C. Slothaver, organist
La famille des Milleville, dont trois membres ont fait partie de l'association, est sans aucun doute une famille protestante française qui aura émigré. Ce nom nous rappelle celui d'Alexandre Milleville, qui figure comme l'auteur de plusieurs chansons dans les nombreux recueils publiés à Anvers, vers la fin du XVIe siècle et dans les premières années du siècle suivant, par les éditeurs Phalèse et Bellère.
§ 76. Verrières.
Indication des localités : Anvers, Béthunc, Binderen, Breda, Bruxelles, Eenaeme, Ertvelde, Gand, Gouda, Louvain, Malines, Odenrode, Parc, Buremonde et Saint-Omer. — Verrière scandaleuse, en 1526. — G. Boels, peintre verrier, à Louvain.
Vitraux de l'église Saint-Jean, a Gouda. — L'église de Gouda, qui est dédiée à Saint-Jean-Baptiste, fut détruite par un incendie qui dévora la ville entière, en 1438, d'autres disent en 1 440. Un nouvel édifice commença à s'élever sur les ruines de l'ancien, vers 1485. C'est pour concourir à sa décoration qu'une somme de 200 livres de Flandre, fut accordée aux marguilliers de cette église, par lettres patentes du 26 juillet 1512 « pour employer en la » façon d'une verrière armoyée des armes de Messeigneurs » [l'empereur Maximilien et l'archiduc Charles] (î). » La foudre réduisit une seconde fois l'église de Gouda en cendres, le 12 janvier 1552, date que nous croyons pouvoir traduire par 1553 (n. st.). Il ne resta debout que les murailles. Les dégâts furent assez vite réparés, car dans l'église actuelle existent encore des vitraux qui ont été offerts, en 1555, par George d'Egmond, évêque d'Utrecht, et en 1556, par Corneille Van Myerop, prévôt et archidiacre d'Utrecht; par le bailli Wautier Van Bylaer, etc. D'autres portent les millésimes de 1557, 1559, 1560, 1561, 1562, 1564, 1566, 1567, 1570, 1571, 1594, 1596, 1597, 1601, 1603 et 1655. On remarquera rinterruption entre les années 1571 et 1594, l'époque des troubles religieux. Les verrières antérieures à cette lacune sont dues, comme l'on sait, à Thiéri et à Wautier Crabeth. Plusieurs du même temps ont été composées par Lambert Van Noord,
(lï Begistrc n» F. 351 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
cTAmersfoort, et peintes par Thiéri Van Zyl, cTUtrecht. Mr Chr. Kramm a publié une description minutieuse des vitraux de l'église de Saint-Jean, et y a ajouté de curieux détails sur Jes artistes qui les ont exécutés (i).
Verrière scandaleuse, — telle est l'expression consacrée par un document contemporain pour qualifier un fait d'une audace inouïe, arrivé en 1526, au moment Où les placards de Charles-Quint sévissaient avec force dans les Pays-Bas contre les partisans des doctrines de Calvin et de Luther. L'anecdote sur laquelle nous avons en vain essayé de nous procurer de plus amples renseignements, est mentionnée* en ces termes dans les acquits d'un compte de la recette générale des finances (2), à propos du payement de ses vacations au personnage chargé par ordre de Marguerite, d'Autriche de s'enquérir de l'auteur du délit, qui a été commis à.Erlvelde, en Flandre :
« Je George d'Espleghem , secrétaire en ordonnance de l'empereur, confesse avoir receu la somme de vjxx xix livres x solz, de xl gros, qui deuc m'esloit de reste pour estre parly de la ville de Malines, le ijc jour de mars xvc xxv et allé à Gand devers le prieur des augustins et le procureur dudict seigneur empereur en Flandres, cl de là ou villaigc d'Ertveldc, pour prendre informations du personnaige qui en l'église illecq avoit fait ériger et mectre une verrière scandeleuze figurée d'aucunes ymaiges en dérisions de Dieu, de ses appostres et de la foy chrestienne, en quoi faisant, allant, besongnant, et retournant vers madame de Savoye, certiffie et afferme en ma conscience avoir vacquée et continuellement esté occupé jusques au vije jour du mois;
(1) De goudschc glazen of beschrijving der beroemte gesclrilderdc kcrkglazen van de groote of Sinle-Janskerk le ter Goude , etc. ; Gouda, 1853; in-8°, 143 pp. Antérieurement à cette publication il a été imprimé à Gouda de petites descriptions des vitraux en flamand et en français; Tune d'elles, que nous possédons, est intitulée -.Explication de ce qui est représenté dans le Magnifique Vitrage de la Grande et Belle Eglise de Saint-Jean à Gouda; Gouda, 1815.
(2) Archives du royaume.
où sont coroprins, lesdiets jours inclus, six jours entiers, etc. Le xxiiije jour de juillet l'an mil cincq cens vingt-six (1). »
Verrières du collège du pape Adrien VI, a Louvain, et du couvent de Sainte-Catherine, a Breda. — Boels (Gérard). — On lit dans les Recherches historiques sur l'ancienne abbaye de Parc (2), par Mr F.-J. Raymaekers que l'abbé Ambroise Van Engelen ou deAngelis, qui gouverna de 1515 à 1543, fît orner la façade principale de l'église de la communauté « d'une belle verrière, représentant l'un des mys- » tères de la Vierge, avec son effigie et celle de son patron. » C'est à lui, — ajoute l'auteur dans une note, — qu'on » doit deux vitraux représentant des mystères de la Vierge » avec l'effigie du donateur, l'un au chœur de l'église des » récollets de Louvain, l'autre au couvent de Sainte-Calhe- »rine, à Breda. Ces vitraux étaient l'œuvre de l'habile » artiste Gérard Boels, de Louvain. Il fit encore placer une » verrière à l'église de Notre-Dame, à Anvers; l'auteur est » désigné sous le nom de Robert, le vitrier (Robrecht, den » gelaesmaker) , et il reçut la somme cle 120 florins du » Rhin. »
A ces curieux renseignements nous ajouterons une note inédite que nous copions d'un document du XVIIe siècle qui nous a été communiqué :
« Monsieur le prélat de l'abbaye de Park Ambroise de Angelis at donné une très-belle verrière, ornée des armoiries de Croy avecq le chappeau de cardinal, en la sale du grand collège en théologie [collège du pape Adrien VI] où doctor Clarius préside; immédiatement après les voirières de nostre Saincl- Père le pape Adrien le sixiesme, avecq la subscription cy ensuyvante : Guilelmo Croyo cardinali Ambrosius de Angelis abbas Parcensis posait amoris quondam mutui symbolum 1533.
(1) Voy. aussi le registre n<> F. 211 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Elles ont été publiées dans la Revue catholique, qui paraît à Louvain, t. XVI, VIe série, 1858, et forment une brochure tirée à part de 79 pages.
A la suite de cette note se trouve un mauvais dessin à la plume qui représente la verrière du couvent de Sainte- Catherine, à Breda, dont il est parlé plus haut. Le vitrail était divisé en six compartiments que nous décrirons dans l'ordre où ils se présentaient au spectateur.
i. La Vierge portant l'enfant Jésus 2.
et entourée d'une gloire, avec un croissant et le serpent à ses pieds.
3. L'abbé Ambroise Van Engelen, i. L'abbé Van Engelen agenouillé
assis, avec la mitre en tête et la crosse et saint Ambroise, son patron , de-
en main. bout derrière lui.
5. Un ange tenant un écusson, mi- 6. L'écusson du donateur (de sino-
parti de Angelis et mi-parti de Neuin- pie ù 3 pals de vair au chef d'or], sur-
gen (d'argent à 3 tourelles de sable). monté de la mitre et dessous sa devise : Ne quid nimis. *
Au bas du dessin de ce vitrail on lit : Figuer van het gelaes gegheven van den eerw. heer H.Ambrosius Angelis, abt van Parck in den pandt van S. Catelynen-dael binnen Breda , lot desen tyt altyt gebleven gans ende geheel. Anno 1627. 7 febr. La verrière de l'abbé Van Engelen existait donc encore en 1627.
Verrières des églises des Dominicains et de Saint-Géry, a Bruxelles. — Pour pouvoir retracer avec fidélité l'histoire des arts, nous avons cru qu'il ne serait pas inutile de chercher à bien constater l'étendue de nos pertes; aussi avons-nous pris la ferme résolution de signaler tous les actes de vandalisme, — et ils sont nombreux, — quels que fussent leurs auteurs; d'ailleurs ces renseignements se lient intimement à l'histoire des monuments où les œuvres d'art détruites ou enlevées se trouvaient placées. Lors du saccageaient de 1566 et des spoliations et dévastations qui s'accomplirent pendant les années suivantes dans différentes localités, les vitraux furent surtout exposés à être anéantis, à cause de leur fragilité cl de l'impossibilité de les déplacer pour les mcllrc à l'abri. C'est ainsi qu'une belle ver-
rière que l'empereur Charles-Quint avait fait placer audessus de la porte d'entrée de l'église des dominicains, à Bruxelles, « laquelle par les rebelles de la saincte foy estok » ruynée, » fut restaurée en 1587, grâce à deux subsides de 20 livres de Flandre chacun, qu'Alexandre Farnese, duc de Parme, accorda à ces religieux, en avril et en octobre de la même année (î). Au mois de juin de l'année suivante, ce prince octroya une somme de 4-0 livres aux marguilliers de l'église de Saint-Géry, à Bruxelles, « pour employer à » la réparation de trois verrières données par cy-devant par » feu l'empereur et Sa Majesté (2). » Les archiducs Albert et Isabelle voulurent aussi contribuer à l'ornementation de cette dernière église, et firent don, par lettres patentes datées de Mariemont, le 25 juin 1612, d'une somme de 250 livres de Flandre, « pour une verrière à mettre et poser en » icelle église, enrichie de [leurs] armoiries (3). »
Verrière de l'église des Récollets, a Bruxelles. — Le comte de Mansfelt, par lettres patentes du 1er septembre 1592, accorda une somme de 60 livres de Flandre au couvent de Saint-François ou des récollets, à Bruxelles, a pour la restauration de la verrière derrière le grand autel, » au cœur de l'église dudict couvent, cy-devant donnée par » feu de bonne mémoire Jehan, premier de ce nom, duc de » Brabant et de Lembourg, et dame Marguerite de Flandres, » sa compaigne (4). » Ce texte est positif et le chœur de l'é-
(1) « Pour la réfection et raccoustraige de la verrière de feu l'empereur » Charles-Quint, qu'il a faict mectre deseur la porte et entrée de ladicte «église, etc. » (Registre n° F. 270 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.)
(2) Registre n»F. 271, ibidem.
(3) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
(4) Collection des acquits des comptes des reliefs des fiefs, liasse n° 354G, ibidem. — Voy. aussi le registre n° 17164 de la chambre des comptes, 8°t f° xliiij r°, ibidem.
difice n'a donc pas été abattu en 1583, ainsi que le disent les auteurs de Y Histoire de Bruxelles (1), sur le témoignage d'un manuscrit consacré à la narration des excès commis par les calvinistes à cette époque.
Verrières au couvent des Dominicains, a Saint-Omer. — Voici un extrait des lettres patentes par lesquelles les archiducs donnent, en 1604, deux verrières pour orner le réfectoire de ce couvent, qui venait d'avoir été incendié (2) :
«< Albert et Isabel, etc., à nos très-chiers et féaulx les chiefz, trésorier général et commis de noz domaines et finances, salut et dilection. Nous, eu sur ce vostre advis, voulons et vous mandons, par ces présentes, que es comptes que nostre bien amé Charles Moraige, commis à la recepte de nos domaines au quartier de nostre ville de Sainct-Omer, rendra, etc., vous consentez ,ct faites passer et allouer en la dcspence la somme de cent livres, de xl groz, qu'avons donné et accordé aux religieuses personnes noz chiers et bien amez les prieur et religieux de Tordre de Sainct-Dominicq , en nostre ville de Sainct-Omer, pour payer les deux premières verrières de leur nouveau réfectoire, enrichies de noz armories, etc. Donné en nostre ville de Bruxelles, le xvje de février l'an de grâce mil vjc iiij (3). »
Verrière a l'abbaye d'Eenaeme. — Ce monastère, qui était situé près d'Audenarde, fut enrichi d'une verrière « aux effigies et armoiries, selon le pourtraict en exhibé, » des archiducs Albert et Isabelle, qui accordèrent dans cette intention une somme de 250 livres de Flandre, par lettres patentes datées de Bruxelles, le 9 août 1610 (4).
Verrières de l'église Saint-Barthélemi, a Béthune. — Au mois de novembre 1610, les archiducs recevaient de la part des prévôt, chanoines et chapitre de l'église de Sainl- Barthélemi, à Béthune, en Artois, la requête suivante :
(2) J. Dkiuikims, Histoire de la ville de Saint-Omer; 1843; p. 587.
(3 et 4) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
« Aux archiducqz remonstrent en toute humilité les prévost, chanoines et chapitre de l'églize collégiale de Sainct-Bartholomieu, en vostre ville de Béthune, souhz le patronat de Voz Altèzes Sérénissimes, que au cœur de ladicte église, au deseur du grand nul toi, il y a trois vieilles verrières jadis données par les ducqz de Bourgogne, quy sont présentement fort caducques, mesmement les verres jà pourriz et gastez par vieillesse, de façon qu'il est grand besoing de les renouveller, comme ilz remonstrants désireront bien faire, y faisant paindre en celle du milieu ung crucifix avecq la vierge Marie et sainct Jehan, et sur les deux aullres les représentations de Voz Altèzes et leurs armoiries, avecq sainct Albert et saincle Elizabeth. Mais comme ils sont assez petitement prébendez, et que d'aultre part leur fabricque est grandement arriérée à cause des grandes mises extraordinaires qu'il a convenu faire en diverses réparations pour les dommaiges advcnuz depuis quelques années, spéciallement es festes de Pasques mil vjc et vj, y joinct que lesdictes places ne peuvent appertenir à aultres qu'à Voz Altèzes comme patrons de ladicte église, ilz ont prins l'hardiesse de les supplier comme de faict ilz supplient, bien que en usant de leur piété et libéralité cognue endroict les églises et lieux saincts, elles soient servies de donner lesdictes trois verrières qui pourroient couster quelques iiijc florins, comprins les barreaux de fer qu'il y conviendra mectre au lieu des vieilles eslanficques de pierre qu'il y a, aflîn de tant moings empescher les veues, sy [ainsy] fera la décoration de ladicte une mémoire de Vos Altèzes à I'advenir, et en prieront tant plus lesdicts suppliants pour la prospérité d'icelles. »
Cette supplique signalait un état de choses tel que les archiducs firent donner ordre à François de Taillich, receveur du domaine à Béthune, de visiter l'édifice et de faire un rapport. Sa lettre, que nous avons sous les yeux, est datée du 2 décembre, et ses conclusions sont conformes à la demande des chanoines. Nous en extrayons ce curieux passage où il est question du mérite artistique des vitraux :
« Je me suis retrouvé, — dit-il, — sur le lieu avecq le maistre des œuvres de ladicte ville et ung verrier, et aïans visité les verrières, les trouve fort vielles et caducques, non-seullemcnt quant aux plombs, mais aussy en ce que les verres sont mangez et vermoluz par vieillesse et l'ardeur du sollcil, en sorte que d'en estre la transparence obscurcie, et ne se pooyr bonnement remectre en œuvre, joinct que lesdictes verrières en ce qu'il y a de paincturc et aultrement sont de bien maulvaisc grâce, tellement qu'il seroit bien décent
et convenable de les renouveller ; m'aïans les supplians déclarées que pour mieulx illuminer leur chœur, qui thire ses principales veues desdictes trois verrières, leur intention seroit de relever les piedz droictz et arches d'icelles verrières, et les refaire d'ung aullre meilleur traict et fachon plus moderne, ce qu'ilz feroient à leurs despens, ne restans que les verrières, eslanficques et barreaux de fer, ou bien au lieu desdictes cstanlicques, de faire aussy les moiitans de fer. »
Les chanoines de Béthune obtinrent d'Albert et d'Isabelle une somme de 300 livres de 4-0 gros, par lettres patentes datées de Bruxelles, le 20 janvier 1611. Le préambule de celles-ci, selon l'usage, reproduit en grande partie la requête que nous avons insérée plus haut, et grâce à la munificence des archiducs les chanoines purent se livrer à leur envie de faire disparaître d'anciens vitraux et de modifier l'architecture des fenêtres de l'église collé- * giale de Saint-Barthélemi (î).
Verrière a l'église de Saint-Odenrode, en Brabant. — Cette église fut enrichie d'une verrière aux armes d'Albert et Isabelle, ensuite de lettres patentes en date du 19 décembre 1611 de ces princes, qui accordèrent au chapitre 250 livres, de 40 gros, à cet effet. Dans les considérants de ces lettres on lit quelques détails curieux pour l'histoire de l'édifice que nous croyons utiles de transcrire :
« Albert et Isabel, etc. Receu avons l'humble supplication des vénérables noz chiers et bien amez les doyen et chanoines de l'église collégialle de Saincte- Ode-le-Comtc, contenant que la chappelle (en laquelle ils font le service divin) ayant esté bastie cy-devant par les ducqz de Brabant, noz prédécesseurs, et dotée de neuf prébendes, auroit esté durant ces guerres intestines troiz foiz bruslée et les suppliants constraints la réparer trois foiz, par où la mémoire des patrons a esté entièrement ostée; et pour ce qu'il est décent et très-raisonnable qu'en ladicte chappelle y ait quelque mémoire des fondateurs d'icelle, lesdicls suppliants nous ont très-humblement supplié à leurs unicqz fonda-
(1) Tous les documents cités plus haut font partie de la collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
— Ml —
leurs et collateurs qu'il nous pleuist décorer icelle chappelle d'une verrière ornée de noz armoiries ; ordonnons à nostre receveur général de Brabant au quartier de Bois-le-Ducq , de traitter avec le maistre verrier du pris de la verrière et procurer qu'icelle soit faite au plustost , etc. ; sçavoir faisons, etc. (1).
Nous espérions trouver dans le compte du receveur du domaine au quartier de Bois-Ie-Duc, dans lequel est situé le village d'Odenrode ou Roy, le nom du maître verrier, mais ce registre ne contient que la mention du payement de la somme en ces termes :
« Desen rentmeester, diewelcke betaelt heeft aen den deecken ende canonicken van der collégiale kercke van Sinte-Ode tôt Sinte-Oeden-Rode, de somme van ijc 1 ponden, etc., geaccordeert om voor deselve somme te doen stellen seecker gelaesen venster in de voorschreven kercke, verciert mette wapenen van Hunne Hoocheden, etc. (2). »
Verrière a l'église des Augustins, a Gand. — Les calvinistes vendirent cet édifice, en 1582, sous condition que les acheteurs le démoliraient; il fut reconstruit en 1607. Les archiducs Albert et Isabelle firent don aux Augustins, en 1614-, d'une somme de 500 livres de Flandre, pour contribuer aux frais de la principale verrière de la nouvelle église conventuelle. Nous faisons suivre ici le préambule des lettres patentes des souverains bienfaiteurs :
« Albert et Isabel , etc. Receu avons l'humble supplication de noz bien amez les prieur et religieulx du couvent de l'ordre de Sainct-Augustin en nostre ville et cité de Gand, contenant comme, au plus fort des troubles passez, les hérétiques, par une très-grande hayne qu'ilz avoient à ce sainct ordre, destruysoyent l'église dudict couvent, laquelle ayant esté plusieurs années désolée, sans espoir de la pouvoir rebâtir à l'honneur de Dieu et consolation des catholicques, ilz nous ont très-humblement supplié et requiz que ù l'honneur de Noslre-Seigneur Jésus-Christ, et afin qu'il puisse servir de mémoire
(1) La minute de ces lettres patentes existe dans la collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, et l'original, sur parchemin, dans la collection des chartes de l'audience, aux Archives du royaume.
(2) Registre n° 5i28, f° ije xliij v°, de la chambre des comptes, ibidem.
aux siècles advenir, il nous pleuist leur accorder la principalle verrière avec noz noms et armes, et sur ce leur faire dépescher noz lettres patentes en tel cas pertinentes; sçavoir vous faisons, etc. (1). »
Verrière a l'église Saint- Willebrod , lez Anvers. — Une somme de 125 livres de Flandre, pour aider à payer les frais de deux verrières, fut attribuée aux marguilliers de l'église de Saint-Willebrod, alors en construction hors la porte du Kipdorp, à Anvers, par lettres patentes des archiducs, en date de Bruxelles, le 9 juillet 1614 (2).
Verrière a l'église des Carmes, a Malines. — Une ordonnance de payement d'une somme de 250 livres de Flandre, en faveur des carmes de Malines, fut dépêchée par ordre d'Albert et d'Isabelle, le 10 février 1615, pour « une ver-" » rière, — y est-il dit, — à poser en leur nouvelle église à » noz effigies et armes, conforme le patron qu'ilz nous ont » faict montrer (5). » Les carmes avaient commencé la reconstruction de leur église en 1612.
Verrière a l'abbaye de Baudeloo, aGand. — Cette abbaye qui était établie dans le pays de Waes, ayant été détruite de fond en comble par les calvinistes pendant les troubles du XVIe siècle, les religieux vinrent se réfugier dans la ville de Gand, où ils restèrent fixés. L'église qu'ils y firent bâtir existe encore aujourd'hui, et sert actuellement de local à la bibliothèque de l'université. Ils avaient, lorsqu'elle était sur le point d'être achevée, adressé une requête aux archiducs qui trouvaient toujours de l'argent pour ces sortes de libéralités, afin d'obtenir de leur munificence une somme pour orner d'une verrière représentant ces souverains et
(1 et 2) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
(5) Ibidem. Le payement de celte somme est consigné dans le registre n° 1 1921, f° lxvij v°, de la chambre des comptes, au même dépôt.
leurs écussons, la fenêtre principale de l'édifice, laquelle mesurait 28 pieds d'alors en hauteur et 12 en largeur. Les moines de Baudeloo furent en effet gratifiés de 250 livres de Flandre, par apostille mise sur leur demande, le 17 novembre 1615.
Verrière a l'abbaye de Binderen, en Brabant. — L'abbaye de Binderen était située près de Helmont, petite ville de la mairie de Bois-Ie-Duc, dans le Brabant septentrional. Comme tant d'autres monastères de ces contrées, elle eut beaucoup à souffrir pendant les guerres avec les Provinces- Unies au XVIe et au XVIIe siècle. A la faveur de la trêve d'Anvers, conclue en 1609, les religieuses commencèrent à rétablir leur demeure ruinée, et une nouvelle église fut construite. Les archiducs leur accordèrent, en 1616, un subside de 250 livres pour la décorer d'une verrière à leurs armes.
« Albert et Isabel , etc. Receu avons l'humble supplication de religieuses personnes, les abbesse et religieuses du monastère de Binderen, ordre de Sainct-Bernard, contenant comme icelluy monastère par les guerres passées auroit esté tolallement destruict, ruyné, bruslé et mis par terre, si qu'à paine il en restoit quelzques vestiges, lequel les suppliantes auroient depuis les trefvez commencé à restablir et remettre en estât convenable, y employans non-seulement les biens d'icelluy monastère, mais aussyle leur propre et de leurs amis, sicomme présentement leur église est entièrement réédifiée, n'y restant que les verrières à mettre pour y célébrer le sainct service de Dieu; c'est pourquoy elles recourrent à nous, suppliant très-humblement que, comme noz prédécesseurs ducqz de Brabant ont fondé ledict monastère de Binderen, il nous pleust contribuer ù sa restauration, en donnant pour marcque de nostre singulière dévotion envers les maisons de Dieu et à celle-cy de nostre patronat une verrière honnorée de noz royalles personnes et armes, qui pourroit revenir à iij° florins peu plus ou moins, qu'elles entendent pour derrière le grand aultel, etc. ; sçavoir faisons, que nous, les choses, susdictes considérées, etc , avons à icelles donné et accordé la somme de ijc 1 livres, du pris de xl gros, nostre monnoye de Flandres , pour faire la verrière susmentionnée, etc. Donné à Tervueren, le xe d'octobre xvjc et xvj (1). »
(l) Collection des papiers d'État et de l'audience, aux Archives du royaume.
Verrières aux églises des Jésuites et des Clarisses, a Ruremonde. — Les jésuites furent admis à Ruremonde, en Gueldre, en 1611; très-peu d'années après, l'église qu'ils avaient fait bâtir était près d'être fiuie. Le recteur présenta une requête aux archiducs, qui , on le voit par les exemples que nous avons réunis plus haut et par ceux qui suivent, étaient assaillis de demandes du même genre, à l'effet d'obtenir un subside pour orner le frontispice du temple d'une grande verrière avec les armoiries des souverains donateurs. Pour en couvrir les frais, il désirait qu'on lui fit don de la somme de 2,500 florins, provenant de la confiscation des biens de deux filles du village de Straelen qui avaient été exécutées comme sorcières, en 1616. Peu s'en fallût que le recteur des jésuites ne réussît, car nous lisons, dans les lettres patentes qui lui furent octroyées par Albert et Isabelle, et qui sont datées de Mariemont, le 30 mars 1617, que 2,000 florins lui sont accordés, à payer par le drossard de Straelen (j).
Leurs Altesses Sérénissimes ne furent pas si généreuses envers les clarisses de la même ville, dont l'établissement datait de 1614; celles-ci n'obtinrent que 200 livres de Flandre « pour la principale verrière de leur église avec- *> que les effigies et armoiries de Leursdictes Altèzes, à per- » pétuclle mémoire (a), » par lettres patentes du 28 février 1621.
Verrière a l'église des Jésuites, a Gand. — Décidément les pères jésuites étaient plus en faveur que les autres ordres, car les archiducs donnent à ceux de Gand une somme de 1,000 livres de Flandre pour « faire mcctre en » la nouvelle église une fenestre [à leurs] effigies et armoi-
(1) Collection des papiers d'État cl de l'audience, liasses, aux Aichives du royaume.
(2) Registre n° F. 503 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
» ries. » Les lettres patentes d'octroi furent signées à Mariemont, le 2 août 1619 (i).
Verrières des églises des Carmes chaussés et des Annonciàdes, à Bruxelles. — La fenêtre qui s'élevait au-dessus de l'entrée principale de l'église des carmes chaussés à Bruxelles, fut garnie au XVe siècle, d'une grande verrière que donna « le bon ducq Philippe », sans aucun doute avant l'incident qui, vers 1449, fit perdre à ces religieux la faveur du duc de Bourgogne (2). Les archiducs leur accordèrent 350 livres de Flandre pour la restauration de ce vitrail, par lettres patentes du 23 juillet 1620 (3).
La chapelle des annonciades, dont Albert et Isabelle avaient posé la première pierre, fut consacrée en 1627. Ces religieuses avaient obtenu de l'infante, l'année précédente (lettres patentes du 26 octobre), le remboursement de la somme de 532 florins, prix de la verrière aux armes du roi Philippe IV, qui ornait la principale fenêtre du chœur (4).
Vitraux du couvent des Chartreux, a Louvain. — Juste Lipse, dans son Lovanium, et d'après lui MM. Piot (s) et Van Eveu (6), parle avec le plus grand éloge du cloître du couvent des chartreux, à Louvain, dont les fenêtres étaient garnies de magnifiques vitraux, représentant des sujets puisés dans l'Ancien et le Nouveau Testament. En 1787 ces vitraux furent vendus; c'est tout ce que les historiens de la localité nous en apprennent. Voici quelques détails inédits qui concernent ces objets d'art :
(1) Collection des chartes de l'audience, aux Archives du royaume.
(2) A. Henné et A. Wauters, Histoire de Bruxelles, t. III, p. 155.
(3) Registre n° F. 303, cité.
(4) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
(5) Histoire de Louvain, t. Ier, p. 255.
(6) Louvain monumental, p. 256.
Les chartreux avaient été supprimés en 1783. L'administration des domaines provenant des couvents compris dans les édits de Joseph II, et que Ton désignait alors sous le nom de comité de la caisse de religion, se proposa, en 1786, de vendre publiquement les vitraux dont il est ici question. Parmi eux, il s'en trouvait trois grands qui avaient été donnés par des commandeurs des chevaliers de Tordre teutonique, savoir : 1° Le Christ chassant les vendeurs du temple, par le commandeur Edmond Huyu van Amstenraedt; 2° Le Christ au milieu des scribes et des pharisiens, par le commandeur d'Holtrop, et 3° La Circoncision, par un commandeur dont le portrait était brisé « comme sont » presque tous ces vitrages depuis le séjour des militaires » dans ce lieu » , dit le document qui nous fournit ces renseignements : les armes de l'ordre étaient restées intactes dans cette dernière verrière. L'ordre teutonique avait un collège à Louvain; il avait été fondé par Edmond Huyn Van Amstenraedt en 1621, commandeur provincial des Vioux-Joncs (i), qui est cité plus haut. Le président de cet établissement, R. Smeysters, réclama les trois vitraux, au mois de mai 1786, au nom du baron de Reichsach, grand commandeur du bailliage d'Alden-Biessen, en se fondant sur le principe adopté « de laisser suivre aux familles les » monuments qui pouvoient les intéresser dans les couvents » supprimés (2). » Cette réclamation fut soumise par le comité aux archiducs gouverneurs généraux, mais nous n'avons pu savoir quel fut leur avis. Toujours est-il que les objets revendiqués furent vendus.
Quant à l'époque de la confection de ces vitraux, ils dataient tous trois de la première moitié du XVIIe siècle, selon toute probabilité.
(1) Van Even, Louvain monumental, p. 304.
(2) Archives du comité de la caisse de religion, carton n° 354, aux Archives du royaume.
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