame Sainte- Waudru. De là grande querelle. Ces bruyères étaient-elles de la juridiction de l'abbaye d'Hasnon ou de celle du chapitre de Sainte- Waudru, et, par conséquent, le bailli de celui-ci avait-il le droit de frapper une amende à son profit? Grave question qui fut l'objet d'un long débat. Les deux corporations si jalouses de leurs droits respectifs, étoient en apparence (î) de avoir procet l'une contre l'autre, laquelle chose estoit mal séant, et dont grant despence se eust peu enssuyr, comme le remarque le chirographe. A l'époque où tous les droits féodaux étaient en pleine vigueur, pour la moindre lésion s'ensuivaient des procès, qui, avec la lenteur habituelle des tribunaux d'alors, duraient souvent un demi-siècle. Celle contestation nous remet en mémoire l'ânon que Chicaneau fit saisir pour s'être vautré dans un sien pré,
.... non sans faire un nolable dommage Dont il forma sa plainte au juge du village.
Mais rassurez-vous, aucune de nos deux corporations religieuses ne s'entêta autant que le plaideur de Racine, et le procès ne dura pas vingt ans comme le sien. Les parties convinrent de faire une enquête, et le sergent Jean Lavoine « enjoinl de dire vérité, dist et certiffya la callenge avoir » eslé par luy faicte sur les bruyères au costet et approchant » Noefville, estant au deseure du droit cop de cordeau (2)
(1) Sur le point.
(2) En droite ligne.
» allant de l'un des deux bonnes (î) à l'autre, et en l'enclave «de la justice de Hasnon, et non point en approchant les » bruyères et bos du chappitle de Sainte-Waudrut, ne les » viviers appartenais à icelluy chappitle, ainsi que plus am- » plement veoir on puelt par le marquement du lieu en ce » présent escript pourtrait. «D'autres témoins furent encore appelés, et tout cet incident aboutit à bien déterminer par chacune des deux parties leurs droits respectifs, et, pour ne plus avoir de contestation à cet égard à l'avenir, à les faire pourtraire sur parchemin. L'acte fut passé devant les échevins de Nimy et Maisières, le 27 avril 1491.
Nous arrivons à la description de la pourtraiture ou de la miniature, qui, sans être peinte avec ce soin exquis que l'on trouve dans ces beaux manuscrits du XVe siècle de la Bibliothèque de Bourgogne, paraît cependant accuser une main assez habile par la manière large dont elle est exécutée. Ce qui attire d'abord les regards, ce sont ces deux gibets oujiistices du chapitre deSainte-Waudru et de l'abbaye d'Hasnon avec les bornes indiquant les limites de la juridiction de chacune d'elles, au milieu de ces vastes bruyères situées entre tous les villages figurés sur cette espèce de carie topographique. Au fond ou à l'horizon, on voit l'église de Neufvilles, celle de Casteau au milieu d'un groupe d'habitations; plus loin le château de Casteau et le clocher de Thieusies. Sur l'avant-plan sont peintes les églises de Nimy et de Maisières, avec les maisons qui les environnent, la ferme de Warlon dont il est parlé dans l'acte, et qui dépend de ce dernier hameau, et enfin, dans un plan un peu plus éloigné, l'abbaye de Saint-Denis en Broqueroie.
Harembodrg (Gérard). — Le nom de cet artiste, qui était peintre et enlumineur à Gand, ne figure pas dans le livre de la corporation des peintres et sculpteurs de cette ville,
(1) Bornes.
que viennent de publier MM. De Busscher et F. De Vigne. L'identité d'époque, de noms et de prénoms peut faire supposer qu'il s'agit ici de Gérard Huerebout, célèbre enlumineur, cité par Albert Durer dans son Voyage aux Pays- Bas (1), et dont la fille Suzanne s'est acquis une si brillante réputation à la cour de Henri VIII, roi d'Angleterre, au dire de Guicciardini (2). Ce dernier écrivain parle également avec éloge de Luc Huerbout, son fils. Ces deux témoignages réunis ne laissent aucun doute sur la parenté et sur la profession de ces trois personnes : Gérard, Suzanne et Luc, et cependant le livre de la corporation ne fait mention d'aucune d'elles. Le nom de Horebout avec toutes ses variantes d'orthographe : Hoorenbaut, Horebault, Horebaut, Horenbault, Hoorenbault et Horenbaut, est fréquent dans les annales de l'histoire de l'art à Gand, car on y trouve jusqu'à dix-neuf personnes qui y ont exercé la profession de peintre depuis 14-14 jusqu'à 1540. Parmi elles sont inscrites trois Lucas, mais aucun n'est fils de Gérard. Jusqu'à preuve du contraire nous conserverons donc à Gérard Harembourg le nom qui lui est donné par les documents que nous avons eus sous les yeux. On y voit qu'il a exécuté pour Marguerite d'Autriche de nombreux et importants travaux, en 1521, entre autres le portrait de Christiern II, roi de Danemark, neveu de cette princesse, et qu'il a enrichi un livre d'Heures de belles vignettes et de lettrines d'or : on y lit encore qu'il a fait différents voyages à Bruges par sou ordre, et enfin qu'il avait plusieurs fils qui s'occupaient de son art.
(1) Ce voyage a paru à Nuremberg, en 1828, dans les Reliquien von Albrechl Durer, p. 71-145. Une traduction flamande en a été publiée par Mr Yerachter, à Anvers, en 1840 On en trouve une traduction presque littérale dans le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaire, t. Ier, Paris, 184-2. Ce voyage a encore fait l'objet de deux articles dans la Revue de Bruxelles, l'un par Mr Sciiayes et l'autre par Mr A. Van Hasselt.
(2) Dcscritlionc di tuli i Paesi Bassi, etc.'
I. « Il est dcu à maistrc Girard Harembourg, painclrc et illumincur résidant a Gand, pour les parties de son meslicr que, par ordonnance de Madame, il a faictes et livrées, ainsi que cy-aprùs est déclairé, ce que s'ensuyt :
Premièrement, pour avoir faict sèze belles ysloires bien enlumynées en une paire de riches Heures en parchemin pour madicle dame, au pris, une chascuneymaige, de Ixxv s., par marché fait avec luy par madicte dame, revyennent, audict pris, à la somme de lx livres;
Item, pour avoir fait ausdictes Heures sept cens lettres d'or, qui, au pris dexij solzle cent, par marché fait comme dessus, valent iiij liv. iiij s.;
Item, a payet ledict maistre Girard pour l'escripture d'aucuns feullietz d'icellcs Heures, pour ce qu'il n'avoit loisir les escripre, ains luy a convenu icelles appourter et faire escripre à Bruxelles, xl s.;
Item, pour avoir fait deux vignettes pour madicte dame en icelles Heures, qui, au pris de xxviij s. pièce, valent Ivj s.;
Item, pour, par ordonnance de madicte dame, avoir fait ung patron de verrière en l'église de Galilée, à Gand, xl s.;
Item, audict maistre Girard, tant pour despence de bouche par luy faicle que de son chariage dois la ville de Gand à Bruges, où il a esté, par ordonnance de madicte dame, faire escripre ce qui failloit en une aultre paire d'Heures en parchemin estans à madicte dame, xxxviij s.;
Item, aussi, pour despence de bouche et chariage de l'ung de ses filz, lequel a esté par deux fois dois ledict Gand à Bruges, par ordonnance de madicte dame, à chascune fois a vaequé trois jours entiers, pour amender les faultes de rubrices d'icelles Heures, xlviij s.;
Item, pour les vacquacions dudict maistre Girard de quatre jours entiers qu'il a vacquiet à refaire et racoustrer lesdictes Heures en plusieurs lieux où elles esloient guastées, xl s.;
Item, pour les vacquacions qu'il a mis autour de la façon du jardinet que madicte dame a fait faire audict Gand de fleurs de soye et aultres menutez, en quoy avec les religieuses de Guallilée il a vaequé xx jours entiers, qui, au pris de viij sous ung chascun jour, valent viij liv.;
Item, pour ses vacquacions de deux jours entiers qu'il a vaequé à venir dois ledict Gand à Malines, et appourté le coffret où esloit ledict jardinet, y comprins son chariage et despence de bouche par luy faicte, xlij s.;
Et pour quatre jours entiers qu'il a vaequé audict Malines, comprins deux journées pour son retour audict Gand et chariaige de sa personne, lxviij s.
Somme toute desdictes parties vijxx xj liv. vj s.
Entantmoings desquelles il a receu du trésourier Marnix à bon compte sur icelles à deux fois la somme de . . . xxxvij liv. x s. Ainsi luy resteroit deu .......... Iiij liv. xv s.
Dont il supplye à madicle dame le vouloir faire dresser et payer promplement affin de s'en povoir retourner (1). »
(Suit l'ordonnance de payement signée de Marguerite, et datée de Malines, le 17 janvier 1521, style de Rome.)
H. « A maistre Girard Harembourg, painclre et illumineur, résidant à Garni, la somme de vj florins philippus, de xxv patars pièce, que deue luy esloit pour une painclure par luy faicte au vif à la semblance du roy de Dennemarcke, laquelle madicte dame a retenue à ses mains pour ledit pris (2). »
De Roovere (Jean), — enlumineur, à Bruxelles, fut clerc de l'oratoire de Catherine d'Autriche, reine de Portugal. Il peignit pour Marguerite d'Autriche, en 1526 et 1527, trois grandes miniatures, qui lui furent payées 9 livres, de 40 gros, chacune, et dont cette princesse fit faire trois petits tableaux.
I. «A Jehan de Rovere, illuminenr, ci-devant clerc de l'oratoire de la royne de Portugal, la somme de xviij livres, de xl gros, que Madame, par ses lettres patentes du ixe de décembre XVe xxvj , luy a ordonné avoir d'elle en paiement de deux pièces d'illumineure qu'elle luy a faict faire pour mectre en tableaux, dont icelle dame ne veull plus ample déclaration estre faicte (5). »
II. « Marnix, nous vous ordonnons que païez et délivrez content à Jehan de Rovere, illumineur, demeurant à Bruxelles, la somme de ix livres, du pris de xl gros, laquelle somme luy avons ordonné prendre et avoir de nous pour une fois, en paiement d'une illumineure que pour semblable somme luy avons naguerres fait faire en certaine complaincte de Quatre Princes mise en tableau, dont ne voulons autre déclaration estre faicte. Donné à Malines, le xxve jour de mars, avant Pasques, l'an XVe xxvij, stil de Romnie (4). »
Jacopssone (Thiéri). — Gelasemakere (Arnould). — Reyniers (Adrien). — Nous rappellerons ici que nous avons menlionné les noms de ces trois artistes dans nos
(1) Acquits des comptes de l'hôtel de Marguerite d'Autriche, aux Archives du royaume.
(2) Registre n° 1797 de la chambre des comptes, ibidem.
(3) Registre n» 1802, ibidem.
(4) Acquits des comptes de l'hôtel de Marguerite d'Autriche, cilés.
biographies de Jean Van Nymmegen et de Gilles Horrion, graveurs de sceaux (1). Le premier est qualifié de peintre dans le document qui nous en parle, et habitait Anvers. Jacopssone et Gelasemakere peignirent, en 1516 et 1517, divers patrons pour les monnaies du roi Charles. Ces sortes de travaux étaient ordinairement confiés à des enlumineurs. Cette dernière qualification est donnée à Reyniers, qui fit, en 1555, le patron du sceau dont Philippe II se servit à son avènement au duché de Brabant, après l'abdication de son père.
§ 4. Orfèvrerie, Émaux, Ciselures, elc.
Inventaire des Joyaux de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, dressé vers 1458 (2).
« Ung tableau à façon de pomme de pun et entre-deulx, taillié de la Gésine de Noslre-Dame et des Trois Roix, pesant ij onces demie.
Ung tableau d'or à ung ymage de S. Anthoine esmaillié, et autour P et M [Philippe le Hardi et Marguerite de Maie], pesant iiij onces xvesterlins demi.
Ung tableau d'or à façon de pomme, qui se met en ij pièces, en l'une Noslre-Dame et en l'autre S. Jehan, pesant iiij onces demye.
Ung petit ymage d'or de Nostre-Damme couronnée, et se euvre, et y a encloz l'image de la Trinité, et y a ung rubis et ij balais et iiij perles, pesant iiij onces.
Ung petit tableau d'or qui se œuvre, à une chaînecte esmaillé de la Résurrection et de la Magdelaine, pesant iij onces demye.
Ung tableau d'or rond qui se œuvre, et y at dedens ung crucefixz d'ivoire, et une Annonciation, et y a escript . Il me tarde, pesant iij onces demye.
Ung autre petit tableau d'or qui s'euvre, esmaillié de l'image de S. Jehan l'Évangéliste, pesant ij onces x esterlins.
Ung petit tableau d'or ouvrant esmaillié dehors de S. Jehan-Raptisle et S. Jehan l'Evangéliste, pesant ij onces.
(1) Voij. nos Recherches sur la vie et les travaux des graveurs de médailles, etc., t. 1er.
(2) Registre n° M. iôi de la chambre des comptes, aux Archives du déparlement du Nord, ù Lille.
Ung petit tableau d'or esmaillié de l'Anonciacion, et au dehors des ymages de S. George et Ste Katherine, pesant ij onces demye.
Ung petit tableau d'or rond , et au dehors le sépulcre ponchonné d'ung costé, et de l'autre cousté l'image de Nostre-Damme, pesant iij onces.
Deux tableaux de bois , l'un de la Gésine Nostre-Damme et l'autre du Suaire.
Ung tableau à ij cloans à l'image Nostre-Damme, et es feuilles chascun iij ymages d'albaslre. »
§ 5. Tapissiers et Tapisseries de haute-lisse.
Sommaire : Ph. Sellier, marchand tapissier, à Bruges. — Tapisseries historiées achetées par Maximilien et Marie en 1478, et envoyées en Angleterre. — Tapisseries de haute-lisse que possédaient le comte d'Egmont et le marquis de Berghes, en 1568. — Jean Van Oort, peintre, fait, en 1603, les patrons pour les tapisseries historiées offertes par la ville de Bois-le- Duc à Frédéric -Henri, prince d'Orange.
Sellier (Philippe) — était un marchand tapissier de Bruges, auquel les archiducs Maximilien et Marie de Bourgogne achetèrent, en 1478, pour la somme de 1,014 livres 12 sous, de 40 gros de Flandre, la livre, cinq tapisseries de haute-lisse, dont deux représentaient des faits tirés de la vie de l'empereur Maximien. Sur la troisième, qui était un tapis d'église, se trouvait reproduite l'histoire des Trois Mages, et l'on voyait l'histoire d'Absalon sur l'une des deux autres. Ces belles productions de notre industrie furent envoyées en Angleterre, pour être offertes en don au grand chambellan du royaume, au nom de nos souverains, par un seigneur de la cour qu'ils avaient chargé d'une mission secrète en ce pays
« Maximilien et Marie, etc., à noz amez et féaulx les gens et commis sur le fait de noz demainne et finances, salut et dilection. Nous voulons et vous mandons que par nostre anié et féal conseillier et receveur général de nosdicles finances , Nicolas le Prévost, et des deniers de sa recepte, vous faictes paier, baillier et délivrer à nostre bien amé Phelippe Sellier, marchant tappissier, résident en nostre ville de Bruges, la somme de m xiiij livres
xij solz, du pris de xi gros de nostre monnoyc de Flandres, la livre, à lui deue pour les causes et ainsi qu'il s'ensuit, assavoir :
Pour deux pièces de tapisserie historiée de l'empereur Maximien, l'une contenant en longueur xiij aulnes et en largeur vj aulnes j quartier et demy; et l'autre en longueur xj aulnes et en largeur vj aulnes j quartier et deiny; font ensemble lesdictes deux pièces clij aulnes iij quartiers, qui, au priz de xlviij solz, de ij gros, dicte monnoye de Flandre, le soit, l'aulne, montent à la somme de iijc lxvj livres xij solz;
Item, pour ung tapiz d'église historié des Trois Roix, contenant xxxv aulnes iij quartiers, par marehié fait avecques lui, la somme de ij<= x livres;
Item, pour une autre petite pièce de lappisserye ouvrée à or, aussi par marehié, clxviij livres;
Item, eiicoires pour une autre pièce de tappisserie historiée de l'istoire d'Absalon, contenant xxxiij aulnes, par marehié, la somme de ijc lxx livres.
Lesquelles parties de lappisserye nous avons fait chargier et conduire par nostre amé et féal chevalier, eonseillier et chambellan le seigneur d'Yllain, chevalier d'honneur de nostre très-chière dame et belle-mère la duchesse Marguerite, ou royaume d'Engleterre, pour illec les donner et présenter de par nous en don au grant chambellan dudit royaume, lequel seigneur nous envoyons présentement par-delà pour aucunes matières secrètes, dont ne voulons icy autre ne plus ample déclaration estre faicte, etc.
Donné en nostre ville de Bruxelles, le xviije jour d'octobre l'an de grâce mil cccc Ixxviij (1). »
Tapisseries de haute-lisse confisquées sur Lamoral, comte d'Egmont, et Jean, marquis de Berghes, en 1 808. — La sentence de mort du comte d'Egmont prononçait en même temps la confiscation de ses biens, qui étaient immenses : tel fut aussi le sort des richesses et des nombreuses propriétés du marquis de Berghes, après la fin tragique de ce seigneur en Espagne. Les hôtels que tous deux possédaient à Bruxelles et à Mons, les châteaux de Gaesbeek et de Bergop-Zoom, bien d'autres encore qui leur appartenaient, furent bientôt vidés; et meubles, argenterie, livres, tableaux,
(1) Acquits des comptes de la recette générale des finances, aux Archives du royaume.
sculptures, vaisselle, etc., etc., furent exposés en vente publique par les officiers du fisc. C'est dans des inventaires dressés par eux que nous avons trouvé les indications qui suivent. La première note décrit sept tapisseries de hautelisse, représentant les Sept Péchés Capitaux, qui avaient fait l'ornement d'une des habitations du comte d'Egmont. La seconde note est d'autant plus curieuse, qu'elle nous indique les localités où furent fabriquées la plupart des pièces de tapisseries qui sont mentionnées, et le prix auquel elles furent estimées ou vendues. Ces dernières, au nombre de cinquante-cinq, provenaient de l'hôtel qu'occupait le marquis de Berghes, à Mons. La vente des meubles de cet hôtel eut lieu au Brood-huys, à Bruxelles, en juin 1570, et à Anvers, dans les derniers mois de la même année.
I. « Sept pièces de tapisserie d'or, d'argent et de soye, contenant les Sept Péchez Mortelz; l'une pièce du péché de Volupté, contenant vj aulnes de parfondeur et xij aulnes et ung quart de longeur;
Aultre pièce du péché d'Avarice, de vj aulnes de parfondeur et de xj aulnes ung quart escars de longeur;
Aultre pièce du péché de Paresse, de vj aulnes de parfondeur et de x aulnes et demi quartier de longeur;
Aultre pièce du péché de Ira, de vj aulnes de parfondeur et de xj aulnes ung quartier et demi de longeur;
Aultre pièce du péché d'Orgeuil, de vj aulnes de parfondeur et de x aulnes de longeur;
Aultre pièce du péché d'Envie, de vj aulnes de parfondeur et de x aulnes et ung quartier de longeur;
Aultre pièce du péché de Gourmandise, de vj aulnes de parfondeur et de xij aulnes et demi quartier de longeur (1). »
II. « Dix pièces de tapysserie de verdure, ouvraige de Bruxelles, en haulteur de vj aulnes, contenans ensamble la quantité de iiijc iiijxx xvij aulnes quart et demy, ont esté vendues pour xxj solz l'aulne, qui monte à la somme de vc xxij livres iiij solz x deniers;
Quatre pièces de tapysserie de verdure, ouvraige d'Engien, en haulteur
(1) Papiers du conseil des troubles, vol. 58, aux Archives du royaume.
de v aulnes, contenant ensamblc la quantité de iiijxx xviij aulnes ij quartz et demy, a esté vendue l'aulne a ix solz vj deniers, qui revient à la somme de xlvj livres xvij solz;
Neuf pièces de tapysserie de verdure, ouvraige de Sainct-Tron, fort usez, et trouvez en haulteur de v aulnes et demy et demy-quart, revenans ensamble à la quantité de ij° xj aulnes ij quartz et demy, ont esté vendues l'aulne à viij solz j denier maille, qui revient à la somme de iiijsx y liv. xix s. v den.;
Huyct pièces de tapysserie de l'histoire de Tobias, ouvraige de Bruxelles, en haulteur devj aulnes contenant ensamble la quantité de iijc iiïjxx j aulnes trois quartz, estimées à xxx solz l'aulne, ont, par ordonnance de Son Excellence le duc d'Alve, en date du iij* de décembre XVe lxxj, esté délivrées à Marcq de Ocoche, maistre d'hostel de dame Barbara Bombergh, vefve de feu messire Jéronimus de Kexel, en son vivant commissaire des monstres du roy;
Treize pièces de tapysserie, ouvraige de verdure, en haulteur de vj aulnes, contenans ensamble iijc xxvij aulnes iij quartz;
Sept pièces de tapysserie de verdure, de v et demy aulnes de haulteur, contenans ensamble c iiijxx vij aulnes , estimées à x solz l'aulne, ont esté, par ordonnance de Son Excellence, délivrées à Loys de Venegas pour le pris de ladicte estimation, montant à la somme de ïiijxx xiij livres x solz;
Quatre tapiz de muletz armoyez des armes de Mollenbaix, vieulx et usez, ont esté venduz xiiij livres vj deniers (1). »
Tapisseries de haute-lisse offertes par la ville de Bois-le- Duc à Frédéric-Henri, prince d'Orange. — C'est en 1650, c'est-à-dire l'année qui suivit la prise de cette ville par Frédéric-Henri, prince d'Orange, que le magistrat de Boisle-Duc fit dessiner, par le peintre Jean Van Oort, cinq patrons pour les tapisseries de haute-lisse qu'il destinait à être offertes à ce vainqueur, et qui représentaient des épisodes du mémorable siège de 1629. La pièce qui suit est la requête que présenta Van Oort pour être payé de son travail, taxé par lui à 7 florins par dessin.
« Verlhoont oytmoedelyck meester Jau Van Oort, schildere, hoedat hy onlancx voer dieser sladt gemaeckt heeft vyff palroonen van het belech deser voorschrever sladt , omme daernae te moegen doen maecken vier tapeeten voor syn genade graeff Fredrick , waerover hy remonstrant byde twintich
(1) Registre n° 19160 de la chambre des comptes, aux Areh. du royaume.
daegen onleech oft doende geweest is, hebbcnde daertoe gedaen grooten arbeyt ende hooft-breeckinge, daervan hy noch nyet en heeft ontfange oft en is betaelt. Waeromme en alsoe hy remonstrant daeraff behoirt gecontenteert oft betaelt te wcsen, en dat hy allen denselven arbeyt is stellende tôt discretie van uwe eerwaerdige, soe biet hy remonstrant ooytmoedelyck dat deselve uwe eerwaerdige gelieven wille de rentmeester deeser sladt te ordineren hem suppliant van 't geene voorschreven is te betalen, en daervoir hem soeveel vuyt te reycken als uwen eerwaerdige goelduncken en gelieven sal, alsoe de remonstrant 't selve geheelycke is stellende tôt discretie van uwe eerwaerdige als voir; d'welck doende is Jan Van Oort (1). »
§ 6. Histoire des Monuments.
Indication des localités : Arras, Bergues-S'-Winoc , Béthune, Bliquy, Bouchain, Bouvignes, Gembloux, Haerlem, Middelbourg, Namur, le Bceulx, S'-Omer, Salzinne, Séclin et Termonde.
Abbaye de Saint-Feuillan, auRœulx. — Don de 30 livres, en septembre 1494, pour la réparation de l'église qui avait été « gastée et deslruicte dans les dernières guerres (*). »
Abbaye de Gembloux. — Don de 800 livres, par lettres patentes du 14 septembre 1494, pour aider «à la reffection, » réparation et réédiffication tant de l'église de Gembloux, » comme des maisons et censés que durant les derrenières » guerres de Brabant ont esté démolies et brûlées (5). »
Église de Notre-Dame, à Namur. — Don de 30 livres, en mai 1495, pour sa réparation (4).
Tour de Crèvecœur, à Bouvignes. — Don de 300 livres, en juin 1495, aux échevins de cette ville, pour « emploïer »au parfait de l'édiffice commencée à faire en ung passaige
(1) Archives communales de Bois-le-Duc.
(2 et 5) Begistre n° F. 181 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(4) Begislre n° F. 182, ibidem.
«estant dessus ladicte ville, appellée la tour de Crèvecœur, »de piéça commencée afin de tant mieulx garder rentrée du »pays par .ce quartier des François et Liégeois (i). »
Couvent de l'ordre de Saint-François, dit des Bogards, à Middelbourg, en Zélande. — Don de 60 livres, fait en 1 495, pour « reffaire et rédiger leur église et cloistre qui fut entièrement ars et bruslé en Tan xiiijc iiijxxij, par le feu qui »se prist lors de nuyt en l'église et cloistre Notre-Dame de «Middelbourg (2). »
Abbaye de Salzinne, près de Namur. — Don de 200 livres, fait par lettres patentes du 19 novembre 1495, « en » considéracion et récompence des pertes et dommaiges » qu'elles ont eues et soustenues par les guerres et divisions » qui ont régné es pays et seigneuries de Monseigneur(Pbi- » lippe le Beau), tant en pilleries, roberies, inundacions de » leurs censés, maisons et loigis, etc. (5) »
Don de 19 livres 18 sous, fait en août 1520, pour«ayder » à refaire l'église qui tomboit (4). »
Prieuré de Saint- Bernardin-lez-Haerlem. — Don de 200 livres, en avril 1497, pour « la fondation et édifficatiou » du monastère (s).
Église collégiale de Saint-Piat, à Sèclin. — Don de 97 livres 10 sous, par lettres patentes du 12 juillet 1499, «pour » la reffection du clochier de l'église, comme pour l'achat des » calix, chappes, casubles et autres aournemens servanset né- » cessaires à l'exercice du service divin en icelle église(e). »
(1, 2 et 5) Registre n° 182 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(i) Registre ri" F. 205, ibidem.
(5) Registre n° F. 184, ibidem.
(6) Registre n» F. 186, ibidem.
Couvent des Frères Prêcheurs, à Saint-Omer. — Don de 8 livres, fait en septembre 1 SOS, « pour emploïer en achat »de chesnes pour aidier à réédiffier leur cloistre que par » les guerres avoit esté destruyt et bruslé (î). »
Couvent des Mineurs, à Bergues-Saint-Winoc. — Don de 30 livres (2), fait par lettres patentes du 30 avril 1507, « poureulx aydier à la réfection et réparation de leur église, » laquelle avoit lors naguères esté bruslée par feu de mes- » chief (5). »
Couvent des Carmes, à Arras. — Don de 30 livres, par lettres patentes du 26 mai 1507, 0 pour employer à la ré- «fection et réparacion de leur église, laquelle, du temps «des guerres et divisions qui par ci-devant ont régné, a «esté démolye et translatée des faubours en la ville (4). »
Couvent de Sainte-Brigitte, à Termonde, — Don de 18 livres, fait en 1521, « pour ayder à parfaire leur église en- «commeuchié (s). »
Couvent de Saint-François, à Béthune. — Don de 60 livres, fait par lettres patentes du 27 janvier 1525 (n. si.), pour achat de bois pour « la réédiffication du cloître (6). »
Couvent des Sœurs Grises, à Blicquy. — Don de 12 livres, fait en 1576, «pour les ayder à rebaslir leur église, » laquelle avoit esté abattue par le vent (7). »
Église de Bouchain. — Don de 200 livres, fait en juillet
(1) Registre n° F. 191 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2 et 4) Registre n» F. 193, ibidem.
(3) Par accident. — Mr Debaecker ne mentionne pas ce couvent dans ses Recherches historiques sur la ville de Bergues; Bruges, 1849.
(5) Registre n° F. 207, de la collection citée.
(6) Registre n° F. 210, ibidem.
(7) Registre n° F. 236, ibidem.
1595, « pour la réparation des ruyncs de l'église, ayant » icelle à la réduction de ladicle ville soubz l'obéyssance de » Sa Majesté, advenu l'an 1 580, esté consommée par le » feu (i). »
§ 7. Géographes.
Sommaire : G. Mcrcator. — Chrétien Sgrooten. — Cartes des pays de Gueldre et Zutphen, du cours du Dénier et de la Westphalie.
Mercator (Gérard). — Les pièces qui suivent ont trait à un fait resté, croyons-nous, totalement inconnu à tous les écrivains qui se sont occupés du célèbre géographe, et qui mérite de trouver place dans une biographie future; c'est que Mercator fut emprisonné en 1544 comme suspect d'hérésie. Au commencement de cette année, le procureur général de Brabant avait été chargé d'aller à Louvain dresser information contre plusieurs personnes soupçonnées d'adhérer aux religions nouvelles de Luther et de Calvin. Presqu'en même temps Gérard Mercator, qui habitait cette ville, s'en était absenté, et s'était rendu dans le pays de Waes. Il fut vraisemblablement dénoncé à l'inquisiteur, car le bailli de ce pays l'arrêta et le conduisit par ordre de Marie, reine douairière de Hongrie et gouvernante des Pays- Bas, au château de Rupelmonde. Cette ville était le lieu même où notre savant avait vu le jour. A la nouvelle de son emprisonnement, sa femme court chez Pierre de Corte, curé de l'église Saint-Pierre, sa paroisse, lui raconte ce qui vient d'arriver, et lui dit que son mari était parti de Louvain à propos de la succession d'un de ses oncles. Le curé délivra à l'épouse de Mercator un certificat en règle, attestant qu'il le connaissait pour jouir d'une bonne réputation, et mener une vie honorable sous tous les rapports. La
(1) Registre n° F. 27G de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
pauvre femme crul qu'il suffisait de faire parvenir au bailli de Waes le témoignage de son curé pour obtenir la liberté de son mari. Elle se trompait. Le bailli envoya la pièce à la gouvernante pour avoir son avis. Celle-ci fit aussitôt écrire à Pierre de Corte, pour le réprimander d'avoir donné un semblable certificat en faveur de Mercator, que l'on soupçonnait fort d'être hérétique, et qui avait été arrêté comme tel, ce qui lui paraissait une chose tout-à-fait singulière : en outre, elle lui intima l'ordre, au nom de l'empereur, de déclarer les motifs qui l'avaient engagé à en agir ainsi, et de dire s'il connaissait à la charge du prisonnier des faits d'où l'on pût induire que Mercator était partisan de quelque secte. Le curé de Saint-Pierre ne se laissa pas intimider par une telle missive : il répondit à la reine Marie qu'il savait que Gérard Mercator s'absentait souvent de chez lui à cause de son genre de travaux qui nécessitaient de sa part de fréquents déplacements; que très-peu de temps auparavant, il avait été mandé en Flandre par l'abbé de Saint-Pierre et le prévôt de Saint-Bavon, à Gand, pour lever le plan de certaines terres à propos desquelles il y avait contestation entre eux : il ajoutait enfin, qu'en 1549, lorsque Philippe II était venu aux Pays-Bas, notre géographe s'était rendu chez les évèques de Valence et d'Arras pour différents travaux artistiques. Il semble de plus par la tournure que prit alors l'affaire qu'à la réception de cette lettre, le curé de Corte ait averti l'abbé de Sainte-Gertrude, en sa qualité de conservateur des privilèges de l'université de Louvain, de l'atteinte portée à ces privilèges par l'arrestation de Mercator, qui était suppôt de l'université, c'est-à-dire dépendant de la juridiction qu'exerçait ce corps. L'abbé de Sainte-Gertrude s'adressa immédiatement au bailli de Waes pour le faire relâcher. Le bailli en référa à la gouvernante, qui écrivit à l'abbé pour l'avertir que l'individu dont il réclamait la mise en liberté, avait été poursuivi par le procureur général de Brabant,
çj<)
comme fortement suspect de luthéranisme; qu'il s'était enfui de Louvain pour éviter d'être arrêté, et qu'il avait perdu par ce fait le bénéfice des privilèges de l'université : elle lui enjoignait de cesser des poursuites dans ce sens contre le bailli de Waes pour obtenir la restitution du prisonnier, et ajoutait qu'il eût à n'opposer aucun obstacle à la marche de la procédure, s'il ne voulait la mettre dans la nécessité de sévir contre lui et de dresser une information à sa charge.
L'instruction du procès de Mercator fut longue. Adhérer aux idées de la réforme, était un crime que l'on punissait alors du bûcher ou de la perte de la tête, après avoir employé mille tortures dans le but d'obtenir un aveu, quand les preuves de culpabilité n'étaient pas suffisantes pour condamner un malheureux, souvent victime d'une infâme dénonciation ou d'une vengeance personnelle. La curiosité avait-elle poussé quelqu'un à lire un livre défendu, à assister à quelque prêche clandestin, ce seul fait l'exposait à être brûlé vif avec confiscation de ses biens. On chercha donc partout des preuves pour déclarer Mercator hérétique, on alla même jusqu'à envoyer le bailli de Waes lui-même au gardien du couvent des frères mineurs de Maîines, afin que ce dernier employât tous les moyens possibles pour obtenir une lettre que notre géographe avait écrite à un des religieux de sa communauté, lettre dans laquelle on espérait trouver des témoignages utiles au procès. Il est regrettable que nos renseignements n'aillent pas au-delà de cette mission secrète donnée au bailli Louis de Steelant. Mercator fut très-probablement relâché, après quelque temps de séjour encore sous les voûtes humides du château de Rupelmonde.
Quoiqu'il en soit de l'accusation portée, en 1544, contre le savant et digne émule d'Abraham Orlelius, il paraît certain que, vers la fin de sa vie, Mercator, qui s'était retiré à Duysbourg, dans le duché de Juliers, en 1559, s'adonna à
l'étude de la théologie, et mit au jour quelques écrits renfermant des propositions hétérodoxes; mais rien ne prouve, dit Mr Weiss (1), qu'il ait fait une profession publique de luthéranisme.
I. Lettre au curé de S'-Pierre, à Louvain. — « Marie. Lieve beminde, hoewel de procureur generael van Brabant hier voormaels wesende bynnen der stadt van Loevene, aldaer vangende ende apprehenderende einige ketters ende lutlierianen, insgelycx sochte eenen genaemt meester Gérard Mercatoris als wesende van hueren complicen, welcke meester Geerard hem alsdoen vluchten maeckte ende zyndert bynen den lande van Waes hem onthouden heeft, aldaer hy by den bailliu aengetast ende in gevangenisse geslelt es geweest om tegens hem te procederen, soe na recht ende reden behooren sal, soe verstaen wy nochtans dat ghi sekere allestalie onder uwe hanteycken gegeven hebt, daer by certifficerende van der goede famé ende name desselfs meesters Gerards, ende dat hy van goeden ende eerlycken leven wesen soude 't welek ons zeer vremt dunct, gemerct zyne vlucht ende apprehencie voerscreve.Waeromme wy u versuecken ende van wege 's keysers, ons heeren eude brueders, bevelen dat ghy ons van stonden an overscryfft de redenen die u gemouveert hebben zulcke atteslalie te verleenen, ende wat wetenscap ghy hebben moecht dat de voerscreven gevangen met eenige secten oft ketleryen nyet besmet en es, om voerts daerinne t'ordoneren soe behoeren sal. Ende des en zyt in geen gebreke. God zy met u, etc. De Gand, xix février 1545. »
II. Lettre du curé de S'-Pierre à la gouvernante. — « Myn genadigbe Vrouwe. Om te voldoene den ghebode Uwer Mateyt ende wetenscap te geven op de altestatie by my gedaen van den ontscult van meester Gerardi Mercatoris, sal Uwer Maieyt ghelieven le wetene, dat alzoo by my bevonden es ghelyck ick ghecertificeert hebbe, niet bevindende dat deselve meester Gérard oyt vluchlich gheweest heeft van deser stede, maer verstaende dat hy, ten tyde dat hier de procureur generael van Brabant executie dede, was in Vlaenderen, in den dienst van mynen heere d'abt van Ste-Pieters ende proost van Ste-Baefs te Ghendt, om te bescryven sekere landen, dairaf dissentie ende twist lusschen denselven prelalen was. Alzoo hy ooc t'anderen tyden dicwils langhe absent es van huys om synder conste wille. Ende naemaels wedergekeert synde, heeft binnen deser stede conlinuelick ende openbaerlick gheconverseert, ghelyck my dat kcnnelyck es. Ende voorls de K. Matcyt wesende lestmael te Brussel heeft dan geweest by mynen heere den eertsbiscop van
(1) Biographie universelle (édition Michaud), t. XXVIII.
Valcnccnendcden bisscop van Atrecht.om seker conslclickcn vvecrcken. Voorts hcbbe ic vcrslaen, dat binnen cortcn daglicn hecrwaerts deselve mr Gerardls om sekere successie van ccnen synen oom van hier gbereysl es in 't lant van Waes, daer de bailliu Iiem als vluchticb of suspect anghetast beeft. Waeraf ic geadverteert synde, bebbe ter instancie van synder buysvrouwe gegeven de voorszeydc attestacie, naer der waerhcyt ende informalie die ic van hem vernomen hebbe. Ende wiste ic de contrarie datby van hérésie besmet waere, ic en soude my syns niet willen moeyen toi synder excusalie, maer liever tôt extirpatie van dien quade, achtcrvolghende myne professie. Dat kenne God almechtich , dien ic bidde Uwer Mateyt te gespaeren in ghesontheyt ende te verleenen hare hooge ende edele begeerten. Gescreven tôt Loeven, den xxiiisten dach februarii anno XVe XLIII. Uwer Mateyt alderootmoedichsle ende onderdanichste dienaer ende subject,
» Pieter de Corte, parockiaen onwecrdich. »
III. Lettre à l'abbé de Ste-Gertrude. — « Marie. Eerweerdige vader in Gode, lieve ende wel beminde. Loys Van Steellandt, bailliu van den lande van Waes, es aen ons clachlich gevallen, alsdat ghy sekere monitie tegens hem onlancx gedecerneert ende 1er exeeulie hebt doen stellen, ten eynde dat hy ontslaen ende relaxeren souden eenen genaemt mr Geerard Mercatoris, als wesende suppost der universiteyt van Loevene, by hem gevangen ten causen van Iulheryen, ende want de voornoemden mr Gérard Mercatoris eene van den ghenen geweest es, die de procureur generael van Brabant bynnen Loevene sochle om te apprehenderen,als besmet wesende van deze vermalidyde regnerende seclen ende ketteryen, dat alsdoen deselve mr Gérard hem vluchtich niaeckte, milz welcken hydepreviligien van den voerschreven universiteyt verbuert ende als suppost van diere deselve nyet en behoort le gebruyeken, soe verzuecken wy u ende van wegen 's keysers, ons heeren ende broeders, bevelen dat ghy u verdraecht voerdere monitie oft procederen tegens den voorn. bailliu van Waes te decerneren, om te hebben restitutie van den voern. gevangen, oft hem ter canlen van dien eenichsins te vexeren, maer hem daermede laet geworden , om tegens denselven gevangen te procederen soe na recht ende reden behooren sal. Ende dat nyet et laet op dat ons van egheenen noodt en zy hierinne te versiene tôt uwen lasle ende ter indempniteyt van den voern. bailliu. Eerweerdige, vale. » De Gand, le xx février 1545.
IV. Lettre au châtelain de Rupelmonde. — « De par l'empereur en son conseil privé. Chier et bien amé. Ayant le bailly de noslre pays de Waes appréhendé ung nommé m™ Gérard Mercatoris, chargé de lutterye, lequel sera mené au chasteau de Ruplemonde, pour après faire sen procès et estre pro-
cédé contre luy selon ses desmérites, nous vous ordonnons que ayez à recepvoir ledict prisonnier et en faire bonne et soigneuse garde, sans permettre que aucuns parlent à luy ou luy baillent aucunes lettres, fors en présence dudictbailly. Et se d'aventure l'on luy envoyoit aucunes lettres, que recevez icelles et les délivrez audict bailly, sans y faire faulte. Atant, etc. »
V. Lettre à Louis de Sleelant, bailli du pays de Waes. — « Très-cher et bien amé. Nous vous envoyons avec ceste la lettre à nous escripte par le recteur et ceulx de l'université de Lou«iin, et l'attestation y joincte en faveur d'ung m™ Gérard Mereatoris, leur suppost, vous ordonnant de par la Majesté Impériale vous trouver avec icelles vers le procureur général de Brabant et luy faisant ostencion et lecture de l'extrait et l'information qu'avez endroit le fait d'icelluy m™ Gérard, pour savoir et entendre de luy s'il s'est absenté et rendu fugitif de la ville de Louvain , pour crainte d'estre accusé ou suspecté d'aucune secte réprouvée ou non, et se, en procédant à l'appréhencion des autres accusez et suspects de la secte lulhérianne audict Louvain, se trouvât à la maison et demeure d'iceluy mre Gérard. Et de ce qu'il vous en dira et pourrez entendre, vous nous advertirez à la vérité par escript, pour en après selon à adviser de rendre responce audict de l'université comme trouverons convenir pour le mieulx , et en ce ne faictes faulte. Très-cher et bien amé, Nostre-Seigneur vous ait en garde. Escript à Gand, viij de mars 1543. »
VI. Lettre au gardien des frères mineurs, à Malines. — « Religieuse persoone, lieve ende wel beminde. Alsoe de bailliu van den lande van Waes, Loys Van Stellandt, bringer van desen, onlancxleden geapprehendeert heeft eenen genaemt mr Gérard Mercaloris, suspect van ketteryen, welke mr Gérard hier voermaels aen yemant van den bruers van uwen convente zekere briefven gescreven soude hebben, soe ghy by den voornoemden bailliu verstaen zull, versuecken u daeromme, ende van wegen 's keysers ons heercn ende brueders bevelen,dat ghy aile neersticheyt doen zult om de voorgemelde briefven te gecrygen, ende deselve den voirnoemden bailliu overlevert, om voorts daerinne gedaen te wordene soet behoireo sal. Ende dal nyet en laet. — Au xxjme jour de may 1544, de Bruxelles (1). »
Sgrooten (Chrétien), — successivement géographe de Philippe H et des archiducs Albert et Isabelle. Déjà en 1557, il jouissait d'un traitement à ce titre, et reçut en outre, celle année, une gratification de 12 livres de la gouvernante. On
(1; Archives de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
lui paie 50 livres eu novembre 1559, pour les cartes des pays de Gueklre et de Zutphen, qu'il avait faites, l'année précédente, par ordre du duc de Savoie (î). Marguerite de Parme lui enjoignit, par lettre du 1er décembre 1562, de remettre aux étals de Brabanl et au magistral de Malines la carte du cours du Démer aux environs de l'abbaye de Munsler-Bilsen (besichtung und afftayckingh des oorsproncks van den stroom van den Demere bij 'l cloosler van Munster - Bilssen). Sgrooten fit, en 1565, la carte de Weslphalie, qu'il livra au conseil des finances, et obtint pour ce travail la somme de 700 livres de Flandre. Les archiducs lui commandèrent, en 1600 et années suivantes, différentes cartes qui ne sont pas spécifiées, et à compte desquelles il reçut 1,200 livres, en mai 1600, et 2,000 en novembre 1603.
I. « A Christien Scrool, cosmographe du roy, la somme de xij livres, pour don que Son Altèze luy a faict de grâce espécialle pour une foiz, en considération des services par luy faietz, et ce oullre et par-dessus le traictement à luy accordé par Sa Majesté (2). »
II. « A Christiaen Sgroelz, géographe du roy, vijc livres pour tout ce qu'il pourroit prétendre, demander ou quereller tant à cause de la fachon de cerlaine carie, que à l'ordonnance de Sa Majesté il avoit faicte, des pays de Westphalen et des frontières d'iceulx, laquelle carte il avoit livrée à la chambre des finances pour le service de Sa Majesté, pour ses gaiges, vaccacions et parties extraordinaires qu'il avoit souslenues et payés pour le faict de ladicte carte (3). »
III. « A Chrestien Sgrooten, géographe de Leurs Altèzes, la somme de xijc livres sur en tant moings et à bon comple de ce que luy estoit deu à cause de certaines cartes que Leurs Allèzes luy avoient faict faire pour leur service (4).»
IV. « A Chrestien Sgrooten, la somme de ijm livres à bon compte de plus
(1) Registre n° F. 239 de la chambre des comptes, aux Archives du déparlement du Nord, à Lille.
(2) Registre n° 1928 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(3) Registre n° F. 245 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(4) Registre n° F. 283, ibidem.
grande somme que deue luy estoit pour certaines cartes par luy faictes pour le service de Leurs Altèzes, que André Medamblicq, auditeur de la chambre des comptes en Gueldres, avoit charge de recouvrer de luy (1). »
§ 8. Sculpteurs et Sculptures.
Sommaire : Noms des sculpteurs qui ont fait partie du métier des Quatre- Couronnés, à Bruxelles, depuis 1621 jusqu'à 1716. — Tableau peint par G. de Crayer pour cette corporation. — Jean de Marville. — Contrat de Ricquart, sculpteur de Valenciennes, avec l'abbaye de Flines, pour la confection d'un rétable, en 1448. — J. Lansiel. — J. Gesellekens. — Arn. Moens. — J. Boreman. — Arnould Zadoon. — J. Daret. — Raphaël Paludanus. — J. Notelaer.
Le métier des Sculpteurs, a Bruxelles. — A Bruxelles, les sculpteurs faisaient partie du métier des Quatre-Couronnès, qui comprenait en outre les tailleurs de pierre, les maçons et les ardoisiers. Ce métier composait la nation de Saint-Nicolas, avec les armuriers et fourbisseurs; les regrattiers, éperonniers et doreurs; les arquebusiers et charpentiers. Autrefois, par ordonnance du magistrat du 10 mai 1455, les jurés ou doyens des tailleurs de pierres et des tailleurs d'images furent autorisés à garantir les ouvrages de leurs confrères et à prélever de ce chef le soixantième de la valeur (2). Chacun sait qu'à l'époque où les corporations existaient encore, les sculpteurs étaient généralement désignés sous le nom de tailleurs d'images, en flamand beelde-snyders, beelde-houwers ou beelde-makers.
Les archives des métiers de Bruxelles, dont la collection existe aux Archives du royaume, sont loin d'être complètes. Une grande partie de ces documents, si curieux pour l'histoire de l'industrie, du commerce et des beaux-arts, sont
(1) Registre n° F. 286 de la chambre des comptes, aux Archives du déparlement du Nord, à Lille.
(2) A Heske et A. WâDTERS, Histoire de Bruxelles, t. II.
perdus aujourd'hui. Il semble que la fatalité se soit attachée à leur disparition, car ils ont éprouvé le même sort dans la plupart de nos villes où il existait de ces corporations. Les archives du métier des Quatre-Couronnés, qui ont échappé à la destruction, remontent au milieu du XVIIe siècle: elles sont peu nombreuses, et, sauf un registre d'admission de 1640 à 1716, sans aucun intérêt. Félicitons-nous cependant d'avoir conservé ce volume. C'est une source précieuse pour l'histoire de la sculpture en Belgique, histoire si peu connue encore, et sur laquelle les notices de Baert (i) et des biographies éparsesont à peine jeté quelque jour. Nous y avons trouvé les noms de quarante-cinq sculpteurs en tout genre, de celte époque, restés pour la plupart inconnus, car il faut se rappeler ici que ces artistes n'avaient point l'habitude de signer leurs ouvrages. Sans la tradition, sans une mention due souvent au hasard, nous serions bien souvent réduits à l'ignorance sur les auteurs de beaucoup de nos chefs-d'œuvre. Les productions de leur ciseau ne paraissaient-elles donc pas encore assez dignes aux yeux de ces artistes pour se refuser à faire passer leur nom à la postérité? ou bien se contentaient-ils d'en recevoir le prix et l'approbation de leurs contemporains?
Au registre d'admission du métier de Quatre-Couronnés, dont nous venons de parler, sont venus se joindre quelques papiers intéressants de la même corporation. Un employé des Archives du royaume trouva chez un boucher, à Bruxelles, et acquit à bas prix deux registres aux résolutions de 1628 à 1642, et une série de comptes de 1621 à 1656. Le dépouillement que nous avons fait de ces différents documents nous a permis de dresser la liste suivante des sculpteurs établis à Bruxelles de 1621 à 1716.
(1) Elles ont élé publiées par le baron de Reiffenberg, dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire, t. XIV, d'après les originaux qui existent à la Bibliothèque de Bourgogne, et tirées à part en deux brochures.
1621. André Lanckmans, cité comme maître.
Nicolas Popluer, étranger, apprenti chez André Lanckmans, reçu en celte qualité dans le métier, le 17 octobre.
Arnould Coens, cité comme maître (i).
Nicolas de Prez, étranger, apprenti chez Arnould Coens, reçu en cette qualité le 2 novembre, mort avant d'être passé maître.
Josse Sterck ou Stercx, cité comme maître.
Antoine Hulsbos, bourgeois, apprenti chez Josse Stercx, reçu en cette qualité le 30 novembre.
Nicolas Diedon ou Diodone, cité comme maître, fut doyen du métier, vivait encore en 1642.
Gérard Van Opslal, bourgeois (2), apprenti chez Nicolas Diodone, reçu en cette qualité le 50 novembre.
Laurent Slerckx, admis comme maître, prête serment le 4 décembre.
Abraham Van Avont, admis comme maître, prête serment le 23 avril.
1622. Pierre Van Avont, étranger, apprenti chez Abraham
Van Avont, reçu en cette qualité le 1 1 septembre 1622, admis comme maître en 1625, vivait encore en 1631.
Jérôme du Quesnoy, cité comme maître (3).
Ghislain Poille, étranger, apprenti chez Jérôme du Quesnoy, reçu en celte qualité le 12 juin.
(1) Ce sculpteur est déjà cité dans un acte de 1614 (Archives des hospices civils, ù Bruxelles).
(2) La présence ici du nom de Gérard Van Opstal en qualité d'apprenti, et la qualification de bourgeois qui lui est donnée, tranchent la question du lieu de naissance de cet artiste en faveur de Bruxelles (Voy. Baert, pp. 69 et ili).
(5) Né à Bruxelles en 1602, mort à Gand en 1654. Il était donc déjà passé maître à l'âge de vingt ans {Voy. Baert, p. 76).
Nicolas Willems, bourgeois, apprenti chez Laurent
Sterckx, reçu en cette qualité le 22 juin. Louis Blondel, cité comme maître.
François Van Cauwenberg, bourgeois, apprenti chez
Louis Blondel, reçu en cette qualité le 1 5 décembre.
1623. Jacques Cassenée, admis comme maître le 1 "janvier.
François Van Bleyenberch, admis comme maître le
H février.
Henri Lanckmans, étranger, apprenti chez André
Lanckmans.
1625. Jean Suetens, apprenti chez Josse Stercx, reçu en
celle qualité le 12 mars.
Josse Denens, apprenti chez Abraham Van Avont. Pierre Van Vuylrecht est admis comme maîlre, ayant
appris son métier à Anvers.
Henri Steps, premier Gis de maître, apprenti chez
Jérôme du Quesnoy.
Henri Bormans, apprenti chez Josse Stercx. 1631. Mathieu Steps, fils de Mathieu, bourgeois, apprenti
chez Abraham Van Avont, reçu en cette qualité
le 1er mai.
Charles Raes, bourgeois, apprenti chez Pierre Van
Avont.
Roland Kips, admis comme maître.
Thomas de Liewet, bourgeois, apprenti chez Pierre
Van Avont.
1641. Jean Tons, admis comme maître le 21 mars. Vincent Anthoni ou Anlhoine, admis comme maître
le 26 juillet.
1642. Philippe de Knibbes, apprenti chez Nicolas Diodone,
reçu en celte qualité le 2 octobre.
Gilles de Winde, apprenti chez Vincent Anthoni, reçu en celte qualité le 4 octobre.
1643. Jean de Monsi, cité comme maître.
Guillaume du Gaillier, apprenti chez Vincent Anthoni, reçu en cette qualité le 25 septembre.
1647. Guillaume Van Avont, premier fils de maître, apprenti chez Pierre Van Avont, son père probablement, reçu en cette qualité au mois de mars.
1650. Nicolas Stercx ou Slerck, admis comme maître. Tobie de Lelis, admis comme maître.
1651. Arnould Moerevelt, admis comme maître.
1652. Pierre Lodewycx, bourgeois, apprenti chez Tobie de
Lelis, reçu en celte qualité dans le courant de l'année de la Sl-Jean 1652 à la Sl-Jean 1653. Jean de Craen, premier fils de maître, apprenti chez Vincent Anthoni, reçu en cette qualité dans le courant de Tannée de la Sl-Jean 1652 à la S'-Jean 1653, admis comme maître en 1662.
1653. François Van der Meren, admis comme maître. Pierre Van Obberghen, admis comme maître. Nicolas Melincx, étranger, apprenti chez Nicolas
Stercx, reçu en cette qualité dans le courant de Tannée de la S'-Jean 1653 à la S'-Jean 1654.
Jean Cabiliaux, bourgeois, apprenti chez Tobie de Lelis, reçu en celte qualité dans le courant de Tannée de la S'-Jean 1655 à la S'- Jean 1654.
Jean Van Denis, cité comme maître.
Jean Van Avont, bourgeois, apprenti chez Jean Van Denis, reçu en cette qualité dans le courant de Tannée de la S'-Jean 1653 à la Sl-Jean 1654.
1654. Jean Voorspoel, admis comme maître (i).
1655. Philippe de Backer, apprenti chez Arnould Moerevelt,
(\) Baert parle (p. 115) d'un Jean Voorspoel, né à Malines, élève de Jérôme du Quesnoy.
reçu en celle qualité dans le courant de l'année de la S'-Jean 1655 à la Sl-Jean 1656, admis comme maître en 1666.
Renier Van den Put, cité comme maître.
1656. Philippe de Huiwer, admis comme maître.
Jacques Van de Putte, premier fils de maître, apprenti chez Nicolas Stercx, reçu en celte qualité dans le courant de l'année de la Sl-Jean 1656 à la S'-Jean 1657.
François du Sarth, apprenti chez Vincent Anlhoni, reçu en celte qualité dans le courant de l'année de la S'-Jean 1656 à la S'-Jean 1657.
Nicolas Renart, apprenti chez Arnould Moerevelt, commence à étudier à la Noël 1656.
1659. Jean Cosyns, apprenti chez Arnould Moerevelt, commence à étudier au Carnaval, admis comme maître en 1678.
1660. Guillaume Stetins, admis comme maître.
1663. Jean Van Berlamont, admis comme maître.
1664. Jean Roos, admis comme maître.
Jean Van Delen, admis comme maître (i).
1669. Jean Huygeloos, admis comme maître.
1670. Henri Van den Schilde, admis comme maîlre.
1673. Thiéri Willekens Van Weede, admis comme maître. Gabriel Gripello (sic), admis comme maîlre (a).
1674. Pierre Stercx, admis comme maître.
1675. Marc de Vos, admis comme maîlre (3).
(1) Baert parle (p. 97) de cet artiste, qui naquit à Bruxelles et y mourut le 12 mars 1702 : il était élève de Luc Fay d'Herbe.
(2) Baebt donne (p. 107) quelques détails sur cet artiste, qui, selon lui, naquit à Grammont le 22 mai 1644, fut élève d'Artus Quillin, le vieux, et mourut près d'Aix-la-Chapelle, le 20 juin 1730.
(3) Voy. Baert, p. 116, pour les ouvrages de cet artiste.
1678. Pierre Van Stichelen, admis comme maître.
1683. Maximilien Stercx, admis comme maître.
1684. Raphaël Van den Schilde, admis comme maître,
1687. François Ballaert, admis comme maître. Jean-Baptiste Meerevelt, admis comme maître.
1688. Jean-Baptiste Lambillot, admis comme maître. Jean Michiels, admis comme maître.
Jean H'uens, admis comme maître.
Jean Van den Schilde, admis comme maître. 1693. Barthélemi de Noteleer, admis comme maître.
1695. Pierre Van Dievoet, admis comme maître.
1696. Corneille Van Nerven, admis comme maître
1697. Jean Van der Meeren, admis comme maître.
1698. Henri de Vos, admis comme maître. 1705. François Pletincx, admis comme maître.
1710. Jean Van A vont, admis comme maître. Albert de Backer, admis comme maître.
1711. Pierre Stercx, admis comme maître.
1712. Jean de Kinder, admis comme maître.
1713. Pierre-Denis Plumier, admis comme maître (i).
1715. Gilles-Guillaume Ballant, admis comme maître. Jean-Baptiste Van der Haeghen, admis comme maître.
1716. Jean de Wilte, admis comme maître.
Le métier des Quatre -Couronnés avait à l'église de Sainte- Catherine un autel dédié à ses patrons, saints Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorien. II le fit reconstruire en imposant une taxe annuelle de 10 sous sur chaque maître, et de 6 sous sur chaque compagnon ayant fait son apprentis-
Ci) Cet artiste naquit à Anvers, le & mars 1688, et vint s'établir à Bruxelles en 1715 : il mourut à Londres en 1721 (Voy. Baeht, p. 12b;.
sage (ordonnance du 11 octobre 1654, renouvelée en 1G40, en 1658, en 1689, elc.) (i). Par résolution du 9 avril 1642, le métier commanda à Gaspar de Crayer, pour orner cet autel, un tableau représentant ses quatre patrons, qui lui fut payé 200 patacons. Sous la domination française celle toile, une des plus belles de l'artiste, fut enlevée et envoyée à Paris. Nous croyons que ce tableau orne aujourd'hui le musée de Lille, dont il est une des pièces capitales, sous le titre des Martyrs enterrés vivants (2), et auquel il a été donné par le gouvernement en 1801.
« Op den 9 april a° 1642 hebben wy aïs dekens, doen vergaderen allen die ouderen van de (vier) ambachten, op die boele ende den eedt om te besteden die schildery van onsen aullaer staende binnen die kercke van Sint- Calhalyne, waerop sy hebben geresolveert ende die dekens last gegeven, den selve schildery te besteden ende te accorderen met Jaspar den Crayer voor de somme van ijc pattaeons eens, achtervolghens die moddelke daervan gemaekt, devvelcke gesien is geweest by die ouderen; in kennisse der waerheyt hebben wy dekens ende ouderen dit onderteekent (5). »
De Marville (Jean), Marville ou de Mereville, sculpteur ou tailleur d'images (operator ymaginarum) de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, cité en 1388, habitait Dijon. Les Archives du département du Nord, à Lille, possèdent deux pièces originales qui font mention de cet artiste : la première est une obligation passée, en présence de Jacques de Maillorque et Guillaume Gaslellain, comme témoins, le vendredi après le dimanche des Brandons (28 février) 1387 (v. st.), à Chàlons, devant maître Dangnion, notaire royal, par Thomas Fabri, d'Ypres, de 12 florins d'or, qu'il reconnaît devoir à Jean de Marville, pour les dépenses qu'il a
(1) A. Henné et A. Wauters, Histoire de Bruxelles, t. III, p. 185.
(2) Ed. Reynart, Notice des tableaux, bas-reliefs et statues du Musée de Lille, n° 66; Lille, 1850. La hauteur de celle toile est de 5 mètres 5 cenlimètres et sa largeur de 2 mètres 25 centimètres.
(5) Registre aux résolutions commençant à 1626, f° xij r°, aux Archives du royaume.
faites dans la maison de ce dernier, à Dijon; la seconde est une lettre de Christophe de Beiselare, d'Ypres, datée de Chàlons, le 1er avril 1388, et écrite à notre sculpteur, par laquelle il lui mande les poursuites qu'il faut y faire pour avoir le payement de ce que doit Thomas Fabri.
Le rétable de l'abbaye de Flines (la plus belle abbaye de femmes de l'ordre de Citeaux aux Pays-Bas), dont nous publions une description bien plus détaillée qu'il ne nous aurait été possible de la faire si nous l'avions sous les yeux, a été exécuté par un sculpteur de Valenciennes, du nom de Ricquart. Catherine de Saint-Génois était alors abbesse de ce monastère qu'elle gouverna pendant 46 ans. C'est elle aussi qui enrichit l'église de beaux reliquaires et d'une quantité d'autres ornements. Ricquart s'engagea par contrat du mois de juillet 1448, à placer le retable pour la Noël suivante. Ainsi que nous le voyons par la convention que nous
publions ci-après, il avait cette forme □
. La partie
du milieu représentait le Christ en croix, avec sa mère et son disciple Jean, d'un côté, Marie, Marthe et Marie-Madelaine de l'autre. Immédiatement dessous était sculptée la Naissance de Jésus dans l'étable; on y voyait la Vierge assise sur un lit richement orné et garni de rideaux entr'ouverts, pour laisser apercevoir le bœuf et l'âne traditionnels. Saint Joseph et des anges étaient occupés à préparer tout ce qu'il fallait pour un bain destiné au nouveau-né. Peut-on imaginer quelque chose de plus naïf?
Trois compartiments à droite et trois à gauche, offrant chacun un sujet différent, complétaient le rétable. Ceux de droite représentaient l'Annonciation, le Mariage de la sainte Vierge, l'Adoration des Bergers; ceux de gauche : la Fuite en Egypte, la Présentation au Temple et l'Adoration des
Mages. Le dessus de chaque sujet était orné de tabernacles en style ogival, três-délicatement sculptés. Les personnages de ces différentes scènes furent très-probablement peints et dorés, selon le goût de l'époque, car l'abbaye dépensa GO livres pour la peinture du rétable, c'est-à-dire une somme presque équivalente à celle que reçut Ricquart pour la taillure, et auquel il fut payé 75 livres, ce qui résulte d'une autre annotation. On plaça ce petit monument sur l'autel de Notre-Dame dans le chœur des converses.
Voici le contrat passé entre l'abbesse de Flines et le sculpteur de Valenciennes :
« Premièrement le bacq de ladicte table soit de bon quaesne [chêne], secq et bien saisonné ou saucbié, encloz de bonne bancque, ouvert à la soubzbasse, desoubz vasselet et bousselel bien et jolyement, ainsi que à table d'autel appartient; et icelluy bacq soit de vj piez et demi de long, et la haulteur à l'avenant, c'est assavoir : de ij piez de hault ou environ, sans le chief qui portera de haulteur et longueur environ ij piez ou plus, se mestier est. Icelluy bacq à iiij feuilletz ou huissetz [volets], les deux de la longueur dudict bacq, et les deux aultres de la longueur du chief de ladiete table, pour elorre et fermer ladicte table desoubz et deseure [dessus]. Et iceulx feulletz soyent estoffez de peinctures joinctes et de serrures et clefz pour fermer lesdicls feulletz, à deux clefz chascune serrure, bien et léalment faictes et ouvrées, et tout ledict bacq assemblet à queue d'aronde, et les clostures bien joinctes et honnestement planées [rabotées] pour dorer et poindre dessus, et par-derrière ledict bacq, en dehors, mettre deux roilles pour ladicte closture tenir plus ferme. Auquel bacq, c'est assavoir au chief de la table venant jusques à la haulteur de la table de machonnerie qui sera en ladicte table, sera fourme ung crucefix en l'arbre de la croix, coronnez d'espines, bien et vivement entaillée, de telle longueur que la place le désirera, et au costé dudict crucefix, au lez [côté] dextre, sera l'ymaige de Nostre-Dame et de saint Jehan l'Evangéliste, assis à terre, faisant la manière de contenance, servans à la parolle que Dieu dist en la croix, quand il recommanda sa mère en la garde monseigneur saint Jehan Évangéliste; et, à l'autre costé de ladicte croix, seront pareillemens séans par terre les deux Maries, tantes de Nostre-Seigneur, en contenance servans à la doleur qu'elles eurent à l'eure dessusdicle; et, par-devant, au pié de ladicte croix, sera Marie-Magdelaine à genoux, faisant contenance de voloir à venir à baisier les piez du crucefiz dcssusdicl; et, par-deseure les
deux bras de ladicte croix, la fourme du soleil et de la lune, si bon semble, et, par-deseure tout ce, faire la manière d'une double taille de macbonnerie en arques [ogive] ou autant que l'ouvraige le requerra; icelle table bien et souffisamment taillée et bien eswidée, et toutes les feulles et fleurs bien et souffisamment fais et compasser, et à chascun arquet, desoubz, faire ung cul de lampe bien et jolyement ouvret, et tous sans melangien [fraude].
Item, et par-desoubz Iedict crucefix, au milieu de ladicte table, y aura la fourme de la Gésine Nostre-Dame qui sera ouvrée par la manière qui s'ensyeut : c'est assavoir la manière et forme de la grange et édifice en laquelle Nostre-Seigneur Jhésus nasqui, bien et proprement faiete, et en icelle grange faire la manière d'une belle et riche couche entrelaillée au quavech [chevet], et celler deseure d'un ehiel en manière d'un renvers venant jusques aux piez du lit, bien et facticement entretaillée, ainsi quant par telle manière que à présent on fait les couches des seigneurs et bourgois; et à celle couche, au lez par-devant, et au bas des piez , faire en manière de gourdines [rideaux], lesquelles ouvreront certains angelos qui pour ce faire y seront fourmez, et icelles gourdines aournées de gouttières et ordinées de fringes bien et richement; et au pan de la gourdine, du costé senestre, lequel sera entre-ouvert par le milieu, seront faictes les fourmes et manières du buef et de l'asne que par l'ouverture de celle gourdine seront veuz, et par le costé du quavech [tète] de ladicte couche, au lez dextre, par-devant, sera fourme la manière d'une quayère appoyoire [chaise d'appui, fauteuil], de telle façon que on les fait en Brabant et en Flandres et en plusieurs aultres lieux, c'est assavoir hault derrière et entretaillee, et sur chascun bout ung angelot; et en celle quayère sera assis l'imaige de Joseph, lequel en appoyant sur sa crochetle fera manière de chauffer ung drappelet à une fouyère [brasier] qui sera fourmée devant luy, et sur icelle fouyère ara la manière d'une caudière séant sur ung andyer [chenets], et sera icelle caudière en manière qu'elle soit plaine d'yauee [d'eau], laquelle eauee sera pour faire ung bain en une cuvelette qui sera ordonné [placée] assez près d'icelle caudière au lez vers les piez du lit dessusdict; lequel baing deux angelos ordonneront, dont l'un des angelos fera manière de aler querre [chercher] deux queuves [cuves] d'eauee en la caudière dessusdicte, et l'aultre fera manière de ordonner le baing en ladicte cuvelette. Item, au milieu de la couche dessusdicte, sur le lit qui bien et richement sera fourmez, aournez d'oreilliers et couvertures bien et proprement ouvré, sera assise l'imaige de Nostre-Dame, laquelle tiendra son enfant tout droit devant luy, lequel enfant fera manière de aler querre l'offrande des trois roix qu'ilz seront prest et ordonné pour offrir comme cy-après sera dict; icelluy enfant tout nudz, et ladicte ymaige affulée [affublée, couverte] sur se chemise d'un mantel fourrez d'ermines.
Item, le premier parquet de la première hystoirc de ladicle table du lez dexlre sera une Annunciacion, en laquelle sera Noslre-Damc à genoux pardevant ung autel, son livre devant luy, sur ung faudosteul [fauteuil] que nous disons ung petit oratoire, couvert d'un drap d'or, le mieulx ouvrel que faire se porra, faisant manière de contenance appartenant à la salutacion de l'ange Gabriel, qui sera fourmez à genoux devant ladicte ymaige, faisant manière de le saluer de Ave grulia plena; et par-deseure ledict ange sera fourmez la manière de Dieu le Tère, yssant [sortant] du chiel, gettans des rays [rayons] de soleil, lesquelz seront espars jusques assez près du chief de l'imaige Nostre- Dame; et sera fourmez la manière du Saint-Esprit descendant en la Vierge Marie, et, au milieu de l'imaige dudict ange, le pot à fleur de lys que de coustume on y fait, et le tout bien et gentemenl fait et après le vif.
Item, au second parquet [compartiment] ensyevant cestuy, sera fourme la manière du Mariaige Nostre-Dame, auquel sera fourme premièrement ladicte ymaige de Nostre-Dame en telle fourme qu'il appartient à pucelle qui se marie, et d'aultre coslé, à l'encontre d'icelle, l'ymaige de Joseph tenant la verge ou baston qui florist en sa main par la voulenté de Dieu, et ou milieu d'iceulx deux ymaiges, l'ymage de l'évesque qui espousa les dessusdicts, tenans les mains desdicts conjoincls ensemble, faisant contenance de les espouser, et avec ce aucuns personnages pour le parquet emplir et parfurnir à iceulx ymaiges, qu'ilz furent ou povoyent eslre audit mariaige, et le tout bien et proprement fait et après le vif, comme dict est.
Item, au tiers parquet qui sera au plus prest de la Gésine devantdicte sera fourmée bien et faiticement et après le vif, la manière de la Nativité Noslre- Seigneur, en laquelle sera Nostre-Seignour au milieu de l'édifice de la grange où il nasquy, en ung ray dont les raisseaux [rayons] s'espardront [se répandront] tout autour de luy par-desoubz son dos, et entre lesdicts rays et autour ladicte grange seront les fourmes et manières d'espiz de bled, fourmez bien et proprement; et au costé d'icelluy enfant, c'est assavoir au lez dextre, sera l'imaige de la Vierge Marie à genoux, aourant [priant] et adorant à joinctes mains son enfant, et d'aultre costé sera l'imaige de Joseph pareillement à genoux , aourant et priant de bouche, et tenant en ses mains ung chierge ardent; et avec ce, pour emplir et fournir ledict parquet, seront fourmez plusieurs angelos faisant diverses manières de joyes par-desoubz les vestemens ou aullrement, iceulx assis audict parquet es lieux et places plus propices et mieulx séans, ou par-deseure tout ce, se bon semble, une manière de rays volant du chiel, tresperchans [traversant] ladicte grange et édifice, enluminans tout ledict lieu.
Item, en ensyevant ce, contre la Gésine dessusdicle et ledict parquet, faire
et asseoir, le plus faitieement que faire se porra,l'isloire des pastouriaux [pasteurs] et de l'ange qui leur dist : Gloria in excelsis Deo, se bon semble, ou mettre et asseoir l'istoire desdicts pastouriaux derrière la grange de ladicle Gésine, pour avoir sa veue sur l'un des sens de ladicte grange, auquel lez que le mieulx plaira et meilleur semblera , et tout ce le mieulx faire et asseoir que faire se porra et sans malengien.
Ilem, au costé senestre de ladicte Gésine, au plus près des piez du lit de ladicte Gésine seront fourmez les ymaiges des Trois Roys en ung parquet, dont le premier et le plus anchien desdicts trois roys fera signe de saluer à ung genoul la Vierge Marie et son enfant, et sera desfulez [découvert], tenant en sa main son chappeau, ou aultre affulure couronnée sur sondict ehappeau ou aultre chose, et de l'autre main tiendra la couppe apprestée pour offrir à l'enfant dessusdict; et icelluy roy soit bien et notablement veslu et aournez de riche chainture, avec une belle aumonnière du temps passé à sa chainture, bien et jolyement aournez. Le second desdicts troys roys soit tout droiz, en estant bien et richement vestuz et aournez selon le temps demi-anchien, et parez de divers habilz et difficiles, c'est-à-dire d'aultre façon du premier roy, faisant contenance de monstrer au tiers roy l'estoille, laquelle les avoit menez. Et le tiers et darrain roy, vestus et aournez bien et notablement selon la jone eàge, non pas en habitz fais sur le duppe ne à grandes helles [ampleur], mais d'un bel et riche habit bien fait et richement , ne trop vielz ne trop nouvel, mais soit hardiment affulez d'un capperon bourbonnoix, la coquille pendant en bas, et non point mise desoubz le menton ; icelluy roy en telle contenance qu'il affiert à ce que le second luy monslrant, c'est assavoir l'estoille, etc. Et tous lcsdictes ymaiges bien et nettement tailliez et après le vif, sans fraude.
Ilem, en l'autre parquet ensyevant cestuy, sera fourme et fait par la manière de l'Offrande que la Vierge Marie fist de son fil au temple, le jour de la Purificacion Noslre-Dame que ou dist le Candeler, en laquelle histoire sera saint Syméon, appoyez sur le bort d'un autel, qui bien et notablement y sera fourmez, recevans le filz de la Vierge Marie, qui, par ladicte Vierge luy sera présentez : sur ledict autel ledict saint Syméon faisant manière de dire le Nunc dimittc Domine, etc., et la Vierge Marie faisant manière d'offrir à Dieu le Père sondict enfant, et par-deseure ledicte autel, se bon semble, la manière dudict Dieu le Père yssant [sortant] du chiel, gettant rays [rayons] descendant sur ledict enfant, et, pour parfournir [achever] ladicte offrande, faire aucuns personnaiges portans offrandes de coulons [pigeons] , tourlurelles et chierges [cierges] au plus près de la coustume de adonl [alors].
Item, dedens et ou tiers et derrenier parquet de ladicle lable , au lez
— Al —
dcssusdict sera fonrmé la manière comment Joseph, par le command de l'ange, mena Nostre-Damc et son enfant en Égipte, et sera en telle manière que Noslrc-Dame sera assise sur l'asne, tenant son enfant entre ses bras devant luy, et Joseph par d'encostë ledict asne, le menant par le duet [lien] ou bride, ledict Joseph portant sur son col son bourdon ou crocette, et sur icelle croeelte la manière d'aucuns draps ou vestemenl; et ledict asne sera sicomme yssant du bled, lequel fut semé, et prestement ledict bled eroissoit hors de terre, et ainsi par devant ledict bled sera fourme ung homme faisant manière de simer ledict bled, et se mieulx semble que ledict homme semeur, soit à faire manière de soyer ledict bled, si soit [qu'il en soit ainsi], et tout et bien et proprement fait comme dessus.
Item, et à chascun parquet aura deux tabernacles par-dessus chascune hystoire bien et proprement taillyés de bonne et jolye machonnerie, bien et nettement ouvrées, et de beau et net bois, taillée et entretaillée bien et léalement, et tous les ymaiges et histoires, et tout l'ouvraige dessusdict faire de bon net bos, sans neulx et sans aulcun aulbun [aubier], tout de cuer [cœur] de quaesne [chêne] ou de gauquier [noyer], duquel qui mieulx plaira, et tout bien widier et nettoyer tant les ymaiges comme tabernacles et aultres entaillures, et tout faire après le vif et de telle estoffe que sur sauchie or; et par telle eondicion que se dedens ung an après ladicte table livrée, aucuns desdicts ymaiges ou autres ouvraiges, tant es tabernacles comme ailleurs, se décrevoit ou desmentefist, ou qu'il fust trouvé de bos ayant aubun ou à vilains neulx, ou qu'il y eust aucune difficulté d'ouvraige, l'ovrier et facteur qui ce fera sera tenus de l'amender [restaurer] au los [gré] du conseil de madame l'abbesse et de dame prieure de l'abbaye de Flines, et tout par dit [avis] d'ouvriers à ce cognoissans.
Duquel ouvraige faire et parfaire et mieulx qu'il n'est devisé, se faire se peult, et avoir livret et assis en dedens le jour du Noël qui sera l'an mil iiijc xlviij, en a marchandé Ricquart, etc., demorant à Valenchiennes, lequel doit asseoir ladicte table à ses despens et périlz, mais on luy doit livrer chariot et chevaulx pour amener ladicte table de Valenchiennes jusques à ladicte abbaye de Flines, et en doit avoir pour son salaire vij livres parisis, monnoie de Flandre, xx gros pour la livre. Fait et passé à Flines, par madicte dame abbesse et la prieure, laquelle prieure doit délivrer les deniers de sa rente et propres deniers à luy permis par le congié et licence de son prélat. Lequel marchié fut fait en la présence de sire Symon de Saint- Genoix et madamoisel sa femme, et moy Euvrard Plaisant, environ l'issue du moys de jullet l'an mil iiijc xlviij. »
INous avons extrait ce curieux document d'un petit re-
gistre in-4°, d'une écriture du XVe siècle, qui existe aux Archives au département du Nord, à Lille, sous le n° 3162 du fonds des archives provenant de l'abbaye de Flines. Mr Le Glay l'a signalé dans son Mémoire sur les Bibliothèques, etc. Nous saisissons ici l'occasion de témoigner au savant archiviste toute notre reconnaissance pour les facilités qu'il nous a données lorsque nous fîmes nos recherches dans le riche dépôt confié à sa garde. Son extrême obligeance nous a procuré une abondante moisson de renseignements inconnus pour l'histoire des arts.
Le contrat passé entre l'abbesse et le sculpteur valencieunois est suivi d'une autre pièce également intéressante : c'est la « Devise et façon du sépulcre tant es formes et figu- » res des ymaiges comme la manière et dévie de la poin- » ture. » On y parle de la composition de ce sujet qui devait représenter le Christ mis au sépulcre. Sa mère, saint Jean, Marie-Madelaine, Marie et trois autres figures étaient les personnages de la scène : ils devaient être tous peints de couleurs diverses, et voici celles qui sont mentionnées : fin asur, beau sinopre, fin vers de gris, ochre de rulh, vert, sanguin, blanc, fin vermeil Ion.
Ce sépulcre « fu fait et marchandé la nuyt de Saint-Jacques » et Saint-Christofle l'an mil iiif et lix, » pour la somme de 68 livres, de 20 gros, aux conditions contenues dans le contrat, sauf que les feuilletz ou volets devaient être ornés « par-dedans des histoires selon la devise et plaisir de dame » prieure. » C'est à un certain Jean Lansiel que fut confié le soin de peindre ces figures et les accessoires, mais le nom de l'artiste qui entreprit la sculpture n'a pas été consigné. Cependant on peut conjecturer avec beaucoup de fondement, comme les deux actes sont transcrits l'un à la suite de l'autre, et qu'ils ne sont passés qu'à une dizaine d'années d'intervalle, que le sépulcre est aussi l'œuvre de Ricquart. « La façon desdictes ymaiges, » pour nous servir des exprès-
sions de temps, coulèrent 72 livres; « l'amenaige, le car» «peutaige, les pentures, serrures, etc., » nécessitèrent aussi quelques frais supplémentaires. Parmi ces petites dépenses figure celle pour « vin aux serviteurs d'icelluy enlailleur. » Or, ce mot icelluy ne peut évidemment se rapporter qu'au nom de Ricquart qui est transcrit plus haut.
Gesellekens (Jean), — tailleur d'imaiges (beeldesnidere), à Bruxelles, vers Î469 (i).
Moens (Arnould , Aerd), — tailleur d'imaiges (beeldesnidere), à Bruxelles, vers 1469 (a).
BoRREMAîv(Jean) —reçoit en 1 SU, une somme de 5 livres 5 sous, de 40 gros la livre, pour avoir sculpté un lion en pierre placé sur la façade du palais de Bruxelles.
« Janne Borreman, beeldesnydere, compt, by appoinlementvan den heeren van der cameren van den rekeningen, te Bruessele, gescreven xxiija octobris a0 XVe ende elve, van dat hy gemaict heeft eenen steynenen leeuw tussehen vij ende viij voeten lanek, om le stellene opten nyeuwen glievele aen de sale, op "t hofl', die somme van iij lib. v s. gro. (3). »
Zadoon (Arnould, Aerde), — sculpteur, à Bruxelles, fait, en 1515, différents écussons pour être placés sur des bornes, et qu'on lui paie, au mois de novembre, 4 livres 6 sous, de 40 gros, la livre.
« Aerde Zadoon, beeldesnydere, betailt van zekere partien van wapenen ende andere by hem gemaict, in ftlynre genedich Heeren pale, gelyck die in't lange verclairt staen in eenre memorien hier overgegeven le hove, de somme van iiij lib. vj s. gr. (4). »
Dauet (Jacques), — sculpteurà Bruxelles, vivaiten 151 S. Faisons observer qu'un Jacques Daret, peintre de Tournai,
(1 et 2) Archives des Hospices civils de Bruxelles.
(5) Registre n° 4203, 1°, fo exix r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(4) Ibidem, 2°, f« exxix r°.
travailla à Lille, en 1455, et à Bruges, en 1468, et que Martin Daret, de la même localité probablement, peignit aussi à Bruges, à l'occasion des fêtes du mariage de Charles le Téméraire avec Marguerite d'York (1).
« Je Jacques Daret, tailleur d'ymaiges, demourant à Bruxelles, confesse avoir receu lxxvj livres viij solz, de xl gros, pour les pierres, fâchons de molles, pappiers et autres matières que j'ay faiz et livrez, pour avoir fait personnaiges, despens, dragons, petitz enffans et autres menutez servans à l'entour du chariot triumphant pour servir au service et obsèque que monseigneur le prince d'Espaigne fait présentement faire et célébrer en l'église de Saincte-Goule, audict Bruxelles, pour le salut de l'âme de feu le roy d'Arragon, son grant-père^ Le xiije jour de mars mil vc et xv (2). »
Paludanus (Raphaël) — est probablement fils de Guillaume Paludanus, sculpteur de mérite, mort à Anvers en 1579 (s); il a sculpté en pierre d'Avesnes un grand écusson aux armes d'Alexandre Farnese, duc de Parme, qui fut placé sur la porte du château ou citadelle de cette ville, travail pour lequel il reçut 95 livres, de 40 gros, en novembre 1 586.
« A Raphaël Paludanus, schulpteur d'imaiges, la somme de iiijxxxv livres pour la sculplure des armoiries de Son Altèze et la planter aulx murailles à l'intérieur de la porte du chasteau, ce que ledict Paludanus avoit entreprins de faire et tailler en la haulteur de viij piedz et largeur de xiiij, avecq les paremens et appendances d'icelles, le tout de pierre d'Avesnes, en la forme et selon le patron à luy délivré par les commissaires (4). »
Notelaer (Jean) — a sculpté, en 1707, une statue de la Justice destinée à la chambre (vierschare) où les échevins
(1) De Laborde, les Ducs de Bourgogne, Preuves, t. 1er, à la table, et ibidem, t. II, où le compte des dépenses qu"occasionnèrent les fêtes du mariage a été imprimé. Le baron de Reiffenberg en avait déjà publié des extraits dans la Chronique métrique de Jean Molinet, et Mr Alf. Michiels les a reproduits dans son Histoire de la Peinture flamande, t. II.
(2) Acquits des comptes de la recette générale des finances, aux Archives du royaume.
(3; Baert, Mémoires sur les Sculpteurs et Architectes des Pays-Bas. (4-) Registre n° 26269, f» liij r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
de Breda se constituaient en tribunal , pour le prix de 51 florins 10 sous.
« Joanne Notclaer. beeldhouwer, gegevcn x silvere duealons in ei-kentcnisse van het beeld van Justitie in de vierscharc door denzclven gchouwen en gestelt : xxxj guldens x st. (1) »
§ 9. Peintres.
Sommaire .• Chrétien Van der Perre. — François Franck. —Tableau du grand autel de la chapelle de la citadelle d'Anvers. — Jean Brueghel. — David Teniers, le jeune. — Jean-François de Wouters.
Van der Perre (Chrétien) — est un peintre qui a échappé aux investigations de Mr Ad. Siret, et à tous ceux qui se sont occupés de semblables recherches. Il était peintre du duc d'Albe, qui lui portait beaucoup d'intérêt, et s'employa activement, en 1571 et 1572, pour lui faire obtenir une place de « clercq des revendues, » à Anvers. C'est ce que prouvent les trois lettres suivantes :
I. Lettre du duc d'Albe à Frédéric Perrenot, seigneur de Champagny. — « Monsieur de Champagney. Il y a longtemps que pour les bons services que m'a faict Chrestien de Perre, mon painctre, que sçay (sic) cognoissez, j'ay désiré grandement le veoir accommodé d'aulcune chose que Iuy peust tourner à quelque proufit, et que à faulle d'occasion est demeuré là jusques maintenant qu'il m'a très-instamment prié pouvoir estre pourveu du premier office de clercq des revendues que escherra vacant en la ville d'Anvers; à quoy vous pri d'affection tenir la bonne main quand occasion s'en offrira, et pouvez vous asseurer que me y ferez fort singulier plaisir. Atant, etc. De Bruxelles, le premier jour de septembre 1371. »
II. Lettre du duc d'Albe aux bourgmestre, échevins et conseil d'Anvers. — « Chers et bien amez. Vous verrez par la requeste cy-enclose ce dont nous a supplié maistre Christien Van der Perre, nostre painctre, sur quoy avons bien voulu vous faire ceste pour par icelle vous asseurer que nous fériés fort singulier et aggréable plaisir que, où la personne mallade mentionnée en
(1) Compte de la ville de Breda, appartenant à M» Piosper Cuypers.
ladicte requesle vint à décéder de ce monde, pourveoir de son office dont aussi 'adicte requeste faict mention ledit maistre Chrislien Van der Perre : dont vous requérons de bonne affection et au Créateur que, chers et bien amez, il soit garde de vous. De Bruxelles, le xxvj<" jour de may 1571. »
III. Lettre du duc d'Albe au seigneur deChampagny. -- « Monsieur de Chanipagny. Il y a quelque temps que vous recommandes Chrislien de Perre, mon painctre, à ung office des revendues qui escherroit vacant en la ville d'Anvers; comme il m'a faict présentement entendre estre advenu par le décès de Goosen Houtappel, qui m'a meu à sa itérative réquisition aussy vous refreschir ma recommandation susdicte par ce mot, et vous prier Iuy y monslrer et faire toute la faveur que bonnement pourrez, et y recepvray en mon particulier bien singulier plaisir. Atant, etc. De Bruxelles, le xxvje jour de juillet 1372 (1). >.
Franck (François). — Les comptes des travaux faits au château ou à la citadelle d'Anvers, et qui existent aux Archives du royaume, mentionnent une somme de 144 livres, de 40 gros de Flandre, la livre, payée en mars 1587, à un peintre du nom de « Franchois Francken, pour la painc- » ture et enrichissement du tableau du grant autel de la «chappelle du chasteau, » somme qui est le chiffre de l'évaluation faite par les doyens de la corporation des peintres d'Anvers. Ce peintre n'est autre, selon toute probabilité, que François Franck, le vieux, né en 1544 et mort en 1614.
Une autre somme de 150 livres fut payée à Sébastien Van Halen, pour le cadre de ce tableau et divers ornements destinés au grand autel de la chapelle.
« A Sébastien Van Halen, escrinier, la somme de cl livres pour l'escrinerie du tableau avecq les chapitaulx, cornisses et aultres scliulplures y séantes pour le grand aultel de la chappelle dudict chasteau, lequel il avoit entreprins de faire pour ladicte somme et à laquelle ledict ouvraige a esté prisé par les doyens du mestier de l'escrinerie (2). »
Brueghel (Jean) — obtint en 1613, sur sa réclamation,
(1) Papiers d"État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
(2) Registre n° 26269, f° 1 v° et Ij r°, de la chambre des comptes, ibidem.
affranchissement de guet et de garde, avec exemption des impositions, accises et mallôles.
« Jean Breughel, painclre et bourgeois de noslre ville d'Anvers, quelquefois occupé en ouvrages de noslre service, mesmes en cesle ville et hors de son mesnage et résidence ordinaire, etc. (1). »
Teniers (David). — En 1657, il prit fantaisie au peintre David Teniers, le jeune, de se faire anoblir, sans songer qu'il avait hérité du génie, cette noblesse de droit divin devant laquelle devrait s'incliner la noblesse de naissance et de robe et d'épée. Il adressa à cet effet au conseil privé une requête dans laquelle il relate les faits et gestes de ses ancêtres paternels et maternels, et prétend que son aïeul portait un écusson, avec heaume, bourlet et lambrequins. Deux autres peintres flamands avant lui , Rubens et Van Dyck, avaient été créés chevaliers; aussi eut-il soin de citer ces exemples. A celte pièce était jointe une déclaration de E. Flacchio, roi d'armes à litre de Luxembourg, « que la «famille de Teniers [est] famille honorable, originaire de «Haynaut, carlier d'Ath, et que ceux de ladicte famille ont »de tout temps porté pour armes un escu d'argent, à l'ours «rampant de sable, langue de guelle, accompagné de trois » glans de sinople, deux en chef et un en pointe, et un aucune «lieux (sic), pour cimier un ours issant de sable, bourlet «et hachemenls d'argent et de sable. «L'avis d'une personne compétente qui fut consultée dans cette affaire, tendait à lui accorder sa demande « à charge néantmoins qu'il » ne luy sera permis d'exercer l'art de sadicle profession «publiquement pour aucun gain ou sallaire, ainsy que sont «accoustumez de faire ceux de ceste condition, à paine d'es- » Ire tenu pour desceu d'icelle grâce. » La prétention de David Teniers fut cependant repoussée. Il la reproduisit
(J) Archives du conseil privé, liasses, aux Archives du royaume.
— Sien 1663, et déclara qu'il avait précédemment envoyé des titres et des papiers en Espagne, et qu'on ne les avait pas retrouvés depuis « ny aux comptoirs des secrétaires ny «ailleurs. «Malgré les avis favorables qui furent encore donnés à cette époque, et la protection, l'amitié même, dont l'honorait le gouverneur général don Juan d'Autriche^ il ne paraît pas que Teniers ait obtenu la faveur qu'il sollicitait, car nous n'avons rencontré nulle part la moindre mention de lettres patentes d'anoblissement qui lui auraient été octroyées.
« Au roy, remonstre très-humblement David Teniers, peintre de la chambre qui fut du sérénissime arehiducq Léopolde, gouverneur général qui fut de ces Pays-Bas et Bourgongne, et à présent de celle du sérénissime prince don Jean d'Austrice, son successeur en la mesme charge, que ses devanciers, originairs de la ville d'Anvers, ont lousjours estez fîdels vassaulx des augustes prédécesseurs de Vostre Majesté, leurs seigneurs et princes naturels, et qu'ils se sont tousjours comportez en gens de bien, et ont vescuzhonnorablement et catholicquement, sans qu'aucun d'iceux soit trouvé d'avoir jamais adhéré aux factions des rebelles, durant les guerres de ees Pays-Bas, signament feu Julien Teniers, bourgeois de ladicte ville, qui avoit espouzé Jenne Van Maelbeecq, et eust avec icelle entre autres enfans Daniel Teniers, qui avoit espouzé damoiselle Jozinne Bergaigne, qui eut pour frère feule révérend père Joseph Bergaigne, vivant commissaire général de l'ordre de Saint-François, et depuis honnoré de l'archevesché de Cambray, et David Teniers, vivant maistre peintre en ladite ville d'Anvers, qui avoit espouzé Digna Hendricx, fille de Cornille Hendricx, alias Platvoet, lequel au commencement des susdites guerres est trouvé d'avoir rendu bons et notables services à Sa Majesté eu qualité de capitaine, et depuis en celle d'admiral sur la rivière d'Anvers. Et comme le remonstrant (estant petit-fils du susnommé Julien, et fils du susdit David) ayant dez sa jeunesse eu une particulière inclination à l'art de peinture, à l'imitation de sondit père, s'y est applicqué, en sorte qu'il at esté choisy premièrement par le susdit sérénissime arehiducq, et depuis par le susnommé seigneur prince don Jean d'Austrice, pour leur peintre de chambre, en laquelle profession il les a servy avec beaucoup de satisfaction, il supplie Vostre Majesté très-humblement estre servie, en considération de ce que dit est, de l'honnorer avec sa postérité de léal mariage, du tiltre de noblesse, ainsi que Vostre Majesté et divers autres roys
a monarques sont trouvez avoir faict la mesme mcrcèdc à plusieurs de la mesme profession, comme sont entre aultres Paul Rubens et Antoine Van Dycke, respectivement natifs de la susdite ville d'Anvers, et de luy accorder le port des mesmes armoiries qui sont trouvées peintes en certain pourlraict du susnommé feu Julien, son ayeul, qui est au pouvoir de Julien Teniers, second fils de David, et frère du suppliant et aussy gravées sur la sépulture d'icelluy défunct, décédé en l'an 1585, et enterré au cloistre des RR. pères carmélites chaussez audit Anvers, qui sont : d'argent, à un ours au naturel, au chef d'azur à trois glands d'or rangez, l'heaume ouvert et treille, bourlet et hach«mens d'argent et d'azur; cimier : un ours naissant au blason de l'escu tenant en sa patte droite un gland d'or; et ce nonobstant que le suppliant continue dans le susdit exercice de peintre de chambre d'icelluy seigneur prince don Jean d'Austrice. Quoy faisant, etc. (1). »
De Wouters (Jean-François), — peintre, est natif de Bruxelles. La requête qui suit fut adressée par lui aux états de Brabanl en 1787, alors que la révolution brabançonne venait d'éclater : nous en avons rigoureusement respecté le style et l'orthographe.
«A messeigneurs les très-nobles états de la province, etc., remontre en très-profons respects Jean-François de Wouters, natif de la ville de Bruxelles et admis au lignage de Roodenbeeck le 15 juin 1774, décendant légitimement d'Henry-Dominique de Wouters et de Barbe-Caroline de Meerte, dit de Merode, fils de Dominique de Wouters et de Margherite de Villa Vicenlio, de Caud'œuvres et de Spinola, ayant eu, en l'an 1471, son parent Redolphe de Wouters, chevalier de l'ordre teutonique, commandeur de Postel, en Prusse; et du cotez maternel d'Henry-Gilles de Meerte, dit de Merode, qui a eu l'honneur d'être receveur général de feu l'empereur et roi Charles V, en considération de ce qu'il sorloit en ligne directe du roy d'Aragon, grand d'Espagne dé la première classe, chevalier de la Toison d'or, en récompense de services signalés que la famille avoil rendue à la couronne par les armes et autrement, ayant occupé les premières charges de ladite couronne avec honneur et sans aucune mésailliance, les tout preuve par litres autentiques dont le remontrant est dépositaire, prête à les exhiber aussitôt qu'il lui sera ordonné; les pères et mères du remontrant nobles et généreux ont fait, pour
(1) Volume intitulé : Anoblissements, Requêtes, etc., 1660-1669, f° 86, dans la collection des Papiers d'État et de l'audience, aux Archives du royaume.
honnorer leur état, des dépences au-dessus de leur fortune, et voyant qu'il ne peuvent laisser aucun bien à son enfent, lui ont fait apprendre l'art de la peinture, afin de ne point salir son sang par un métier servile; avec quelle art le remontrant s'est toujours tirer d'affaires avec honneur, mais comme les événements du temps ont fais que cette art et totalement endormie, suplie très-liumblemcnt à vos très-nobles états de pouvoir être utile dans quelque emploi, afin qu'il poudroit trouver le secours dans vos cœurs nobles et généreux, à l'entretien de son épouse et de ses enfans, le remontrant ose se flater qu'il s'est rendue de la dernière deligence à l'assaut de la Grande Place, où il est heureusement échapé, et depuis lors n'a pas discontinué au patroille et garde, à quelle sujet il s'est mis dans le serment des escrimeur, afin de pouvoir veiller à la tranquilité de vos très-nobles états et de la patrie, le remontrant ose espérer que les cœurs généreux de vos très-nobles étals daigneront prendre attention à sa naissance et à sa nécessité. C'est la grâce, etc. (1) »
§ 10. Relieurs el reliures.
Sommaire : Godefroid Bloc, relieur du duc Wenceslas et de la duchesse Jeanne de Brabant. — Jean Nichasius et Henri, enlumineurs et relieurs de ces mêmes princes. — Jacques de Germes, Jacques Brissot, Phelipprarl et Godefroid, scribes et relieurs du lïainaut, du XIVe siècle. — Ateliers de reliure établis au couvent des croisiers à Namur, au XVe siècle. — Livres qu'ils relient pour l'abbaye d'Argenton. — Antoine de Gavere, relieur à Bruges, à la fin du XVe siècle. — Titres de divers manuscrits de Philippe le Beau. — Reliure gantoise ancienne, représentant la Pucelle de Gand. — Description de deux reliures anversoises du XVe et du XVIe siècle.
Aux intéressants détails que Mr le baron Jules de Saint- Génois a publiés dans le Messager des Sciences historiques de 1853 (pp. 238-245), sur des relieurs du XVe et du XVIe siècle, qu'il nous soit permis d'en ajouter d'autres également curieux, croyons-nous, que nous avons recueillis ça et là, pour aider à faire un jour l'histoire de l'art de la reliure.
Bloc (Godefroid). — Antérieurement au XIVe siècle, nous n'avons point encore acquis la certitude qu'il existât
(I) Archives des états de Brabant, liasses, aux Archives du royaume.
des relieurs exerçant exclusivement cette profession. Le plus ancien à notre connaissance qui soit qualifié de relieur de livres (ligalor librum, boecbindere) est Godefroid Bloc, qui travaillait à Bruxelles sous le règne de la duchesse Jeanne, et qui relia pour cette princesse et pour son mari, de 1575 à 1385, un grand nombre de précieux manuscrits, et entre autres, en 1376 ou 1377, le roman français de Meliadus ou Meliador, de Froissart, que Mr Arthur Dinaux croit n'avoir été terminé qu'après la mort de Wenceslas, arrivée le 7 décembre 1383 (î).
Avant donc que la reliure ne devint un art, une industrie si Ton veut accessible à tout le monde, les scribes ou copistes, et parfois aussi des enlumineurs, qu'ils fussent laïcs ou non, reliaient eux-mêmes leurs œuvres. Quelques exemples prouveront ces faits à l'évidence.
iNicAisE (Jean). — Henri. — Le premier, qui fit les enluminures d'un exemplaire du roman de Lancelot du Lac, en 1375, par ordre du duc de Brabant et de Luxembourg, avait été employé par lui, en 1369 et 1372, à relier des livres. Un autre enlumineur du nom de Henri, relia, en 1376 ou 1377, un petit manuscrit qu'il avait orné de miniatures (2).
De Germes (Jacques). — Brissot (Jacques). — Phelipprart. — Un compte de la ville de Binche de 1595-1394 nous fournit des renseignements sur des scribes qui s'occupaient en même temps de reliure; les voici :
« A j homme de Mons, pour j livre nottet appiellet gréel [graduel], ac-
(1) Voij. l'article sur Froissart du savant directeur des Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, ZK série, t. II, pp. 120 et 127, et Froissart par Mr Kervyn de Lettenhove, t. Ier, chap. V.
(2) Voy. pour les travaux exécutés par ordre du due Wenceslas et de la duchesse Jeanne, notre notice intitulée : Les Arts à la cour de Brabant dans la seconde moitié du XIVe siècle, dans la Revue trimestrielle, t. VI.
cattet par Symon Venant, clers de le ville de Binehe, en le présence et par lé consel de monsieur le curet et de raessire Jakème Obellet, lequel on a mis à l'église pour ens canter les escolliers, cousta Ixxvj s. vj d
A messire Jakème de Germes, pour escripre et nolter en iij quayeuls de parkemin pluiseurs coses nécessaires qui adjoustëes sont en cedit livre, payet, parmy le parkemin qui mis y fu, xxx s.
A Phelipprart, l'escrivain de Mons, pour cedit livre couvrir de noef cuir et de noeves aissielles, ycellui loyer, mettre sus, clauwer et apparillier et livrer toutez estoffes, et pour pluiseurs foellés qui estoient coppet recoller, rescripre et renotter les aucuns, et refaire sique nécessités esloit, payet par marcandise faite à lui, présent ledit signeur Jakème Obellet, xlviij s. t.
A messire Jakème Brissot et messire Jakème de Germez, priestres, pour reloyer, recapituler et recouvrir le plat messéel de ledicte église et ycellui recoler et rastruire en pluiseurs lieux, sicomme nécessités estoit, payel xx s.
Item, pour escripre et notter en une grande piaul de parkemin mise sour j tavlet [tableau] siervant à ledicte église, deseure le siège dou curet, pluiseurs anthiernes de Noslre-Dame, payet parmy le coustenge d'iceluy tavlet, xij s. xj d. (1). »
Godefroid. — A la Bibliothèque de Bourgogne existe un petit manuscrit in-4° (2), du XIVe siècle, provenant du prieuré de Rouge-Cloître, dans la forêt de Soigne, et revêtu d'une couverture de cuir frappé sur laquelle on lit des deux côtés, en caractères de l'époque, nous semble-t-il : ©oîrefriîms Beriptor me fent, inscription analogue à celle d'un cartulaire de 1367 existant aux Archives de Louvain, relié par Lambert de Lille, le scribe, et rapportée par Mr J. de Saint-Génois.
Atelier de reliure établi au couvent des croisiers, a Namur, au xve siècle. — Entre autres occupations, les croisiers de Namur travaillaient à relier des livres. Les comptes de l'abbaye d'Argenton mentionnent, sous l'an-
(1) Registre n° 41279 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(2) Manuscrit n" 2877, sur parchemin, de 166 feuillets, qui se termine par ces mots : Dit boec es der broedere van Sl-Pauwels in Zonien gheheelen le Rooden-Dale.
née 1445, la dépense de 3 griffons 6 heaumes (î) pour la reliure de deux lectionnaires et d'un antiphonaire dont les religieuses leur avaient livré « les esloffes » ou fournitures. En 1448, elles confient encore aux croisiers la reliure de leur bible et de deux graduels : une de leurs bienfaitrices paie les deux tiers de celle dépense, qui s'élève à 36 heaumes.
Les religieuses de l'abbaye d'Argenton n'étaient pas riches alors, car elles avaient eu leur monastère incendié au commencement du XVe siècle, et lorsqu'elles revinrent prendre possession des ruines de leur maison, force leur fut défaire reconstruire presque entièrement les bâtiments pour pouvoir y habiter. Les meubles, les ornements de l'église, les livres, tout avait disparu, et, pour les remplacer, leurs ressources, très-minimes malgré les aumônes qu'on leur avait faites, avaient bientôt été épuisées. Aussi ce ne fut qu'au bout de quelques années qu'elles parvinrent à reconstituer ce que nous appellerons leur petite bibliothèque. En 1434, elles achetèrent un livre de sermons de saint Bernard, en langue romane, au prix de 3 clinkarts ou 4 i/a griffons. Dans le courant de l'année suivante, elles font l'acquisition d'un psautier qu'elles payent 47 heaumes; en 1437 ou 1438, celle d'un bréviaire portatif complet, au prix de 1 salut 1 peter ou 3 griffons 6 heaumes. En 1442, l'achat d'une peau, de doux et de cordons pour la reliure de ces livres, leur coûte 6 1/2 heaumes. Elles dépensent, en 1445 et en 1447, plus de 100 heaumes pour les doux qui doivent orner leurs deux lectionnaires, un antiphonaire acheté à Liège, un graduel et une bible, tous livres dont elles confièrent, comme nous l'avons dit, la reliure aux croisiers de Namur. En 1444, les pauvres filles sont encore dans un tel élat de gêne qu'elles ont recours à la charité
(1) Les comptes de l'abbaye d'Argenton évaluent le griffon à 4 heaumes ou aidans, et le heaume à 6 gros.
publique pour faire repeindre une image de Notre-Dame, la seule peut-être qui se trouvât dans l'abbaye.
a Pour le livre des siermons saint Bernard sur cantikes, en rommanl : iij clinkars qui sont iij griffons et demi. » (Compte de 1434-1435.)
« Pour un diurnet atout le psaultier : xlvij heaulmes. » (Compte de 1435- 143G.)
« Pour un bréviaire entire portatif : j salut j peter, qui sont iij griffons vj heaulmes. » (Compte de 1437-1438.)
« Pour une ymagerie de Jhésu-Crist : iij heaulmes. «(Compte de 1438- 1439.)
« Pour une pial, pour couvrir livres, ij cloans et cordiaus : vj heaulmes et demi «(Compte de la Conversion de S'-Paul 1442 à pareil jour 1443.)
« Pour repoindre l'imagerie Notre-Dame et estoffer avoecq chou que messire Jehan Goeverds en avoit payet ou pourcachiet: xxxvj aidans qui sont ij griffons xxviij heaulmes.
Payet pour messire Ghis, pour x grans claus de keuvre renforchiés pour j lectionnaires nouvellement reloyet, et pour x aultres menres pour j antiphonier achetées à Lige : lvij heaulmes. « (Compte du 14 février 1444 à la S'- Benoît 1445.)
o Payet as croiziers de Namur, pour reloyer les ij lectionnaires et j antiphonier dont nous avons livreit les estoffes : iij griffons vj heaulmes.
Item, pour x grans claus de keuvre pour j desdicts leclionaires : xv heaulmes.
Ilem, pour x aultres tels claus: ix heaulmes. » (Compte de la St-Benoitl445 au 24 février 1446.)
« Pour xx claus de keuvre pour j gré [graduel] et j bible : xxiiij heaulmes. » (Compte du 27 mars 1447 au 4 de l'an 1448.)
» Payet pour le vairière qui est mise devant le reliquaire dou grant autel, faite à Louvain : ij clinkars qui sont ij griffons iiij heaulmes.
» Payet as croiziers de Namur pour le reloïage de le bible et de ij gradales : xxxvj aidans, dont le demiselle dou Buskiel a payet xxiiij aidans, et nous les xij aultres, qui montent xxxvj heaulmes. » (Compte du 24 mars 1448 au 14 mars 1449.) (1)
De Gavere (Antoine), relieur a Bruges, au XVe siècle. — Dans l'article que nous avons cité plus haut, Mr J. de Saint-Génois a mentionné deux reliures de Josse de
(1) Volume décomptes de l'abbaye d'Argenton, aux Archives du royaume.
Gavere, qui vivait à Gand dans la première moitié du XVIe siècle. Un autre lyeur de livres du nom d'Antoine de Gavere, de Gavre ou Van Gavre, était établi à Bruges à la fin du XVe siècle. C'est lui qui relia quelques-uns des riches manuscrits qui composaient la librairie ou bibliothèque de Philippe le Beau, et probablemeut aussi les missels, l'évangéliaire et l'épistolaire que ce prince emporta avec lui lors de son voyage en Espagne en 1502. Il paraîtrait même d'après les notes que nous publions ici, qu'il restaurait les miniatures et enluminures des manuscrits.
I. (Janvier 1495, n. st.) « A Anthoine Van Gavre, lyeur de livres, demeurant à Bruges, le iije octobre, pour avoir nettoyé, enluminé et relyé ij grans livres appartenant à Messeigneurs, nommez le jer, ije et iije volume de Giron le Courtois, et pour avoir fait redourer les clouans et boutons : xj livres (1). »
II. (1498. )« A Anthoine de Gavere, xxiiij livres pour, par le commandement de Monseigneur, avoir relyé, redoré, remis à point et en plusieurs lieux renluminé, les livres qui s'ensuit : assavoir : le Bible en latin sans histoires; le Bible en françois historié; le Livre du Songe du Pèlerin humain; le Livre des dix commandemens de la loy; le Livre de la mutation de fortune; le Livre du miroir du monde; ung grant libre en latin; tous de la librairie de Monseigneur, lesquelz estoient fort gastez, rompuz et soulliez (2). »
III. (Juin 1501.) « A Anthoine de Gavre, pour avoir relié, redoré et remis à point, cincq grans volumes de livres de la liberarie de Monseigneur, assavoir : Senccque, Valerius Maximus, les première et seconde parties de la Cité de Dieu, et les Éthicques ; xv livres (3). »
IV. (Mai 1504.) « A Anthoine de Gavere, la somme de xv livres, pour avoir relié en asséele de bois cincq grans libres appartenant à Monseigneur, comme pour y avoir refait et remis à point pluisieurs histoires et lettrines d'or, et les avoir dorez comme il appartient, assavoir : le premier livre de Éthicques,le ije : les Epistres de Senèque, translatté de latin en franchois; le iije : A vous
(1) Registre n° F. 182 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille. Voy. aussi la collection des acquits de la recette générale des finances, aux Archives du royaume, et Gachard, Rapport sur les Archives de la chambre des comptes de Flandre à Lille, p. 290.
(2) Registre n° F. 185 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(5) Registre n° F. 187, ibidem.
très-excellent princes Charles le Quint, roy de France; le iiije de la translation du premier libre de Valerius Maximus; et le ve du premier libre : Dyaloghe S. Grégoire, pape (1). »
V. (Novembre 1501.) « A Philippe Cotteron, aide du garde des joyaux, pour avoir fait netloïer et relier ung riche missal, et le fait tout doré tout autour, comme pour la garniture de lailton dudit missal : iiij livres iij s.
A luy, pour avoir fait couvrir deux missaulx, ung évangéliaire et ung épistolaire de velours noir et doublé de satin , comme pour deux autres grans riches missaulx, l'un de velours noir doublé de satin, l'autre de velours cramoisi de damas (2). »
VI. (1516.) «A luy, pour avoir fait relier cinq livres, lesquels estoienl tous rompuz, couvrir ung bréviaire de velours, les Chroniques de Jérusalem abrégées, de salin : lxviij s. (3). »
Description de trois reliures anciennes de Gand et d'Anvers. — Le sujet de la Pucelle de Gand paraît avoir été employé par d'autres relieurs gantois que par Pierre De Keyser ou Csesar, du XVe siècle (4). Mr Adolphe Dillens, peintre de genre, a acheté, il y a quelques années, dans la capitale des Flandres, sa ville natale, une ancienne couverture de registre en cuir frappé, que Ton a vendue avec une quantité d'autres objets d'antiquité provenant des greniers de l'hôtel-de-ville. On y voit quatre fois répétés sur chaque plat la Pucelle de Gand, et près d'elle le lion couché, entourés d'une bannière, avec la devise ordinaire : Trou en lie f de.
Nous terminerons par la description de deux reliures flamandes en cuir bouilli frappé que nous possédons : l'une, qui appartient à la première moitié du XVe siècle, représente saint George à cheval, enfonçant sa lance dans la
(1) Registre n° F. 187 cité.
(2) Registre n° F. 190 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(5) Registre n° F. 201, ibidem.
(i) Voij. la gravure qui accompagne l'article cité de Mr Jules de Saint- Genois.
P TJ B L I C
gueule du dragon, avec la vierge en prières au fond, le tout encadré dans une bordure où on lit : Ab occultis mets munda me domine nec ab alienis parce servo tuo. La seconde a servi de couverture à un très-mauvais exemplaire de V Apophthegmatum d'Érasme, édition d'Anvers, 1531; on y voit sur chaque plat, à gauche, l'Annonciation avec cette légende qui l'encadre : Missus est gabriel angélus ad maria virgine, et verbu factu est, et à droite, dans un cercle, la Vierge avec l'enfant Jésus, et sous eux deux anges tenant une banderole où sont écrits ces mots : Ave regina celor. ave dna angelor.
§41. Graveurs sur bois et sur cuivre.
Sommaire ; Hubert de Croc. — Graveur sur cuivre à l'abbaye de S'-Trond de 1565 à 1571. — Graveur sur bois au couvent des Augustins chaussés lez-Liége, en 1577. — Monogrammes inconnus à Mr Brulliot. — Gilles Traixegnie, graveur sur cuivre, religieux de l'abbaye de Bonne-Espérance, au XVIIe siècle. — Abraham Santvoort.
De Croc (Hubert), — est un graveur sur bois, né en 1490, dont le nom et l'âge nous ont été révélés par une requête qu'il adressa, en 1546, au conseil privé pour que la permission de pouvoir graver et imprimer toutes ses gravures lui fût continuée, ce qu'on lui accorda par octroi du 22 septembre. Cette supplique nous apprend qu'il gravait et imprimait surtout toutes sortes d'images propres à la dévotion du peuple, et qu'il en faisait un grand commerce dans toutes les villes situées au nord et à l'ouest de la Flandre.
« Aen den keyser, Hubrecht de Croc, eerlyc man, oudt lvj jaeren, inwoonende poorlere uwer stede van Brugge, van goede famé, name ende conversatie, inhoudende hoe hy suppliant over derlich jaeren hem aldaer geneert heeft zoc met boucken te printene ende deselve te vercoopene, als oick nu zichtent acht oft negen jaeren mit figueren te snidene, ende die te druckenne,
mitsgaders allerhanden mercken ende teeckenen voor cooplieden, omme huerlieden teecken van coopmanschepe als fusleynen, zyde, lakennen, bonetten, spellen, ende andere diergelycke die men te Brugge, t'Antwerpen en in anderen steden van herwaertsovere ofte in Spaengnyen dagelyexs begert van hem gesneden endegheprent te hebbene, ende insghelycx aile pardoen brieven, confessionalen ende quester brieven van den Triniteyt, S. Hubreehls, S. Cornelis, S. Remeux, Halle, Halseberghe, S. Bernaerls-Berch, S. Geertruyt, S. Sebastiaen ende andere, ende oick mede kermesse vaentkens van aile steden ende dorpen, als : Dunckercke, Berghen, Nieupoort, Ostende, Sluyen, Damme, Ardenboureh ende meer anderen, boven desen aile manieren van beeldekens, minnebrieven, nieujaeren ende dyergelycke imagen voor aile broeders ende zuslers cloosters van hervertsovere, daeraff eenige copien hieraen gehecht zyn. Soe dat hy daermede zyn broit winnende es sonder egeen anderen handel te werelt te wetene, daermede hy den cost soude mogen winnen, etc., waeromme hy suppliant hem keert, biddende Uwe Majesteyt believen wille hem te continueren in de voorschreve exercitie van printen ende figure te snydene, etc. (1). »
Voici la description de sept gravures que H. de Croc avait jointes à sa requête comme spécimens :
1. Le Christ couronné d'épines, assis sur la croix et tenant en main les verges et les lanières avec lesquelles il fut flagellé, le tout inscrit dans un cercle, autour duquel sont rangés, également en cercle, tous les instruments de la Passion. Diamètre : 9 centimètres 1 millimètre.
2. Le Christ nu attaché à la colonne, avec une banderolle sur laquelle ou lit: Vide homo qualu palior pro te. Hauteur: 10 c.; largeur: 7 c. 1 m.
5. Le Christ debout, tenant la croix d'un côlé et la lance de l'autre; autour de lui sont placés les instruments de la passion : le tout est encadré dans un portique. Hauteur: 10 c. 3 m.; largeur: 7 c. 5 m.
4.. Les instruments de la passion du Christ rangés dans un triple cercle, autour desquels se voient six fleurs et un papillon, distribués aussi en cercle. Diamètre : 9 c. 5 m.
5. La Vierge tenant l'enfant Jésus, accostée de quatre anges, dont deux lui placent une couronne sur la tète. Hauteur : 9 c. 9 m.; largeur : 7 c. 5 m.
6. La lettre | couronnée au-dessus du mot Brugghe, non flamand de la ville de Bruges, au milieu d'une couronne de fruits et de fleurs. Diamètre : 15 c.
(1) Archives du conseil privé, liasses, aux Archives du royaume.
Graveur sur cuivre a l'abbaye de S'-Trond, au XVIe
-î£P vËrV Ces cinq mo-
fê<3>
nograrames, restés inconnus à Mr Brulliot (1), appartiennent à un religieux de l'abbaye de Saint-Trond, qui gravait sur cuivre dans la seconde moitié du XVIe siècle. Il existe aux Archives du royaume un recueil manuscrit provenant de ce célèbre monastère, dans lequel sont collées, entre autres, sept gravures dues à son burin. Les millésimes 1 565, 1567 et 1571 se trouvent sur quatre de ces planches, et cinq sont signées du monogramme de l'artiste. Voici leur description :
1. Saint Trond sous une arcade soutenue par deux colonnes, avec une inscription latine en cinq lignes au-dessous. Signé du monogramme n° I et du millésime 1565. Hauteur : 21 centimètres 5 millimètres; largeur: 15 c.
Cette pièce et celle qui porte le n° 5 sont les deux plus importantes.
2. Saint Trond entouré de sept médaillons, qui sont encadrés dans des feuilles de vignes et des grappes de raisins, et qui représentent la vie de ce saint; cette figure est accostée de celles de saint Euchère et de saint Libert, et sous elle on lit une inscription longue de cinq lignes. Cette gravure, qui est signée du monogramme n° III, a 21 c. 7 m. de hauteur sur li c. 8 m. de largeur.
3. Saint Trond dans un cartouche. Signé du monogramme n° IV. Hauteur : 11 c. 3 m.; largeur : 7 c. 6 m.
4. Saint Christophe portant l'enfant Jésus sur le dos, avec une inscription latine en cercle. Signé du monogramme n° II avec le millésime 1565. Hauteur ; 10 c. 8 m.; largeur : 7 c. 6 m.
5. Saint Guibert, fondateur de l'abbaye de Gembloux, offrant son monastère à un pape, avec des moines et du peuple agenouillé prés de lui. Hauteur : 5 c; largeur : 10 c. 6 m.
6. Saint Guibert sous un portique orné de quatre petites figures, avec une inscription latine suivie de la date 1567. Signé du monogramme n° V. Hauteur et largeur : 10 c. 7 m.
7. Saint Guibert offrant son abbaye à saint Pierre, avec une inscription latine de trois lignes au bas, et le millésime 1571 sur une banderole. Hauteur : 10 c. 2 m.; largeur : 6 c. 9 m.
(1) Dictionnaire des Monogrammes; Munich, 1832.
Graveur sur bois au couvent des augustins chaussés lez Liège.
1F.I.LÀ1 Ce monogramme est encore une addi-
tion à faire au Dictionnaire de Mr Brulliot. Il se trouve au bas d'une gravure sur bois des plus grossières, faite, croyons-nous, par quelque frère (Frater Joannes Lambertus?) du couvent des augustins chaussés près de Liège, d'où elle s'en est allée à l'abbaye de Saint-Trond, car elle était collée dans un manuscrit incomplet provenant de cette corporation, qui fut mis au rebut. Elle représente sainte Anne avec la sainte Vierge et l'enfant Jésus, entourés de douze autres figures, au-dessous desquelles s'élèvent des colonnes qui soutiennent une sorte de portique; au bas on lit ces quatre vers :
0 mère sainte Anne digne q'uon réclame Voz chapelain d'auprès de liège (i) Les Augustins des corps et d'ames Vo9 priete hault por auoir siège.
Celte gravure est haute de 28 centimètres et large de 18 c. 5 m.; l'épreuve que nous en possédons semble avoir été tirée à la main, car plusieurs tailles ne sont pas marquées sur le papier.
Graveur sur cuivre a l'abbaye de Bonne-Espérance, au XVIIe siècle. — Un petit volume in-quarto, intitulé : les Plaintes amoureuses de Jésus et de Marie, par Aug. de Felleries, abbé de Bonne-Espérance, Mons, 1661, est orné d'une mauvaise gravure sur cuivre, représentant la Vierge miraculeuse honorée dans cette maison, et qui porte pour signature : D. fT JEgid. (Gilles) Traixegnie ou Traisegnie, car la cinquième lettre n'était pas très-lisible sur l'épreuve
(1) Les augustins chaussés dont le couvent était silué près de Liège. Voy. Délices du pays de Liège, t. Ier, p. 199.
que nous en avons vue. Cette planche est une copie d'une autre, faite par un anonyme, que l'on trouve dans un second ouvrage du même abbé ayant pour titre : Sermons sur l'Ave Maria; Bruxelles, 1653.
Santvoort (Abraham), — peintre et graveur en taille douce, resté totalement inconnu jusqu'ici, vivait à Breda dans la première moitié du XVIIe siècle. Voici quelques notes sur ses travaux. C'est lui qui grava sur cuivre la fameuse requête présentée aux états généraux des Provinces-Unies, en 1649, par la ville de Breda, afin de prouver qu'elle avait le droit d'envoyer des députés à cette assemblée, et dont il ne fut tiré que 175 exemplaires. Mr Prosper Cuypers-Van Velthoven possède un exemplaire de cette requête imprimée en 9 feuillets, et qui a pour litre : Vertooch en bewys dat de Baender-Heeren, Edelen, en Steden, van Brabant, Guiniert ende Geassocieert met de andere Uereenichde Nederlantsche Provincien wel gefondeert syn in haer versouck aen de generalileyt gedaen (i). Le magistrat de Breda l'avait chargé d'aller acheter les cuivres nécessaires à Anvers. En 1650, Santvoort grava la tour de l'église, et l'année suivante il fit le plan de la ville de Breda , ouvrages pour lesquels il reçut des encouragements du magistrat. Enfin dans le Bredaesche Almanacen Chronijck pour l'année 1664, qui est excessivement rare aujourd'hui, et dont Janus Vlitius est l'auteur, on trouve cinq gravures d'Abraham Santvoort, savoir : 1° le titre, représentant un homme qui porte une tablette sur laquelle on lit : Frieske Spreeckivoorden, signé : A. Santvoort fecit; 2° le titre de la Chronijck van Breda qui est jointe à l'almanach, et où se voyent huit figures groupées, avec une petite vue de Breda dans la partie inférieure, signé : A. Santvoort /".; 3° les sceaux de la ville et ceux d'un sei-
(1) Voy. Van Ghoor, Beschryving van Breda, p. 199.
gneur et d'une dame de Breda vivants en 1267, planche qui a été copiée en 1744 pour orner l'ouvrage de Van Ghoor, intitulé : Beschryving van Breda; 4° douze écussons des seigneurs de Stryen et de Breda, planche signée : A. Santvoort; et b° une carte du comté de Stryen et de l'ancien pays de Breda, signée : A. Santvoort f.
Le dépôt des Archives du royaume possède (n° 249) une vue de Bruxelles en trois feuilles, de 121 centimètres de largeur sur 41 de hauteur, gravée par ce même artiste d'après N. Van der Horst, et dédiée à Philippe IV, roi d'Espagne. Ce plan est signé : A. Santuoort inv : et fecit Bruxellœ. On lit dans le Dictionnaire de Mr Brulliot (i) que le monogramme A. S., qui se trouve sur des eauxfortes gravées en Î650, d'après Alexandre Torenberg, est attribué à un Antoine Santvoort. Nous croyons avec Mr Nagler (2) qu'il n'a jamais existé de graveur de ce nom, et qu'il faut reconnaître notre artiste comme l'auteur de ces planches et celui du portrait de Jean Hoornbeek, avec la signature : A. Santvoort del. et f.
(164-8.) « Abraham Van Santvoort, plaetsnyder, heeft tôt Antwerpen geweyst ende voor de stad gecocht 15 geslepen copere plaeten, om mede te drucken, en deselve gesneden; comt voor coper, snyden, pampier, vrachten ende andersins, naer luyd synder specificatie : 246 guld. 4 s.
Abraham Van Santvoort, scliilder en plaetsnyder, over de leveringhe van 173 vertogen gesneden op 15 platen ende op elcke plaele gedruckt 175 drucken, synde te samen 2,625 drucken, het honderd gerekcnd tôt 19 stuyvers; voor 't drukken van iiij honderd requesten en voor het pampier, by den rendant betaelt : 49 guld. 4 s. »
(1650.) « Abram Santvoort, over te laten drukken door last van de magis- Iraet eenige exemplaren van den toren deser stadt, daertoe gesneden hebbende de plaeten van dien : 20 guld. »
(1651.) « Abram Santvoort, wegens de dedicatie van eene beschryving van
(1) IIe partie, n° 144.
(2) Neues allgemeines Kunstler-Lexicon; Munich, 1852.
de slad Breda, gcvoccht aen cène caert derselven stadt, mitsgacders ter saecken van vcrschcyde der voornoemde cacrten aen de hecren gcschonken endc eyntlyck voor afzetlen van dcn oude stadt, verteert : GO guld. (1) »
§ 12. Peintres sur verre et verrières.
Sommaire : Jean de Caloo. — Wautier Van Pede. — Roger Stoop. — Jean Van Puersse. — Verrières de la salle du conseil de Flandre et de l'église Ste.pharaïlde, à Gand. — Josse, fils de Philippe le Bon resté inconnu aux historiens. — Verrières des églises d'AIsemberghe, de Loonbeke et du prieuré de Groenendael, près de Bruxelles. — Verrières de l'église et du château de Slaple, en Flandre.
De Caloo (Jean). — Le conseil de Flandre fait orner, en 1410, par Jean de Caloo, « voirier, demourant à Gand, » une des fenêtres de la grande salle où cet illustre corps tenait ses séances, des armoiries de Charles VI, roi de France, de Jean sans Peur et de Marguerite de Bavière, son épouse, et de l'écu de Flandre. Le verre peint coûtait à cette époque le double du verre blanc, c'est-à-dire 6 sous parisis le pied. La présence des armes du roi de France s'explique parce que le parlement de Paris étendait son ressort sur la Flandre.
« A Jehan de Caloo, voirier, demourant à Gand, pour une fenestre ronde par manière d'un 00 de voire de France par lui livré , à lui prinse par le receveur des exploit ou mois d'octobre de l'an mil quatre cens et dix par le commandement de messeigneurs du conseil en la grant salle armoyez des armes du roy nostre sire, de monseigneur le duc, de madame, sa compaigne, et des armes de Flandres, contenant xlviij piez de verre, compté le voire amaillié de pointure au double à vj solz parisis le pié, valent, sicomme par la certifficacion de mezdiz seigneurs du conseil cy-devant rendue à court peut apparoir : xiiij 1. viij s. (2). »
Van Pede (Wautier). — Quelques mois avant sa mort, en 1 41 4, le duc Antoine de Bourgogne fit don à l'église d'AI-
(1) Comptes de Breda de 1648, 1649 et 1651, aux Archives communales de cette ville.
(2) Registre n° 21794 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
semberghe, près de Bruxelles, d'une verrière en l'honneur de Noire-Dame, patronne de cette église, et à la chapelle de Loonbeke, autre village, d'un autre vitrail en l'honneur de saint Antoine, vocable de cette chapelle. Walter ou Wautier Van Pede, verrier, à Bruxelles, les fit toutes deux : il lui fut payé 10 livres 8 sous pour la première et 6 livres 13 sous 6 deniers gros pour la seconde.
« Peter Van Halle, dewelke, ten bevele van wilen minen genedigen heere Anthonis van Brabant, in der presencien ende jegewerdieheit van sinen biechtvader, verdingt heeft jeghen Wouteren Van Pede, gelaesmakere, woenende te Bruessel , een gelas in veinster le maken ten eeren Onser Liever Vrouwen in hoir kerke te Halsenberge, ende dewelke gelasin veinstere wilen myn voirscreven heeren beval den voirscreven Peteren te doen maken ende die te betalen van den gelde comende van den onlfange zyns ambachts, welke gelasin veinsfere verdingt es voir die somme van 1 gulden cronen Vrancryx, val. x 1. viij s.
» Peter Van Halle voirscreven, dewelke, ten bevele van wilen minen genedigen heere Anthonis van Brabant, in der jegewordicheit van den jonckheere van Zeyne ende van sinen biechtvader voirscreven, verdingt heeft jeghen Wouteren Van Pede voirscreven een gelasin veinstere te doen maken in de eere van sinte Antlioine in zyn capelle tôt Loenbeke, die mynvoirscreven heeren daer beval ende ordineerde te maken tôt eeren Gods en des goeden sente Anthonis voirscreven, daer de voirscreven Peter voir gelooft ende gesproken heeft, coste xxij cronen Vrancryx, valent, ten pryse voirscreven, vj 1. xiij s. iiij d. g. (1). »
Stoop (Roger). — L'église de Sainte-Pharaïlde, à Gand, s'enrichit, en 1435, de trois magnifiques verrières dues à la munificence de Philippe le Bon, et au talent de Roger Sloop, qualifié de a maistre ouvrier de voire, » de la même ville. Celle du milieu représentait le Christ en croix, avec les figures de la sainte Vierge et de saint Jean. On voyait les portraits du duc et d'Isabelle de Portugal, sa femme, avec leurs écussons sur les deux autres. C'est en mémoire de ce que Josse, son fils, mort jeune, et Catherine, sa sœur,
( 1) Registre n« 17145 delà chambre des comptes, aux Archives du royaume.
décédée à Gand, à l'âge de 54 ans, avaient été enterrés à Sainle-Pharaïlde, que le duc gratifia celte église de ces objets d'art. Stoop reçut pour leur livraison 12 livres de gros, monnaie de Flandre, ou 144 livres parisis.
« A Rogier Sloop, maistre ouvrier de verre demourant à Gand , pour avoir fait, miz et livré ou hault coer en l'église Sainle-Pharahault à Gand , trois vérières contenant chacune .. pié de voire que monseigneur le duc avoit accordé et donné à ladicte église, en laquelle sont enterrées feu monseigneur Josse, son filz, et feue damoiselle Katheline, sa seur (cui Dieux absoille), en l'une desquelles vérières, mesmement en celle en la moyenne, est mise la Ramenbranche de Noslre-Seigneur Jhésu-Christ en la croix, et dessoubz, emprez la croix, les ymages de Noslre-Dame et de saint Jehan, et es autres deux vérières, assavoir de celle qui est au dextre sont les pourtraitures et figures de mon très-redoubté seigneur monseigneur le duc, et dessoubz le fusil et son ordre, et à la senestre vérière sont les pourtraiture et armes de madame la duchesse, sa compaigne; de marchié à lui fait du sceu et par l'adviz de Guy Guilbaut, Jehan Utenhove, garde de la monnoic de Flandres, et Thierry de Stavre, garde des monnoies de Rrabant, la somme de xij livres de groz, monnoie de Flandres, qui valent en livres parisis la somme de cxliiij livres, comme par certifficacion de mesdizseigneurs du conseil escripte le xxviije jour de novembre oudit an [xiiijc] xxxiij (1). »
Van Puersse (Jean), — est un verrier bruxellois qui plaça, en 1440, par ordre do Philippe le Bon et aux frais de ce prince, une magnifique verrière dans le chœur de l'église du prieuré de Groenendael, près de Bruxelles. Ce vitrail avait 144 pieds d'alors : il était divisé en plusieurs compartiments qui tous offraient des sujets différents. La partie supérieure de la fenêtre représentait la sainte Trinité accostée des figures agenouillées du duc de Bourgogne et d'Isabelle de Portugal, sa troisième femme. Plus bas se voyait le grand drame du Calvaire avec la sainte Vierge aux pieds de la croix, et des soldats à cheval qui assistaient au supplice du Christ. Sous ce sujet étaient placées les figures de saint André et de saint Antoine; puis immédiatement
(1) Registre n» 21806 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
après les images de Notre-Dame et de l'enfant Jésus. Enfin saint Philippe et sainte Elisabeth faisaient l'objet de la composition du dernier compartiment. Le sommet de l'ogive de la fenêtre était rempli par un lis autour duquel s'enroulaient les devises du duc et de la duchesse. Leurs écussons timbrés de heaumes, ainsi que les armoiries des deux Bourgogne, de Lothier, de Brabant, de Limbourg, d'Artois, de Hainaut, de Hollande et de Namur, ornaient les parties restées vides de la fenêtre, c'est-à-dire les meneaux et les deux côtés. Ce beau vitrail fut payé à raison de 24 gros, monnaie de Flandre, le pied, et l'artiste reçut pour le tout la somme de 86 livres 8 sous, qui lui fut soldée par ordonnance datée de Bruxelles, le 10 octobre 1440.
« Janne Van Puersse, gelasemakere, woenende te Bruessel, betaelt de somme van Ixxxvj 1. viij s., te xl groten Vlems elc pont gerekent, voer eene gelasene veinstere die de voirschreven Jan Van Puersse tôt myns genedichs heeren ts'hertogen sunderlinge bevele heeft gemaect, ende die gesedt in den coer van den goidshuyse van Groenendale, gelegen in den woude van Sonienj welke veinstere houdt in der maten cxliij voete; ende staen daerinne myns voirschreven genedighs heeren ende mynre genediger vrouwen, synre gesellynnen, der hertogynnen beelden, knyelende voir die beelden van der hey- Iiger Drievoldicheyt boven den berch van Calvarien, gestoffeert mit luden te peerde ende Onsre-Vrouwe in ommacht vallende; daer onder sinte Andries by onsen heere God ende sinte Anthonys, ende noch daer onder Onser-Vrouwen beeldemit haeren kynde; ende achter mynvoirschreven heere sinte Philips; ende achter mynre voirschreven vrouwen sinte Lysbeth; ende boven, in den cromwerck, eene lyelye ende alomme myns voirschreven heeren divise; ende noch onder, myns voirschreven heeren ende vrouwen wapenen mitten tymmeren en helmen ende schilden van Bourgongnen, Lothryck, Brabant ende Lymborch ende myns voirschreven heeren wapenen van Artois, Henegouwe, Hollanl, graefscap van Bourgognien ende Namen : ende was elken voet verdinght om xxiiij groten, munten van Vlaenderen, die t'samen comen van den voirschreven cxliiij voelen ter voirschreven sommen van Ixxxvj 1. viij s., munten voirschreven, alst cleerlic blyct by myns voirschreven genedighs heeren openen besegelden brieven daerop gemaect ende gegeven in synre stad van Bruessel, x dage in octobri xîiij<= xl (1). »
(1) Begistre n° 2414, 2°, de la chambre des comptes, aux Arch. du royaume.
VeRMÈUES DU CHATEAU ET DE l'ËGLISE DE StAPLE. — Staple,
autrefois Eslaple, est une petite ville de l'ancienne province de Flandre, située près de Hazebrouk et qui fait aujourd'hui partie du déparlement du Nord. La famille de Massiet y possédait autrefois un château qui fut brûlé en 1646, et dans les fenêtres duquel s'étalaient en émaux brillants trente-huit écussons aux armes des Massiet et des familles qui leur furent alliées (i). Nous possédons une description des verrières d'une église dont le nom n'est pas indiqué, mais qui est dédiée à saint Orner, et où la plupart de ces armoiries se retrouvent. Le patron de cette église nous a porté à croire qu'elle est située dans quelque localité du nord-ouest de la France, à Staple selon toute probabilité. Le document dont nous parlons est bien certainement de la première moitié du XVIIe siècle, peut-être même antérieur. Nous croyons devoir cependant consigner ici une observation que nous a faite Mr Félix-Victor Goelhals à ce sujet, c'est qu'une branche de la famille Massiet, qui est plus flamande que française, eut à soutenir au XVIIe siècle un long procès à propos de son origine, et que la cour de Douai a rejeté les papiers dont elle s'était servie comme faux ou falsifiés. Le savant généalogiste nous a fait observer que les notes qu'il possède ne concordent pas avec les quartiers établis par ces vitraux. Quoiqu'il en soit, en voici la description, d'après les croquis et les écussons peints de notre manuscrit; mais pour ne pas tomber dans des redites inévitables, nous la ferons d'une manière très-concise, en observant au préalable que les fenêtres du chœur sont bilobées et que les autres, sauf celle du grand portail qui est circulaire, sont trilobées. Nous aurons soin, en indiquant les ornements, de tenir compte de leur position respective.
(I) Nous avons eu sous les yeux le document qui en donne la description,il est intitulé : Représentation des armes quy ont esté trouvez es verrières du château de Staple l'an 1645 et fut bruslé celuy suivant 1616.
Le chœur de l'église était orné de cinq verrières. Les chapelles de JNfolre-Dame et de Saint-Nicolas en possédaient trois grandes chacune. Le nef était éclairée par huit fenêtres dont une seule n'avait pas de verrière. Enûn il y en avait une au-dessus du grand et une au-dessus du petit portail.
[1] Choeur. — Verrière du milieu.
(Dans les meneaux.) Écusson au double aigle entre les deux colonnes sur lesquelles s'enroulaient la devise : Plus oultre.
Saint Orner, patron de l'église. Saint Jacques le Majeur.
Charles-Quint agenouillé avec Charlemagne, son patron, derrière lui. Isabelle de Portugal et sa patronne.
Les écussons de l'empereur et de sa femme.
[2] Première verrière de droite.
(Dans les meneaux.) Ecusson timbré et orné de lambrequins de la famille de Massiet, qui est d'argent à la fasce crénelée de gueules, au canton d'or à deux fasces de gueules.
Saint Biaise. Sainte Barbe.
Denis de Massiet revêtu de sa cotte d'armes avec son patron. Marie d'Assignies et Catherine du Bryard, ses deux femmes, avec leurs patronnes.
Leurs écussons; ceux des femmes sont mi-parti de Massiet. D'Assignies porte fascé de gueules et de vair de six pièces, la deuxième fasce de gueules chargée d'un petit écu d'argent à trois lions de gueules. Du Bryard porte d'argent à trois cornets de sable viroles et embouchés d'or, liés de gueules, les embouchures à seneslre.
[3] Seconde verrière de droite.
(Dans les meneaux.) L'allégorie du Saint-Sacrement. Saint Cosme et saint Damien.
Guillaume Robert et Pétronille, sa femme, avec leurs patrons.
Leurs écussons. Celui de la femme est mi-parti de Robert qui porte d'or au chevron de sable, accompagné de trois roses de gueules, feuillées et tigées de sinople, boutonnées d'or, et mi-parti d'argent à l'oie d'or, becquée de gueules.
[4-] Première verrière de gauche.
(Dans les meneaux.) L'écu de Massiet.
Notre-Dame des Sept-Douleurs.
Bauduin de Massiet et Agnès de Hocron, sa femme. Celle-ci porte d'azur à l'écu en abîme d'argent, surmonté de trois fermeils de même posés en fasce.
[5] Seconde verrière de gauche.
(Dans les meneaux.) Le Saint-Esprit.
La Visitation.
Un chevalier dont le nom est inconnu, avec son patron. Elisabeth de Massiet, sa femme, et sainte Elisabeth, reine, sa patronne.
Leurs écussons. Les armes du mari sont écartelées aux premier et quatrième d'or, à la quinte-feuille de sable, boulonnée d'or; aux deuxième et troisième, de sable au lion d'argent.
[6] Chapelle de Saint-Nicolas. — Première verrière.
(Dans les meneaux.) Dieu le Père.
La Naissance de Jésus, accostée à droite et à gauche des figures en pied de Corneille de Massiet et de ses fils, avec son patron, et de celles de sa femme, Béalrix de Galonné, et de ses filles, avec sa patronne.
La sainte Vierge. Un saint évêque.
Leurs écussons. Les armoiries de la famille de Calonne sont écartelées aux premier et quatrième, d'argent à l'aigle
éployé de sable, becqué et membre de gueules; aux deuxième et quatrième, de sable au lion d'argent.
[7] Deuxième verrière.
(Dans les meneaux.) L'écu de Massiet et la devise de cette famille.
Notre-Dame des Sept-Douleurs, accostée des figures en pied de Bauduin de Massiet et d'Agnès de Hocron, avec leurs patrons.
Leurs écussons séparés par un nœud qui relie les lettres B et A, initiales de leurs prénoms.
Cette verrière devait ressembler dans son ensemble à celle décrite plus haut sous le n° 4, puisque le même sujet et les mêmes personnages y étaient représentés.
[8] Troisième verrière.
(Dans les meneaux.) Les armoiries des personnages peints sur la verrière.
La Conversion de saint Paul.
Un chevalier dont le prénom est Matthias et le nom inconnu, et Barbe de Massiet, sa femme, avec leurs patrons. Les figures étaient séparées par un compartiment où se trouvait un écusson aux armes du mari, qui sont : de gueules au château à trois tours d'argent; au chef d'azur, à la tête de licorne naissante d'argent.
[9] Chapelle de Notre-Dame. — Première verrière.
Voici ce que l'auteur de la description dit à propos de celte fenêtre : « Je crois que ceste verrière est pareille en » toute à la première de Saint-Nicolas, ne l'ayent sceu re- » cognoistre plus clairement à cause de la table d'autel. »
[10] Deuxième verrière.
Sauf l'arrangement et quelques détails cette verrière était semblable à celle qui est décrite sous le n° 7.
[11] Troisième verrière.
Le millésime 1581 se voyait dans les meneaux. Pierre de Massiet avec son patron. L'Annonciation. Son écusson, qui est écartelé aux premier et quatrième, de Massiet, et aux deuxième et troisième, de Calonne.
[12] Nef. — Première verrière de droite.
(Dans les meneaux.) Les écussons des personnages qu'elle représente, avec les initiales D et A réunies par un nœud.
La figure du Sauveur tenant un calice pour recueillir le sang qui coule de la plaie qu'il reçut au côté gauche. A droite et à gauche de cette figure se voyaient Sébastien de Labour et Cécile de Massiet, sa femme, avec leurs patrons.
La partie inférieure de la fenêtre était remplie par leurs quartiers, au nombre de huit chacun. Au milieu d'eux se trouvaient un écusson plus grand que les autres aux armes de Labour, qui sont de gueules au chevron d'or.
Sur le bord extrême de la verrière on lisait cette devise : Labor improbus omnia vincit. 1550.
Nous laisserons aux généalogistes le soin de déterminer ces quartiers dont voici l'analyse héraldique : Quartiers de Sébastien de Labour :