I. — Origines
Li! SIÈGE DB Chartres,
N chercherait vainement aux alentours de Chartres un site comparable à celui de Lèves.
Située à 2 kit. à peine de Chartres, cette gracieuse et pittoresque vallée offrait un séjour agréable et sûr même dans les âges les plus reculés.
Nos vieux historiens y placent « sur une légère éminence, entourée de fossés, un établissement de Druides». On voit en effet au lieu dit le Bois de Lèves, non loin de la route de Dreux, une de ces mystérieuses accumulations de terres, certainement factices, d'origine celtique, appelées buttes, mottes ou tombelles, mesurant 14 mètres de
LiVBS 1
côté, environ. Elle est entourée d'un fossé encore rempli d*eau, mais la motte a été entamée par les cultivateurs voisins et aurait, dit-on, perdu la moitié de sa hauteur; Le peuple l'appelle la butte celtique. S'il faut y voir une station pour ïa transmission des signaux, elle correspondait à la butte des Charbonniers située à Chartres entre la préfecture et le marché aux chevaux.
On visite encore, à l'extrémité du Bois de Lèves, non loin du château de Levé ville, sur l'ancienne route de Chartres à Dreux, une pierre dite le Pied de fées, jadis objet d'une crainte superstitieuse (1).
L'imagination populaire a transformé d'anciennes carrières de pierre tendre, ou de marne « en refuges des Druides, où ils enseignaient à leurs adeptes la science occulte de leurs mystères religieux (2) ».
Le nom de Lèves lui-même remonte à une haute antiquité, au temps même des Celtes. Le mot liew^ lew, leug d'alors aurait été traduit par les Romains en leuca, ou leugdy d'où le mot français Lèves. Le mot latin d'ailleurs n'était pas sans une signification précise.
(* Une des quatre chaussées ou voies romaines établies par le célèbre Agrippa, gendre d'Auguste et son lieutenant général dans les Gaules, venant de Bourges pc^r Tours et Chartres, traversait Dreux. C'était sur cetîe chaussée que se trouvait une colline appelée Lè^es, qui estoit' éloignée de Chartres d'environ une lieuet ^tfloise. Or chez les Gaulois la lieue étant nommée Léttva Qussi bien que Leuca, il y aurait identité dans la dénomination
(1) D*autres lui donnent une origine plus récente. La reine Berthe, au retour d'un pèlerinage à Notre-Dame de Chartres, se serait arrêtée là pour saluer une dernière fois le béni sanctuaire et quand elle voulut remonter sur sa blanche hfiquenée, son pied s'imprima sur la pierre.
(2) La crédulité publique se laisse toujours abuser. Ces carrières» encore exploitées aux XIV* et XV* siècles, et qui furent transformées plus tard eA habitations saines et spacieuses, comme on en voit beaucoup sur les rivea de r£ure, et surtout du Loir, sont devenues récemment Caves Gauloises, et Ton y montre, dit-on, la chapelle des Druides (qui n'en avaient pas), des oubliettesy des anneaux, destinés évidemment à des victimes enchaînées! etc^
et la position de Lèves, ce qui donnerait l'indication positive d'un primus lapis, d'une borne à Tégard de Chartres (1). »
« L'endroit précis de cette borne fut nommé la montagne des lieues, comme le point central du départ des mesures itinéraires dans les Gaules (2). »
Quoi qu'il en soit, nos plus anciens titres parlent de ce Morts Leugarum, et y fixent le plus antique monument religieux de la paroisse actuelle. L'historien le plus reculé de Chartres ne laisse aucun doute sur ce point : « Non loin de la ville de Chartres, existait (entre 825 et 850) un couvent de religieuses, élégamment situé sur le Mont de Lèves. Ce monastère fut rasé jusqu'au sol par la main des barbares et réduit en cendres (3).
Le moine Paul, en encadrant ce détail dans le récit de la dévastation de sa chère abbaye, semble faire de cette retraite de moniales une dépendance du monastère de Saint-Père.
Le Morts Leugarum fut le théâtre d'un exploit militaire exceptionnel relaté par tous les chroniqueurs contemporains.
Chartres était assiégée par le fameux Rollon avec Une nombreuse armée de Normands et de Danois, vers 91t. L'évêqueGousseaume ou Gancelme avait appelé au secours de la ville Eble, comte de Poitiers, Richard, duc de Bourgogne et Robert, comte de Paris. Mais le secours était lent à venir, et les barbares multipliaient leurs attaques.
L'évéque et Eudes, comte de Chartres, vont succom-
(1) Lefèvre, Annuaire de 18'*7, p. 222, d'après d'Anville, Notice de la Gaule p. 279.
(2) Lelèvre, ibidem. —M. de Boisvillette, SUtistique d'Eare-ei-Loir, p. 182, est plus modéré. SMl l'appelle aussi montagne des Lieues « il avoue qu'elle ne pouvait être autre chose que la motte d'un vieux fort ». Mais il n'apporte aucune preuve à l'appui. On n'y a retrouvé aucune trace de construction. La distance de Chartres à cette butte dépasse sensiblement la lieue.
(3) Cartulaire de Saint-Père, p. 10.
ber, quand enfin arrivent les alliés, Robert, comte de Paris, et Richard duc de Bourgogne, le samedi 20 juillet 911. Ceux-ci livrent aussitôt le combat, Rollon semble au premier choc devoir être victorieux, mais l'évêque, par une inspiration divine et confiant dans la protection de Marie, fait arborer comme drapeau le Voile de la Vierge et, au plus fort du combat, se rend processionnellement, revêtu des ornements sacrés, et entouré de son clergé, sur les remparts et déploie ce labarum de victoire ; puis, faisant ouvrir la porte neuve, il attaque avec les Chartrains Tarmée des sauvages païens. Ceux-cî, surpris par ce spectacle inattendu, ne peuvent résister aux coups des assiégés et de leurs auxiliaires, qui avaient repris confiance. Les barbares sont fauchés comme Therbe des champs, et on fit un si grand carnage que plus de 6800 morts restèrent sur le champ de bataille, sans compter ceux qui furent noyés dans TEure.
Rollon fut séparé du gros de sa troupe. Surpris par la sortie des Chartrains, « il laisse une partie des siens aux mains avec les Bourguignons, fait une trouée au travers de Tarmée de sortie et s'éloigne pour échapper lui-même à la mort » (1). « Il aurait voulu retourner au secours de sa troupe, mais trois mille heaumes ou chevaliers le séparaient d'elle : » il fut donc obligé de s'abstenir. D'ailleurs, dit un autre chroniqueur, Gerran, évêque d'Auxerre, ses soldats étaient blessés en grand nombre et surtout épuisés par le combat, si bien qu'ils furent contraints de se cacher dans les profondeurs de la forêt (2) )>.
(1) « Cœpit ab eis declinare ne preoccuparetur a morte. » Dudon de Saint-Quentin: De moribus tl ictis primornm Normanniœ dacaniy Càen, 1865.
(2) « Longusque fugœ tractus siivarumque vastitas vulneratos et exanimes optinuit ». Le Bœuf, Hist, Eccl. et civile d'Auxerre^ II, p. 200. Le Livre dex Miracles de Noire-Dame de Jehan Le Marchant, p. 182 et 183.
Rou, a si s'en foui o poi de gent, G X chevalliers seulement. .
Cil qui de seigneur (Rollon) point n'avoient. En un mont (de Lèves) en haut s'en foirent. «
ÉGLISB ET PAROISSE 7
Ce détail s'applique évidemment à la fraction des Normands commandée par RoUon lui-même. La direction suivie par le 2* tronçon de son armée, composée surtout de Danois, n'est pas douteuse, comme nous le verrons bientôt.
Pour comprendre la suite des événements, il était important de bien établir ce fait de la séparation violente de RoUon d'avec les Danois que nul historien moderne ne semble avoir remarquée. Cependant Dudon dans toute la suite de son récit le suppose. Ce document si détaillé et ceux que nous avons cités plus haut s'accordent avec la tradition locale, qui indique la vallée profonde et sauvage dite des Vauxrou comme le refuge des Normands; de là son nom Vàuxrou, vallée de Rollon, et le sanctuaire qui plus tard y fut érigé à la Vierge libératrice. La configuration géographique corrobore cette attribution. Ce val est situé à l'ouest de Chartres, à proximité du lieu du combat, en vue du plateau sur lequel s'ouvrait la porte neuve, par laquelle Tévêque Gousseaume fit opérer la sortie victorieuse de ses guerriers. L'attaque inopinée des Chartrains, dont les efforts furent secondés par les Bourguignons et les Français, ne pouvait avoir d'autre résultat victorieux que de couper l'armée de Rollon en deux. Une partie, la plus nombreuse, les Danois, fut rejetée vers la porte Drouaise, et les grands prés dans la direction de Lèves, où la lutte se poursuivit ; ce point est d'une certitude absolue. L'autre partie, commandée par Rollon, ne pouvait trouver d^issue que par les Vauxrou, qui seuls de ce côté de la ville offraient aux vaincus ce refuge obscur et profond, couvert de bois ou de broussailles « silvarum » où le vainqueur ne pouvait prudemment les poursuivre (1).
(1) L'origine du mot Vauxrou ne parait pas douteuse. Wasse, commenta teur de Dudon de Saint-Quentin, écrira au XII siècle son Roman de Roû, ou de Rollon; Jehan Le Marchant dans le Livre des Miracles lui donne aussi ce nom, Rou. « fit quant Rou voit, etc., c'est la justification du sens attribué à Vauxrou, Vallis RoUonis. M. Lair est plus influencé qu'il ne l'avoue par
Cette version est d'autant plus certaine que la sortie des Chartrains s'est faite par la porte neuve, correspondant à la porte dite de FHorloge, dans la direction soit de la rue de Beauvoir (dite aujourd'hui de Beau vais, aboutissant à la porte Saint- Jean), soit de la porte du Chatelet (ainsi appelée à cause de la proximité du primitif château fortifié des comtes), non loin par conséquent de la place actuelle des Epars. Cette circonstance topographique, en cas de défaite, rendait la fuite vers les Vauxrou pour ainsi dire fatale.
RoUon ne put rester longtemps inactif dans cette retraite, mais, désespérant de vaincre, il fut obligé de contourner la ville par Mainvilliers, Seresville, etc., pour rejoindre l'Eure, route toujours tracée et libre,'vers la Forte Maison et Saint-Prest, où le rejoindront plus tard les Danois. Par suite de cet éloignement forcé le groupe de RoUon devait rester étranger au combat acharné de Lèves; et ce ne fut guère que le 2*^ jour après cette dernière bataille, qu'il fut rencontré par ses alliés les Danois, sur les bords de l'Eure (1).
L'autre portion de l'armée payenne, ainsi séparée de son chef, se retira du côté des grands prés pouf se rapprocher de son premier campement et des rives du fleuve.
La lutte s'y prolongea jusqu'au soir, et y fut des plus meurtrières, car tous les chroniqueurs nous racontent qu'un si grand nombre se noyèrent dans les gouffres de l'Eure que la masse de leurs cadavres fit refluer les eaux du fleuve (2). Pour échapper à ce désastre, les survivants
cette tradition quand il la proclame a d'accord avec toutes les vraisemblances militaires m en tant qu'elle place « la rencontre entre les Français et les Normands dans les Vauxrou, c'est-à-dire entre la place des Epars et la vallée occupée aujourd'hui par la gare. » (Le Siège de Chartres par les Normands) .
(1) « Viam, quam Rollo tenuit, gressibus liberati pergunt super Othuram venientes ». (Dudon, p. 165).
(2) « Tanta cèdes fuit ut mortuorum cadaveribus aqua fluminis excluderetur (Moine Paul) ; — Exceptis his quos vorago fluminis Audure absorbuit (Gerran d'Auxerre) ».
SAlNT-LAZARË DE LÈVES, ÉGLISE ET PAKOISSE 11
dehlàiïdèrefUt leur salut à une fuite précipitée « pirœsidio fugœ », et ajoute un naïf historien, « ceux q\ii éufent tes meitleures jambes s'enfuirent vers le Monceau de Lèves où ils se cantonnèrent pour résister aux poursuivants (1) ».
Le texte latin est plus explicite encore. « Le soir venu, les Normands se rassemblent sur la mdntagne de Lèves (2). y dressent leur camp et s'y retranchent derrière une palissade recouverte de peaux de bêtes (3) ».
L'armée française les poursuivit, les investit de toutes parts pour les attaquer le lendemain matin et les anéantir. ' Mais voici que survient Eble, comte de Poitiers, qui apprenant la victoire des Français se désole et se croit déshonoré pour n'avoir pas combattu les Normands. On lui apprend alors la retraite toujours menaçante de ceuxci. « Va donc, lui dit le chef des Francs, venger le sang des nôtres. »
Eble veut escalader la montagne, mais tous le^ efforts de ses soldats, pour atteindre le faîte, sont vains, les Danois les précipitaient au fond de la vaWée ; les pieireâ et pieux et antres matériaux qui a^^etit setvi pour le éîège de Chartres et dont les Poitevins voulaient faire u^age, leur étaient enlevés des mains, et les payens s'empressaient
(1) c Ils fuirent en si belle erre que les préz de la porte Drouaisç, esquels ils avoient posé leur camp, en ont toùsiourè du depuis retenu le nom de Prez de Reculets (Rouillard).; — Ils reculèrent cottme des forceriez jusques dans ces prez qui sont proches de la ville, et qui, pour ce sujet s*appellent jusqu'à présent les prez des reculez (Souchet). » « Le lieu du combat *fut suivant toute vraisemblance la prairie connue aujourd'hui sous le nom de Grands-Prés (R. Merlet).
Ce nom de Recalés était déjà en usage en 1070, et la signification certaine du mot latin, reculare, re^aleiam, éloigné, écarté, s'applique très bien aux Normands ainsi éloignés et écartés de Chartres par les vainqueurs. Nous ne voyons donc pas pourquoi M. Lair déclare que cette tradition « n'est pas acceptable •>.
(2) « Jam sero facto in monteLeugarumdevenirent ~ ad Leugas pervenit et montis excelsa subiit. «
(3) M. Lair dit qu'ils « trouvèrent un abri dans les ruines d'un petit monastère ». Mais aucune narration du combat ne fait mention de ces ruines. Cette ainpliation donnait à Tauteur le moyen de faire une rectification sur la ruine de ce monastère.
de s'en faire de nouveaux remparts pour se protéger. Eble fut obligé de cesser l'attaque, et de se réunir au duc Richard pour reprendre Tinvestissement de cette troupe désespérée, et la cerner de toutes parts, afin que nul ne put échapper.
Dans une position si critique, les Danois redoutaient un carnage pour le lendemain, quand Tun d'eux, Frison de naissance, leur soumet un stratagème de sa façon. « Il faut, dit-il, que pendant le silence de la nuit sombre quelques-uns des nôtres sortent du camp, descendent dans la vallée, et se mettent à sonner fortement de la trompette; les Français, toujours timides et craintifs (1), croiront à un retour offensif de notre chef Rollon et se disperseront. Nous pourrons alors avec chance de succès traverser les lignes ennemies et échapper à une mort cruelle. »
Le conseil fut accepté. Trois des plus vaillants guerriers sortent du camp, sonnent fortement de la trompette, et jettent le trouble parmi les Chartrains. Ceux-ci, croyant à l'arrivée d'une nouvelle troupe de ces payens^brisent leurs lignes d'investissement et se réunissent en un corps compact pour mieux résister à l'attaque. A cette vue les Danois, ainsi dégagés, profitent de ce moment d'épouvante, sortent furtivement et en silence de leurs retranchements, abandonnant tous leurs bagages, et par une marche rapide gagnent par le ravin les bords de la rivière, montent dans leurs barques, rejoignent leur chef, qui les accueille avec une joie délirante (2), et tous se réfugient dans leur pays ; mais, honteux de cette humiliante défaite, ils n'osèrent plus jamais revenir dans le pays chartrain (3).
(1) Formidolosi, slupidique atqae pavidi.
(2) « G robustissimi, quomodo prœlia evasistis ? Tune illi cuncta quse acciderant retulerunt Rolioni ». (Dudon). Rolion avait donc bien été séparé des Danois, puisqu'il ne savait rien de leur combat à Lèves, et de leur stratagème pour s'échapper.
(3) Dudon dramatise cette sortie de ses héros. Profitant de Témotion des Chartrains, les Danois se précipitent avec grand bruit de leurs armes.
Toutes les circonstances de ce récit concordent parfaitement avec les dispositions topographiques du Mousseau.
frappant leurs boucliers, sur l'arma de Richard et de «et Bourguignons, endormis sous leurs tentes, et pnr un combat furieux traversent les lignes assiégeantes, parviennent 6 la rivière de l'ture, recherchant leur chef KolloB. Eble, comte de Poitiers, pris de frajeur se serait réfugié dans la maison d'un foulon. Au lever du jour, l'armée française, voyant la montagne déserte se mit à la poursuite des fujards. Les Normands de nouveau surpris égorgent de nombreux troupeaux de chevaux, bœufs, ânes et moulons qu'ils avaient emmenés avec eux, les découpent et, avec le* tronçons de leurs cadavres, élèïent un rempart sanglent, A celte vue les Francs stupéfiés, revinrent sur leurs pas sans poursuivre leur marche victorieuse 1 Les Normands, libres cniîn, rencontrent Rollon et regagnent Rouen.
Inutile de relever toutes les invraisemblances de ce récit ; il suffit de faire remarquer les contradictions qu'il contient. La veille, sur la montagne de Lèves, lea Danois assiégés sont dénués de tout, et se cachent seulement der- .riire un rempart couvert de peaux d'animaux : «de coriis animalium ae undique muniunt » obligés d'arracher des mains des Chartrains les pieux dont ils forment leur palissade. Le lendemain, bien que fugitifs, ils sont tellement riches en troupeaux de toutes natures qu'avec leurs cadavres ils élèvent des remparts inexpugnables. Comment ont-ils pu se les procurer çn
S'élevant au-dessus du bourg actuel de Lèves, ce mamelon est isolé de toutes parts par des ravins ppefonds, qui Tentourent comme dans un triangle : au nord-ouest, par le ravin du Vau de Lèves et le torrent du Couasnon, au midi parle Val de TEure, et à l'Orient par le ravin du bois de la Chambre, de la Ravaudière, de Painchat ou de la Grappe, Par ce dernier, situé à Topposé de la ville de Chartres, les Normands pouvaient facilement, sans être vus, atteindre rapidement et à .-couvert les rives de TEure, à Longsault, là. où ils avaient sans doute laissé leurs barques protégées par un covide de la rivière, et s'enfuir sans crainte de poursuite.
Cette disposition faisait du Mousseau un lieu fortifié par sa nature même. La décli\ùté est tellement rapide surtout des deux côtés de la poiole qui regarde Chartres, que Ton s'explique le triomphe facile des Danois, réfugiés sur le sommet, repoussant les I^oitevins qui s'efiForçaient de l'escalader et les faisant roul^ à gauche et à droite au fond du ravin. La route actuelle de Chartres à Dreux a dû faire une profonde trandiée pour arriver -au sommet du plateau, sans éviter une pente encore des plus rapides. Le point d'attache de ce mamelon avec l'immense plateau fléchit lui-même pour donner naissance au val «pkis dojfx de la Ravaudière, qui vient mourir dans la vallée de i'Eure entre la Grrappe et Gorget, en face le moulin acftuel de Longsault.
^Le cours de TEure était libre alors et les Nor^naiids étaient de trop bons navigateurs pour négliger d'utiliser ULQe'vpJQ facile qui les ramenait sans fatigue jusque dans leur capitale.
.C^te 4^fajte .dçs Noi{n^nds avait profondément frappé rimagîfuitton populaire. Nos contrées avaient «tellemefit souffert des déjprédatÎQUs , 4© ces barbares, que Ton s'explique iacilemeat et Tachamement à les combattre et la ioîe de leur défaite définitive. L^ reconnaissance se manifesta par la construction d'un petit sanctuaire dans la
vallée même des Vauxrou, avec une statue ^e 1^ ^Vierge Chartraine (page 17) ; au XV* siècle, nos vieux chropiqi^ejars illustrèrent leurs récits par Timage qui montre les Normands aveuglés par le voile sacré, et Jean Mielot, vers 1440, composa pour son maître Philippe le Bon, duc de Bourgogne, une de ses plus belles miniatures, que reproduit au trait la gravure ci-jointe (page 9), publiée par M. Tabbé Clerval, et dont on conserve deux exemplairps^^QxigfAaux, runàlaBibliothèqueNationaleàParis(mss.9l99),etrautret à la Bibliothèque Bodléienne à Londres. Le naèoie çuj,et a été reproduit dans les fresques modernes^^^de l^crj;ptf de la cathédrale. Le fait de l'aveuglement des Norna9in4^.93t reconnu par Wace dans son Romai} deRou^ ,au j^I* 9iècle : « E, cume plusurs distrent, la vue perdit..» , \, ..i
Tous les recueils des miracles de Notre-Dame rçlfttentce prodige : « hostilis exercitus cum suo duç^ diy;i£âtji;i& cecitate percussus » — « Hostes sunt exceecati. » etc*, (abbé Clerval, Mémoires de la Société Archéol.^ IX, pu .449fÇtj^,^fc50). .
Dudon de Saint-Quentin lui-même coqsole^çon Jtiéros, Rollon, de sa défaite en l'attribuant à la tunique de. la Vierge :
ff Non te Franco-fugat, te nec BurguDdio cœdit,... Sed tunica aima Del genitricis Virginis... »
« Ce n'est pas le Français qui te met en fuite, ni le « Bourguignon qui te massacre, c'est la sainte Tunique « de la Vierge Mère de Dieu qui triomphe* » ^tt^-, . -,,.•
Cette impression a pu influer également sur la^dén^^în nation des lieux où se passèrent les événeme^ts,.I^e& l^awap-f Rou^ à cause de la retraite de Rou, RoIIqh i.^les p^réSrjdç^ -fîefcuie^^, aujourd'hui les Grands prés, à cause (^Jp. fuite des Danois, et même la place des Epars, ^^OLVi^^^Qxmands et Rollon furent mis en désordre, disp^r^p^,gB)|fs, et leur armée coupée en deux tronçons. Ce dernier vocable peut cependant provenir d'un commerce d'Esparres,
16 SAtNT-LAZARE DE LEVES
bois pour les tonneaux, qui s y serait fait jadis et que corroborent les rues de la Tonnellerie et du Bois Merrein, qui y aboutissent.
Le Château de Lèves.
L'attaque des Normands, plus encore que leur défaite, eût une singulière influence sur l'avenir de Lèves.
Quand Tart militaire eut progressé, surtout du temps de Thibaud le Tricheur, le grand constructeur de forteresses, la ville de Chartres reçut des remparts dont on retrouve encore quelques vestiges. Sur le point culminant de la ville fut construit un donjon des j5lus redoutables, appelée la Tour-le-Comte.
Nos comtes chartrains n'oublièrent pas les leçons du passé. La ville avait toujours subi les attaques de Tenvahisseur du côté de la rivière, alors navigable. Il fallait donc défendre le cours de TEure et y établir des obstacles, sinon insurmontables, du moins suffisants pour arrêter l'ennemi ; élever par conséquent des forteresses là où la rivière, plus rapprochée du coteau, offrait une défense plus facile et plus efficace. Le comte Thibault ne manqua pas à cette tâche.
Précisément, la rivière côtoie de très près le coteau, d'abord à Lèves, puis au-delà Gorget, au lieu dit la Forte Maison.
Le vocable de ce dernier indique suffisamment sa nature et sa destination, mais il n'en reste plus d'autre trace que le nom. La forteresse élevée à Lèves est moins connue et même presque ignorée des Chartrains. Elle existe cependant encore haute de près de trois mètres.
Sa forme primitive, de même que la nature de ses murailles en maçonnerie de silex, noyés dans le mortier, épaisses de deux et de trois mètres, révèlent une haute antiquité.
VIERGE CHARTRAINlf
conservée dnns l'église de Maiovilliers.
( Voir page l.i)
Nota. — Une autre petite statue en bois du XV* siècle était jadis honorée dans le petit édicule des Vaunrou : pour éviter des profanations, elle a été transférée dans l'église de Mainvilliers (Voir ; Notre-Dime dti Vfiuroiic, discours de M. labbé Tissier, 22 mai 1892).
La forme inusitée de la maison de M™* Rabourdin nous avait fort intrigué, quand il nous fut gracieusement permis de pénétrer dans les caves, de toucher ses murs et de les mensurer de toutes parts. Nous avons pu suivre tous ses contours, malgré les obstacles multiples offerts par les constructions qui l'entourent et la surmontent.
Ce donjon n'avait à la base aucune ouverture, celle qui existe aujourd'hui ayant été tout récemment percée pour le calorifère. La base d'ailleurs était pleine, sauf deux réduits destinés à recueillir les vivres à Tabri de toute atteinte. On y descendait par une trappe encore à la fin du XVIIP siècle, comme dans les forteresses de cette époque (1). On arrivait à la partie habitée par une échelle mobile que Ton retirait après soi. Une double enceinte de fossés pleins d'eau le rendait encore plus inabordable.
Le comte de Chartres confia la garde de cette forteresse à Tun de ses fidèles, déjà réputé par ses richesses. Le Nécrologe de Tabbaye Saint-Jean lui donne le nom de GosLEiN I Lb Riche : dives^ dont l'épouse s'appelait Umberga, et la fille Adhelise, morte le 23 mai.
Ce surnom de Riche disparut bientôt pour faire place à celui de Lèves, de Leugis (2). En effet le fils de ce premier GosLEiN porte indifféremment le nom de Riche ou de Lèves; son fils Guy, qui fut abbé de Saint-Jean, est inscrit dans le Nécrologe de l'abbaye au 6 janvier avec la mention de fils de Goslein le Riche, tandis qu'Isabelle ou Elisabeth, sa mère, est inscrite au 23 février avec la mention d'épouse de Goslein de Lèves. Il en est de même dans le primitif Obituaire de Notre-Dame de Chartres.
A la fin du XI* siècle le surnom de Lèves était le seul
(1) Ces réduits ont été plus tard transformés en oubliettes par Tiniagination populaire qui n'en connaissait plus la destination primitive.
(2) Il en fut de même pour les gouverneurs des donjons de Gallardon, Fréteval, Mondoublaau, etc.» qui tous prirent le uom de la forteresse qui leur était confiée.
'3\ SAINT-LAZARli DE LKVKS
usité, de même que le prénom de Goslein était toujours dévolu au fils aîné de la famille.
Les successeurs de ces premiers seigneurs sont connus ; en voici la liste abrégée, très sèche, le château de Lèves et ses seigneurs devant être Tobjet d'une étude spéciale.
GosLKiN 11 avait eu pour fils : Goslein III qui décéda en 1092, Dodon et Guy abbé de Saint-Jean en Vallée, décédé le 6 janvier 1099 :
III. Goslein III, épousa Odeline, dont il eut : Goslein IV qui suit, Geoffroy, év^êque de Chartres, Milon et Berthe qui fut femme de Rahier de Dreux ou de Musy, et mère de Milon, archidiacre, de Goslein, évêque de Chartres, successeur de Geoffrov.
IV. Goslein IV, fondateur de Tabbaye de Josaphatavec son frère, Tévêque Geoffroy, fut pèlerin de Jérusalem en 1107. II avait épousé Lucia et eut pour fils :
1) Goslein, mort en 1145, qui avait épousé Philippa d'Illiers dont Tobit est inscrit au 23 septembre.
2) Geoffroy, qui fut prévôt de Notre-Dame.
3) Milon, qui lui succéda.
et 4) Odeline, Lucie et Cécile.
Il mourut en 1151.
V. Milon I, avait épousé Mabile, fille de Gausbert du Tremblay, dont il eut Geoffro}»', qui suit, et Guillaume ; il mourut en 1167.
VI. Geoffroy, eut pour épouse Marguerite, sans doute de la famille de Bruières, fille d'un Thomas de Bruières qui, en 1201, fit une donation à la chapelle de Saint-Thomas-du-Plessis (Cart, de Notre-Dame de Paris, I, p. 120). Il mourut peu après 1212.
Il en eut : Goslein V, qui suit ;
Philippe, mort avant 1208;
Jean ;
Mathilde, f le 19 mai, Pétronille, Marguerite et Agnès.
K(VLiSE Kf PAKUISîsE - 21
Milon du Bois-de- Lèves était son cousin, et en 1201, Geoffroy approuve la donation que celui-ci, sur le point de mourir, fait à Josaphat.
Vil. GosLEiN V, 1215-1239, eut pour première épouse Jeanne, et pour deuxième Philippa, fille de Guillaume de Poissy et de Lucie (Philippa avait en premières noces épousé Guillaume Morier).
Ses enfants furent Thomas et Mathilde.
Il partit en Angleterre en 1216.
VIII. Thomas I", 1219-1248, fils de Goslein, seigneur de Lèves, prit le nom de Bruières, sans doute à cause de la seigneurie de Bruières le Châtel que sa grand'mère paternelle, Marguerite du Châtel, avait apporté dans sa famille; et c'est aussi pourquoi Goslein V appelait cette Marguerite sa dame vers 1226 : « De assensu Thome filii mei et Margarite de Brueriis, domine mee. » [Cartulaire des Vaux de Cernay, p. 250.)
Thomas 1, épousa Agnès dont il eut Jean, son fils aîné, et Thomas, chevalier.
IX. Jean de Bruikres, 1252, fils de Thomas, épousa Eustachie, et vivait encore en 1279. 11 portait aussi le nom de Lèves « Johannes de Leugis, miles ». En 1241, il vendit au Chapitre sa terre d'Amoinville do concert avec son fils Goslein, qui avait alors 18 ans. Il avait pour neveux Thomas de Lèves, « Thomas de Leugis », et Simon, fils de Simon de Gaseran, « neposdicti Johannisde Leugis ».