‹ Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles (volume 3)Chapitre 13 sur 107 · LOTS · texte numérisé non relu

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62951644 28 21 49 Emigration très insignifiante.

Relativement à l’action paralysante de la quinine, de l’eucalyptol, de l’acide phénique et de l'acide salicylique (je n’ai pas étudié l’iodoforme) sur les corpuscules blancs du sang, et à l'influence inhibitoire de ces substances sur la diapédèse de ces cellules, mes observations confirment donc pleinement celles de M. Binz. Mais je ne puis partager l’opinion de cet expérimentateur en ce qui concerne la question de savoir si les matières précitées exercent aussi quelque influence sur les paroïs des vaisseaux sanguins modifiés par inflammation. De même que plusieurs autres auteurs, j'ai en général trouvé dans la partie enflammée une accélération du courant sanguin après l'application locale de la quinine, de l’eucalyptol et de l’acide salicylique, et, concurremment, un rétrécissement absolu ou du moins, par rapport à la largeur croissante des artères, relatif des veines. Ces changements dans la circulation ne peuvent guère s’expliquer que par une action locale des susdites matières sur les paroïs des vaisseaux. Et

comme ces changements sont précisément inverses de ceux qu'occasionne la cause inflammatoire, 1l est tout naturel d’admettre que l’extensibilité accrue des parois vasculaires et la résistance plus grande qu’elles opposent par frottement au cours du sang sont plus ou moins diminués par la quinine, leucalyptol, etc. La probabilité penche alors en faveur de l’opinion que la perméabilité accrue des parois vasculaires est également combattue par ces mêmes matières, et que par conséquent la difficulté soulevée, comme on l’a vu plus haut, contre l'assimilation de la diapédèse des leucocytes à un processus de filtration, est purement apparente. A l’appui de cette opinion vient aussi une observation que j'ai pu faire itérativement. Les substances médicamenteuses sus-indiquées réduisent bien à un minimum l’extravasation des corpuscules blancs, mais d'ordinaire ne l’arrêtent pas complètement. Or, les quelques cellules qui durant l'irrigation, ou durant l’action des vapeurs de l’eucalyptol, sortent des vaisseaux se distinguent des leucocytes émigrés dans les circonstances habituelles par l’absence de mouvements amiboïdes. Tout au plus montrentelles des changements de forme extrêmement faibles et lents, et néanmoins elles arrivent au dehors. M. Zahn aussi a appelé l'attention sur ce phénomène !), qui est certes très difficile à expliquer si l’on suppose que l’émigration dépend de mouvements actifs, puisque, dans l’occurrence, les changements de forme sont évidemment incapables d'opérer un déplacement, et encore beaucoup moins une reptation à travers une étroite fissure. L’explication du phénomène ne présente par contre aucune difficulté quand on admet que les cellules sont toujours poussées à travers la paroi vasculaire par la pression, mais que dans le présent cas, à cause de la diminution de perméabilité de la paroi, elles le sont beaucoup plus rarement et plus lentement.

Il ne semble guère possible toutefois d'arriver, avec la gre-

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nouille, à une connaissance plus précise du degré de perméabilité des parois vasculaires. Pour obtenir à cet égard quelque éclaircissement, j'ai jugé utile d’expérimenter sur des animaux plus grands.

Voici le raisonnement qui m'a guidé dans ces expériences. L’exsudation de liquide par les vaisseaux sanguins dépend de la pression du sang et de la perméabilité des parois vasculaires. Sans doute, on ne saurait nier a priori que d’autres facteurs encore puissent jouer un rôle, mais, en fait, cela n’est aucunement démontré jusqu'ici. Quant au degré de l’exsudation de liquide par les vaisseaux, on peut s’en rendre compte, au moins d’une manière approchée, en déterminant la quantité de la lymphe écoulée. C’est ainsi que, depuis les recherches de M. Lassar !), il est connu que la patte d’un chien laisse couler beaucoup plus de lymphe quand cette patte a été amenée à l'état d’inflammation, que lorsqu'elle est dans l’état normal. Si la quinine diminue la perméabilité des parois vasculaires en cas d’inflammation, l'écoulement de la lymphe devra donc diminuer dans la patte irritée , dès que les parois des vaisseaux y seront mises en contact avec la quinine.

Le mieux serait naturellement, ici encore, d’appliquer la quinine localement. Mais je n’ai pas réussi à trouver une méthode permettant de le faire sans apporter dans la circulation du liquide nutritif un trouble notable, qui enlèverait toute valeur à la mesure de l’écoulement de la lymphe. Je fus donc obligé d'introduire l’alcaloïde dans le torrent sanguin , au risque de voir son action sur le muscle cardiaque déterminer un abaissement de la pression du sang, qui empêcherait de juger si une diminution éventuelle du courant lymphatique dépendait d’une diminution de la pression de filtration ou d’une diminution de la perméabilité du filtre, — la paroi du vaisseau. L'expérience montra, toutefois, que ce danger n’était

1) Virchow’s Archiv, T. LXIX, p. 516.

pas grave. Les sels de quinine, introduits dans les voies sanguines, exercent une action sensible sur les parois vasculaires modifiées par la cause inflammatoire, plutôt que sur le muscle cardiaque.

Voici comment les expériences eurent lieu. Chez un chien de forte taille, narcotisé par la morphine et le chloroforme, on provoquait l’inflammation d’une des pattes de derrière, ordinairement en plongeant le pied, après avoir entouré la patte au-dessus du genou d’une ligature élastique, dans de l'eau chaude, jusqu’à ce que les poils commençassent à se détacher; parfois aussi, on déterminait l’inflammation au moyen d’une injection hypodermique de térébenthine. Ensuite, on mettait à découvert la petite veine saphène de cette patte, et dans l’un des vaisseaux lymphatiques accolés à la veine on introduisait un petit tube de verre. Tous les autres lymphatiques étaient autant que possible occlus, à l’aide d’une ligature étreignant le tissu connectif situé à côté de la veine. La lymphe qui découlait goutte à goutte du tube était reçue dans une capsule de platine et pesée à intervalles réguliers ; une seule fois elle fut recueillie dans un verre gradué, et mesurée. Dans quelques expériences, Le pied fut laissé tranquille pendant toute la durée de l’observation. Mais dans d’autres cas, pour faciliter l'écoulement de la lymphe, le pied était, à intervalles réguliers, pétri aussi uniformément que possible (toujours par la même personne). D’autres fois encore, le même but était atteint en attachant le pied, à l’aide d’une couple de fils passés par la peau, à une planchette verticale, à laquelle un moteur hydraulique imprimait régulièrement un mouvement alternatif autour d’un axe vertical. On déterminait aussi la pression du sang, au moyen d’un manomètre relié à l’une des carotides. Lorsque le courant lymphatique avait été mesuré pendant quelque temps, et trouvé constant, on injectait dans l’une des veines jugulaires une solution de bisulfate de quinine à 21%, après quoi on recommençait à déterminer la pression du sang et le débit de lymphe. Pendant toute

la durée de l'expérience , on veillait à ce que le narcotisme du chien fût complet, afin de prévenir les mouvements actifs, qui auraient pu exercer de l'influence sur le courant lymphatique.

I. Chien de 26,1 kilogrammes. Provoqué l’inflammation du pied gauche par l'immersion dans de l’eau à 57° C. Recueilli la lymphe dans une éprouvette graduée. Le pied est laissé tranquille pendant toute l’expérience.

Pression carotidienne.

Lymphe

Temps. L & P écoulée.

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