ESPÈCES
Pression ,
en centimètres de mercure.
Eau refoulée ,
Durée de
A l’origine.
A la fin.
en c c.
l’expérience?
I Espèces sécrétant de la gomme.
Tirera 2^lcitypTiylla
Sparmannia tuherosa . . .
2 jours. Il
Tradescantia Warscewiczii
id. Il
Abutilon malvæflorum. . .
28 heures"!
II Espèce à suc laiteux.
Ficus aspera
2 jours.l
Il est à peine besoin de dire que dans ces expériences les feuilles ne montraient ni injection , ni excrétion de gouttelettes liquides, bien que, en pieds enracinés et placés sous des cloches de verre , le Tradescantia Warscewiczii , par exemple , se couvre ordinairement d’une exsudation abondante.
Le cas d’une occlusion aussi parfaite est toutefois exceptionnel; chez la grande majorité des plantes soumises à l’épreuve en j
question, M. Moll réussit à injecter de l’eau dans les branches.
Si maintenant on rapproche ces résultats, d’une part de ce qui a été dit , dans la section précédente , des phénomènes auxquels nos sucs donnent lieu lorsqu’ils s’écoulent des plaies , d’autre part de l’efficacité que nous avons reconnue à la résine des Conifères pour la préservation du bois dénudé, et enfin des nombreuses observations isolées telles que chacun a probablement
RÉSINEUSES DANS LES PLANTES
eu l’occasion d’en faire à ce sujet, on ne pourra guère se refuser à admettre que tous ces sucs ne fournissent , aux tissus mis à découvert par des lésions, une protection contre les injures du monde extérieur.
Or il est facile de comprendre l’intérêt extrême d’une semblable protection. D’un côté, en effet, on sait combien sont innombrables, — surtout parmi les insectes, les mollusques et les vers, mais aussi, pour les grandes espèces végétales, parmi les rongeurs et autres groupes de taille plus ou moins forte , — les ennemis qui menacent incessamment les plantes , et comment ces animaux attaquent de préférence les organes dans lesquels sont accumulées le plus de matières nutritives et qui ont par conséquent le plus d’importance pour l’entretien de la vie de la plante. D’un autre côté', je rappellerai que partout flottent dans l’atmosphère des germes de corruption et de putréfaction, qui se déposent sur tous les tissus dénudés et de là étendent successivement leurs ravages. Même parmi les spores des vrais parasites, on pourrait sans peine citer des exemples d’espèces qui trouvent plus de facilité à se nicher sur des plaies découvertes qu’à pénétrer dans l’intérieur à travers les téguments intacts. En un mot, il n’y a aucun doute que des lésions ne se produisent très fréquemment dans le règne végétal et ne soient, à la longue, nuisibles au plus haut degré. Eien de surprenant, dès lors, si une foule de plantes possèdent les moyens de se mettre, autant que possible, à l’abri de ces inconvénients.
Avant de finir, qu’il me soit permis de présenter encore quelques remarques au sujet de la fonction que j’attribue à la résine, à la gomme, au suc laiteux et aux matières analogues pour l’occlusion des plaies, et notamment de dire quelques mots du rapport existant entre ce phénomène et l’occlusion des plaies par le liège de formation traumatique.
Quand on parle de la guérison des blessures , il faut distinguer, en général, deux choses essentiellement différentes. La guérison
proprement dite résulte toujours de formations nouvelles, qui ont lieu au sein même des tissus dénudés. Mais , dans la pratique , on entend ordinairement, par le mot guérir, appliquer un traitement qui doit déterminer , ou du moins favoriser , la fermeture des plaies. Très communément , en effet , des influences extérieures , en occasionnant la pourriture de la surface blessée , troublent et retardent le processus curatif naturel; en pareil cas. Fart peut intervenir et empêcher ces actions perturbatrices.
Or, dans la pratique, le traitement des plaies est borné aux végétaux ligneux, les opérations de ce genre s’excluant d’ellesmêmes chez les plantes herbacées. Chez celles-ci , on se contente ordinairement de veiller à ce que les circonstances soient aussi peu favorables que possible à l’altération et à la pourriture des tissus , ce qui s’obtient principalement en évitant toute humidité surabondante. Quant aux plaies des végétaux ligneux, tout le monde sait qu’elles peuvent être mises à l’abri de la pourriture par des moyens préservatifs. Généralement on a recours soit au goudronnage, soit à l’application d’une couche de mastic à greffer. La première de ces opérations entraîne, il est vrai, la mort des cellules qui viennent en contact immédiat avec le ' goudron , mais , à très peu de distance , les éléments restent vivants et indemnes. Chez les pins, le goudronnage est entièrement superflu, ainsi que nous l’avons déjà mentionné.
L’application d’une couche de goudron ou de mastic sur les plaies des plantes ligneuses procure un double avantage. D’abord , le bois est défendu contre la pourriture. Mais, en second lieu, l’enduit favorise la formation de ces bourrelets caractéristiques qu’on rencontre partout, autour des plaies plus ou moins anciennes, chez les arbres et les arbrisseaux, et qui finissent, souvent après de longues années, par se rejoindre au-dessus de la plaie et par la recouvrir entièrement. Ce processus
est toutefois si lent, qu’il ne peut prévenir l’altération du bois, et celle-ci, une fois commencée, s’étend de plus en plus, même après que la plaie s’est fermée. En l’absence d’un enduit de mastic ou de goudron , ou , s’il s’agit de Conifères ,
RÉSINEUSES DANS LES PLANTES
en l’absence d’un épanchement de résine, l’occlusion des plaies, chez les arbres et les arbrisseaux, reste donc toujours plus ou moins imparfaite.
Si pour les plantes ligneuses il importe tant que les plaies soient mises promptement à couvert de la pourriture, on peut bien admettre qu’une pareille protection doit aussi avoir de l’utilité chez les végétaux herbacés. La circonstance que dans ces cas la pratique s’abstient de toute opération et abandonne à la nature seule le soin de guérir , ne s’oppose en rien à cette induction. Bien au contraire , elle tendrait à faire présumer ^ qu’une protection artificielle est superflue chez ces plantes, en d’autres termes, que la nature elle-même y a pourvu, là où c’était nécessaire. Or, sachant que chez beaucoup d’espèces les plaies donnent issue a des sucs , qui à l’air se transforment en un revetement continu , nous sommes bien forcés de voir dans ces sucs les agents préservateurs cherchés. Par cette voie aussi, nous arrivons donc à la même conclusion.
Revenons encore un instant au processus curatif naturel. Chez les organismes de structure simple, tels, par exemple, que les Thallophytes, les prothalles des Fougères, les Mousses, etc., il arrive simplement, après une lésion, que les cellules restées intactes continuent à vivre et que les cellules blessées meurent ; rarement la perte est réparée par les cellules vivantes. Mais chez les plantes d’une organisation plus élevée, la guérison consiste en ce que, sur la surface blessée, il se forme un tissu particulier , différent du tissu normal ; ordinairement , cette formation nouvelle procède des cellules les plus rapprochées de la plaie. Elle donne naissance ou bien à du liège traumatique, ou bien a du callus. L un et l’autre résultent de segmentations par des cloisons parallèles à la surface. Dans le cas du liège traumatique, il se produit ainsi une couche, le plus souvent composée d’un petit nombre d’assises de cellules, d’un tissu dont les parois cellulaires s’imprègnent plus tard de matière subéreuse. D’ordinaire, ce nouveau tégument rejoint de tous les côtés le tégument normal et la plaie est alors complètement
Archives Néerlandaises, T. XVII. 6
fermée. Dans le cas seulement où la blessure a atteint des faisceaux vasculaires ou libériens, la jonction n’est pas toujours parfaite, attendu que ces organes sont composés, en entier ou en majeure partie , d’éléments privés de vie et ne prenant aucune part à la formation du liège. Pour ceux-ci , le revêtement par la résine ou par quelque autre exsudation analogue reste souvent pendant longtemps l’unique protection.
Sous le nom de callus, on entend un tissu dont les cellules, généralement grandes , sont à parois minces , et qui se distingue du liège traumatique en ce qu’il s’accroît en dehors de la surface blessée. Dans ce tissu primitivement homogène , il s’opère ordinairement plus tard une différenciation, qui donne lieu, entre autres, à un revêtement de liège traumatique. La formation de callus est donc en quelque sorte une formation indirecte de liège , mais qui ,* sous un rapport important , l’emporte sur la production subéreuse directe ; par le callus , en effet, sont recouverts les organes et les tissus (par ex. le bois et le liber) qui eux-mêmes ne prennent aucune part à la formation nouvelle , de sorte que le tégument subéreux , constitué postérieurement, peut aussi isoler ces parties-là du monde extérieur.
Toutefois, avec l’un et l’autre de ces processus, il se passe un certain temps, souvent assez long, avant que les tissus dénudés ne soient complètement recouverts d’un tégument nouveau. Durant cette période, les sucs laiteux, gommeux ou résineux d’une foule de plantes, en s’épanchant sur les surfaces blessées, les garantissent, à mon avis, de la pourriture et en favorisent ainsi la guérison rapide et complète.