LXXXIV. Lettre du général Duhesme au même
du ^février 1807.
Monsieur,
J'ai lieu d'être surpris du refus que vous avez fait de fournir les hommes qui vous ont été demandés par le commandement françois à Portod'Anzo pour renforcer deux postes qui avoient |>eaoin de l'être, et de recevoir les ordres et les consignes qu'il avoit donnés pour les autires postes ou tourâ où sont vos soldats.
Vous voudrez bien. Monsieur, à l'avenir obéir aux ordres du commandant françois en tout ce qai a rapport à la sûreté de la place. Cet officier ayant, comme dans toutes les autres places des Etats ro-
f =85 ) mains, l'autorité supérieure, nn refus. Monsieur, qui auroit pour but de contrarier l'autorité Françoise dans les mesures qu'elle prend pour la sûreté de l'armée, me forceroit à vous faire remplacer pour votre personne.
Jai l'honneur de vous saluer.
Rome, le 9 févr. 1807.
DUULSME.
IJtXXT. Lettre du cardinal Casoni adressée, le ai février 1807, au capitaine Pitone.
Des apparlemens dii^Juîrinal, le ai février 1807.
J'ai reçu , par un dragon , votre lettre du 20 de ice mois, par laquelle vous me communiquez le ^papier que le commandant françoisZannetti vous remis. La conscience d'avoir exécuté avec un 'zèle fort louable les ordres qui vous «voient été -donnés au nom de voire souverain, doit vous jçansoler du dégoût que peut vous avoir causé le ■eproche qui vous a été fuit par le susdit com- ^inandant. Quel que soit le contenu du rapport de cet officier, je dois supposer que, par suite de la plainte que j'ai faite à l'ambassadeur de France, le général Duhesme connoît déjà les seulimens du Saint-Père, qui ne pourra jamais permettre dans ses états l'exécution du décret connu , lequel ordonne des actes contraires à la neutralité que le Saint-Père a adoptée, et qu'il veut maintenir.
LXXXVI. Lettre du même au gouverneur de Terracine, du iS février 1807.
Des apparlemens du palais Quirînal, le 18 février 1807*
S. S. a adopté et constamment maintenu dans ses états la neutralité la plus stricte. La nomination de deux députés chargés de procéder à la visite des bâtimens qui entrent dans nos ports, pour constater s'ils sont chargés de marchandises angloises , seroit un acte contraire à cette neutralité que le Saint-Père veut absolument conserver. £n conséquence de ces principes il ordonne à V. SM de s'abstenir de toute élection desdits négocians.
Telle est ma réponse à la lettre de V. S.*®, du i4. courant. En attendant, etc.
Philippe cardinal Cascwi.
LXXXVII. Lettre du même à Mgr. p^idoniy gou^ verneur dAncone^ du 2\ février 1807.
Des apparlemens du Quirinal ^ le 21 février 1807.
. Comme les commandans français prétendent vouloir donner exécution au décret impérial concernant les marchandises angloises , S. S: n'a pas seulement défendu à ses représentans. d'y prendre aucune part quelconque ; mais EUle m'a aussi ordonné d'adresser à l'ambassadeur de France
(287) •bne note dont la copie est ci-joïnte. Quoique je jj^is bien sûr que la vigilance de V. S. III us- .trissime ne permettra pas l'exécution du décret jnr la côte de la mer Adriiitique, néannroins j'ai aussi dû faire mention dans la note des .ordres donnés par les conitnandans de cette côte. De tout quoi j'ai voulu instruire V, S. III., etc.
Philippe cardinal Cksohi.
ïiXXXVIII. Note du cardinal Casoni adressée^ le iS février i8of , à M. Alquier.
DesappartemensduQuirinal, le 18 février 1807. Le Saint-Père a appris, à sa grande surprise, que les commandans des troupes françoisea sur 'le3 côtes de la mer Adriatique et sur celles de la Méditerranée , ont fait entendre aux commandans des troupes pontificales que, pour assurer l'exécution du décret de S. M. I, et R. publié à Berliu le 9 1 novembre 1806, on soumettra à la visite les charges de tous les bâlimens, sous quelque pavillon qu'ils naviguent, qui viendront dans ces ports, à l'effet de constater, par l'intervention de deux négocians du pays que nommeront les autorités civiles, s'il s'y trouve des denrées ou marchandises angloises ou d'origine angloise, afin que celles qu'on aura reconnues telles soient séquestrées jusqu'aux jugemens qu'en auront prononcés ]es autorités françoises.
S, S. est persuadée que l'application qu'on pré-
tend faire de cet ordre, provient d'un malentendu qui a eu lieu, soit à l'égard du décret impérial lui-même, soit de la circulaire contenant l'ordre de l'exésuter. Elle est convaincue que Y% £jtc.> dans sa haute sagesse, voudra interposer son autorité, afin que MM. les commandans françois se désistent de ces mesures , auxquelles d'ailleurs le Saint-Père ne pourroit adhérer , comme étant trop contraires à ses droits et aux règles de la justice.
Il répugneroit trop évidemment à la droiture du gouvernement françois et aux maximes du droit des gens que les siècles civilisés ont donné à r£urope , et sur lesquelles est basé le décret impérial du 21 novembre 1806, d'étendre l'art. 5 de ce décret qui prohibe le commerce des marchandises angloises et les déclare de bonne prise, jusqu'à vouloir visiter et séquestrer des bâtîmens d'un pavillon quelconque, qui sont déjà entrés dans les ports d'un prince neutre. Ce seroit détruire les fondeniens de la liberté et des droits de la souveraineté, ainsi que des droits des peuples qui ne sont p9s en guerre ; ce seroit exercer des acteà de j3omination absolue sur des territoires étrangers.
Bien loin que le décret de S. M. L et R. puisse être pris dans un sens si peu convenable à la justice, il ne peut en avoir qui ne soit analogue aa droit public. autant que celui-ci permet les repré-^ sailles, et au droit de capturer les bâtimens ennemis qui sont rencontrés dans la haute mer ou qui abordent dans des lieux soumis aux lois
rfrançoîses , ou des nations qui font cause commune ! Bvec la France. Il seroit donc mal à propos ap pliqué aux ports où les troupes françoises se trou- Tent par simple mesure de sûreté, et où le gouvernement françois reconnoît l'existence et les droits d'un autre souverain vivant en paix.
Si ces vérités (^montrent qu'on feroit tort à la justice du décret impérial, en l'appliquant aux porta de l'Etat ecclésiastique, il est aussi prouvé ^ue celte application ne peut avoir été ordonnée par la circulaire de S. A. I, le vice-roi d'Italie , dont les sentimens d'équité et de droiture sont connus au Saint-Père. La transmission de cet ordre aux commandans françois dans le littoral pontifical de la Méditerranée ne peut avoir eu lieu que par une inadvertance des expétlilionfiaires. Le décret, et par conséquent l'ordre qui ■ en commande l'exécution , se rapportent seulement aux lieux occupés par les troupes françoises; mais la simple occupation n'a pas même lieu où les troupes ne se trouvent stationnées que par mesure de sûreté ; elle n'a lieu que dans les endroits où ces troupes ont pu occupera la fois et le territoire et la souveraineté.
V. Exe. est trop éclairée pourne pas sentir combien il seroit irrégulier à la fois et peu conforme aux vrais principes que d'interpréter différemment le décret et l'ordre, et combien, d'un autre côté, le gouvernement pontifical se rendroît responsable d'avoir manqué à la bonne foi du com" ToM. II. ig
( «9^ ) merce, si^ par une adhésion aux mesures prescrites parles commandans François , il exposoit le^négocians à une visite, et peut<étre à une confiscation qu'ils ne pou voient pas craindre en se rendant dans un port neutre; enfin combien une pareille adhésion seroit opposée à Tétat pacifique doqt ses devoirs ne permettent pas a^ Saint-Père de se départir.
Le soussigné ne doute donc pas que Y. Exç. ré* pondant à cette confiance que le Saint-Père place en sa droiture et son esprit de conciliation , ne fasse en sorte que les commandans françois se désistent de la réquisition faite aux commandans pontificaux ; y. Exe. ne pourra en même temps que relever une autre irrégularité qu'on a commise en se mettant immédiatement en rapport avec la force militaire 9 sans en avoir préalablement donné cornmunication au gouvernement.
Je profite de cette occasion , etc.
Philippe cardinal Casonî.
LXXXIX. Dépêche du cardinal Casoni adressée y, le iS février 1807, au cardinal Caprara,.à Paris.
Des appartemens da Qiririnal, le 18 février 1807.
V. Em. verra, parla copie ci-jointe d'une note que j'adresse aujourd'hui à l'ambassadeur de France ^ les mesures violatrices des droits du goayiârnement que les commandans françois ont
( =91 ) piises. S. S. ne peut loléier l'exécution de pareilles mesures, tant parce qu'elles coniproinettent soa sysièiiie pacifique, que parce qu'elles sont souverainement préjudiciables au commerce de l'État. J<e Sainl-Père charge V. Ern. de faire à Paris des démarches correspondantes pour faire cesser Ja tentalive d'exécaler un décret qui ne peut , sous ^ucun rapport, concerner l'Etal ponliGcal. En exé^ culant cet ordre, je lui baiae les mains, etc.
Philippe cardinal Casoni.
■ Une grande solennité, qui eut lieu lea4 mai 1807 à l'occasion de la canonisation de cinq nouveaux saints, donna lieu, de la part des militaires fran-' çois, à un acte qui scandalisa beaucoup et le Saint- Père et le peuple de Rome. L'adjudant-général Ramel, probahlement par ignorance des convenances plutôt que dans le dessein d'offenser la cour pontificale, se fit accompagner, depuis le palais Allieri, où il logeoit, jusqu'à l'église du Vatican, ce qui fait une distance considérable, par un détachement de dragons François armés et ayant le sabre à la main, et retourna, avec le même appareil de force armée de l'église chez lui, en traversant une grande foule de peuple que la fêle avoit attirée. Le Saint-Père, vivement affecté de cet outrage fait à sa dignité > Et écrire lanote suivante.
HKCNote da cardinalCasoni adressée,le25matt8oS. à 3r. Âlquier.
Des appartemens du Quirinal, le 25 mai
S. S. n'a pas été moins surprise qu'indignée de la conduite qu'a tenue le sieur Ramel, adjudantcommandant, dans la matinée de dimanche passé. Il s'est permis de faire placer devant le palais Altieri, où il loge, environ vingt-quatre dragons, ayant un officier à leur tète; ces soldats, ayant le sabre à la main , environnèrent sa voiture qui traversa une grande partie de la ville pour se rendre à l'église du Vatican, où cet appareil de force armée l'accompagna; il s'en retourna de même au milieu d'un peuple nombreux que l'auguste cérémonie du jour avoit attiré.
Cet attentat réprouvé par le droit des gens, et qui est une usurpation des droits et des prérogatives du souverain, ayant été commis sous les yeux du Saint-Père et avec la plus grande publicité, S. S. ïe regarde comme un outrage fait à son double caractère de prince et de souverain pontife. Elle le regarde aussi comme une infraction de la convention solennelle confirmée par S. Em. le cardinal Fescb, prédécesseur de V. Esc, moyennant une note ministérielle du 3 décembre i8o5. Cette convention statue que les trou pes françoises, arrivant aux environs de Rome, feront le tour de la ville, et qu'aucun soldat armé n'y entrera jamais.
M. l'adjudant- commandant n'a d(^ pu se per-
mettre une violation si manifeste des droits de là souveraineté et d'une convention solennelle , sans s'écarter encore des intentions amicales de son gouvernement et sans en transgresser les ordres d'une manière qui n'admet pas d'escuse. Ce gouvernement, bien loin de l'autorisera de pareils actes, qui seroient contraires aux principes de la justice et de la loyauté qu'il professe, lui a défendu même de résider à Rome , en lui assignant son poste à Civita-Vecchia.
Moins le Saint-Père devoit , après tou t ce qui est arrivé et d'après les maximes professées par le gouvernement françois lui-même, s'attendre, de la part de M, l'adjudant-commandant, à une conduite qu'aucun des généraux qui l'ont précédé, ne s'étoit jamais permise, plus il en a été peiné et offensé.
Le Saint-Père n'a pu voir dans cette ostentation que l'intention d'insulter gratuitement à sa dignité età l'opinion du peuple , au risque de compromettre la tranquillité publique et de troubler l'harmonie et les égards hospitaliers que le gouvernement et le peuple lui-même montrent aux troupes françoises.
S. S. est persuadée que ces réflexions causeront à V. Exe. et à son gouvernement un mécontentement égal à la gravité de rinjure et au vif chagrin qu'elle a fait éprouver au Saint-Père. Les senlimens de droiture et de justice qui sont inliérena an caractère de V. Exe. et qui correspondent à la
grandear du gouvernement qu'ElIe représente, eil sont les plus sûr5 garans.
Le Saint «Père a^ en conséquence, ordonné au soussigné de requérir d'abord Y. £xc. en son nom avec franchise et confiance> de faire sortir de Rome, conformément aux principes convenus^ les soldats françois qui ont trouvé moyen de s'y introduire en armes.
Il a de plus ordonné au même de faire connoître à V. Exe. que, conformément à ladite convention, on vient de donner aux troupe^ pontificales l'ordre de défendre dorénavant aux soldats françois en armes l'entrée de la ville, de fermer en conséquence les portes à ceux qui s'y présenteroient ; en cas qu'ils voulussent opposer la force à l'exécution de ces ordres, le Saint-Père déclare qu'il considéreroitune telle tentative comme un abus d'autorité et comme un acte de violence particulier contre la convention existante et cqntre la volonté du gouvernement françois, rendant le sieur Ramel responsable de toutes lea conséquences qui pourvoient en résulter.
Le Saint-Père est persuadé que, si l'action de M. Ramel est représentée dans son vrai jour à Y, Exe et à son gouvernement, elle sera regardée comme un excès et comme un acte arbitraire digne de la plus sérieuse désappi^bation. Il ne doute pas que les réclamations de Y. Exe. ne fassent prendre au gouvernement les mesures qui sont né' cessaires, non seulement pour donner à S, S. uuq
ïeparatioti conforme à l'outrage qn'EIle a reçu , mais aussi pour empêcher qu'à l'avenir ni cet oflîuier ni quelqu'un de ceux qui se trouvent sous ses ordres, ne se permettent des actes si arbitraires, ai contraires à l'harmonie qui règne entre les deux gouvernemens , si obversive des droits que les souverains doivent respecter réciproquement, ainsi que des conventions qui doivent être sacrées. Le soussigné saisit, etc.
Philippe cardi/ial Casoisx.
Voici la réponse que M. Alquier donna à cette pçiûte.
jLCl. Note de M. Alquier adressée , le 5o mai 1807, au cardinal-secrétaire d^état.
Monseigneur ,
- J'ai été informé, par îa note de V. Em. , qu'on accusoit M, l'adjudant-comtnandant Ramel d'avoir déployé un appareil militaire lorsqu'il se rendoit à Saint-Pierre, le jour où S. S. y a célébré solenïieilement. J'ai communiqué, Monseigneur, à M, Ramel, les plaintes de S. S., et je suis heureux de pouvoir vous annoncer que cet officier supérieur en a ressenti le plus vif regret. Le récit de M. l'adjadant-couimandaiit dlflîère, dans plusieurs
reçu . r
circonstances essentielles , des faits énoncés dans voire note du 27, et il paroît vraisemblable que V. Eui. n'a peut-être pas été bien informée. Je dois d'ailleurs ce témoignage à M. flamel , qui, de lui-même, et sans être pressé, a proposé d'écrire à V. Ehi. pour La prier d'assurer S. S. de la peine qu'il avoit éprouvée en ap^irenant qu'on avoit pu lui supposer des intentions qu'assurément il n'a pas eues. Cet officier m'a parlé avec tant de franchise et de loyauté, quejen'hésile pas à rae rendre garant auprès du souverain pontife de la sincérité des regrets que sa lettre vous a. exprimés.
Je prie d'ailleurs V. Em. d'observer que , s'il y a eu quelques légers reprocbesà faire à M. RameJ> il en est parfaitement justifié par l'ignorance complète dans laquelle il étoit de la convention signée au nom de S. M. l'empereur et roi par M. le cardinal Fesch.
Il n'existe pas dans ce moment un seul soldat françois armé dans la ville de Rome, et le commandant de la division est fixé à Civita-Vecchia. Les ordres de S. A. ï. Mgr. le vice-roi d'Italie, transmis par M. le général Charpentier, sont si formels à cet égard, qu'il n'y a aucune violation à redouter. Conformément à la convention stipulée entre les deux puissances, les troupes ne traverseront point )a ville de Kome ; et si quelque cas extraordinaire pouvoit rendre une pareille mesure nécessaire, on se conformeroit à ce qui s'est déjà pratiqué entre le ministre du Saint-Siège et moi ; j'auroift
l'honneur d'en prévenir V. Ein., je lui demanderois une autorisation spéciale, et je puis assez compter sur les bontés de S. S. pour être sûr qu'elle me l'accordecoit sans difficulté.
Après avoir élahli officiellement. Monseigneur, cette reconnoiasance des principes de la convention, permettez-moi de vous repi'ésenler l'inutilité, et même l'inconvenance très-grave de la consigne donnée aux différens postes de fermer les portes de Rome, si une troupe françoise s'y présentoit pour traverser Ja ville. N'est-il pas à craindre qu'un ordre aussi important que délicat,' dont l'exécution sera nécessairement confiée à des BOUS-ofËciers peu întclligens, ne donne lieu à des événemens très - fâcheux ? V. Em. a-t-elle bien prévu tous les inconvéniens qui peuvent résulter d'un pareil refus fait peut-^tre avec dureté, avec grossièreté , et qui , produisant des menaces de part et d'autre, peut occasionner des violences dont il est Impossible de calculer les suites?
La consigne contre laquelle je réclame tendroiE d'ailleurs à répandre des doutes sur la bonne intelligence qui règne entre les deux gouvernement, et les circonstances actuelles semblent exiger q u'on observe avec plus d'exactitude que jamais toutes les mesures de sagesse et de prudence qui peuvent conserver et accroître cette heureuse conciliation.
Vous ne doutez pas, Monseigneur, de l'intérêt quej'altacUeaumaintiende la tranquillité publique'
(*9») dans rÉtJETt romain, et je vous avoue avec regret que j'aperçoi» des élémens de discorde et de trou^ blés dans l'inconcevable consigne que vous avez donnée. Daignez m'en croire^ ne redoutes pas des violations imaginaires : reposez-vous aveé con* fiance sur la sagesse et l'autorité de S* JL L qui a dèjk donné tant de preuves d'égards et de bienveillance pour S. S. Ne fournissez point de prétexte à^ des divisions qui peuvent entraîner de grands malheurs^ et , je vpus le demande dsans lester mes les plus pressans, obtenez de la sagrase du aouverain pontife la permission de retirer l'ordre violent que vous avez transmis.
Je prie Y. £m. de recevoir Itss assurances de ma plus haute considérations
Rome, le 3o mai 1807.
Alquier*
Par ordre de S. S., le cardinal-secf-ëtaire d'état répliqua à cette note de la manière suivante.
XCn. Note du cardinal- secrétaire d^état adressée , le Z juin 1807, à M. Alquier.
Des appartement da Oturmal, le 5 jaiii 1807J
Le Saint-Père, sous les yeux duquel le secrétaire-d'état a mis la note de V. Exe. du 5o mai, lui a donné l'ordre d'y répondre que^ quelque
( 299 ) |ra.tîsraction que lui aient causée les sentimens île Tiiodératiuu et de loyauté analogues an earacUie de V. Exe. qui y sont exprimés, néanmoins ces mêmes sentimens le portent à faire à V. Esc.
qnelques observations.
Premièrement pour ce qui regarde la conduite ,tenue par M. l'adjudant-commandanl Ramel, le JSiiïïit-Père a vu, avec beaucoup de peine, que V. Exe, pense qu'il aétéraalinformé, elcju'ilapuse plaindre sans s'être au préalable procuré les notions îes plus certaines et les moins équivoques sur le ^ait et les circonstances qui l'ont accompagné, I Toute la multitude que la solennité avoit mise fen mouvement observa que les dragons s'éloient d'abord assemblés au palais Altieri, où M. l'adju- ^ant-com mandant loge, montés non comme pour se mettre enroule, mais en grande tenue ; qu'escorté Ae cette troupe, il sortit du palais , traversa toute Ja grand'rue, se présenta , toujours avec cette escorte ayant le sabre nu , s ur la place de Sainte • Marthe ; qu'ensuite la moitié des dragons retourna ^u quartier, et l'autre moitié accompagna encore Ai, l'adjudant-comniaudant à son retour au logis. Ces faits, dont tout le monde a été témoin , ne peuvent pas être sujets à équivoque, ni exiger
»une plus ample information. Ils ne peuvent s'excuser par quelque prétendu accident survenu par hasard pendant la route et non prévu, ainsi que . M. l'adjudant'commandunt a voulu l'essayer.
Ensuite, en admettant qu'il n'eût pas conuois-
( 5oo )
aance, comme il l'affirme, de la convention faite avec M. le cardinal Fesch , il ne poavoil ignorer au moins que sa manière d'agir étoit, par elle-même, et indépendamment de tout pacte ', illicite , outrageante et souverainement injurieuse aa double caractère de S. S. , principalement dans le moment et dans les circonstances.
Néanmoins le témoignage queV. Exe. rendaux aentimens de M. l'adjudant-commandant, lequel s'estaussi adressé parécritau soussigné, engage S. S. à jeter un voile sur celle affaire, en désirant seulement que V. Exe. sache qu'EIIe s'est déterminée à cet oubli, principalement par la considération personnelle qu'Elle a pour V. Exe. et par la confiance que lui inspirent ses sentimens.
S, S. a aussi été peinée de voir que Tordre de fermer les portes, donné toutefois sans nommer les troupes françoises , mais pour le seul cas où une troupe étrangère et armée quelconque voulût entrer de force dans la ville, ait paru à* V. Exe. violent et de nature à pouvoir produire des in-
l-Convéniens et inspirer des doutes sur la bonne intelligence qui règne entre les deux gouverne-
I mens; enfin qu'Elle y ait aperçu des élémens de
f jiïscorde et de troubles.
Le Saint-Père, rendant justice aux intentions qui ont dicté les expressions de votre note , veut d'abord que V, Exe. soit assurée que ledit ordre a été donne avec la plus grande précaution et réserve.
11 désire ensuite que V. Exe. rappelle à sa mémoire que la confiance du Saint-Père dans les promesses réitérées des généraux françoia de ne ipas faire entrer des soldats armés dans la ville, ainsi que le vouloit la convention, promesses restées sans effet, ne lui a finalement procuré que le chagrin (outre tant de violations) de Tévénetnent désagréable de la matinée du 24 mai , qui ne «croit pas arrivé , si , au lieu de se fier aux parole» ■des généraux, on avoit pluiôt pris le moyen de fermer les portes lorsque des troupes en armes •vouloient entrer dans la ville. Le Saint-Père est -persuadé qu'en réfléchissant à ces choses et à tant ^d'autres réclamations restées sans résultat , V. Exe. «econvaincra que l'ordre en question, donné après vune si longue tolérance, ne sauroit mériter l'éçithète de violent, et que, loin de produire des inconvéniens , il doit au contraire être considéré comme nécessaire pour les prévenir.
■ S. S. désire aussi que V, Exe. veuille hien réfléchir que M. l'adjudant-commandant étant disposé à remplir loyalement sa promesse d'observer la convention , et d'empêcher que des soldats eu armes n'entrent dans Rome , toute ■crainte d'inconvénient qui pourroit résulter de la fermeture des portes disparoît , pourvu qu'il Veuille mettre à l'ordre du jour de sa division la défense d'entrer en armes dans la ville , et lo Saint-Père prie V. Esc. de vouloir bien s'employer pour qu'il le fasse*
( 5oa )
Quoique ces réflexions , en démontrant quo l'ordre donné est très-raisonnable , le dépouillent de tous les inconvéniens qu'on en craignoit ^ néanmoins le Saint-Père veut donner à V. Exe. une nouvelle preuve de sa confiance et dé son désir d'écarter toute occasion qui, quoique à tort, pourroit faire douter de la bonne intelligence qui règne entre les deux gouvernemens. En conséquence, il a permis que la consigne de fermer les portes fût révoquée , et elle l'a déjà été : il rie doute pas de l'exécution exacte de la promesse donnée par M. l'adjudant -commandant, garantie par la note de V. Exe.
Le Saint-Père désire que V. Exe. reconnoisse dans cette résolution les égards qu'il se fait un plaisir de montrer pour ses remontrances , toutes les fois qu'il peut y obtempérer, et sa, satisfaction du zèle que Y. Exe. met à conserver la .bonne harmonie entre les deux'gouvernemenà.
S. S« ne peut toutefois se dispenser de déclarer qu'attachant la plus haute importance à l'inviolabilité de la convention, s'il arrivoit encore (certainement contre les intentions de V. Exe. ) qu'il entrât dans la ville des troupes en armes. Elle se trouveroit dans l'impossibilité de ne pas s'opposer par la suite à une telle violation en faisant fermer les portes, ce qui est le moyen le plus sim^fle et en même tem^s le plus sûr,. après que tous lés autres moyçns auront été insùffîsans pour empêcher que la capitale du christianisme n'éprouve
Celte în)are, à l'ètonnement des |îenples, et contre la volonté de S. M. I. et R. elle-même , ainsi qu'en opposition aux assurances données par son ordre par S. Em. M. le cardinal Fesch.
Au reste, S. S. repoussant cette ci-ainle, s'abandonne à une meilleure esi^érance, et, pleine do confiance en la justice de S- M. 1. et R. et dans les vertus de son ministre , espère ne plus ètro exposée aux injures que jusqu'à présent Elle a souffertes du militaire.
Le soussigné , en faisant connoître à V. Exe, ces sentimens de S. S. , a l'honneur de lui renouveler l'assurance , etc.
Philippe cardinal Casouï.
Noua allons terminer cette première partie par un fait antérieur aux événemens qui ont été l'objet des notes que nous venons de rapporter, mais plus important que les avanies que le Saint- Père av oit supportées alors avec U patience d'un chrétien et la dignité d'un souverain.
Vers la fin du mois de décembre i8ofi, alrriva à rimproviste, à Rome, Monsignor Areaao, archevêque de Séleucia, et nonce du pape à la cour de Dresde, il se présenta sur-le-champ chez le Saint-Père, et lui rapporta que Buonaparle, l'iiyant fait appeler à Berlin , lui avoit enjoinlS de so rendre sur-le-champ à Rome, chargé d'une misâion pour S. S. Buonaparte lui avoit déclaré
( 3û4) d'aboï'd qu'il ne lui pemietlroit pina <le résider à
Dresde, d'où il entretenoit, disoiUon, des correspondances avec la Russie. Il se plaignit ensuite, dans les termes les plus forts , du refus réitéré du souverain pontife et du aacré collège d'entrer dans le système fédéral de l'Empire françois, idée qoi s'ètoit fixée dans la lète de ce chef, et qui la domina exclusivement jusqu'à l'époque où un autre système plus extravagant encore , et connu sous le nom de système continental , vint partager avec le premier l'empire de ses facultés morales et intellectuelles. Il déclara, dans cet entretien, à Mgr. Arezzo , qu'il ne vouloit pas que le pape eût un représentant en Russie; qu'il devoit absol ument entrer dans la fédération ; qu'il devoit avoir pour amis et ennemis les (iinis et ennemis de la France; qu'aussi bien , pendan t la guerre actuelle que pendant toutes les guerres futures, il devoit fermer ses ports aux vaisseaux anglois , et défendre aux Anglois de résider dans ses états; que, dans toutes les guerres, il devoit remettre aux troupes françoises ses forteresses pour les défendre. H ajouta que l'Italie entière lui appartenoit par droit de conquête , qu'il succédoit aux droits de Charleraagne, et enfin que si le Saint-Père accédoil à ses de- , mandes, il conserveroit la souveraineté de sea ' états et obtiendroit le remboursement des dépenses qu'il avoit faites pour les troupes franvoises; que, dans le cas contraire, non seulement on ne remt^ourseroit rien au Saint-Père, mais qu'on le dé-
.pouilleroit encore de sa souveraineté, et enlève- '«oit au Saint-Siège son domaine temporel , plaçant à Rome un roi ou un sénateur, ou divisant l'Etat pontifical en duchés, et assignant au pontife de Rome un traitement pour sa subsistance. Il no Xougit pas de- dire encore que si on le poussoit à ("liout, il imiteroit l'exemple de. Charles-Quint, qui tenoit enfermé le pape au château Saint -Auge çt faisoit en même temps faire des prières pour lui. Il termina cet entretien extraordinaire par la demande expresse que le Saint-Père donnât des pleins pouvoirs au cardinal-légat ou au cardinal , Spina, ou bien qu'il envoyât exprès de Rome un cardinal pour traiter aveclui et arranger les aifsires conformément à ses demandes; car, disoit-il, il ftiDt que tout soit terminé au i" février.
,On devine la réponse que Pie VU fit à ces propositions. Ses sentimens sont exprimés dans la lettre suivante écrite par son ordre.
XCIII. Lettre de Monsignor Arezzn adressée , au commencement de 1807, d M. de Talleyrand.
Excellence,
Arrivé à Rome vers la fin du mois de décembre,
je me suis fait un devoir empressé d'exécuter avec
la plus grande exactitude la mission dont il a plu
à S. M. I. et R. de me charger pour S. S. Je n'ai
ToM. II ao
( Sof) )
pas laissé ignorer au Saint* Père les demandes de $• M. et l'importance qu'EIle y attache. Je ne ino suis pas permis de lui taire toutes les conséquences qui pourroient résulter d'un refus , ainsi que S. M. m'a voit expressément enjoint de les faire connoître à S. S. J'ai reçu l'ordre de "faire parvenir, par le canal de Y. Exe, à S. M.^ la réponse de S. S. qui est la suivante.
S. S. a vu, avec une peine égale à sa surprise^ qu'après avoir fait connoître à S. M. , par l'organe de ses ministres et de M, le cardinal-légat y ainsi que par diverses lettres écrites de sa propre main | les raisons solides qui lui interdisoient d'adhéreJir aux^emandes qui lui ont été faites > et ne lai per« niettoient d'aucune manière d'embrasser aucun système de fédération ni de se placer en état d'hostilité envers quelque souverain ou nation renfermant dans son sein des catholiques, mais l'obligeoient au contraire à conserver toujours ; autant que cela dépend d'Ëlle , avec soin , aussi bien sa neutralité que son indépendance; S. M. ait pu penser qu'en renouvelant les mêmes demandes, on puisse obtenir de S. S. une réponse différente de celles qu'elle avoit antérieurement données. Comme les mêmes raisons subsistent , et que, résultant des devoirs , du caractère et de la nature de son ministère, elles ne peuvent même jamais changer, le Saint-Père se trouve dans la nécessité de répéter à S. M. qu'il est dans l'impossibilité d'y accéder.
Quant aux conséquences funestes dont, en cas de refus, le Saint-Siège est de nouveau menacé, telles que la perte de ses états et de ]a souveraineté , le Saint-Pèie a vu avec peine qu'on puisse penser que des réflexions de cette nature seroient capables d'ébranler sa constance, de La faire manquer à ses devoirs, et renoncer à ses principes dont aucune considération humaine ne peut jamais l'engager à se départir. Il a remis sa causo' entre les mains de Dieu ; et, se reposant sur la protection divine, il attendra avec résignation et calme tout ce qui est écrit dans les décrets de la Providence. Toutefois il ne perdra pas l'espoir, que la justice et la religion de S. M., ainsi qua le souvenir des preuves d'affection qu'il lui a constamment données dans les choses qui liiî étoient possibles , parleront au cœur de S. M. et l'engageront non seulement à se désister des demandes annoncées, mais aussi à faire cesser les calamités qui pèsent sur son état, et toutes les mesures qui peuvent compromettre sa neutralité et son indépendance.
En rapportant, par ordre exprès de S. S., lea sentimens exprimés ci-dessus, pour qu'ils soient portés à la connoissancej de S. M. I. et R,, j'ai l'honneur d'être, etc.
AOEZzOj archevêque de Séleucici.
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