L. Largeur du crâne , distance entre les points où A et H
se croisent' 135
M. Distance des bosses frontales 67
N. Distance des apophyses mastoïdes 95
O. Hauteur du crâne, depuis le bord antérieur du trou ■
occipital jusqu’au point ou G et H se croisent . . . 121 H
P. Distance des orbites, mesurée entre les pointes des I
processus naso-orbitaires du frontal, sur le prolonge- m
ment de la crête de l’os lacrymal 24 ■
Q. Distance des apophyses zygomatiques des temporaux, ■
mesurée à l’extrémité du bord supérieur de l’orbite . 94 H
R. Distance de la racine du nez au bord alvéolaire delà I
mâchoire supérieure, entre les incisives moyennes. . 65 ■
S. Distance de ce dernier point au bord antérieur du trou H
occipital 99 ■'
Je terminerai cette communication par quelques remarques aux- fl quelles conduisent le cas de scaphocéphalie que je viens de décrire I et ceux qui ont été observés par d’autres. B
En premier lieu , on doit reconnaître , — ce qu’avait déjà soup- I çonné M. Minchin , — que l’anomalie en question n’est pas rare. B A ma connaissance , le nombre des observations recueillies s’élève fl ^ aujourd’hui à 57, savoir; Blumenbach 1 *), Virchow 2 , Minchin 4, jW (
*) MM. Minchin, Turner, von Düben et Macalister pensent que E. Sandifort a été le premier qui ait décrit un crâne scaphocéphale. {Exercitationes acade-
T. ZAAUER. SUR LA SCAPHOCÉPHALIE.
Lacae 3, Schade 1, von Baer 1, Welcker 5, Turner 11, Thur.nam 9, von Düben 7, Forster 1, Davis 7, Macalister2, Calori 2, Zaaijer 1. Dans ce nombre, il y a au moins 12 cas où l’anomSilic a été observée pendant la vie.
Il est ensuite hors de doute, aujourd’hui, que la dififormité est congénitale.
Relativement au garçon de 13 ans, observé par M. Minchin on trouve noté que: „la forme de la tête avait été, dés. la première période de la vie, un sujet d’étonnement et de plaisanteries pour les voisins.’'
Le jeune Ecossais, cité par M. Turner, vint au monde par un
accouchement laborieux, et la forme étrange de sa tête attira de suite l’attention.
Les trois personnes, chez qui la difformité fut constatée par M. von Düben, l’apportèrent toutes les trois en naissant
Chez un enfant de 13 jours, dont le crâne a été décrit par M. Forster, la carène, — car on ne peut guère interpréter autrement la crête osseuse mentionnée dans la description — pouvait être sentie à travers la peau.
Un enfant de 7 mois présentait avec tant d’évidence les caractères de la scaphocéphalie, que M. Davis, qui l’examina, déclaré que la mère se trompait en affirmant que les sutures étaient ouvertes au moment de la naissance.
L homme à scaphocéphalie très accentuée, cité par M. Calori possédait! déjà a» monde une tête longue et étroite.
micae. Liber II, 1785, pag. 13 et Muséum anatomicum, 1, 1793, no XV Ossa morbosa. pag. 134). Cette opinion est toutefois erronée, comme Ven ai IcqX
eLorT^TLdl”’'/'*' “question, lequel se trouve
decelleVè ’ u “ anatomique. La forme s eloivne tout àfait
Îil I distinctes,
r ne e la vo"r^ ^ dé
du crâne uni sont
crâne qui sont très minces et très légers, on voit des signes d’usure droc^ri ® l’amphation pathologique du contenu du crâne (hy-
pa ticulante que cette piece ait en commun avec les crânes scaphocéphales.
T. ZAAIJER. SUR LA SCAPHOCÉPHALIE.
Dans tous les cas où Tobservation a eu lieu à un âge très peu avancé ou même immédiatement après la naissance, Tanomalie était déjà parfaitement reconnaissable. Pour ces cas-là du moins, la conclusion ci-dessus énoncée est donc à Tabri de toute contestation , et , en tenant compte de la grande analogie qui existe entre ces crânes et les autres crânes scaphocéphales , on est fondé à Tadmettre pour tous les cas indistinctement.
La question du mode de production de cette forme particulière du crâne a été résolue de deux manières différentes.
D'après la première opinion, émise d'abord par M. Minchin, défendue par M. von Baer et adoptée par M. Lucae , il n'y aurait à l'origine qu'un seul point d'ossification pour les deux pariétaux.
L’argument essentiel qu'on donne à l'appui de cette manière de voir, c'est qu'on trouverait des lignes d'ossification allant en rayonnant à partir de la suture sagittale. Les figures de M. Minchin sont trop incomplètes pour qu'on puisse se former, à cet égard, une opinion précise. M. Macalister toutefois, en examinant un des crânes décrits par M. Minchin, s'est assuré de la réalité du caractère signalé. Le crâne de momie égyptienne , mentionné par M. Turner, a aussi un aspect un peu rayonné dans la région de la suture sagittale. M. Davis a vu sur le crâne de Clothfair „ quelques faibles traces d'une apparence de radiation autour d'un point central mais les autres crânes à suture sagittale oblitérée, qu'il a eu l’occasion d’examiner, ne montraient aucun vestige d'une pareille disposition. Sur le crâne étudié par moi on n’en découvre rien non plus.
M. von Baer a encore fait valoir, en faveur de l'unité originelle des pariétaux , la circonstance qu'ils s’avancent sur le domaine de la grande fontanelle. Mais la faiblesse de cet argument a déjà été montrée par M. Welcker. Il n'y a, en effet, aucune raison pour admettre que la même projection en avant ne pourrait se produire avec deux pariétaux séparés à l’origine et soudés de bonne heure.
L’absence des bosses pariétales ne saurait pas non plus être considérée comme une preuve de l'existence d’un pariétal unique ,
T, ZAAIJER. SUR LA SCAPHOCÉPHALIE.
car elles font défaut sur une foule de crânes possédant incontes tablement deux pariétaux distincts. Des crânes de fœtus de 6—7 mois m’ont déjà offert de grandes différences dans le degré de développement de ces bosses ; chez quelques-uns elles sont très proéminentes, presque pointues, chez d’autres elles sont beaucoup moins prononcées. Certains crânes seaphocéphales , en outre, montrent des bosses pariétales (Davis, Macalister). M. Macalister a déterminé pour 31 crânes d’adultes la distance des deux bosses, ainsi que leur position relative; la distance variait entre 178 et 38 mm. Le crâne dans lequel fut rencontrée cette dernière et faible valeur était un vrai scaphocéphale. La bosse pariétale était située 5 fois plus près du bord écailleux que du bord sagittal, et 2 fois plus près du bord postérieur que du bord antérieur. Il résulte donc de ces mesures, que la distance mutuelle et la position relative des bosses sont, l’une et l’autre, loin d’être constantes.
Nous avons déjà vu ci-dessus que M. Welcker et, avant lui, M. Virchow ont expliqué la production de la difformité par la soudure précoce de deux pariétaux primitivement distincts.
Sur deux des crânes examinés par M. Welcker, le Danois de la collection de Gottingen et le n». 515 de la collection de Dresde, existaient encore des traces de la suture sagittale; il s’en trouvé aussi des indications, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, dans le crâne dont j’ai donné la description. Ces restes de suture n’avaient pas échappé àM. Minchin ni à M. von Baer, mais ces deux savants crurent devoir les interpréter comme des lacunes dans l’ossification, comme des suturae mendosae, telles qu’on en voit dans la conque de l’occipital. Des observations postérieures ont rais hors de doute la fausseté de cette opinion. Sous ce rapport les crânes décrits par M. Fbrster et M.Calori ont une grande importance , attendu qu’ils fournissent la preuve positive de l’existence
de la suture sagittale, et par conséquent de l’existence de deux pariétaux.
Dans le premier de ces deux cas, en effet, le tiers antérieur
e 1a suture sagittale fut trouvé complètement oblitéré, tandis que plus en arrière la suture était ouverte. Sur le crâne d’ Antonio ,
T. ZAAIJER. SUR LA SCAPHOCÉPHALIE.
le quart antérieur de la suture sagittale était entièrement ouvert , et dans la partie postérieure on voyait encore des traces de dentelures, ce qui semble indiquer , conformément à l’opinion de M. Calori, qu’ici la soudure ne datait pas encore de longtemps. Dans ce cas, l’oblitération doit donc avoir commencé plus près du milieu, à l’endroit où se trouvent l’éminence et les petites ouvertures, qu’on voit également sur la pièce décrite par moi.
Ces deux crânes sont encore très intéressants comme montrant que la synostose ne débute pas toujours dans la même partie de la suture sagittale, ce qui n’est certainement pas sans influence sur la forme que le crâne acquiert plus tard. A cette occasion, on peut rappeler les observations de M. Welcker concernant l’oblitération de la suture sagittale. M. Welcker partage cette suture en 5 portions, la première joignant la suture coronale, la cinquième la suture lambdoïde. La quatrième portion , qui montre le moins de dentelures et se trouve entre les trous pariétaux , est un peu plus courte que les autres. Chez les crânes normaux , c’est ordinairement dans cette quatrième portion que la suture sagittale s’oblitère le plus et le plus tôt (chez 82 crânes sur 100). On peut donc admettre, sans trop s’aventurer, que chez les crânes scaphocèphales la synostose commencera habituellement dans la partie postérieure de la suture sagittale ; cela est d’ailleurs d’autant plus probable que les restes de la suture se rencontrent presque exclusivement dans la partie antérieure.
Le second argument en faveur de l’opinion de M. Welcker est fourni par l’existence des trous pariétaux dans certains crânes scaphocéphales.
M. Welcker a constaté, sur des crânes de fœtus de 7 — 9 mois, que ces trous proviennent de fentes, qui restent ouvertes entre les rayons osseux dirigés des bosses pariétales vers l’angle lambdoïde. Plusieurs crânes de ce même âge m’ont offert la confirmation de cette observation ; chez d’autres , et même chez des crânes de nouveau-nés, je n’ai trouvé de fente qu’à un seul côté, ou bien je n’en ai pas vu du tout, ce qui est d’accord avec le fait que les trous pariétaux manquent très souvent chez les adultes.
T. ZAAIJER. SUR LA SCAPHOCÉPHALIE.
soit d’un côté, soit des deux côtés à la fois. En examinant une série de crânes d’enfants , d’âge successivement croissant , j’ai vu la fente , du côté tourné vers la suture sagittale , devenir de plus en plus étroite et enfin se fermer , de sorte qu’il ne restait plus que des ouvertures de grandeur très diverse.
La présence des trous pariétaux est donc liée à l’existence d’un bord osseux libre , savoir le bord sagittal du pariétal ; si dans des crânes scaphocéphales on rencontre un ou deux trous pariétaux , ceux-ci fournissent la preuve qu’il y a eu à l’origine deux pariétaux distincts. M. Welcker , , M. Davis et d’autres observateurs ont constaté la présence d’une ou de deux de ces ouvertures dans certains crânes scaphocéphales. Dans notre exemplaire elles font défaut; mais, d’après ce qui précède, cela ne prouve rien contre la séparation originelle des pariétaux.
Il y a encore un point qui mérite d’être pris ici en considération. Les sutures sont de la plus grande importance pour l’accroissement des os ; elles remplissent dans ce phénomène le même rôle qui, pour d’autres parties du squelette, est assigné aux cartilages épiphysaires. Si donc il n’existait primitivement qu’un seulpariétal, et que par conséquent il n’y eût pas de suture sagittale, la croissance en largeur devrait se faire en majeure partie 2iVi\iOxà écailleux des pariétaux; or cela est contredit par les mesures de M. Welcker. D’après ce savant, la conclusion précédente devrait même s’appliquer à la totalité de l’accroissement en largeur ; mais , à mon avis, il faut admettre aussi pour les os crâniens, tout comme pour les autres, une croissance interstitielle.
Je fixerai enfin l’attention sur les os suturaux qui, dans notre c'as de scaphocéphalie , se trouvent aux bords latéraux des pariétaux. Quelque chose d’analogue se voit dans une des figures de M. von Dtiben , mais les os suturaux y sont beaucoup plus grands et occupent tout le bord écailleux. Là où l’ostéogénie marginale n’est pas sufiSsamment active, ces os suturaux se forment quelquefois en très grand nombre, par exemple dans le cas d’hydrocéphale. Chez notre sujet, les os suturaux ne peuvent avoir eu, vu leurs faibles dimensions, qu’une influence assez bornée.
T. ZAAIJER. SUR LA SCAPHOCÉPHALIE.
De ce qui précède , il résulte donc que dans les crânes scapho céphales la suture sagittale existe à Torigine, et qu’elle commence déjà à s’oblitérer avant la naissance. Quant à l’époque de la vie fœtale à laquelle correspond le début du phénomène d’oblitération, il est impossible de la préciser; on ne possède pas d’observation de fœtus avant terme montrant les caractères de la scaphocéphalie. Je regarde comme probable que là soudure totale ou partielle des pariétaux ne peut avoir lieu que dans les derniers mois de la grossesse. M. Welcker a déjà fait remarquer que l’union trop précoce des pariétaux apporterait un trouble profond au développement du cerveau; or, aucun dérangement de ce genre n’a été constaté dans les cas connus.
La synostose précoce de la suture sagittale permet d’expliquer facilement la forme des crânes scaphocéphales , à l’aide de la loi énoncée par M. Virchow Q , suivant laquelle , lorsqu’il y a synostose d’une suture, le développement du crâne est entravé dans la direction perpendiculaire à la suture oblitérée. Près des autres sutures , il s’opère alors un accroissement compensateur. Cette loi ne rend peut-être pas compte de chaque cas particulier, mais , d’une manière générale , elle est incontestablement vraie.
Si nous l’appliquons à notre exemple de scaphocéphalie, nous comprenons pourquoi la voûte crânienne est si étroite , et comment , par l’accroissement compensateur concentré spécialement sur les sutures coronale et lambdoïde , le crâne a pris sa forme allongée. La direction de cette dernière suture, plus horizontale que de coutume , a ici son importance. Grâce à elle , en efiPet , cette suture a perdu presque toute influence sur l’accroissement transversal , et est devenue à peu près exclusivement une suture d’allongement du crâne.
Le fait, que la difformité en question dépend de l’oblitération de la suture sagittale, ne constitue pas nécessairement le terme de nos investigations. Nous pouvons faire un pas de plus et essayer de découvrir les causes capables de déterminer cette synostose précoce de la suture sagittale. Pour ce qui concerne le crâne décrit par moi , je crois devoir admettre que des phénomènes inflamma-
*) Gesammelte Ahhandlungen , p. 936.
T. ZAAIJER. SUR LA SCAPHOCÉPHALIE.
toires , ayant procédé de la substance de Vos ou du péricrâne , y ont joué un rôle important. Comme on l’a vu, la surface de la région sagittale et des parties voisines est inégale et pourvue d’un grand nombre d’ouvertures de dimensions diverses; les pariétaux sont notablement plus épais auprès du sillon longitudinal que dans les points plus rapprochés des bords latéraux. Les ouvertures ne peuvent guère avoir servi à autre chose qu’à livrer passage à des vaisseaux sanguins. La grande vascularité fait présumer des phénomènes de pblogose , et ceux-ci , lorsqu’ils attaquent le périoste ou le tissu osseux lui-même , sont regardés comme très favorables à l’oblitération des sutures. L’épaisseur plus grande de l’os vient à l’appui de la conjecture que la synostose a été précédée ici d’un procès de nature inflammatoire.
Dans la description du crâne d’ Antonio, M. Calori signale également le grand nombre des vaisseaux sanguins qui ont dû exister au voisinage de la suture sagittale. Les pariétaux du crâne d’enfant décrit par M. Fôrster se distinguaient, comparés aux autres os de ce crâne, par l’abondance des vaisseaux, et ils étaient épaissis à leur bord sagittal ; dans ce cas aussi , il y a donc lieu d’attribuer un rôle à l’inflammation, problablement à celle de la substance osseuse elle-même, car il n’est rien dit des enveloppes extérieures , et l’examen n’a pas montré que la dure-mère ait eu de l’influence sur la production de la synostose.
Je note, à cette occasion, que M. Welckera le premier décrit , sous le nom de trigonocéphales y quelques crânes qui, dans leur mode de formation, ont beaucoup d’analogie avec les scaphocéphales. Dans cette anomalie , qui se rencontre rarement , les deux moitiés du frontal se sont soudées trop tôt l’une à l’autre. Sur une des planches que M. Welcker y a consacrées, je vois, à proximité de ces bords osseux soudés , une multitude d’ouvertures , qui ont probablement la même signification que dans les cas de scaphocéphalie.
M. Calori est d’avis que la synostose de la suture sagittale n’est pas la vraie cause de la déformation, ou que, du moins.
D WachstJmm md Bau, PI. XIV, fig. 2 et 3.
T. ZAAIJER. SUR LA SCAPHOCÉPHALIE.
il n’est pas tout' à fait c'ertain qu’elle doive être considérée comme telle ; il va plus loin et pense que , indépendamment de toute maladie des os du crâne, la cause doit être cherchée pour une part dans des influences mécaniques (pression sur la tête , par suite de la fausse position du fœtus dans la matrice; pression sur la matrice elle-même, imputable à la profession de la mère, à des corsets trop étroits ou trop rigides, à des contractions trop fortes des muscles abdominaux , etc.), et pour une autre part dans une maladie du cerveau et dans la manière dont celui-ci se développe et croît. A cet égard , toutefois , les observations font complètement défaut , et je crois, en conséquence, pouvoir me borner à cette simple mention.
Plusieurs auteurs , surtout M. Barnard Davis , ont fait remarquer que la suture sagittale, et celle-là seule, peut être entièrement oblitérée sans que le crâne possède la forme scaphocéphale ; et, en second lieu , qu’il y a des crânes qui , dans leur développement normal , présentent une si grande analogie avec les crânes scaphocéphales, qu’ils doivent presque être regardés comme des scaphocéphales naturels.
Pour ce qui touche le premier point, je dois admettre que la soudure des pariétaux n’aura eu lieu , dans ces cas, qu’à une époque plus avancée. Des crânes adultes ne peuvent rien nous apprendre à ce sujet, car chez eux la synostose peut s’effectuer sans modifier la forme. Mais, même chez les crânes jeunes, la soudure peut se produire sans entraîner la forme scaphocéphale. J’ai devant moi le crâne d’un enfant de 8 ans, où la suture sagittale est' complètement oblitérée, tandis que toutes les autres sutures sont restées ouvertes. La distance entre les bosses pariétales fortement proéminentes, mesurée par- dessus le crâne , s’élève à 130 mm. 11 y a deux grands trous pariétaux; aucune trace de carène. Evidemment, la soudure a commencé ici assez longtemps après la naissance. — L’existence d’une suture sagittale synostotique chez des crânes non scaphocéphales ne diminue en rien, selon moi, l’importance de cette oblitération pour la production de l’anomalie en question.
T. ZAAIJER. SUR LA SCAPHOGEPHALIE. 283
En ce qui concerne le second point', M. Welcker avait déjà mentionné que la forme du crâne des Groënlandais se rapproche de la forme scaphocéphale. Un crâne de femme groënlandaise , âgée par estimation d’au moins 40 ans, crâne qui fait partie de la collection anatomique de Leide , confirme cette opinion , pour ce qui regarde l’existence de la carène. Cette carène est large et s’étend jusque sur le milieu du frontal ; la suture sagittale montre un commencement d’oblitération , mais se laisse encore facilement poursuivre sur toute sa longueur. Il y a des bosses pariétales bien accusées ; mesurée par-dessus le crâne , leur distance est de 150 mm. Le front est plat. Un second crâne groënlandais offre, en ce qu’elles ont d’essentiel, les mêmes particularités. Je trouve aussi une carène distincte sur le crâne d’Esquimau dont il a été parlé plus haut, sur celui d’un habitant delà Californie septentrionale, et sur un crâne provenant d’Oqnalaschka (îles Aleutiennes). Dans tous ces crânes , auxquels je pourrais en ajouter quelques autres, la carène est, en réalité, le seul trait qui rapproche leur forme de celle des crânes scaphocéphales ; pour tout le reste , ils s’en éloignent considérablement.
M. Davis a fait connaître que parmi les indigènes de la Nouvelle-Calédonie, des Nouvelles-Hébrides et des Iles-Carolines , on trouve des crânes qui, par leur grande longueur et leur peu de largeur , ainsi que par leur élévation sur l’axe de la suture sagittale, méritent le nom de scaphocéphales, tout en ayant ordinairement les sutures ouvertes. Grâce à la générosité de M. le Dr. Swaving, nous possédons ici 7 crânes d’habitants des Iles-Caroli' nés 1). Chez six d’entre eux il existe une carène plus ou moins apparente ; tous sont longs et étroits et possèdent de fortes bosses pariétales. Par ces caractères , très importants au point de vue ethnologique et crâniologique , les crânes en question se distinguent donc très notablement d’autres formes crâniennes , sans pour cela devenir des scaphocéphales au sens de M. von Baer.
') Voir: J. van der Hoeven, Beschrijving van Schedels van inboorlingen der Çarolina-eilanden , dans Verslagen en Mededeelingen der Koninkl. Akademie van Weienschappen , Afd. Natuurk. 2de Reeks, Dl. I.
T. ZAAIJER. SUR LA SGAPHOCÉPHALIE.
Pour finir , encore un mot sur Tinfluence que la scaphocéphalie exerce sur la santé et sur les facultés intellectuelles. M. von Baer, qui croyait avoir examiné trois crânes scaphocéphales , provenant tous les trois d’individus jeunes, en avait conclu que la déformation ne semblait pas permettre une longue vie. L’expérience postérieure est en désaccord avec cette opinion. Des personnes chez qui l’anomalie fut constatée au cours de la vie, moururent de maladies n’ayant évidemment aucun rapport avec la forme du crâne, par exemple, de pleurésie ou de typhus; d’autres atteignirent un âge trop avancé pour qu’on puisse admettre une influence nuisible sur la durée de la vie ou sur la santé.
Le nombre des observations est en outre assez grand pour permettre de constater que l’anomalie en question de la boîte crânienne ne porte aucun préjudice au développement intellectuel.
Des preuves suffisantes de chacune de ces deux assertions se trouvent dans la première partie de mon travail.
Explication des figures.