‹ Archives entomologiquesChapitre 38 sur 231 · OG ARCHIVES · texte numérisé non relu

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Notre excursion à Bouray avait pour but principal de recueillir des sommités desséchées de Carlina viihjaris qui sont habitées par une larve de Curculionite dont j'étudie les métamorphoses et que notre collègue, M. Goureau, observe de son côté. J'ai pu ramasser un très grand nombre de capitules de cette plante et j'espère maintenant obtenir l'éclosion du Curculionite dont le premier état m'est seul connu.

La journée avait été bien remplie, et nous attendions l'heure du retour par le chemin de fer auprès d'une sablonnière connue des entomologistes, et où notre collègue, M. V. Signoret, a trouvé, entre autres Hémiptères rares, le Doridium lanceolatum. Mon attention fut attirée par des Cicindela qui volaient de côté et d'autre ; elles étaient peu nombreuses, mais je m'assurai, par la prise de deux individus d" et ? , que c'étaient des C. hybrida.

Pour renfermer à mon aise les insectes dans un flacon à large goulot et les engourdir avec l'éther sulfurique (vous savez, mon cher collègue, que l'étliérisation était appliquée aux insectes un quart de siècle, au moins, avant de l'être à l'homme) je m'étais adossé à un des côtés de la sablonnière taillé en talus. L'opération faite, je regardai autour de moi sur ce talus et ne trouvai que des Fourmis, quelques Amara; ']e soulevai des pierres recouvrant des Juins, des Glnmeris; enfin je remarquai des trous exactement arrondis, d'une circonférence à recevoir une plume à écrire et paraissant très profonds. Une tige desséchée de graminée d'un pied de longueur disparut entièrement dans l'un d'eux.

instinctivement j'eus la pensée que ces trous étaient formés par des larves de Cicindela, probablement de la C. hybrida dont je venais de constater l'existence en cet .endroit, et je fis part de cette idée à M. Amblard qui recherchait des nids d'Hyménoptères fouisseurs dans le sable.

Pour connaître l'habitant de ces retraites il fallut de la pa-

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lience et faire le métier de terrassier. Le premier trou exploré fut choisi sur le bord du talus. 11 était presque perpendiculaire, d'un pied et demi de profondeur. Une tige sèche de Staticeanmria m"a servi de guide, et le sable était déblayé avec les mains et un couteau jusqu'auprès de la tige. Alors j'arrivai doucement jusqu'à celle-ci en suivant le trajet de la galerie qu'elle indiquait dans le sable. Cette galerie était ronde dans son étendue souterraine comme à son orifice extérieur.

Le fond de cette espèce de puits semble se prolonger à mesure que l'on creuse profondément ; j'aperçus enfin remuer un insecte, une larve de forme bizarre, à lête ronde, d'un vert sombre, métallique, à corps grisâtre, à mamelons dorsaux.

Je me rappelais assez les figures données par MM. Weslwood, Chapuis et Candèzc et la description ancienne de Desmarest pour la reconnaître. '\Ies pressentiments ne m'avait pas trompe, c'était une larve de Cicindela.

Il faut être entomologiste, mon cher collègue, pour comprendre le bonheur que nous avons ressenti M. Amblard et moi et que vous partagerez. Je n'avais encore vu que des figures des larves de Cicindela, et je n'en possédais que deux individus dans l'alcool, que je dois à l'obligeance de M. Aube.

De nouveaux trous et galeries furent reconnus et résolument attaqués. M. Amblard. qui est un botaniste et un entomologiste passionné, se livra à de tels travaux de déblai qu'il eut assez rapidement trouvé huit larves. Nous prîmes le soin de les isoler dans du sable afin de les empêcher de s'entre dévorer.

J'examinais de mon côté la direction des galeries que j'explorais. Elles étaient rarement perpendiculaires, mais plutôt légèrement obliques ou un peu curvilignes, le fond était un peu plus large que l'ouverture supérieure ou que leur milieu. Nous avons trouvé dans ce fond des débris d'insectes coléoptères et particulièrement des élytres de Coccinella 1-punctata.

J'ai eu le soin de n'intéresser qu'une partie de la circonférence de quelques galeries en enlevant seulement le quart de leur portion antérieure, en laissant les trois quarts du tube intacts. Je suis parvenu ainsi à voir la larve monter et descendre avec rapidité par des mouvements alternatifs et anguleux imprimés à son corps qu'elle plie en forme de Z et en s'accrocliant avec les mamelons dorsaux placés aux deux tiers postérieurs du corps, mamelons pourvus de crochets.

Nous n'avons pu trouver aucune larve bouchant la partie supérieure de son trou avec sa tête arrondie, déprimée sur la face supérieure. Le jour baissait et les insectes se tenaient tapis dans leur retraite.

Exposées à l'air, les larves ont cherché à s'enfuir en marchant lentement à plat et en ligne droite, mais quand nous les inquiétions elles courbaient leur corps et ouvraient leurs longues mandibules. Si on continuait à les exciter, elles se repliaient sur ellesmêmes et exécutaient de véritables sauts qu'elles répétaient plusieurs fois. Placées dans une boîte avec du sable, elles se glissent le long des parois en plaçant leur corps en ziz-zag et elles avancent ou reculent très vite comme si elles se trouvaient dans leurs galeries.

J'ai déjà constaté leur instinct carnassier. Deux larves se sont trouvées rapprochées et aussitôt l'une d'elles a été mordue par l'auti'c, elle est devenue moins vive, et ce matin je l'ai trouvée inerte. Je crains de ne pouvoir longtemps conserver ces larves vivantes, aussi je vous les envoie afin que vous les puissiez voir et que vous ajoutiez à ces renseignements tracés à la hâte tout ce que "otrc talent d'observation et votre zèle entomologique ne manqueront pas de vous faire découvrir.

Tout à vous, mon cher Collègue,

D' LVBOULBÈNE.

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