ET CHATEAUX HISTORIQUES
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ES chefs de la première race franke et les rois ou empereurs karlovingiens curent dans l'ancienne Picardie un grand nombre de résidences ou maisons royales auxquelles les capitulaires et les chartes donnent les noms de villœ regiœ , villœ puhlicœ , palatia regia , palatia fiscales , fiscus , villœ fiscales , colonia , domoculta , prœdium et quelquefois cultura. A l'exemple des villœ romaines, de vastes cours ou des jardins,
qu'un mur limitait, entouraient ces maisons royales; et peu d'entre elles étaient fortifiées. Habitées par les receveurs du fisc , elles constituaient des centres d'exploitation agricole et fournirent long-temps la meilleure part des revenus du prince. Le capitulaire de Karlcle-Grand qui a pour titre de vil lis fisci est un code complet d'économie rurale. On y traite de l'entretien des basses-cours, de celui des chevaux et des bœufs; de la culture du pastel, de la garance et du vermillon pour les manufactures de l'Empire ; des soins que recevra la vendange ; de la confection des cervelas , du sirop de mûres, de la cire et du miel. Karle-le- Grand , qui fonda un si vaste empire ; qui repoussa tant d'invasions; qui rendit par d'immortels travaux l'Eglise glorieuse et les lettres honorées, trouvait le temps de s'occuper, dans l'un de ses capitulaires, des roses, du baume et de la sauge cultivés dans les jardins de l'impératrice ; des soins que demandaient la laitue, la menthe romaine et le cerfeuil.
La plupart des maisons royales dont nous nous occupons devinrent, avec le temps, de véritables palais. Parmi celles que la Picardie renfermait, Verberie, Ouierzy, Braine et Compiègne furent les plus célèbres. Il nous reste une description détaillée du palais de Verberie '. Son aspect était au midi; la chapelle et la salle d'assemblée, où se tinrent les parlements et
' ( ^crme/'tfl , l^ermbrea , f^crimhrca , f^ermerium ^ l^ermcri(jitt , Verimhri.'i ^ yohria , f^ernbria , IVerhcriacxim ^ P'crheriu.)
les conciles, où se 1*6011188316111 les grands du royaume, formaient les aîles principales. Un grand corps de logis à deux étages occupait le centre du palais; il était d'une très-grande hauteur ; deux tours rondes raccompagnaient. D'autres tours de forme carrée , plus larges qu'élevées , se trouvaient placées à distance dans les diverses parties de l'édifice. Des bas-reliefs et des fleurons , d'innombrables figures , dus au ciseau du sculpteur , parsemaient les murs construits en pierre de taille. On comprend que cette architecture devait être d'un très- bel effet; et il faudrait, si l'on s'en étonnait, se remettre en mémoire la magnificence des palais de Karle-le- Grand ; les portes d'airain doré et ciselé de sa résidence d'Aix-la-Chapelle; et les cent colonnes qui décoraient la façade de son autre palais d'Ingelheim. Ce prince aimait le séjour de Verberie, et l'on sait que l'un de ses capitulaires a pour titre : de operibus palatii ad Vermerias, Un grand nombre de conciles et d'assemblées solennelles donnèrent de la célébrité au palais de Verberie '.
' An 737. Karle-Maiiel reçoit à Verberie les envoyés du pape Grégoire III qui lui offrent les clefs du sépulcre de St-Pierre et les chaînes dont il fut chargé. — 753. Peppin-le-Bref assemble à Verberie les grands de l'État. — 850. Karle-le-Cliauve tient à Verberie une cour plénière et donne audience aux envoyés d'Inicon , roi de Navarre. — 853. — Premier concile de Verberie. Karle-le-Ciiauve le préside. — 856. Second concile. — 858. Karle-le-Chauve reçoit à Verberie Bernon , chef des Normands. — 863. Troisième concile de Verberie. — 864. Quatrième concile. — 869. Cinquième concile de Verberie. Hincmar, évèque de Laon, y comparaît. — 885. Les Normands saccagent le palais de Verberie. — 892. Après l'avoir fait réparer, le roi Eudes y convoque les grands du royaume. — Diverses ordonnances de Philippe-le-Bel , de Philippe-le-Long et du roi Jean sont datées du palais de Verbe-
Comme la plupart des maisons royales, cette résidence ne tarda pas à devenir un rendez - vous de chasse. Les chefs de la première race franke et les rois ou empereurs karlovingiens aimaient beaucoup ce divertissement , auquel la magnificence présidait alors. Les ministres et les principaux officiers de l'armée devaient y prendre part; la reine et les femmes de sa cour se rendaient aussi aux chasses royales ; elles montaient des chevaux richement harnachés. La foret de Cuise , les palais de Quierzy , du Chêne , ceux de Compiègne et de Venette étaient les lieux habituels du rendez-vous.
De nombreux conciles et plusieurs parlements s'assemblèrent à Quierzy - sur - Oise ' . On sait que les murs de ce palais reçurent les derniers soupirs de Karle-Martel. Peppin-le-Bref , Karle-le-Grand et Karlele-Chauve vinrent souvent résider à Quierzy, et Lodewig-le-Débonnaire eut beaucoup de prédilection pour cette résidence qu'il fit embellir. C'est à Quierzy qu'avait été signé , en 673 , le diplôme de Théoderik III qui confirma l'établissement de l'abbaye de Saint-Vaast ".
rie. — Il est brûlé par les Anglais en 1359. — Reconslniit parCharles-le-Sage. — Démoli par l'ordre de Charles VII. — On forlifie la ville avec ses débris.
' { Caris iaciim, Car isius , Filla Palatii., Filla Carisiacus, Carisiacus F'illa Re- <jalis, Carisiacus Filla Bcgia. )
» NOTIONS HISTORIQUES SUR LE PALAIS DE QUIERZY. An 605. Protade , maire du palais en Auslrasie, y est mis à mort ( Malillon. ) — 702. Diète tenue à Quierzy par Khildebcrt III. — 741. Charles-Martel y meurt. — 754. Assemblée solennelle; Peppin-le-Bref et le pape Etienne II la président.— 764.
Beaucoup d'historiens ont confondu le palais de Hraine ', situé près de Soissons, avec celui de Bargny ( Brinnacum ) , placé dans le voisinage de Crépy en Valois et qu'habitèrent les chefs des deux premières races frankes. Dom Germain , Mabillon et Dupleix n'ont point échappé à cette confusion ; mais les savants écrits de Lebœuf ont jeté de si vives lumières sur cette question qu'il n'y a plus aujourd'hui de confusion possible. Il y avait un palais à Braine et un palais à Bargny, Un concile célèbre s'assembla dans les murs du premier en 580 et Grégoire de Tours vint s'y justifier des imputations odieuses dont il avait été l'objet. Ce fut aussi dans une diète tenue à Braine et présidée par Peppin que la guerre fut déclarée à Âstolphe, roi des Lombards. Prise et démolie au dixième siècle par Herbert , comte de Vermandois , cette résidence
Parlenienl lenu paiPeppin-le-Bief. — 784. Karle-le-Grand reçoit à Quierzy les otages de Tassillon , duc de Bavière. — 820. Lodewig-le-Débonnaire y lient un parlement {Eyinhard.) — 834. Lodewig-le-Débonnaire, emprisonné par ses enfants dans le monastère deSaint-Médard , recouvre sa liberté et reçoit à Quierzy les hommages des grands de l'Empire. — 838. Premier concile de Quier?y. — 842. Assemblée à Quierzy, à l'occasion du mariage de Karle-le-Chauve et de la princesse Hernientrude. — 849. Second concile de Quierzy. On y examine les doctrines du célèbre Gotescalc. — 853. Troisième concile tenu à Quierzy en présence de Karlele-Cbauve. — 857. Parlement à Quierzy. On y promulgue des capilulaires. — 858. Quatrième concile. — 868. Cinquième concile. — 873. Parlement tenu à Quierzy et capitulaires promulgués. — 877. Parlement tenu à Quierzy. — 882. Assemblée des grands à Quierzy ; Karloman III y est reconnu roi. — 885. Les Normands pillent le château de Quierzy. — Les rois cessent de l'habiter. — Il est donné en fief aux seigneurs de Chérisy. — Il reste encore quelques vestiges de cette demeure royale ; on retrouve aussi à Quierzy la trace de vastes souterrains.
' (Brunu, Brena, Breina, et quelquefois Brema.)
fut rétablie par Hugues de France. Elle appartint ensuite aux comtes de Champagne '.
Comme Quierzy, Braine et Verberie , Compiègîne " fut à la fois une maison royale et un rendez-vous de chasse pendant la période des deux premières races frankes '\ C'est là que Dagobert 1" régla la fondation de la célèbre abbaye de Saint-Denis et qu'un parlement
' Un cliâleau-fort existait aussi à Braine dans le moyen-âge ; les chartes l'appellent Château du Haut ou la Folie. Robert II, comte de Braine, le fit construire à la fin du XI I'- siècle. Il n'était pas éloigné de l'iincien palais et fut brûlé en 1423.
( Compcndium, Palatium, KarolnpoHx, CurlopoJis, Carolojwlis. )
' NOTIONS HISTORIQUES SUR LES MAISONS ROYALES QUE LA PICARDIE ET l'arTOIS RENFERMAIENT.
Athies, en Vermandois {Ateias, Atciœ yeromanduorum.) Sle-Radegonde , fille de Berthaire, roi de Thuringe, habita le palais d'Athies avant de prendre le voile à Noyon ( Francorum Heyum Palatia, Mabillob. ) Depuis long-lemps détruit. — Baiziecx , en Amiénois ( Basiu , seu Baisium, Bacium, Basium vel Bacivum. ) Palais habité par les rois ou empereurs de la seconde race. Il n'en reste aucun vestige. — Bargny, en Valois. Les chartes latines l'appellent Brùmacum, Branucum, Berinneium, Britannicum,Bevnegium,Brinnaijum et Beriyneùim. On croit qu'il était situé près de Crépy. Fondation ignorée ; les uns l'attribuent aux Romains , d'autres à Klother l' ^ Quelques historiens l'ont confondu avec le palais de Braine, en Soissonnais; mais le savant Lebœuf a dissipé tous les doutes sur ce point. Le palais de Bargny fut détruit au XIII'" siècle ; il relevait alors des comtes de Valois. — Berny, en Soissonnais. Une donation de Dagobert I" a consacré l'existence de ce palais. Il appartint aux religieuses de Marchieunes. — Béthisy-Saim-Vierre , en Valois {Bistisiactim seu Bestisiacum.) liaison royale construite en 1030 par la reine Constance. Plusieurs ordonnances des rois de France sont datées du palais de Béthisy. Louis-le-Jeune et Philippe-Auguste vinrent souvent y résider. — Bois-d'Ajebx, en Beauvaisis. Maison royale où se rendait Karle-le-Grand. Donnée par Karle-ie- Chauve aux religieux de Saint-Corneille de Compiègne. — Bonnecil, en Valois ( Ihnotjilus seu Bonoijilum. ) Palais où résidèrent les chefs des deux premières ra-
la
déposa Lodcwio;-lc-Dcl)onnairc. Le palais bâti par Karle-Ic-Chauve en 876 reçut le nom de Knrlopolis et renferma cent chanoines dont la communauté forma l'abbaye royale de Saint - Corneille ; là furent couronnés Louis - le - Bègue et le roi Eudes; Louis V y mourut, et Hugues Capet y fut proclamé roi par les grands du royaume. Saint-Louis , Henri IV et Louis Xni aimaient le séjour de Compiègne ; François I""^ re-
ces. 11 existait encore en 'J218. — Botivillk, en Valois {Bovitia vel Thruilla. ) Palais des chefs karlovinjriens converti en monastère, an commencement du XIIP siècle, par la comtesse Éléonore , dame du Valois. C'est là qne fut fondé le Parcaiix-Dames. — Braiîse , en Soissonnais. Les détails qui s'y rapportent sont consignés dans le texte qui a précédé. — Bucy, en Tiérache. Maison royale , au témoignage dn père Lelong et de plusieurs historiens. — Chambly, en Beauvaisis ( Cameliactim sen Camliacnm. ) Maison royale pendant l'époque karlovingienne. On y rendait la justice. — Chaourse, en Laonnois. Karlc-le-Chauve vint quelquefois habiter ce palais ; il y passa les fêles de Pâques de l'année 867 et le donna, peu de temps après, à l'ahbaye de Saint-Denis. On en voyait quelques vestiges au XVIII' siècle. — CHELLE,en Soissonnais ( /iTaia , Chala , Cala.) Résidence royale, au témoignage de Mabilton et de beaucoup d'historiens. — CHoisY-en-LAJCUE, en Soissonnais {Cauciacuvi. ) Palais où résidèrent les chefs de la première race et où moururent Khlother I"^ et Khildebert III. — Crécy, en Ponthieu ( Crisciacum seu Crcciacum. in Pontivo. ) Les derniers chefs de la première race eurent un palais à Ci'écy. Plusieurs chartes sont datées de cette résidence. — Crécy-sdr-Serre , en Tiérache ( Creciacum sen Creceium ad Saram. ) Palais des chefs de la première race. Il n'en reste rien depuis plusieurs siècles. — Compiègke. Voir le texte à la page d2. — CoRBENY, en Laonnois {Corhiniacum vel Corhanacum.) C'est là qu'en 776, après la mort de Karloman , Karle-le-Grand fut reconnu roi par les Franks d'Austrasie. — Palais de Crouy, à Soissons {Croviacum aut Croiciacum.) Les Romains eurent à Soissons plusieurs châteaux, un amphithéâtre et une fabrique d'armes j Syagrius résidait dans cette ville. Les chefs de la première race franke y bâtirent deux palais ; le plus célèbre était celui de Crouy. C'est dans son enceinte que Khlother I" fit jeter les fondements de la célèbre abbnye de Saint-Médard. — Cuise, en Valois {Cotia seu Cavsia et sequioribns Cuisia. ) Khilpérik I*"' et Frédégonde habitèrent le palais de Cuise, siège d'une juridiction étendue pour tout ce qui tenait à la pêche et aux délits commis dans les forêts. La reine Adélaïde, veuve de Lonis-le-Gros, y ré-
eut Charles-Quint dans cette magnifique résidence où ('harles IX épousa Elisabeth d'Autriche. Le château royal, pris par les Bourguignons et par les Anglais, dans les guerres du moyen-âge , réparé par la sollicitude de nos rois , fut rebâti par Louis XV, achevé pendant le règne de Louis XVI et restauré par Napoléon.
Les résidences royales de Folembray, en Soissonnais, et de Villers - Cotterets , en Valois , remplacèrent , sous le règne de François I^% d'anciens châteaux-forts célèbres pendant le moyen-âge par les sièges qu'ils eurent à soutenir. Le premier château de Folembray avait été construit en 1210 par Enguerrand III, sire de
sidait ; on l'appela, depuis lors, le vieux palais d'Adélaïde ; et c'est sur son empla cernent que fut fondé, au XIP siècle, l'abbaye de Saint-Jean-au-Bois. — Lk Chêne, en Soissonnais ( Palatium Casnum, Casnus seu Casne. ) Palais des chefs kaiiovingiens où Lodewig-le-Bègue convoqua les grands du royaume en 877. Détruit au X' siècle par les Normands. Le chêne Herhelot, célèbre dans la contrée, était placé au milieu des ruines de ce palais. — LENs,en Artois (//eZena, LenenseCastrvm, Lensium, Lanstim. ) On affirme que les chefs mérovingiens eurent à Lens une résidence qui devint un château-fort au Vil" siècle. — LeLouvee, ou Château Rnyal de Senlis ( Silvanectum, Palatium Silvanectis. ) Karle-le-Grand et Karle-le-Chauve vinrent souvent y résider. On tint au Louvre plusieurs conciles ; les rois de France l'ont habité jusqu'au règne de Louis XIII. On donne à ses ruines le nom de Chdtel du Boy ou P'ieux-Château. — Maumacques , en Soissonnais ( Mamaccœ, Mammacœ , Mamaca, Momacum, Mamarctœ. ) Résidence des chefs des deux premières races. Plusieurs diplômes de Khildebert F' , de Dagobert I""' , de Karle-le-Chauve et de Karle-le-Simple sont datés de Maumacques. Détruit au IX* siècle par les Normands. — MoNTDiDiER, en Santerre {Mons Desiderii.) Plusieurs rois de la troisième race ont eu un palais à Montdidier. Philippe-Auguste l'habita quelquefois. Il en reste des vestiges. — Mont-Notre-Dame , en Soissonnais. Résidence des chefs des deux premières races. On y tint sept conciles en 589, 961 , 972, 973, 977, 985 et J 029. Le Mont-Notre-Dame devint un château-fort. — Montrkuil , en Ponth'ieu { Monesterolium, Monstrolium in Pontivo.) llariulfe, Duchêne et Mabillon
Coucy; François I" le fit rebâtir. Il aimait à s'y rendre lorsque la chasse l'appelait dans les forêts de Coucy et de Saint-Gobain. La belle Diane de Poitiers et , plus tard , Gabrielle d'Estrées résidèrent dans ce château d'oii Henri IV dirigeait le siège de La Fèrc en 1595. Dans le mois de décembre, ce prince y conclut un traité avec le duc de Lorraine et leva par des lettres - patentes l'interdit qui régnait sur les bulles et provisions en cour de Uome. C'est à Folembray qu'une députation du clergé de France fut présentée à Henri I\ avec la mission d'obtenir de lui que le concile de Trente pût être i^eçu dans le royaume , et c'est à Folembray encore que ce prince et le duc de Mayenne .y mirent fin, par un traité célèbre, aux déplorables guerres de la Ligue.
Les seigneurs de Crépy en Valois possédèrent, dès le onzième siècle, un château - fort à Villers - Cotte -
nous apprennent que les chefs de la seconde race eurent un palais à Monireuil. — MouLACcuM, Morlacum, Marlacum. On ne s'accorde pas sur l'emplacement de ce palais dont il ne reste aucun vestige. Le savant Lebœuf affirme qu'il était situé dans la vallée de la Thève, à l'est de La Morlaye en Valois. — Nogent-lks-Vier(;f,s , en Beauvaisis ( A'ojeH/Mwi ad f^iryines, Noviyentum ad Isaram, ) Résidence des chefs de la première race. On n'en connaît pas l'emplacement. — Noyon {Noviomagus Veromanduorum , Noviomum vel Noviodunnm. ) Les chefs des deux premières races eurent un palais à Noyon, au témoignage de Mabillon. Khlolher 111 et Karle-le- Grand y ont résidé. — Orville, en Artois. Maison royale habitée par les chefs de la race karlovingienne. Il n'en reste rien. — Péronne , en Sanlerre ( f'erunna, Palatiuvi Perronensis . ) Palais des chefs mérovingiens. — Qtjiehzy, en Soissonnais. Voir le texte qui a précédé. — Saint-Léger-en-Laigue, en Soissonnais (Sanctus Leodegarius in Bosco. ) Maison royale, au témoignage de Mabillon et de plusieurs historiens, où Philippe P', roi de France, fonda une communauté de religieux en 4083. — Samoussy , en Laonnois { Salmonciacum , Palatium Salmontiaci.) Plusieurs rois ou empereurs de la seconde race résidèrent à Samoussy ; Karloman, frère
rets; on l'appelait la Malmaison. 11 appartint aux rois de France , après la mort d'Elëonore de Flandre , héritière des comtes de Crépy. Philippe- \uguste, cousin d'Eléonore, se rendait fréquemment à Villers-Cotterets et St-Louis y tint un parlement en 1267. Ruinée plus tard par les x\nglais, la Malmaison resta abandonnée. François V' aimait Villers-Cotterets , et y fit bâtir une maison royale, dans le voisinage de l'ancien château. Il l'habitait dès l'année 1535. Une ordonnance de de cette date fut promulguée à Villers-Cotterets; elle traite de la juridiction des baillis et de celle des sénéchaux. L'ordonnance relative à la rédaction des actes publics en français et les lettres-patentes du 31 août 1 539 , en faveur de l'imprimerie , furent aussi signées dans cette résidence. Charles -Quint l'occupait lorsqu'il
de Karle-le Grand, y mourut et Karle-le-Chauve y tint une diète en 876. — ServAts, en Tiérache {Silvactis vel Silviacus.) Karle-le-Chauve assembla deux parlements à Servais en 8.53 et en 871. — Trosly, en Soissonnais ( Trosleium, Trosleijivm \e\ Trosliacum.) 'Résidence royale pendant l'époqne karlovingienne , où plusieurs conciles s'assemblèrent. Trosly fut détruit par les Normands. — Ve- NETTE ( Fenitta seu f^enita. ) On ne connaît pas l'emplacement de ce palais; mais Mabillon nous apprend qu'il était situé sur la rive droite de l'Oise dans le voisinage de Compiègne. — Verberie, en Valois. Voir le texte et les notes des pages 8 et 9. — Ver, en Valois ( rem seu Vernum Palatium. ) Résidence des chefs des deux premières races. On y tint deux conciles en 754 et en 844. — Yebsigny, en Tiérache. Maison royale pendant l'époque karlovingienne. Karle-le-Grand y reçut, en 779, les hommages et les présents de Hildebrand, duc de Spolette. — Vic-sur-Aisne, en Soissonnais ( /^tcMs ad Axonam.) Lodewig-le-Débonnaire donna cette résidence royale à l'abbaye de Saint-Médard. — Villers-Cotterets, en Valois ( Filla Colli- Besti.) Voir le texte des pages 45 et JG. — Vitry, en kvio'x?. {Victriacum , Fictoriuciim, Fitrei, Fitris.) Les Romains avaient eu un château à Vitry ; les chefs de la première race y bâtirent un palais. C'est là que Sighebert, roi d'AusIrasie, fut assassiné par l'ordre de Frédégonde. Le palais de Vitry devint un château-fort.
pénétra avec une armée dans le cœur de la France en 1 544 ; Henri II , François II , Catherine de Médicis , Charles IX et Henri IV habitèrent Villers-Cotterets.
Arrêtons maintenant nos regards sur les nombreux châteaux - forts dont le sol de la vieille Picardie fut parsemé. Les villœ ou maisons fiscales qui s'élevèrent pendant la période de la première race franke n'étaient point fortifiées ; placées sur le bord des rivières , auprès des cités, un simple mur ou quelques palissades formaient leur seule défense. Mais les désordres
des invasions et les pillages (ju'ellcs entraînaient ne tardèrent pas à dicter des précautions de sûreté. On s'entoura de fossés ; on éleva des remparts ; les plaines et les bords des rivières furent abandonnés; on se réfugia sur les hauteurs. L'occupation romaine avait laissé quelques forteresses; on les mit en état de soutenir une attaque. Toutefois ces moyens de défense durent être peu multipliés d'abord , si l'on en juge par la facilité avec laquelle les Normands ravagèrent la Picardie dans le cours du dixième siècle.
Les châteaux de Montoire ' et de Ruminghem % la tour de Sangatte , celle de Guînes ^ , le château de Montreuil *, la tour d'Ordre et la forteresse du Châtillon,
' {Montorium Castrum seu Promontorium.) On affirme que sa fondation datait de l'époque de Jules César. La forteresse de Montoire appartint aux comtes de Guînes et fut souvent assiégée et prise pendant les guerres du mo3'en-âge. Le duc de Vendôme la Gt démolir en 1542. On en voit quelques vestiges.
• Construction romaine du IV' siècle, assiégée et prise par les Bourguignons en 4489 et rasée en 4639 par les troupes françaises que le maréchal de la Meilleraye commandait.
" Construite vers la fin du IV siècle. Buinée par les Normands, elle fut réparée par les comtes de Guînes. On avait adossé des fortifications considérables à cette tour. Philippe-Auguste s'empara du château de Guînes en 1200. Il ne reste que quelques vestiges de cette forteresse, long-temps occupée par les Anglais au moyen-âge, et que Froissart appelle » le fort et beau chasteau de Ghines, qui est un des plus ') beaux chasteaux du monde. »
'* Un château existait déjà à Montreuil, lorsque les Romains envahirent la contrée; il fut assiégé, pris et fortifié par César. On l'appelait alors fira^aw; il eut plus tard le nom de JVimaw, fViviux ou fVimacum. Au IX'^ siècle, Helgaud, comte de Boulogne, fit élever dans le voisinage du château une enceinte de murailles défendue par des tours. Montreuil eut ensuite une citadelle dont les constructions existent encore.
à Boulogne , étaient des constructions romaines. Des remparts et trois rangs de fosses entouraient la tour DE Sangatte dont les anciens historiens ne parlent qu'avec admiration. Voici ce qu'en dit Lambert d'Ardres, dans sa chronique des comtes de Guines : Armiferam turrini , et cœlo contiguam , quis nesciat apud Sangattam. La forteresse de Rorichove que Baudouin II , comte de Guînes , fit élever à la fin du douzième siècle remplaça la tour de Sangatte détruite par les Normands en 882 '.
La tour d'Ordre de Boulogne est célèbre ; elle datait de l'an 38 de l'ère chrétienne et fut construite par l'ordre de Caligula. « Ce prince — dit le savant n dom Montfaucon — qui entre autres mauvaises qua- )) litez avoit une vanité qui alloit jusqu'à la folie , fit » ranger son armée en bataille sur les bords de l'O- » céan ; il fit dresser ses ballistes et ses machines, )) comme pour attaquer une armée. Personne ne pou- » voit s'imaginer quelle expédition il vouloit faire sur » le rivage , où il ne paroissoit pas un ennemi. Il » commanda tout d'un coup que tous se missent à ra- » masser des coquilles , que chacun en remplît son » casque et son sein, disant que c'étoient des dépouilles » dignes du Capitole et du Mont-Palatin.. Et voulant
' La foileresse de Rorichove, ou château de Sangalle, engagée par Baudouin de Sangatte pour la rançon du roi Jean, tomba plus tard au pouvoir des Anglais et fut détruite par les Français vers le milieu du XV' siècle ( Monstrelet.) Il en reste encore des vestiges.
» laisser une marque de sa victoire, il fit bâtir une » très-haute tour pour servir de phare et guider, par » les feux qu'on y mettroit , les vaisseaux qui alloient )) sur la mer voisine ' ». Dans l'année 811, Kvirle-le- Grand fit réparer la tour d'Ordre et la forteresse du Chatillon , qui défendait le port de Boulogne , et que César, dit-on, avait fait construire".
Les anciens historiens nous représentent comme une forteresse inexpugnable la tour construite à Amiens par les Romains ; Turris excelsa multis propugnaculis et mœnibiis adeo munita est ineœpugnahilis videretur, dit Surius, dans sa vie de St-Geoffroy. Cette tour, à laquelle on adossa plus tard des constructions fortifiées, reçut le nom de Château d'Amiens. On ne s'accorde pas sur l'époque précise de sa fondation ; les uns la
'■ « Et indicium victoriœ altissimam turrim excitavit : ex qua , ut ex pharo 1) noctibus ad rcycndas navium cursits iynes emicarent. » (Scétoise )
n La totir d'Ordre fui bâlie sur le promontoire ou sur la falaise qui coniman- » doit au port de la ville. Elle ctoit oclogone; son circuit avoit environ 200 pieds )) et son diamètre 66. Elle avoit douze enliblemenls ou galleries... On l'appeloit » depuis plusieurs siècles Turris Ordans. L'auteur de la vie de St-Folqiiin l'ap- ') pelle Plianis Ordrans ; mais Ordrans paroit là une légère corruption iVOrdan.i. » Les Boulonnois l'appeloienl la. Tour d'Ordre. Plusieurs croient, avec assez d'ap- » parence, que Turris Ordans ou Ordcnsis s'étoit fait de Turris Ardcns, la Tour )) Ardente ; ce qui convenoit parfaitement à une tour où le feu paroissoit toutes les
» nuits. Les Anslais, après avoir pris Boulogne, firent bâtir autour du pbare en
1) 1545 un petit fort avec des tours; en sorte que le phare faisoil comme ledongeon » de la forteresse. . . Comme ii n'y a point d'ouvrage fait par la main des hommes u qui ne périsse enfin, l'an 4044 et le 29 de juillet, la tour et la forteresse tonibè- » rent tout d'un coup en plein midi. » {V Antiquité expliquée, par dom IMont-
TAUCON. )
* Elle fut rebâtie en 1545 par Gaspard de Chatillon et détruite en 4550.
l'ont lomoiilcr à César ; (raulrcs la placent au temps d'Agrippa, gendre dWuguste. Il est constant , toutefois, que la tour d'Amiens existait dès les premières années du quatrième siècle ; car les actes du martyre de St-Firmin font foi que cet apôtre fut décapité dans les prisons souterraines pratiquées par les Uomains dans la forteresse d'Amiens.
Un grand nombre de châteaux-forts s'étaient élevés en Picardie dès la fin du neuvième siècle ; mais en donnant aux peuples, qui redoutaient des invasions nouvelles, de justes motifs de sécurité, ces points fortifiés assurèrent l'impunité à leurs possesseurs et aux nombreux soldats qu'on eut soin d'y entretenir. Ceuxci faisaient des courses, pillaient les habitants, rançonnaient les voyageurs et ne tenaient nul compte de la loi du pays. L'attrait de l'indépendance multiplia à la fois les châteaux-forts et le nombre des hommes d'armes; bien souvent ces derniers ne vécurent que de rapines ; et le mal devint si grand , pendant le règne de Karle-le-Chauve , qu'il fallut jeter l'interdit sur les châteaux-forts qui s'élevaient de toutes parts, menaçant à la fois les peuples et la royauté. « Nous » voulons et ordonnons expressément — dit le capitun laire de 864 — que quiconque, dans ces derniers )) temps , aura fait construire sans notre aveu des châ- » teaux , des fortifications et des haies (haias)^ les fasse ■>•> entièrement démolir d'ici aux kalendes d'août,- atîî tendu que les voisins et habitants des environs ont » à souffrir de là beaucoup de gêne et de déprédations.
» Et si quelques-uns se refusent à démolir ces chà- » teaux , que les comtes dans les comtés desquels ils » ont été construits , les fassent démolir eux-mêmes. •>•>
Que pouvaient alors les injonctions de Karle-le- Chauve ! Déjà le système féodal apparaissait ; ces châteaux qu'il s'agissait de détruire se peuplaient de soldats aguerris. Une noblesse, toujours prête à combattre, à laquelle nos rois eux-mêmes demanderaient plus tard assistance, allait bientôt exercer dans tous les manoirs une autorité presque souveraine. « La fable de » Deucalion — dit M. de Sismondi — sembla pour la » seconde fois recevoir une explication allégorique. La » France , en autorisant l'édification des forteresses , » sema des pierres sur ses jachères et il en sortit des » hommes armés. »
Les premiers châteaux-forts qu'éleva la féodalité se composèrent d'une cour basse et d'une seconde enceinte renfermant une tour ou un donjon \ Quelquefois une seule tour formait toute la forteresse. Sa construction n'avait rien encore de l'élégante architecture des siècles qui suivirent. Le soin de la sûreté en fit les seuls frais. On choisissait des lieux écartés ; et des roches escarpées servirent de bases à ces châteaux. Bientôt , les Ailles eurent aussi leurs forteresses ; les abbayes , les églises furent entourées de remparts ; on adossa des tours à leurs murailles. On peut juger du développe-
' ( Cours d" antiquités Montimeiilulcs par M. de CIaumoisi. )
ment que prit la construction des forteresses par ce que nous en apprend Le Carpentier, dans sa chronique du Cambrcsis. « On pouvoit — dit cet historien )) — conter en ce pays plus de quatre-vingts dongeons n et plus de six cens maisons de défense , comme de » petits châteaux , très-bien murrés et fortifiés. »
La Picardie et l'Artois curent aussi beaucoup de châteaux-forts ; il ne reste aucun vestige du plus grand nombre '. Pris et repris, pendant l'invasion anglaise,