‹ Archives historiques et ecclésiastiques de la Picardie et l'ArtoisChapitre 6 sur 140 · ÉVÈQUES D'AMIENS · texte numérisé non relu

ÉVÈQUES D'AMIENS

1. St-Firmin , ptenner apôtre de la Picardie. Il souffrit le martyre à Amiens vers le commencement du quatrième siècle. — 2. St-Evlogo , an 325. — 3. St- Firmin-lc- Confesseur , 351. Né n Amiens. Il était fils du sénateur Faustinien dont Sl-Firmin opéra la conversion. — 4. Lôodard , 390. — 5. /ludouen ,i50. — (». Odihie ,^M. — 7. Béat , 525. — 8. St-Honoré , 566. Fils d'Aimeric , comte de Boulogne et de Tonthicu. — 9. St-Salve. — 10. St-Berchund. — 11. Bertefride , 644. Il célébra avec l'assistance de treize évèques la dédicace de l'abbaye de Corbie fondée par la reine Balhilde. — 12. Thêodefride , 670. Il fut le premier abbé de Corbie. — 13. Dadon. — 14. Deodat. — 15. Fersinien ou Ursinicn , 692. — 46. Dominique , 721. — 17. Christian ,12i. — 18. Baimiert, 747. Il fut d'abord abbé de Saint- Valéry. — 19. l^itulphe. — 20. Georges. — 21. Jessé , 798. Disciple d'Alcuin. Il prit une part active à la déposition de Lodewig-le-Débonnaire. — 22. Batjenaire , 834. — Il accompagna KavIe-le-Chauve au siège de Toulouse en 845 et y fut fait prisonnier ; il assista à plusieurs conciles. — 23. Hibnerade , 849. — 24. GeroZrfe , 873. — 25. Octgirc ou Otgaire,m2.— 26. Z)eroWe, 929. — 27. Thibault /'% 947. Excommunié par le concile d'Engelheim, il fut privé de son siège en 949 comme indigne de l'épiscopat. — 28. Baimhaud, 949. — 29. Alvian, 975. — 30. Gotesman , 981. Neveu de Lolher II. — 31. Foulques I" , 993. De la maison des comtes d'Amiens. Il s'empara des biens ecclésiastiques , et les restitua ensuite sur les remontrances de Gerbert , archevêque de Reims. — 32. Foulques II, 1033. — 33. Gui, 1058. Fils d'Enguerrand P% comte de Ponthieu. Il composa un poëme sur la conquête de l'Angleterre par les Normands. — 34. Baoul, 1078. — 35. Horicon, 1081. — 36. Gervin , 1091. Il fut accusé de simonie au concile de Beims qui s'assembla en 1094 et se justifia par serment. Prélat ambitieux et remuant. Il avait été abbé de Saint-Riquier ; parvenu à l'épiscopat , Gervin voulut garder son abbaye , ce qui violait les règles de l'Église. Il fallut toutes les menaces du Saint-Siège pour le faire renoncer à ses prétentions. — 37. Si-Geoffroy , 1104. L'un des plus illustres prélats de la Picardie. Son savoir, son éloquence et sa charité rendirent son épiscopat glorieux. — 38. Enguerrand de Boves , 1116. Fils d'Enguerrand de Boves, comte d'Amiens. — 39. Guarin de Châlillon St-Pol, 1127. Archidiacre de l'église d'Amiens. — 40. Thierry , 1144. — 41. Robert I", 1165. 42. Thibaut d'Heilly ,H6d. Le comté d'Amiens fut réuni à la couronne sous son épiscopat. — iS. Bichard de Gerieroy , 1205. — 44. Evrard de Fouilloy, i2U. La cathédrale actuelle fut commencée dans les dernières années de son épiscopat.

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célèbres dans l'histoire, Jessë , disciple d'Alcuin, occupa le siège d'Amiens au huitième siècle ; employé dans diverses négociations par Karlc-le-Grand , il prit plus

— 45. Geofiroy II d'En , 1222. Il assista au couronnement de Sl-Louis. — 46. Arnovl , 1236. Né à Amiens. — 47. Gérard de Conchy , 1247. Il accompagna .St- Louis dans la Teire-Sainle. — 4S. Aléaume de Neuilly , 1258. Pénitencier du chapitre d'Amiens. — ^Q. Bernard d' Abbeville , i260. — 50. Guillaume de Mâcon , 1278. Aumônier de St-Louis et de Philippc-le Hardi; il suivit le premier dans la Terre-Sainte , fut le témoin de sa mort et accompagna son corps en France. Ce prélat occupa trente ans le siège d'Amiens. — 51. Robert H de Fouilloy , 1308. Cliancelicr de Pliilippc-le-Bel. — 52. Simon de Gomcutos, 1321. Le premier des évéques d'Amiens qui ait pris le titre d'évêque par la yrâce de Dieu et du suintsiéye apostolique. — 53. Jean de Cherchcviont , 1326. Chancelier de Pliilippe de Valois. Il occupa le siège d'Amiens pendant 47 îins. — 54. Jean de Layranye , 1373. Surintendant des finances de Charles V; il devint cardinal ; les historiens l'appellent le cardinal d'Ainicns. — 55. Jean Roland, 1375. En 1385, il maria dans la cathédrale d'Amiens le roi Charles VI et Isabeau de Bavière. La confrérie de Notre-Dame-du-Puy fut érigée dans la cathédrale, pendant la dernière année de son épiscopat. — 56. Jean de Boissy , 1389. Neveu du Cardinal d'Amiens. — 57. Bernard de Chevenon , 1411. Il devint évoque de Beauvais. — 58. Philibert de Saulx , 1414. Sa charité fut sans bornes. On l'appelait le bon évêque. — 59. Jean de Harcourt , 1419. Il devint patriarche d'Antioche et archevêque de Narbonnc. — 60. Jean- le- Jeune y on le yo^ne , 1433. Né à Amiens. Il devint cardinal. — 61. François de Condolmerio , 1436. Neveu du pape Eugène IV et cardinal. 11 ne prit point possession du siège et fut transféré à rarciievccliè de Besançon. • — 62. Jean Advantaye , 1437. On lui dut des statuts synodaux imprimés en 1456. — 63. Ferry de Beauvoir , 1457. Il avait été chanoine de la cathédrale d'Amiens. — 64. Jean de Gaucourt , 1473. Il fut élu à l'âge de vingt-deux ans et ne tint l'èvèché qu'en commande. — 05. Louis de Gaucourt, 1476. Frère de Jean de Gaucourt. — 66. Pierre F'ersé , 1483. Neveu du célèbre Coctier, médecin de Louis XL — 67. Philippe de Clèves , \^Q\. Il posséda deux èvèchés à la fois, ceux d'Amiens et de Nevers , par une faveur spéciale du pape Alexandre VI. — 68. François de Halluin, 1503. Prélat ambitieux. Il eut de fréquents différends avec son chapitre. Il mourut à la chasse , près de l'abbaye du Gard , blessé par un sanglier qu'il poursuivait. — 69. Charles F/émart de Dénonville , 1538. Conseiller d'état sous François F'. U devint cardinal. — 70. Claude de Lonywy , 1540. Il reçut de Clément VII le chapeau de cardinal. On l'appelait ie cardinal de Givry. — 11. François de Pisseleu , 1546. Il devint évêque d'Amiens par le crédit de sa sœur, Anne de Pisseleu, duchesse d'Etampcs et maîtresse de François V"^. — 72. Nicolas de Pellevé , 1553. Il

tard une pari active à la déposition de Lodewig-lc- Débonnairc. Jean de Clierchemont fut chancelier de France sous Philippe de Valois. Jean de Lagrange devint cardinal et surintendant des finances de Charles- Ic-Sage ; les historiens le désignent sous le titre de Cardinal d'Amiens. Nous citerons encore Nicolas de Pellevé , garde-des-sceaux. sous Charles IX , et François Faure, prédicateur de Louis XIV, dont l'éloquence et l'extrême charité illustrèrent le siège d'Amiens au dixseptième siècle.

La mémoire de l'évêque Geoffroy sera toujours chère à la ville d'Amiens. Ce qu'il fit pour lui assurer les bienfaits d'une organisation communale, et les difficultés qui entravèrent cette laborieuse entreprise ont fourni de belles pages à M. Augustin Thierry '. Geoffroy vivait

fut garde-des-sceaux sous Charles IX et devint cardinal. — 73. Antoine de Créqui, 4561. Le dernier évêque de Thérouanne. — 74. Geoffroy de la Marthonic,\ïm. — Partisan de la Ligue il publia en 4594 un mandement contre Henri IV. On lui dut des statuts synodaux , la réformation du bréviaire et un missel. — 75. François Lefelvre de Cavmartin , 1618. Le premier évêque d'Amiens qui ait porté la croix pastorale. Il enrichit la cathédrale de ses dons. — 76. François Faure , 4653. Prédicateur de Louis XIV. Éloquent , charitable et plein de piété. — 77. Henri Feydeau de Brou , 4687. Aumônier de Louis XIV. — 78. Pierre de Sahbatier , 4706. Il gouverna 26 ans le diocèse; les pauvres d'Amiens furent ses héritiers. — 79. Louis-François-Gahriel d'Orléans de Lamotte , 1734. Député de la province de Picardie à l'assemblée générale du clergé de France. Sa mémoire est en vénération dans le diocèse. — 80. Louis-Charles de Machault, 4774. — 81. Jean-Chrysostôme Fillaret, 1802. — ^1. Jean-François de Mandolx ^\.%Qli. — 83. Marc- 'Marie de Bombelles , 1817. — 84. Jean-Pierre Gallien de Chahons , 1822. — 35. Jean-Mario Mioland , 1838.

' « Le hasard voulut que la dignité épiscopale fut alors possédée par un homme » d'une vertu exemplaire , d'un esprit aussi éclairé que le permettait son siècle ,

au douzième siècle ; les seigneurs et le clergé de Picardie étaient alors en pleine possession des privilèges de la féodalité et ne pouvaient, à coup sûr, voir d'un œil favorable les efforts d'émancipation que tentait la bourgeoisie. Plus tard, se disaient-ils, celui qui cultive nos terres , que nous avons si bien plié au joug féodal , ne voudra-t-il pas mettre à profit l'exemple qu'il aura eu sous les yeux ! GeofiFroy sut dégager son esprit de cette préoccupation si naturelle pourtant aux évèques du douzième siècle , vrais seigneurs temporels et , par cela seul , étroitement liés à la cause de ceux qui possédaient les terres et les bénéfices. Les lumières de Geoffroy, sa charité surtout, lui dirent que le peuple opprimé, livré sans défense aux excès du pouvoir seigneurial , ne devait pas en vain compter sur son appui ; que la part qui lui fut faite par le malheur des temps n'était pas équitable et que Dieu l'avait créé pour une meilleure fortune !

Le récit des événements qui s'accomplirent dans les premières années du douzième siècle, et qui amenèrent l'organisation définitive de la commune d'Amiens ne saurait trouver place ici. Geoffroy doit seul nous occuper. — Le caractère de ce prélat offrit le rare mélange d'une énergie peu commune et d'une modestie

» cl plein de zèle pour le bien général. Sans se laisser épouvanter parles terribles » scènes qui venaient d'avoir lieu à Laon , l'évêque Geoffroy comprit ce qu'avait » de légitime le désir d'indépendance et de garantie pour les personnes et pour les » biens. Il céda sans eiïorts et gratuitement aux requêtes des bourgeois et concourut » avec eux à l'éreclion d'un gouvernement municipal.» ( M. /dvgustin Thierry. )

si extrême qu'elle alla t|uelquefois jusqu'au découragement. Sur la fin de 1110, Geoffroy se rendait en Artois accompagné d'Adam , châtelain d'Amiens. Ils rencontrèrent Guermond , vidame de Picquigny. Guermond était l'ennemi d'Adam et le retint prisonnier. Geoffroy fit tous ses efforts pour que le châtelain fut élargi et n'y pouvant réussir il excommunia le vidame. Ceci pourtant ne servit qu'à irriter Guermond ; ses gens profanèrent plusieurs églises et commirent de grands désordres sur les possessions de l'évèque. Geoffroy gémissait de tous ces maux mais ne se laissa point abattre. Dans le plus fort de l'hiver , il partit d'Amiens , nu-pieds couvert d'un cilice, et s'étant rendu à Picquigny il conjura le vidame de remettre le châtelain d'Amiens en liberté. L'éloquence de l'évèque et le spectacle de son humilité ne purent cependant désarmer Guermond ; il repoussa Geoffroy avec dureté le menaçant de toute sa colère. Geoffroy fut passer la nuit en prières dans l'église même de Picquigny. Le matin il assemble le peuple; le rend juge de sa conduite et de celle du vidame , fulmine ensuite contre ce dernier la sentence d'excommunication qu'il avait encourue , et reprend seul le chemin d'Amiens *.

Et pourtant ce même Geoffroy, qui bravait ainsi la colère du puissant vidame de Picquigny , avait voulu s'enfuir quelques années auparavant lorsque , simple

* {Manuscrits inédits du père Daire, vetiouvés et donnés à la bibliothèque communale d'Amiens par M. de Cayrol. )

abbé de Nogent-Sous-Coucy , il apprit que révèché d'Amiens lui était confié tant il fut effrayé des honneurs auxquels on l'appelait , tant il s'étonna de la grandeur de sa fortune. Pendant le cours de son épiscopat, Geoffroy eut des différends avec son chapitre et avec les religieux de Saint-Yalery. Souvent il eut à se plaindre du peuple d'Amiens dont il était le bienfaiteur. Découragé , il quitta une fois son évêché et se condamnant à un exil volontaire , Geoffroy fut chercher le calme de la méditation et de la prière au pied des Alpes , dans les murs silencieux de la Grande - Chartreuse. Il fallut toutes les insistances du Saint-Siège pour qu'il se résignât à reprendre son évèché. Geoffroy, que l'Eglise révère comme un saint, recevait chaque jour treize pauvres à sa table et les servait lui-même. « Il » était gay et d'un entretien aymable, mais toujours » modeste. Il versoit touttes les douceurs de son cœur » sur le prochain et gardoit d'extrêmes rigueurs pour » lui '. »

Les évoques de Beauvais étaient autrefois comtes " , pairs de France et portaient le manteau royal au sacre de nos rois. Leur diocèse renfermait douze chapitres

^ (Chronique de Vahbaye du Mont-Saint-Quentin , mAnn&cv'W. des arcli. de l.i préfect. de la Somme. )

* L'origine de celle digiiilé remonte aux premières années du onzième siècle. Roger de Blois tenait le comté de Beauvais de son frère Eudes , comte de Cliampagne , qui , en échange , avait reçu de lui le château de Sancerre en Berri. Roger , devenu évêque de Beauvais , donna le comté de Beauvais à sou église, L'acte qui en déposait reçut en dOlS la confirmation du roi Robert.

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et t|uatoi/e abbayes, k Lorsque l'évèc|ue de lieauvais venait prendre possession de son siège , il allait passer la nuit dans le monastère de Saint-Lucien et en repartait le lendemain, pieds-nuds, revêtu d'une aube et accompagné des religieux de l'abbaye qui le conduisaient à Beauvais processionnellement. Le maire

> et les pairs ' lui présentaient les clefs de la ville ; ) l'évéque les ayant prises les leur rendait tout à l'ins- ) tant en disant ces mots : Maire , je vous baille en ) garde les clefs de ma ville de Beauvais à la charcje ) que vous me les rendrez toutefois et quants que je

> vous les demanderai/, A quoi le maire respondoit en ) les reprenant : Je vous jure et promets , Monseigneur , ) comme maire et pour toute la ville , de garder vostre ) corps , votre vie , vos meubles , vostre honneur , vos

> chastels et droicts , sauf la fidélité du Roy. L'évéque ) de sa part jurait de garder et maintenir les bour- ) geois de Beauvais en leurs droicts , coustumes , fran- ) cliises et libertés \ » Les évéques de Beauvais étaient

seigneurs temporels de leur ville épiscopale '" et fai-

' Membres du conseil de la ville. — « Dans la coinimuie de Beauvais avaluiit » coutume d'êlie douze pairs pour assister aux affaires de la république ; or la jus- 1) lice de la cité , etc. » ( Plainte du chapitre de Beauvais contre Vévêque. '1212.

LOCVET. )

* ( LoTsEL, page 127. )

" La justice teuiporelle des évêques de Beauvais s'accomplissait avec de curieuses formalités. On en poinra juger par le document que nous transcrivons ici. C'est l'évéque qui parle : « Item , s'il eschet à Beauvais justice à faire de personne , mon >> bailly ou prevost de Beauvais doit mander par un de mes sergeans au maire do

salent battre monnaie k leur coin. Us usèrent longtemps d'une singulière l'acuité ; les habitants étaient tenus de leur fournir gratuitement les chevaux qui pouvaient leur être nécessaires. Pour se soustraire à cette obligation , qui seule pourrait suffire pour nous révéler toute la puissance qu'exerçait alors l'épiscopat , la ville de Beauvais s'engagea , en 1 395 , à payer à révêque une rente annuelle de quatorze livres parisis '. Des obligations particulières étaient imposées aux seigneurs d'un grand nombre de fiefs dépendants de l'évêché de Beauvais. Plusieurs de ces feudataires avaient

» Beauvais (jii'il face sonner la cloche de la commune , et la taicl sonner ledicl

» maire, et mon bailly ou piévost fait mener an pillory ou marché le mal-faicteur,

» et le baille l'un de mes sergeansà la ville à garder , et lors le sergeant du maire

)> le monte et lie au pillory , et garde la ville iceluy mal-faicteur jusques à ce que

» mondict bailly ou prévost le vienne quérir pour le faire exécuter à ma justice ; et

» sont tenus les maire et ses compagnons de aller , avec les gens de ma dicte jus-

» tice , poin- les compagner et ayder se besoing en ont. » ( Extraict du dénombrement de Vcsvùché. Chartes et titres. Loisel.)

' ' Plusieurs fois les rois de France avaient voulu donner des limites à ce droit exorbitant. Voici les dispositions d'une charte du roi Louis-le-Jeune qui prouvent qu'au douzième siècle les évêquesde Beauvais usaient sans mesure de la faculté de prendre des chevaux aux habitants : « En outre , si l'évêque de Beauvais veut aller ') à nos trois cours et à l'armée , il ne prendra chaque fois que trois chevaux et » n'en exigera pas des hommes étrangers à la commune: et si lui, ou quelqu'un de 1» ses serviteurs a reçu d'un homme le rachat d'un cheval , il ne prendra point » d'autre cheval en échange de celui-là ; mais s'il fait autrement, ou veutenpren- >> dre davantage , et que clameur en soit portée devant les pairs , ils aideront selon » leur estimation celui qui aura porté plainte. De même si l'évêque veut nous en- I) voyer de temps en temps des poissons ,il ne prendra pour cela qu'un cheval. . .« ( 1144 , Charte de coyifirmation de la covimnnc de Beauvais. )

Les évêques de Beauvais pouvaient aussi faire saisir , pour la provision de leur maison., le poibson des marchands qui traversaient la ville pour aller approvisionner Paris.

des devoirs à remplir le jour (lu festin donné dans le palais épiscopal , après rentrée soleiuielle de l'évèque. Là figuraient le seigneur du fief de la coupe; les possesseurs des fiefs du houteiller , du mets de la panneterie , des coustcaux et de la verrerie ; du tranchet , de V orfèvrerie et du charbon. D'autres seigneurs tenaient en fief de révêché les fustailles , le cry et les coussins ' . Le gentilhomme qui figurait , une épée nue à la main , dans le cortège de l'évèque de Beauvais; ceux qui portaient la lance au poing, la chaise, le carreau et la verge , ou baguette , remplissaient en cela une obligation féodale, (c On donnait alors en fief presque toutes » choses: — dit M. Guizot — la gruerie , ou juridiction » des forêts; le conduit ou escorte des marchands ve- » nant aux foires; les maisons où étaient les étuves » publiques ; enfin , jusqu'aux essaims d'abeilles qui » pouvaient être trouvés dans les forêts '. « La Jonglerie elle-même eut à Beauvais des feudataires ; à certains jours de l'année, ceux-ci chantaient et dansaient devant

' " Posl ubi pontiGcem ventuium fama per urbem retulit atque dieni laeto staluisse pnvatu , quam cilè vassnlos capit officiosa voluntas quo sunt quique suo devincti , munere fungi. Hinc qui parva tenent carbonum feuda clientis soUiciti I miinire voluDt carbonibus œdes sicut pulvinis, boruin qui feuda tenebat. Qui Teuduni prœconis habet quae vina tabernisexpronienda,novisque forent fundenda lagenis. Cuius sollicitât paruuin cava dolia feudum quae fuerint prima cunvivia danda paratu prxscribit , fuerint mensisque locanda secundis et qui paniceuni tenet haud ignobile feudum ne quis fnige queat cereris conviva carire. Ergo cibis poslquani etc. »

( antiquités de Beauvais , par Louvet. )

" ( Histoire de la civilisation en France. )

l'ëvèque, ou dans le cloître du cliapitie , avcr un accompagnement d'instruments '.

' L'existence du fief de lajomjlerie n'est point la seule singularité que nous révèlent les annales de l'église de Beauvais. Le jour de la fête des innocents , les enfants de chœur prenaient les hauts sièges ; l'un d'entre eux s'installait sur le trône épiscopal. Si un canonicat s'était trouvé vacant ce jour-là , dit Lobvet , il aurait appartenu de droit à l'un des enfants de chœur. Les sacristains jouaient quelquefois dans la cathédrale les principaux mystères de l'Église. Les cérémonies de la fête de l'âne sont encore plus piquantes à raconter: — «Cette fête se célébrait » pendant le moyen-âge , dans plusieurs cathédrales de France , mais c'est à » Beauvais qu'elle se faisait avec le plus de pompe et qu'elle conserva le plus » long-temps son caractère primitif. Cette singulière cérémonie fut instituée dans » le cours du neuvième siècle ; mais comme c'est seulement au douzième qu'elle » atteignit son plus haut période de bizarrerie , nous ne parlerons que des cérémo- » nies qui étaient en usage à cette époque , sans nous arrêter aux légères transfor- » mations qu'elle aurait pu subir dans des temps antérieurs...

« Le 14 janvier , dès la pointe du jour , une jeune fille de Beauvais , montée sur » un âne et tenant un enfant entre ses bras , pour représenter la Sainte- Vierge » fuyant en Egypte , partait de la cathédrale pour se rendre à l'église de Saint- » Etienne. L'âne était recouvert de superbes draperies , et la jeune fille portait » une chappe d'or. Une foule immense , précédée du clergé , lui faisait escorte. » La procession arrivée aux portes de St-Etienue , on entonnait les quatre vers sui- » vants qu'on chantait aussi devant l'église de Sens , le jour de la même fête ;

Lux hodiè , lux lœtitiœ , me judice , trislis Quisquis erit , removendus erit de lusibus islis ; Sinl hodiè procul invidise , procul omnia mœsta Lœta volunt quicumque volunt asinaria fesla '.

» La jeune fille et sa noble monture étaient introduites dans le sanctuaire où ils » se plaçaient du côté gauche. La messe solennelle conifflençait. Après le /'«/u » Creator., on chantait les vers suivants :

Hœc est clara dies , clararum clara dierum ; Haec est festa dies , festarum festa dierum ; Hœc est sancta dies , sanctaruni sancta dierum ; Nobile nobilium ruiilans diadema dierum.

1 Aiuiphonier du Xtllc .sii-clc.

Philippe de Dreux est célèbre parmi les prélats qui occupèrent le siège de Beauvais. Né au château de Brainc , sou éducation et ses goûts ne pouvaient guère

» Le Kyrie , le Gloria , VEpttre , le Credo , Vite missa est et le Deo grattas se » terminaient toujours par le cri trois fois répété de hi-han. Les rubriques du " missel prescrivaient au diacre de terminer lui-même son Ite missa est par trois » hi-han. C'est après l'épître qu'on chantait la Prose de l'Ane. Comme je ne saclie » pas qu'elle ait jamais été traduite en vers , j'en ai essayé la version suivante :

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