Reliques de Saint Gratien
L'abbaye de Coulombs possédait en outre de son précieux reliquaire delà Circoncision de N.-S. Jésus-Christ et des deux autres dont il est question dans le procès-verbal ci-dessus relaté, un autre reliquaire dit de saint Gratien ; le corps entier du saint était conservé dans une ch&sse, il disparut dans la tourmente révolutionnaire. En octobre 1769 le chapitre de l'abbaye reçut, par l'intermédiaire de l'évêque de Chartres, une lettre de Louis-Gabriel-
ÎIO ^GLISK PAROISSIALE DE COULOMBS
François d'Orléans delà Motte, évêque d* Amiens (Ij^-à l'effet d*obtenir une parcelle des reliques de saint Gratien. Le chapitre résolut de faire droit à cette demande après en avoir référé au R. P. Supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur et à Monseigneur l'Evêque de Chartres. En conséquence le 19 novembre de la même année eût lieu l'ouverture de la châsse de saint Gratien pour en extraire une relique. En voici 1^ procèsverbal :
« L'an 1769, le dimanche 19® jour de novembre, nous Louis- Charlemagne Fontaine, religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, ordre de Saint-Benoist, prieur de l'abbaye royale de Notre»Dame de Coulombs, diocèse de Chartres^ à la réquisition de M^'^ Louis-François-Gabriel d'Orléans de la Motte, évêque d'Amiens, qui nous a démandé une parcelle des reliques de saint Gratien, martyr, dont la châsse est exposée dans notre église depuis l'an 1015, en vertu de la commission qui nous a été donnée par M'' Pierre- Augustin-Bernardin de Rossetde Rocozel deFleury, évêque de Chartres, en la date du 29 octobre dernier et de la permission du R. P. D. Pierre François Boudier, supérieur général de la dite Congrégation en date du 14 octobre aussi dernier^ du consentement de messire Léonard de Sahuguet d'EspagnaCfConseilIer du Roy en sa cour de Parlement et grand'chambre d'icelle et abbé commandataire de la dite abbaye de Coulombs, demeurant ordinairement à Paris et de présent en son abbaye, et des religieux composans notre communauté,* ayons accédé à ladite demande. Et. en conséquence à l'issue de nos Vêpres, nous nous sommes revêtus d'une aube, étoile et chappe et sommes sortis de la sacristie de notre église, accompagné d*un diacre aussi revêtu d'une aube et étoile et nous nous sommes rendus dans le chœur par la porte du côté de Tépître, précédés d'un thuriféraire, de deux acolytes et d'un porte bénitier, et après avoir fait notre prière devant le T.-S. Sacrement, nous avons fait les encensemens aux reliques dudit martyr et ensuite béni
(1) Louis François-Gabriel d*Orléans de la Motte fut évêque d'Amiens de 1734 à 1774.
ÉG'L.ISË PAROISSIALE DE COULOMBS di.
la boette dans laquelle de voit être déposée la relique : pendant lesquels encensemens et bénédictions, les religieux en chœur, avec tous les assistans en grand nombre ont chanté le répond d'un martyr. Et le verset et oraison finis, en présence dudit sei gneur abbé de Coulombs, de D. Josse Dufoumj sacristain et sonneur, Michel Hautement, bibliothécaire, Louis Olivier, Jean, * Dominique Richer, procureur et cellérier,Germain*Louis Jacques de Pierrepont et Louis Salomon Girard, ccnsivier et secrétaire nommé à l'effet du présent, tous religieux prêtres et profès de ladite Congrégation, et encore en la présence de- messire Antoine de Corn ancien enseigne, aide major des gardes du corps du Roy, compagnie de Noailles, mestre-de-camp de cavallerie, chevallier de Tordre royal militaire de Saint-Louis, messire Frédéric Guillaume d'Espagnac, chevallier baron dudit lieu, mousquetaire de la première compagnie et gouverneur de Landrevaux, fils de messire Joseph d'Epagnac, baron de CaAilIac et
autres places, gouverneur de Thôtel royal des Invalides, maréchal de camp des armées du Roy et grand croix de l'ordre royal et militaire de Saint Louis ; messire Guillaume Marie de Gilibert, ancien capitaine du régiment de Normandie et major de rhôtel royal des Invalides, tous trois demeurant aussi ordinairement à Paris et de présent en ladite maison abbatiale de Coulombs ; maître Jacques Vaufermé, prêtre de la paroisse Saint» Chéron de Coulombs ; maître Louis Delaunay, prêtre curé de la paroisse de Lormaye ; messire Antoine François Goguyer, seigneur de Brichanteau, paroisse dudit Coulombs, maître Léonard Guyard de Marigny, notaire principal du comté de Nogent-le-Roy, demeurant audit Nogent; sieur François André Sangueuse,maitre en chirurgie, demeurant audit Nogent-le-Roy, que notis avons appelés, et autres assistans, nous avons procédé à l'ouverture de ladite châsse, fermée de clous, et après avoir t'ait détacher par Léonard Dufresne, maître serrurier audit Coulombs, les clous qui fermoient l'ouverture de ladite châsse, Tavons , * i ouverte et en avons retiré une partie que ledit sieur Sanqueyse a dit être le crâne, Iaque)Ie partie de relique nous, prieur, avons exposée à la vue de toute rassemblée, et tant les témoins Cy • |
dessus nommés que le surplus de ceux qui composoient ladite assemblée ont reçpnnu, ainsi que ledit sieur Sanqueuse, que la partie de la relique par nous extraite de ladite ch&sse et que nous leur avons fait voir est im crAne de tête, ainsi que l'a déclaré ledit sieur Sanqueuse. Après laquelle reconnaissance, nous susdit prieur, après avoir enveloppé ledit crâne dans un morceau d'étoffe de soje cramoisi, l'avons de suite placé en présence desdits assistans, dans une boete de bois blanc quarrée et fermée par deux petits crochets, avons apposé le cachet en cire rouge aux armes de ladite abbaye de Coulombs, de plus nous avons scellé ladite boete avec deux bandes de papier en croix, à l'extrémité de chacune desquelles bandes, avons également apposé trois cachets aux mêmes armes de ladite abbaye et de la même cire. Ensuite de quoy nous avons par ledit sieur Dufresne serrurier, en la présence desdits sieurs cy-dessus dénommés et de toute l'assemblée, fait refermer ladite châsse à clous, ainsi qu'elle étoit auparavant. Dont et de ce que dessus avons dressé le présent procès- verbal pour servir et valloir. En foy de quoy nous avons avec tous lesdits cy-dessus dénommés signé icelui et apposé le cachet aux armes de Tabbaye. »
La boîte qui contenait la sainte relique fut adressée à Monseigneur révoque de Chartres avec le procès-verbal et envoyée à révêque d'Amiens. Le curé de la paroisse de Saint-Gratien remercia le dl janvier 1770 les religieux de l'abbaye par la lettre
suivante :
(( Messieurs, la joye que ressentirent Mk' notre évéque et les habitants de ma paroisse d'avoir obtenu des reliques de notre saint patron, m'oblige à vous en témoigner notre reconnaissance. Chacun des habitans s'empresse avec ardeur de contribuer à la décoration de l'église où les précieuses reliques doivent être déposées. M«' donne le buste et veut en faire lui-même la translation avec la plus grande magnificence. Sa Grandeur, pour augmenter la dévotion des fidèles, va demander au Saint Père une indulgence plénière pour ceux qui s'approcheront des sacremens ce jour-là, dont la solennité sera renouvellée tous les ans. Plaise au Seigneur que la vue de cet ossement ranime la foy et la piété
RELIQUAIHE DE î^ CIRCONCISION
{Partie antérieure, fermée)
toLISB PAROlSaiALB D
de ceux qui me sont confiés, c'est tout le fruit que je me suis proposé en vous faisant faire cette demande. Je le dois attendre avec d'autant plus de confiance que nos vœux ont été exaucés sans délay et sans opposition. Saint Gratien selon les apparences, a été Tapôtre de notre canton, l'église est bâtie sur son tombeau. II m'a paru que ces raisons étoient de puissans motifs pour demander une portion des reliques de notre illustre martyr. La facilité avec laquelle chacun de vos Messieurs a consenti à notre demande me fait espérer quelque prodige à son entrée dans le lieu de son martyre. La dame du lieu, qui est protestante, se réjouit avec nous de notre bonheur ; elle n'attend qu'une demande de ma part pour contribuer avec les autres aux frais de la décoration. Quel bonheur si, avec l'aide de ce saint martyr, je pouvais obtenir de Dieu la grâce de sa conversion l Vous auriez part à cette conversion, et la dévotion des fidèles, qui va sans doute augmenter à la vue de ce précieux dépôt, leur fera former dies vœux pour la conservation de votre santé et la prospérité de votre illustre maison. Vous pouvez croire que je n'oublieray jamais le bienfait inestimable que vous nous avés procuré par vos bons soins. Il me reste une grâce à vous demander, qui est de vouloir bien avoir la bonté de me mander si vous savés quelque chose de certain sur la vie de saint Gratien. Dans notre canton, les uns le disent venu de Rome, avec saint Quentin, saint Fuscien et d'autres compagnons pour annoncer l'Evangile dans ce pays ; d'autres le disent berger. Est-il vray qu'il y avoit dans la châsse une petite boete pleine de noisettes, et pouvés- vous savoir pour quelles raisons elles ont été conservées ? Nous n'avons que le martyre de saint Gratien dont nous sommes certains : ceux qui en font le panégyrique sont dans le cas d'avancer du faux sur le commencement de sa vie, et Messieurs les curés du voisinage m'ont engagé à vous demander si vous n'aviés pas plus de connoissance que nous du commencement de sa vie et de son état. Si vous en savés quelque chose, je vous prie très instamment de vouloir bien m'en informer. Excusés-moy je vous prie de la liberté que je prends d'exiger de vous une réponse. Mon adresse est : au sieur Gorin, imprimeur, rue des Trois Cailloux,
pouf remettre à son fils, curé à Saint-Gratien à Amiens. » L*inventaîreâe Coulombs mentionne : l'' Copie du sermon latin qu'on lisait anciennement à l'office de Téglise de Coulombs le 23 octobre jour de la fête de Saint-Gratien, à la fin duquel sermon est la copie de la lettre d'Auguerrand, évoque d'Amiens, à Thoroldabbé de Coulombs (1103-1115), touchant Saint-Gratien. 2* Mémoire touchant saint Gratien envoyé à Coulombs, par un chanoine d'Amiens.