LE CAMP DU DRAP D'OR
Les croisades et les querelles particulières des grands vassaux donnèrent à la noblesse un goût dominant pour les combats. Aussi vit-on , dans les courtes années de calme où la guerre n'entretint pas son ardeur, se multiplier les joutes et les tournois. Le maniement des armes , les cris des combattants , les chevaux dans la lice et les dangers qu'y couraient les chevaliers , retraçaient à la noblesse de France ces scènes guerrières qui seules pouvaient alors la charmer. L'intérieur des châteaux, d'ordinaire si paisible, s'animait à la nouvelle d'un prochain tournoi ; car de nombreux hérauts , portant les écus blasonnés des principaux tenants d'armes, ne manquaient pas de l'aller publier à son de trompe jusque dans les manoirs les plus reculés. On voyait arriver , la veille , les princes et les gens de leur suite ;
des chevaliers venus de tous pays ; de nombreux écuyers portant leurs riches armures ou conduisant les chevaux. Chacun admirait les gracieux ajustements des dames qui , cheminant sur leurs haquenées , se rendaient au tournoi , accompagnées de leurs parents et d'un écuyer. Quelquefois même leur aïeul, conduit dans une litière et vêtu d'une longue robe d'hermine, venait lui aussi assister à cette fête qui devait lui retracer les scènes de sa jeunesse et l'image des combats auxquels jadis il avait pris part. On voyait se presser dans la foule les archers et les hallebardiers ; de nombreux pèlerins, avec leurs escarcelles et leurs bourdons; les pages , les varlets , et jusqu'aux jeunes villageoises , ravies d'un spectacle si nouveau pour elles, et s'émerveillant surtout de la bonne mine des chevaliers. « On » trouvoit là — dit Olivier de la Marche — maistres » d'hostels, serviteurs et pourveances de vivres et vins, )) et manière de faire si honorable , que toutes gens » de bien y estoyent recueillis et servis si grandement » que mieux on ne le sa voit faire. »
La lice était spacieuse. Des bannières et des gonfanons parsemaient les riches tentures de l'amphithéâtre. Le satin, le velours et les étoffes de brocard, les pierreries et les perles précieuses rehaussaient la beauté des dames qui en occupaient les abords. Beaucoup d'entre elles ne pensaient pas sans émotion aux résultats de la lutte qui se préparait; plus d'une écharpe, aux riches couleurs, allaient bientôt paraître dans la lice et troubler les regards des châtelaines qui, dans
les longues veillées d'hiver, se plurent à y broder une tendre devise ou un chiffre mystérieux ! La veille , chacune d'elles avait pu examiner les armoiries des chevaliers; car l'usage voulait que les dames connussent d'avance la noblesse et le nom des combattants; et leur bouche ne révéla jamais impunément aux juges du camp une seule atteinte aux lois de l'honneur ; ceux-ci prononçaient incontinent l'exclusion du chevalier déloyal dont l'une d'elles avait eu à se plaindre. Sa présence eût suffi pour déshonorer le tournoi.
Celui qui paraissait dans la lice y déployait la plus grande magnificence. « Quelquefois — dit Olivier de la » 3Iarche — le destrier qu'il montoit étoit couvert d'un » drap de soye bleiie , brodé et floreté de fleurs , moult » gentement. Six coursiers le suivoient, harnachés de » satin cramoisy, couverts d'orfaverie d'or, moult riche- )) ment ; les pages vctus des couleurs de leur maître. )) Des panaches de gerbes d'or, de roses, d'aigrettes et de couronnes de lis ornaient les cimiers des chevaliers '.
Les combattants laissaient quelquefois la vie dans ces scènes guerrières. Du Cange nous apprend que Florent , comte de Hainaut , et le fils de Philippe-Auguste , Philippe , comte de Boulogne , périrent dans un tournoi qui eut lieu à Corbie en 1223. Nous lisons dans Moréri et dans du Tillet que Philippe-x\uguste avait pris cependant, dans l'année 1209, le serment de Philippe de Boulogne qu'il n'irait jamais dans les tournois. Mais
• ( Théâtre d'honneur de Vumon de la Colombière.)
l'ardeur des combats était plus forte alors que les conseils de la prudence ; et la lance ou répéc n'aurait pu rester oisive dans la main des chevaliers. « Ils fai- » soient des emprises ou gardoient des pas sur des n ponts ou autres chemins et endroits fréquentés, et là » appendoient leurs escus armoyés de leurs armes à des )) arbres ou à des pals et colomnes dressés pour ce )) sujet , et obligeoient tous les chevaliers qui désiroient » passer par là à jouster contr'eux '. »
Les joutes de Saint-Inglevert , dans le Haut-Boulonnais, ont fourni à Froissart de pittoresques récits. Un chevalier anglais , le sire de Courtenay , avait tenu des propos offensants pour la noblesse de France ; le sei gneur de Clary, gentilhomme français, lui en ayant demandé raison, on régla que le différend serait vidé dans la plaine de Saint-Inglevert. Jean de Longvilliers , gouverneur de Boulogne , et le sire de Montcavrel furent les seconds du seigneur de Clary ; le capitaine de Calais et plusieurs gentilshommes anglais étaient les tenants de Pierre de Courtenay. Un grand nombre de chevaliers et d'écuyers se rendirent aussi à Saint-Inglevert.
Les deux champions — dit Froissart — « étoient armés )i bien et fort, ainsi que pour attendre l'aventure; et » étoient bien montés; et puis, leur furent baillés les y> glaives à pointes acérées , de fer de Bordeaux , tran- » chans et affilés. » Ils coururent à cheval l'un sur l'au-
' ( VULSON I)t LA CoLOMBlÈaE. )
trc et « à la seconde joute , le sire de Clary férît et >) atteignit le chevalier d'Vngleterre de plein coup de » son glaive , qui étoit bon et roide et bien éprouve , » et lui perça tout outre la targe ' parmi l'cpaulc , tant « que le fer passa outre , bien une poignée , et l'abbatit » jus du cheval de ce coup. »
La passe d'armes de 1389 eut plus de retentissement. Le célèbre Boucicaut , Regnault de Roye et le sire de Sempy en furent les principaux tenants. Boucicaut avait fait publier au préalable, en Angleterre, en Espagne , en Flandre et en Allemagne , u quaccompai- )•> gné de deux chevaliers , l'un messirc Renault de » Roye , Vautre le seigneur de Sampy , il tiendroit la )•) place par l'espace de trente jours sans partir, entre ->■> Calais et Roulongne , au lieu que l'on dict Sainct- » Enghelbert. Là seraient les trois chevaliers attendons n tous venans , prests et appareillés de livrer la j ouste » à tous les chevaliers et escuyers qui les en requer- » r oient , sans faillir jour^ excepté les vendredis -. »
Ceci se passa — dit Froissart — a à l'entrée du joli » mois de mai. La place où jouter on devoit étoit belle » et ample et unie, verte et herbée... Entre Calais et » Saint-Inghelberth se trouvoient trois vermaulx pavil- » Ions moult beaux et riches, et à l'entrée de chacun » et par devant avoit deux targes qui là pendoient » armoyées des armes aux seigneurs; une targe de paix
' Bouclier de grande dimension, échancré sur le devant et de forme circulaire. - ( Livre des Faits de Jeak Bouciquaut. )
» et l'autre targc de guerre. Et étoit ordonné que cil » qui courir et faire armes voudroit à l'un d'eux , de- » voit toucher ou envoyer faire toucher l'une des tar- » ges , ou toutes s'il lui plaisoit ; et il seroit recueilli » et délivré de joute selon qu'il demanderoit. » Le livre des faits de Jean Bouciquaut nous apprend que les armoiries et la devise de chaque tenant étaient placées auprès de son écu , fixé aux branches d'un orme. Le chevalier qui se présentait pour combattre devait sonner du cor, suspendu à dessein à l'une de ces branches.
Les chevaliers , les écuyers , les pages et les hérauts d'armes remplissaient la plaine de Saint-Inglevert. Le roi Charles VI lui-même assista à ces joutes sous un déguisement. On remarquait parmi les chevaliers anglais Jean de Hollande, frère du roi Richard. Il toucha, le premier, l'écu de guerre de Boucicaut et déploya dans la lice la plus grande valeur. Pendant quatre jours , Boucicaut , Regnault de Roye et le sire de Sempy tinrent tête à des chevaliers anglais, allemands ou espagnols, et s'acquirent beaucoup de renommée par leur vaillance et leur habileté dans le maniement du cheval, de la lance et du glaive. Les gentilshommes anglais prirent enfin congé d'eux et leur dirent : a Tous » chevaliers et écuyers de notre compagnie qui jouter » vouloient ont fait armes. Si prenons congé à vous, » car nous retournons à Calais et de là en Angleterre. )) Nous savons assez que qui voudra jouter à vous et » faire armes, il vous trouvera ici les trente jours du-
>i raiis, selon la teneur de votre cri. Nous, revenus en » Angleterre , nous vous certifions que à tous chevaliers » et ëcuyers que nous verrons et qui à nous de ces ar- » mes parlerons , nous leur dirons et prierons qu'ils » vous viennent voir.... — Grands mercis, répondi- )) rent les trois chevaliers , et ils seront recueillis de » bonne volonté et délivrés au droit d'armes , ainsi n comme vous avez été. Avec tout ce, nous vous re- M mercions grandement de la courtoisie que vous nous » avez faite. — Néanmoins, les trois chevaliers desn sus nommés se tinrent sur leur place les trente jours •>•> tous accomplis et outre ; et puis s'en retournèrent tout » par loisir chacun en son lieu, quand ils furent ve- >) nus voir le roi de France , le duc de Tourainc et )) les seigneurs à Paris qui leur firent bonne chère. Ce » fut raison ; car vaillamment ils s'étoient portés , et » avoient gardé l'honneur du royaume de France '. «
La domination des ducs de Bourgogne fut marquée dans l'Artois par la pompe des fêtes publiques. Ces princes aimaient le faste, les joutes et les tournois. Plusieurs pas d'armes se tinrent sur la Grande-Place d'Arras en présence de Philippe-le-Bon. Pothon de Xaintrailles et Lyonnel de Vendôme y coururent six lances le 22 avril 1423; ils combattirent ensuite à pied avec leurs haches. Le lendemain, Rifflard de Champrémi et le bâtard de Rebecque a rompirent — dit Monstrelet — » aucunes lances l'un sur l'autre ; mais , en conclusion ,
' ( Chroniques de Froissart. )
» ledit Rifflard fut enferré tout parmy son liarnois » qu'on vit vers le costé , et néantmoins ne fut point » percé au vif. » — Le 20 juin 1431 , Malllotin de Bours et Hector de Flavy tinrent un autre champ d'armes à Arras en présence du duc Philippe-le-Bon.
Le tournoi d' Arras de 1435 est cité par beaucoup d'historiens. Il emprunta sa célébrité aux importantes conférences qui eurent lieu alors dans cette ville, dans le but d'amener la réconciliation de Charles VU et du duc de Bourgogne. Nous emprunterons aux récits de M. de Barante les principales circonstances de cette réunion et du tournoi dont elle fut l'occasion, ce Ja- » mais on n'avait rien vu de si grand que l'assemblée » qui se formait à Arras. Les cardinaux y étaient ven nus les premiers... Successivement arrivèrent les am- » bassadeurs de l'empereur Sigismond, des rois de Cas- » tille, d'Aragon, de Portugal, de Navarre, de Naples , » de Sicile , de Chypre , de Pologne , de Danemarck , » des ducs de Bretagne et de Milan. L'Université de )) Paris avait envoyé ses députés ; beaucoup de bonnes )> villes de France , de Flandre , de Ilainaut et même » de Hollande y avaient aussi les leurs. Une foule d'é- » véques y étaient en personne; parmi eux brillait l'é- » véque de Liège , qui fit son entrée avec une livrée )) magnifique, montée sur deux cents chevaux blancs.
» L'ambassade d'Angleterre était composée d'environ » deux cents seigneurs ou chevaliers. Le duc de Bour- )) gogne fit son entrée le 30 juillet, arrivant de Lens » en Artois... Les principaux gentilshommes de ses états
)) raccompagnaient , ainsi (|ik' les princes et seigneurs )> ses vassaux et ses parents, les ducs de Gucldres et de » Bar, le damoiseau de Clèves , les comtes de Nevers , » d'Etampes, de Vaudcmont, de Ligny, de Saint-Pol )) et de Salins. 11 était escorté de trois cents archers » vêtus à sa livrée ; tout le peuple criait Noël et mon- » trait une joie merveilleuse.
» Ce fut encore nouvelle pompe pour l'entrée de la » duchesse de Bourgogne. Elle arriva dans une litière , » parée magnifiquement; six de ses dames l'entouraient, ^) montées sur leurs haquenées; puis venaient trois cha- » riots de parade , oîi étaient la comtesse de Namur )) et les autres dames de la duchesse , vêtues toutes » de même avec des robes et des chaperons couverts )) de broderies d'or et de pierreries.
» Une si grande et belle assemblée , oii l'on comptait )) environ cinq cents chevaliers et neuf ou dix mille » personnes en tout , était certes l'occasion de quelque » noble joute. En effet, il y en eut une presque au » commencement des conférences. Un chevalier espa- )) gnol, nommé Jean de Merlo, défia Pierre de Beau- )) fremont , sire de Charni , un des plus vaillants chen valiers et des plus grands seigneurs de Bourgogne , n qui portait l'ordre de la Toison- d'Or. Il n'avait à » venger aucune querelle ni diffamation ; c'était seulen ment pour acquérir de l'honneur qu'il voulait rom- » pre trois lances en champ clos. Le sire de Charni )) accepta, en ajoutant seulement qu'après la lance, on n combattrait à pied avec l'épée et la dague, jusqu'à
» ce qu'un des adversaires perdît son arme , mît la » main en terre , ou la laissât retomber sur ses ge- » noux. La joute fut brillante ; le sire de Charni avait » pour ëcuyers portant ses armes le comte d'Etampes, » le comte de Saint-Pol, le comte de Suffolk, le comte » de Ligny et le sire d'Arguel , fils du prince d'O- » range. Il portait à sa main une petite bannière de dé- » votion représentant la Sainte- Vierge et Saint-George. » DEspagnol avait aussi de bien nobles ëcuyers que » lui avait donnés le duc : le sire de Saveuse et le » sire Jacques de Lor. La hucque qu'il portait sur ses >) armes était de velours rouge , avec la croix blanche )) de France. Les Anglais et les Bourguignons s'en of- » fensèrent ; mais lui , s'en apercevant , leur répliqua » que son maître , le roi de Castille , était allié du roi )) Charles. Le premier jour , les lances furent rompues « sans qu'aucun des tenans fût blessé. Le second jour, ^> le combat se fit à pied , à la lance , à la hache , 1) à l'épée et à la dague. L'espagnol marchait fière- » ment, sans même baisser sa visière. Le sire de Charni » lui jeta sa lance sans l'atteindre. Le seigneur Merlo , » au contraire, le toucha au bras si fort qu'il perça le » bracelet ; mais la blessure était légère. Les deux cham- » pions s'approchèrent pour combattre corps-à-corps. Le » duc fit alors cesser la joute , au grand déplaisir des » deux chevaliers. L'espagnol s'en plaignit au duc , di- » sant qu'il ne serait pas venu de si loin par terre » et par mer , à si grands frais , pour un si petit com- » bat. Le duc lui donna de grandes louanges, et tous
» les chevaliers l'honorèrent beaucoup , surtout à cause •>i de cette hardiesse d'avoir combattu sans visière ' ». La ville de Saint-Omer eut aussi ses passes d'armes et ses tournois. Gotry Guichard , chambellan du roi de Castille , et le bâtard de Saint-Pol , seigneur de Hautbourdin, joutèrent dans cette ville en 1439 à pied et à cheval , en présence de la cour de Bourgogne et pour donner plus de solennité aux fiançailles du comte de Charolais et de Catherine de France*. D'autres joutes eurent lieu à Saint-Omer en 1440; on y remarqua Charles d'Orléans et mademoiselle de Clèves, sa fiancée ; le duc et la duchesse de Bourgogne ; le célèbre Dunois; et l'archevêque de Reims, grand-chancelier de France. Ces joutes avaient lieu sur la place du marché ; mais le soir « après soupper, autres joustes etoient )) faictes en la grand salle de Sainct Bertin tout hault, » sur petits chevaux de six heaulmes seullement. Il y » avoit là moult grand foison de lances rompues , et » les faisoit moult bel veoir ^. » Le comte de Charolais , un neveu du duc de Clèves et le bâtard de Bour-
' ( Histoire des ducs de Bounjogne. )
- « Le duc de Bourgogne estoit et tenoit alors son estât en la ville de Saint- » Orner, lequel grandement accompaigné de chevaliers et escnyers issil hors d'i- » celle ville et vint aux champs ; et luy venu audevant de Katherine de France la » conjoiiit et festoya moult reveramment et luy feit moult grand honneur et joyeuse » réception et les mesna dedans ladicte ville de Saint-Omer où le mariage fut par- » confermé. Si y furent faictes grandes et mélodieuses festes et esbalteniens par 1) plusieurs journées tant en joustes comme autrement. . . » ( Monstrklet. )
" ( Chroniques de MoNSTRELET. )
gogne se signalèrent dans les joutes qui se firent aussi à Saint-Omcr en 1461, à l'occasion de la fête de la Toison-d'Or.
Le pas d'armes de la Croix Pèlerine a beaucoup occupé les historiens. Ilendricq, Mathieu de Coussy, Olivier de la Marche et, de nos jours, M. de Barante, nous ont fourni sur ce pas d'armes des récits détailles. Les uns affirment qu'il eut lieu en 1447 ; d'autres reculent sa date jusqu'en 1449. L'origine précise de la Croix Pèlerine est d'ailleurs inexpliquée. Mathieu de Coussy affirme , dans sa curieuse chronique , qu'une femme d'une rare beauté fut arrêtée par des pirates , pendant qu'elle allait faire un pèlerinage, et qu'elle dut sa délivrance au bâtard de Saint-Pol , seigneur de Hautbourdin , dont on publiait alors une emprise d'armes ; il devait garder le pas du Beau-Jardin, situé entre Calais et Saint-Omer. La belle pèlerine , que la reconnaissance inspirait, présida aux joutes brillantes qui eurent lieu au Beau-Jardin. Par les soins du duc de Bourgogne on les avait annoncées en tous pays; le roi d'armes d'Artois s'était rendu en France ; Toison-d'Or en Angleterre ; le héraut Namur venait de parcourir l'Allemagne; et Château-Belin l'Espagne et le Portugal. Le sire de Haulbourdin parut dans la lice sous l'armure et avec l'écu de Lancelot du Lac ; les écuyers qui l'accompagnaient portaient la robe blanche des pèlerins et de hauts bourdons pour armoiries. La Colombière ajoute que son cheval était couvert de broderies, de perles et de diamants; une chaîne d'or lui tenait lieu
(le rùncs. C'est dans cet éciuipage que le sire de Ilauthoiirdin lit armes avec le bâtard de Foix dont la valeur était renommée; et depuis, l'emprise du Hcau- Jardin garda le nom de Croix Pèlerine. « V l'extrémité de » Saint-Martin-au-Laert — dit M. llarbaville, dans son » Mémorial Historique — on voit une colonne en grès , n haute de dix pieds , reposant sur une base circulaire » avec plinthe carrée et surmontée d'un chapiteau oc- » togone orné de ciselures. Ce petit monument est la » Croiœ Pèlerine, érigée en mémoire d'un fameux tourn noi qui eut lieu en cet endroit en présence de Phi- ^> lippe, duc de Bourgogne, l'an 1447. »
Les joutes du camp du Drap-d'Or sont les dernières dont les annales de la contrée nous aient conservé le souvenir. En l'année 1520, François 1^*^ et Henri VIII d'Angleterre eurent une entrevue entre Guîncs et iVrdres ; pour célébrer la réunion de ces deux princes , on donna de si somptueuses fêtes, les seigneurs d'Angleterre et de France déployèrent une telle magnificence que « plusieurs, au dire de du Bellay, portèrent ) là sur leurs espaules leurs forests, leurs prez et leurs ) moulins : et les plus riches estoffes y furent si com- ) munes que , depuis , on nomma cette assemblée le ) camp dit Drap-d'Or... On avait tendu près de la ) ville d'Ardres — ajoute Mézeray — un pavillon de ) soixante pieds en quarré , le dessus couvert de drap I d'or frizé , le dedans doublé de veloux bleu , semé ) de fleurs de lys en broderie d'or de Chypre , ac- > compagne aux cjuatrc coings de quatre autres plus
11 petits pavillons de pareille estolle, tous attachez par » des cordons d'or et de soye... Il se vit là de beaux » faits d'armes et de belles parties , en toutes sortes )) d'exercices. Les roys mesme coururent dix ou douze » jours l'un contre l'autre , avec un ravissement uni- » versel des spectateurs dont les yeux , après avoir )) long-temps douté quelle chose ils dévoient admirer » davantage, ou la pompe, l'or et les pierreries qui » brilloient de tous costez , ou l'addresse et la galantise )) de tant de braves chevaliers , ou les superbes beaun tés des dames qui esclatoient tout autour sur les es- » chaffaux, s'arrestoient enfin à considérer les con- )) tenances et les actions de ces deux grands roys , » s'entr'embrassant et conversant si familièrement en- » semble. »