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POUR LE SERVICE DU ROI

Avant l'organisation des armées régulières , nos rois étaient dans l'usage de convoquer par une proclamation publique tous les vassaux de la couronne , afin qu'ils leur donnassent aide et secours dans les guerres qu'ils avaient à soutenir. Cette proclamation reçut la dénomination de semonce 3 ban (bannum) ou arrièrehan ( heribannum. ) Les vassaux devaient se trouver, dans un délai déterminé, au lieu assigné par la convocation royale pour fournir à cheval ou à pied , en personne ou par des représentants, le service militaire que comportaient le nombre et la qualité de leurs fiefs. « A la semonce de son seigneur — dit Boutillier dans » sa Somme Rurale — le vassal lui doit le service de » l'ost (armée) en armes et en chevaux, selon la na- » ture et condition de son fief, pour garder son hon- » neur, son corps et sa terre. »

Quelques feudistes ont avancé que le service du ban n'était point de la même nature que cehii de l'arrièreban. En consultant les documents où les anciennes convocations se trouvent consignées , on reconnaît que

les deux mots ne se séparaient point. L'un et l'autre signifiaient le service du à l'armée du prince, dans des conditions d'ailleurs identiques. Le ban constituait l'obligation directe des fiefs ; les vassaux d'arrière -fiefs

composaient l'arrière-ban.

La quantité d'hommes d'armes ' que les fiefs fournissaient varia selon les temps et les accidents de la guerre. D'ordinaire , les vassaux de la couronne devaient le nombre de défenseurs affecté à leurs terres pendant les règnes qui avaient précédés. Mais lorsque l'Etat se trouva dans la nécessité de faire appel à tous ceux qui pouvaient porter les armes, des lettres royales généralisant le service de Vost , réglèrent qu'il serait fourni selon les revenus de chaque fief. Philippe-le-Bel ordonnait en 1203 que « ceux qui auroient cinq cens » livres de revenus en terre , aideroient d'un gentil- » homme bien armé , monté d'un cheval de la valeur ->•> de cinquante livres tournois , portant couverture de

' L'homme d'armes portait la cuirasse , l'armetou louryuiynote ', les gants, les garde-bras et épaulettes, les harnois des jambes, les salades " et brassards, la lance et l'épée. Il avait avec lui un page et un valet montés. Le premier devait porter la lance; on armait le valet d'une salade brigandine ' et de la (juisarme, ou hache à deux tranchants. Les couteaux , hallebardes, arbalètes, flaviberges , * voulyes^, hadelaires ", piques, pieulx, gaurelotz '' , dagues et pertuisanes étaient aussi en usage dans nos anciennes armées.

I Casque ou heaume, ouvert par devant, qui ne portait qu'une visière et deux oreillons mouvants. — 2 Heaume sans crête , assez simple et peu ehargé d'ornements.— 3 Corselet de petite» lames posées en recouvrement, comme les écailles de poissons, et réunies sur une étoffe solide ou sut du cuir avec de petits clous rivés ( PANOPLlt. )— 4 Grosses et fortes épées de cbevalier».

5 Piques, dards. — 6. Epées courtes, larges, truncbantcs des deux côtés et recourbées il la pointe ( Panoplie.)— 7 Javelots.

» fer ou couverture pourpoiiite. De ciii([ cens à mille » livres de revenus, on fourniroit deux hommes d'ar- » mes, montes comme dessus; et quant aux nobles du » nombre de cent feux , ils fourniroient six hommes )) armés. »

On pouvait fiimncer, pour l'exemption du service militaire, lorsque le trésor royal était épuisé. Les évoques, les abbés et abbesses , les veuves ou impuissants à servir payaient pour cela des redevances au roi , selon l'importance de leurs fiefs.

Voici les principales dispositions des lettres adressées par Philippe-le-Long à ses baillis et sénéchaux , pour la convocation des grands , nobles , ecclésiastiques et ignobles i à l'occasion de la guerre que ce prince soutenait contre Robert , comte de Flandre : c< On fera » crier que toutes manières de gens nobles et non no- >) blés soient en armes et en chevaux, selon leur état, » à Arras , le jour de Notre-Dame en septembre , pour » aller en l'ost de Flandre.

» On lèvera de cent feux, six sergens, et pour cha- » cun sergent douze deniers par jour et pour les ar- » mes de chaque sergent trente sols pour tout.

» Toutes manières de villes ou de paroisses paieront » de cent feux en la manière qui dit est , plus ou » moins.

p Tous ceux qui auront vaillant deux mille livres » en toutes choses et plus, iront en l'ost, ou ils fi- » nauceront chacun pour soi sans regarder la condition ') de la personne.

» Tous prélats, chapitres et religieux devant service de cheval ou de gens d'armes, ou autre service, seront contraints d'aller en l'ost en la manière qu'ils sont tenus , ou à frayer convenablement selon leur condition et selon la discrétion et prudence des commissaires de l'état de la guerre.

» Quant aux nobles qui sont semons d'aller en l'ost et généralement femmes, veuves, ou qui n'ont puissance et richesse , ou qui sont malades , ou pour cause ne peuvent aller en l'ost bonnement , l'on prendra finance d'eux selon la discrétion des commissaires. »

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