‹ Archives historiques et ecclésiastiques de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 12 sur 43 · IIS · texte numérisé non relu

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les lieux publics au milieu de la bourgeoisie. Il fallut une ordonnance des échevins pour mettre un terme à cet abus * . Les filles de joie^ depuis lors, furent tenues de porter une marque qui les fit reconnaître. On leur enjoignit de plus, sous peine de bannissement , d^aller habiter les rues des Blanches Mains ^ des Poulies y du Pont aux Fillettes et dans le voisinage de VEscorcherie.

Les décisions de Téchevinage étaient alors sans appel ; et les coutumes de la cité avaient attaché aux fonctions municipales une telle importance que, dans le cours du XIII® siècle, Robert Letruye, écuyer, s'étant permis de frapper le maïeur, on condamna le coupable à avoir la main coupée. La sentence eut son exécution. Il faut lire les comptes de Thôtel-de-ville et les rostres aux délibérations si Ton veut se faire une idée com-

' OAOOKKAHCK Dh L ' K C H E V I H ▲ G K AILATITE AVX

r ILLBS DE JOIE .

« On TOUS fait assavoir de par le roy, nostre sire, et menieiirs luayenr et etcbeu vins que parceque de piéca il y a eu et sont encore à présent en divers lieux plu- » sieurs filles de vie dissolule qui sont demourans parmi les gens de bien et de » mesnage lesquelles portent chascun jour les mantes et mantelles, cbay aturesdorées » et d*argent , bomies robes fourrées et autres vestemens , au moyen desquels plu- » sieurs personnes ne peuvent scavoir ne cognoistre que ce soient filles de telles vies » qu'elles sont. Doresnavant icelles filles seront lesnues à avoir et porter pour en- » sangne, quant elles iront avant ladite ville, une aiguillette rouge de quartier et » demi de long sur le brach dextre , au-dessus du quente et hors brach , ainsy M qu'elles fonten plusieurs villes de œst royiulme sans ce qu'elles paissent avoir ne » porter niantelles ou failles pour couvrir ladite ensangne , ne aus^ porter chaynu tures d'or ne d'argent, sur peine de perdre lesdits mantelles, failles et chayntures, u et pugnicion publique à l'ordre de justiche et bannissement de la ville d'Amiens. » Le neuf jour de décembre Tan 14S4. »

i^rchiret de la nUe, Reyisire aux déHbéraliont.)

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plète de cet ancien écheyinage% si jaloux de ses prérogatives, si soigneux d^accomplir tous ses devoirs , prenant toujours Téquitë pour guide et tempérant quelquefois la rigueur des lois par une bonté paternelle. Fiers des suffrages populaires qui leur conféraient Tautorité ; donnant leurs ordres aux compagnies privilégiées et a la garde boui^eoise , véritable armée des cités pendant le moyen-Âge; exerçant une salutaire influence

*■ BXTAAITS DIS COMPTKi» DK l' H ÔT K L- D K - V I L L E.

Le reoevear do domaine de la ville et cité d'Amieiis a payé, savoir:

« À Robert Delattre, marchand, la lomme de quarante escos pour deax barriques M de vin, 1*00 Manc , l'aotre clerette, offertes à Moaseignear le doc d'Aomalle.

9 À Bialliiea de Morales , patider, la somme de soixante et oog escos treiie sols » poor le poisson offert ao doc d'Auroalle , à son entrée.

» Ào mène , soixanle-sept escos vingt et ongsols poor la volatîlle par loy fooniie » et dont fàt faict présent ao doc de Mayenne.

» A Fremin Bernard « la somme de cent livres poor one cooppe d*or offerte à » Monseigneor de Ballangny , lieotenant-général de cette province, lors do baptême » desoafib.

» A Matisiart, marchand, qolnze escos vîngt-deox sols poor deox aolnes et demy » de satin de soye noir et antres marchandises par loy livrées, dont a été raccoostré » le dau présenté à Monseigneor le doc d'Aomalle.

» Aox rétoriciens et poêles françab de cette ville, qoatre escos poor plosieors « qoadrains et sonnets à la bonne venoe et entrée do doc do Maine , lieotenant- » général en rétat et cooronne de France.

» A M. Théodore de Béthone , salgneor des pestiférés, la somme de soixante » livres treixe sols qoatre deniers poor ses gaiges de Tan de ce compte , les ooae » mois de temps non pestiférés à raison de soixante-«ix livres deox tiers par an, et » on mob de temps pestiféré à raison de cent trente-trois livres dix sols par an. »

{Archivés de la wiUe tT Amiens,)

sur les corporations de métiers ' ; disposant enfin des finances de la ville, le maïeur et les ëchevins pouvaient, à juste titre, s'enorgueillir de leur mission; il fallait être mauvais citoyen pour se soustraire, alors, aux fonctions municipales ; et ceux qui , les premiers , réglèrent l'institution de Téchevinage d'Amiens l'avaient bien compris ainsi lorsqu'ils voulurent que le maïeur ou l'échevin eût sa maison abbatue sans nulle pitié, s'il refusait de remplir sa charge.

Nous terminerons nos aperçus par Ténumération des salaires que percevait l'exécuteur des hautes -œuvres de l'échevinage. Ceci pourra , mieux que nos paroles , dire combien fut entière l'omnipotence des magistrats d'Amiens dans les siècles reculés. On retrouve dans le document qui va suivre tout ce cpie la législation criminelle eut de plus abominable au moyen-Âge; et lorsqu'on l'aura lu, il faudra bien s'applaudir avec nous de ce que de telles peines aient été bannies de notre code, pour l'honneur de l'humanité.

« Le sergent et exécuteur de la haute-justice d'Amiens » a de présent de gages soixante escus par an , les

^ ORDRE DES CIERGES DES CORPORATIOlfS DE METIERS A LA PROCESSION DU S A I If T - S A C R B M EH T.

« Le cierge Je» Laboureurs premier portant. — Bonlengers aprez. — Brasseurs. •• — Tavemiers. — Bouchers. — Poissonniers de mer. — Poissonniers d'eau douce. » — Maronniers. — Broutiers. — Guelderons. — Tanneurs.— Cordonniers. — Sueurs « de Viez. — Tassetiers et Boursiers. — Gantiers. — Pelletiers. — Tisserans de » draps. — Parenrs et Tondeurs. — Pourpoinliers. — Parmenliers. — Chaussetiers. — * Bonnetiers. — Chapeliers. — Merciers.— Paticiers. — Sayeleurs. — Tisserans de ». toile. — Couvreurs. — Mareschaux. — Barbiers. — Orfèvres. — Huchers. — •» Charpentiers. — Massons. — Archers. — Arbalestriers. «

» vingt-cinq escus sur le roy, et les trente -cinq escus

)) sur la ville. Et outre a de la ville cinq aulnes

)) d'Amiens de drap pour luy faire une robbe, et si

» est logé dans une maison appartenant à la ville.

» Plus , on lui donne sur la Maladerie ^ par aumosne au

» Noël 9 un septier de bled et un autre septier à Pasques. » Luy est ordonné , pour ses sallaires de fustiger une

» personne sous la courtine... quinze sols. — - Pour le

» battre et fustiger par les carfours... vingt sols. —

» Pour mettre la corde au col à une personne fus-

» tigée^ comprins la corde... cinq sols. — Pour flestrir,

» comprins le feu... vingt sols. — Pour pendre et

)) estrangler... soixante sols. Et pareil sallaire pour des-

» pendre le corps et le rependre aux champs à la

» Justice ordinaire , y comprins les cordes. — - Pour

» coupper un poing... quarante sols. — Pour tran-

» cher et coupper la langue... cpiarante sols. — Pour

)> trancher et coupper la teste... un escu vingt sols.

)) Et pareil sallaire pour mettre la teste en lieu émi-

» nent, porter et pendre les corps hors la ville. —

» Pour rompre sur la roue... un escu cpiarante sols.

» S'il met par après le patient en quatre quartiers et

» porte les quartiers en divers lieux hors la ville , il a

» pareil sallaire. — Pour boiiillir une personne en eau

» chaude, vif ou estranglé... un escu vingt sols. Et

» si le corps est par après consommé en cendre , n'en

» a plus grand sallaire. — Pour chacune personne

» bruslée et consommée en cendre, vif ou estranglé...

» un escu vingt sols. — Moyennant lesquelles sommes

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f-oniGiNt; d'Amu se perd dans la nuit des Stemps. Si l'on en croît Ptolomée et Diodore rjde Sicile, la ïbndation de cette Tille reflmontcrait à l'Hercule Gaulois. Il ne nous ap- Bpartient point de discuter ici la Talear de cette assertion; et fidèle à notre méthode qui ne donnera place dans ce livre qu'aux faits essentiels et incontestables , nous laisserons à l'écart l'orif^ne fabuleuse

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dWrras pour ne commencer cette notice qu*à Tépoque où les légions romaines se rendirent maîtresses des Gaules.

Jules César entra en vainqueur dans Arras cinquantecinq ans avant Tère chrétienne. Cette cité avait alors de rimportance et devint la résidoice de Comius^ institué par les Romains roi des Atrebates. Arras fut plus tard un municipe. On rappelait d*abord Nemetocenna^ Nemetacum ; on lui donna , au troisième siècle 9 le nom A' Atrebatum. Son industrie était renommée dans les Gaules et Rome venait chercher a Arras les étoffes destinées aux robes des sénateurs ^ aux riches vêtements dont se paraient les femmes tie la cour impériale. La garance que les Atrebates cultivaient et la vertu particulière des eaux du Crinchon assurèrent long -temps aux produits des fabriques d' Arras une supériorité marcpiée et leur donnèrent de la célébrité.

Les écrivains des premiers siècles du christianisme désignent les étoffes d* Arras par les noms d' Atrebatica Saga^ Atrehatium Birri^ Bisstis La/massinus . Dans sa lettre à Agéruchie, St- Jérôme reproche à Joviniei^^ hérésiarque voluptueux, de se vêtir d*habits de lin et de soie des manufactures d' Arras. « L'an 283, dit » un vieux manuscrit, cette ville étoit extrêmement » marchande de certaines étoffes nommées en latin » Bis8U8 Lamassimts^ selon ce cpi'écrit Flavic Vospis, » historien, quand il se plaint de Carin, empereur, » qu'il y a voient aucuns qui donnoient et dissipoient

» leurs patrimoines en des comédies et des vètemens » quHls avoient des habitaus d^Arras '. »

La foi chrétienne éclaira les Atrebates de ses premières lueurs 9 vers Tan 270. Au lY* siècle, les prédications de St'Diogène faisaient fleurir le christianisme à Arras. Mais bientôt les peuples barbares survinrent; les Vandales, les Huns portèrent alors le fer et Fincendie dans Arras et n'y laissèrent que des ruines; et lorsque St-Yaast vint prêcher TÉvangile chez les malheureux Atrebates, Tapôtre ne vit que quelques habitations -chétives , échappées à la fureur des Barbares, là où s'élevait jadis une opulente cité! Il fallut de longs efibrts pour découvrir quelques vestiges de l'église oii l'évèque Diogène avait célébré le saint -sacrifice; ils échappaient à tous les yeux, cachés par une épaisse forêt de ronces et d'épines cpie les bètes sauvages habitaient , ItLstra et latihula ferarv/m ^ disent les vieilles chroniques.

La fondation de l'abbaye de Saint-Vaast fut pour la ville d'Arras une ère nouvelle de prospérités. Nous avons retracé dans le premier volume de cet ouvrage la puissance et les richesses de cette abbaye. Tune des plus célèbres de la chrétienté. Un grand nombre d'habitations s'élevèrent dans les dépendances du monastère ; les étoffes d'Arras recouvrèrent leur réputation ; et en 863, cette ville devint la capitale du comté de

* ( Ifanmcriu de la Bibliothèque de l'Anenal. )

Flandre. Depuis lors^ maigre les inTasions des Normands et les fréquentes guerres qui désolaient la contrée^ Arras aoquit une Téritable importance; de nombreux édifices Fembellirent ; son commerce (îit florissant. On en trouve le témoignage dans ces deux vers de Guillaume-le-Breton y écrirain du XIII.* siècle :

j4trêhatmmfm§ potêm , «rftj antiqmùHma , fiena DivUiiê , imki&nê Imtriê , «# fœmêrê faudênê.

La domination des comtes de Flandre et d'Artois, des maisons de Bourgogne et d'Espagne fut paternelle et éclairée dans la province ; et la prospérité d' Arras dut beaucoup à Philippe -le -Bon, duc de Bourgogne, et à l'empereur Charles - Quint ; les privilèges municipaux, l'administration de la justice, Téducation de la jeunesse , la culture des lettres , les édifices publics , les monnaies , étaient l'objet de leur sollicitude ; et l'historien impartial doit savoir consacrer le souvenir de si grands bienfaits, bien qu'il ait appris dans nos annales qu' Arras, ville toute française aujourd'hui , arborait alors sur ses remparts un autre drapeau que celui des armées de Louis XI , d'Henri lY et de Louis XIV.

La première charte communale d' Arras fut concédée par Philippe- Auguste en 1194. Meds divers documents constatent qu'un siècle avant cette concession, les habitants étaient déjà en possession d'un échevinage. Le nom de Jiwqiieê, maieur d' Arras, se trouve en effet mentionné parmi les arbitres qui jugèrent , en 1101,

un différend survenu entre les chanoines de la cathédrale et Tabbaye de Saint-Vaast. Il est question des écherins dans une charte de 1100 par laquelle Philippe d* Alsace accorde anx bourgeois d'Arras divers droits de pèche et d'herbage. Tout indique donc que Philippe- Auguste ne fit que confirmer en 1104 une institution depuis long-temps en vigueur. La charte qu'il promulgua eut d'ailleurs pour effet de donner une éclatante consécration aux privilèges municipaux de la cité et régla dans tous ses détails Texercice du pouvoir de Téchevinage.

Ce document comprend quarante-six articles. La plupart sont relatifs à la punition des crimes et délits; d^autres s*applîquent au droit d*octroi ou de barrière, aux actes de vente et aux fortifications d*Arras. L'article 46 détermine le mode de renouvellement de réchevinage; en voici les dispositions : ce Outre cela » nous accordons aux bourgeois d'Arras le pouvoir de » renouveler leurs échevins de 14 mois en 14 mois, » de manière qu'après chaque expiration de ce délai » les échevins cpii sortiront d'exercice éliront quatre » citoyens de probité et de bonne réputation, après » avoir d'abord prêté serment de procéder loyalement p a cette élection. Ces quatre élus en choisiront, sous » leur serment , vingt autres également honnêtes et » irréprochables. De ces vingt*quatre élus , douze en- » treront à l'échevinage, et les douze autres adminia* » treront toutes les affaires de la ville sous l'inspection » et la surveillance des échevins par qui ils feront

» examiner leur gestion. Dans ce même nombre, après » Texpiration de 14 mois, on procédera comme dessus » à rélection de douze ëchevins et de douze notables » ou prudhommes, sans préjudice au droit du maïeur )) d'Arras tel qu'il doit exister et tous autres. »

Ce mode d^élection fut souvent modifié depuis lors, car le régime communal d'Arras éprouva des vicissitudes multipliées dont Thistorien ne peut même pas toujours se rendre un compte bien fidèle. Laissons, sur ce sujet 9 parler M. le baron de Hauteclocque '. c< Il se- » rait, dit-il, difficile de reproduire avec une rigou-

* Ceci esteitrait d*an excellent travail que M. le baron de Haateclooqne, ancien maire d'Àrras, se propose de publier sur l'histoire de Tanden échevinage de cette Tille. Plusieurs parties de ce traTail , qui nous a été confié , seniront à donner, dans le cours de cette notice , d'utiles aperçus sur Tancienne administration municipale d'Àrras. Nous avons aussi puisé dans les documents rassemblés par les soins de M. de Hauteclocque le catalogue suivant , fruit des plus laborieuses recherches et résultat d'un dépouillement complet des registres au renoinreliement de la loi , conservés dans les archives de l'hôtel-de-ville.

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