I. — Le Clocher sud de la Cathédrale de Chartres
Construit entre 1145 et 1170, il s*est conservé presque intact jusqu'à nos jours. La superbe pyramide, haute de 45 mètres qui le surmonte s'élevant jusqu'à lOB mètres au>dessus du sol, a cependant subi à différentes époques qudques retouches qui ne semblent pas en avoir chargé l'aspect.
La première restauration remonterait à la fin du XIV* siècle* du moins si nous en crojrons un auteur autorisé : André Félibien : Dans ses « Mémoires pour servir à i Histoire des maisons royales et bàiimenfs .!e France{\), il donne, page 88, une description du Clocher vitxxx, où il dit : « Fractures le long de la pyramide, jusques à «> la fenêtre, faites par les crampons qui estoient par le dehors, « lesquels on a ostez, voyant qu'ils fendoient la pierre dans
il) Publié par Montaiglon, dans lu SociM d« TiVûtoir* <f« Fr«iie«, 1874.
LE CLOCHER VIEUX DE CHARTRES
« laquelle ils avoient été placez au large, après avoir été forcés « auparavant avec des tarières, daos le temps où on réédifla cette « piramide en 1387, et ensuite scellez de maçonnerie. *
De nos jours, M. Gaudubois, dans le* Noanettet illustrée*, n* 63« jeudi, 6 août 1903» p. 184, affirme que « la pointe (de la flèche) a dû être refaite en 1385. »
Malheureusement nul ne cite les documents qui pourraient préciser la date et nous donner le détail de cette réfection. Nous avons en vain parcouru les registres des délibérations du Chapitre à cette époque reculée.
il. — Restauration de 16B0.
Nous sommes plus heureux pour les travaux exécutes en 1<!S(» Les détails en t)nt été consignés dans deux mémoires pulih, s dans le IV" vol. de V Histoire de Chartres par Souchet (1), rédiges d'ailleurs par A. Félibien.
Le 19 juillet 1G80, un intrépide couvreur-plombier. Mathurin Bemier, avec une corde nouée attachée à la crdx » du clocher, fit la visite de la pointe de ta flèche.
« Il rapporte que vers la hauteur de l'appui de la petite fenestre. par ob l'on va à la pomme, il y a voit trois ou quatre rangs de pierres autour du clocher qui estoient presque toutes cassées* et qu'en des endroits il y a voit des fractures de deux à trots pieds de haut, sur huit à neuf pouces de profondeur. >•
On fit aussitôt « des échaffauds autour du clocher, en perçant par dedans à peu près au-dessous des ruptures. Il passa par les trous des chevrons d'environ quatre pieds sur lesquels par dehors il attacha des planches. »
Le travail aurait dù Otre confié au uiayun ortimaire de la Cathédrale : <• le maçon de l'œuvre »», mais celui ci, maître Simon, parvenu à la fenêtre de la poînte fut « pris d'un si grand tremblement par tout le corps, lorsqu il se vist prest de s'exposer dans ces abjmes épouvantables d'air », qu'il fut obligé de descendre et mourut bientôt après.
Bemier, u homme hardy, aussi adroit dans la maçonnerie
(Il Cl <s Mf^moirp^ ont été analys<^<^ pour le public Cbartraio, par M. 0«no», dans la Dépêche d Eure-el-Loir, 12 juin l'Mi.
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quo dans la plomberie n qui avait déjà visité la pointe do la pyramide, « s'offrit de remettre ceste pointe en son premier estât ».
Le procédé qu il employa pour mettre des pierres nouvelles à la place de celles qui « estoient gastées » fut aussi simple qu'ingénieux.
« Auparavant que de tirer la pierre hors du clocher, on la
lioit et on la mettoit en équilibre dans la fenestre avec un câble, qui descendoit d'une poulie qu'on avoit attachée à un des bras de la croix, et en cest estât, on la conduisoit en l'air jusqu'en son lieu où on l'arrestoit avec du mortier. »
Bernier, à ce m tier, «,'Rt;nait 20 sois par jour son compagnon et Je manijKuvre douze sols, le tailleur de pierre dix huit sols. Il faudrait multiplier par Hou 1(i environ, pour avoir la valeur de ces gages aux. taux modernes. D'ailleurs le Chapitre se montra généreux, et comme il les trouva « fort soigneux et n'appréhendant point le pâril ». il leur donna le double des journées employées à ces réparations.
Un bon chanoine , M. Estienne* donnait d'ailleurs à tous Texemple de rintrépidité, si nous en croyons le témoignage d'un témoin oculaire. « Il se chargea de conduire les ouvriers et d'avoir Tœil à ce qu'ils feroient, et après avoir fait met;tre autour du clocher, à quatre toises environ (8 mètres) de la pomme, un échaffaud de deux planches qui ne faisoient pas trois pieds de large, il y monta des premiers, et ensuite par des crampons de fer jusque sur la croix pour voir ce qu'il y avoit à réparer, et il ne passa pomt de jour, pendant le travail de deux mois qu'il n'allast visiter ce que l'on faisoit. i»
Félibien profita même de l'audace du chanoine pour lui poser certaines questions à némudre sur place, c'est-à-dire à la pointe de la flèche. Les observations du docte chanoine sont curieuses. "Voici les principales :
« La grosseur des pierres et leur nature est presque toute différente. Il y en a de 1, 2, 3 et 4 pieds de long sur 12 et 16 poulces de hault. — Elles sont extrémement.meslées jusqu'à la pyramide. — £lies sont prises particulièrement près Chartrest comme à Berchères, Ver. Rosay, Emprainville, et quelques-unes du costé de Maule, au dessus de Monfort. i D'après d'autres auteurs, la pierre viendrait de Marboué). L'espaisseur du mortier
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qui les joint augmente toujours en montant de sorte qu'il est quelquefois de deux doigts. •
De lè, la plus ou moins grande oonserration de ces pienea. Elles étaient de plus « engagées » et reliées les unes aux autres par des tiges et des crampons de fer qui les firent éclater sous l'action de l'oxjdation et de ia rouille, ayant d être réduits euxmêmes en poussière.
ni. — Restauration de 1753-1154.
Moins de cent ans après ces travaux plutAt superficiels, la pointe de la flèche se trouvn de nouveau menacer ruine.
Les premières apprc'hensions durent se man t- stcr nprès l'hiver de 1752-1753, car le 8 janvier les bons chanouies délibéraient sans crainte sur le projet de restauration du beffroi -< de la grosse cloche du clocher vieux », et obtenaient du grand mattre des eaux et forêts 1 autorisation « de faire abattre deux ormes qui sont dans le carrefour de la Framboisiire ».
Mais k partir du mois de mai de la même année, jusqu'au i9 avril nous allons suivre dans leurs délibérations tout le détail des travaux qui vont être exécutés.
Ces documents étant entièrement inédits, nous en citerons tous les passages utih;s (1).
En mai, la question de principe, l'urgence de la restauration, était résolue : un architecte avait été mandé.
Le 9 mai, M Ouellier. chanoine. « fait lecture d'une lettre de M. de la Dainte. agent des affaires de la Compagnie h Paris, par laquelle il marque que Brossart, architecte de Senlis, ne pourra, attendu ses entreprises, rester à Chartri s pendant tout le temps de la réparation du clocher vieux, mais qu'il viendra faire un vojage et mettra une personne à sa place pour conduire l'ouvrage et dont il répondra »,
Sans attendre Tarrivée de celui-ci, le Chapitre faisait déjà dresser les échafaudages nécessaires ; et» le 12 mai, il semblait à messieurs de la Commission et à M" de l'Œuvre « qull fallait attendre que l'échafaut commencé fut achevé avant que le sieur
il i Nous les avons rt cueillis dans les minutes des ddlibérations dtt Cba* pitre. Arcb. départ. G. 314, 315 et 310, sauf indications contraires.
LB CLOCnBR TIBUX DB CHARTRES
Brossard ou quelque autre architecte vinssent sur lus 1il-ux, alin que la Compagnie fut plus en état de prendre son parti, surtout pour abattre ou conserver la pointe dudii clocher, les avis étant différents ».
Les chanoines exprimaient de plus le désir que le sieur Brossard fut présent « pendant tout le temps de Touvrage, et que faute de ce, ont prieroit M. Guîllois, architecte, de venir ».
Toutefois les travaux d'échafaudage se poursuivaient, laissant anxieux tous les spectateurs. Le chanoine Leroj se fit Tinter* prête de ces craintes auprès de ses collègues, et le 14 mai il « dit qu'il a vu et visité Téchaffaut que les ouvriers de l'CEuvre ont fait pour travailler au clocher, et qu'il a tout lieu d'appréhender qu'il ne cause du préjudice au clocher et qu'il n'arrive quelque accident et qu'il seroit à propos de le faire visiter par des gens experts ».
Sur quoi le Chapitre •< prie MM" de la Commission d empLcher qu'on fanse aucune nouvelle ouverture. Et à l'instant le sieur Mahon a été avertir les ouvriers de ne plus travailler, et Rou» vraj l'un des dits ouvriers, étant entré, a représenté qu'ils n*avoient fait aucune nouvelle ouverture, qu'ils avoient seulement débouché les trous qui ne pouvoient faire aucun dommage au clocher. De plus qu'ils n'avoient fait ledit échafault qu'après en avoir montré le modèle au s* Brossard qui l'avoit approuvé w.
Rassuré, le Chapitre « permit aux ouvriers de continuer de dresser l échafaut
L'architecte Brossard annonce. le 23 mai, qii il partira de Seniis, le lundi de la Pentecôte pour arriver le mardi soir, et « qu'il restera 8 jours dans son voyage, et qu'il reviendra plu» sieurs fois pendant qu'on travaillera au clocher ».
Entre temps, on délivre au sieur Belhomme, clerc de I tEuvre, 1500 livres pour frayer aux dépenses dudit clocher, dont il avait déjà dépensé 600 livres. »
La curiosité publique étoit vivement sollicitée et plusieurs s'a> venturaient déjà sur les échafaudages. M. de Gacb, chanoine, effirajé représeiite que c'est à tort « qu'on laisse monter au clocher toutes sortes de personnes indifféremment, et'qu'il seroit à propos de donner des ordres pour parer aux inconvénients qui pourroient arriver».
En conséquence, il est ordonné à M" de l'Œuvre u de mettre
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uoe personne à la porte des clochérs qui empêche toutes personnes d'y monter, à l'exception de Messieurs (c.-a.Hl. les chanoines), même les ouvriers, s'il s*aperçoit qu'ils fussent pris de vin
Enfin le 13 juin, le doyen du Chafftre annonce que le s'^ Brossard architecte est arrivé, qu'il a visité dès hier le clocher, qu'il l'a encore visité aujourd'hui, qu'ils se sont assemblés ce matin à l'Œuvre, qu'il a trouvé l'échafaud assez solide, et qu'il dit qu il faut abattre ce qui est di'fectueux et que la réparation sera bien plus solide que de la faire sous «euvre ».
Sans hésitation, i! fut déeidé > que la portion défoctuense du clocher seroit démolie pour être reconstruite », et sur la cli-in uidc prudente du doyen, « pour obvier aux accidents qui puurroieni arriver, on fit barrer vers la porte de M. le Chantre et du costé de l'Hôtel Dieu ».
Sans tarder et d'un commun accord, le samedi, 16 juin, MM. de l'Œuvre et de la Commission, de concert avec le sieur Brossard, choisirent Ducbesne pour poseur, et décidèrent que m Ton donneroit aux maîtres 40 sols par jour,35 sols aux compagnons, 2D sols aux manœuvres. »
La main>d*œuvre avait donc doublé depuis 1680.
Le 5 juillet, la pointe de la flèche était démolie à peu près sur une hauteur de 13 mètres environ. Avant les travaux exécutés de nos jours, il était facile de reconnaître la reprise de la maçonnerie, et le conducteur actuel des travaux, M. Venancie. a pu le vérifier sans peine ; on j posa d'ailleurs une inscription dont nous parlerons bientôt.
Les ouvriers, confiants en eux-mêmes, voulurent procéder à la réédification.
Tout ému. le chanoine de Gach, à qui la surveillance des travaux semble avoir été confiée, en informe st-s collègues : « Les ouvriers c|ui travaillent au clocher, voulcint poser les premières assises de pierre en l'absence du sieur Brossard, architecte, il leur a fait délense de contrevenir aux délibérations anciennes de la Compagnie à ce sujet, jusqu'à ce qu'il eut été statué par le Chapitre. »
Une chambre fut indiquée »d hoc, issue de grand'messe, et la décision de la (i'ompagnie confirma la prohibition du prudent chanoine.
La première pierre de la reconstruction porte précisément la
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date du 5 juillet Les travaux de recoDstructions avaient donc été bien réellement commencés.
Cette inscription ne laisse aucun doute :
F. J. MONTIGNI.