HYGROMÈTRE A BALANCE
PAR
MAURITS SNELLEN.
Si Ton compare la méthode hygrométrique chimique avec la méthode physique, on doit certainement, quant à Inexactitude des résultats, donner la préférence à la première. Un obstacle sérieux s’oppose toutefois à son application dans la météorologie. Elle nous apprend bien, en effet, la quantité précise de vapeur d’eau , qu’un certain volume d’air tenait en dissolution , mais elle ne fait pas connaître l’état hygrométrique de l’air à un moment déterminé, ce qui est justement ce dont le météorologiste a besoin. Par contre, les divers psychromètres ont le défaut, ou bien de fournir des indications méritant peu de confiance, ou bien d’être d’une observation trop embarrassante. Ce sont sans doute des considérations analogues qui ont conduit M. von Baumhauer à imaginer son hygromètre aréométrique *). Cet ingénieux instrument consiste essentiellement en un aréomètre, dont le flotteur est rempli de fragments de pierre ponce, qui ont été imbibés d’acide sulfurique concentré. L’appareil est en outre disposé de façon qu’au moyen d’un aspirateur on peut y faire passer de l’air; celui-ci cédera son eau à l’acide sulfurique, ce qui fera enfoncer l’aréomètre. Si maintenant on connaît la quantité d’air qui a traversé l’instrument, il sera très facile de déterminer,
Archives Néerlandaises y t. VI, 1871.
478 MAURITS SNELLEN. SUR UN HYGROMETRE A BALANCE.
d’heure en heure par exemple, la proportion de vapeur d’eau, en notant le poids qu’il faut enlever du plateau de l’aréomètre pour qu’il reprenne sa position primitive d’équilibre. Au moyen d’une disposition très simple, l’appareil peut d’ailleurs aussi être chargé d’enregistrer lui-même ses indications.
Un avantage spécial de cet instrument est encore que le lieu où l’on observe peut être très différent de celui dont on veut déterminer l’état hygrométrique de l’air. Ce dernier lieu , en effet, peut être mis en communication avec l’appareil par un tube de caoutchouc ou de plomb. De cette manière, en ayant recours à un ballon captif, on serait même en état d’étudier les variations hygrométriques de couches atmosphériques assez élevées.
Ayant eu, il y a quelques mois, l’occasion d’observer un hygromètre de M. von Baumhauer , je remarquai que , même en ne faisant pas fonctionner l’aspirateur, la position de l’instrument est loin de demeurer constante. Cette irrégularité ne peut être attribuée qu’à des variations de température; celles-ci, en effet, amèneront des changements dans la densité de l’huile sur laquelle flotte l’appareil, et l’aréomètre prendra par conséquent une nouvelle position d’équilibre. On comprend que , à raison de la grandeur et de l’irrégularité de la dilatation de l’huile, l’erreur qui en résulte dans les indications de l’instrument doit être assez considérable et ne sera pas facile à éliminer par une correction de température. Pour éviter ces imperfections , ainsi que quelques autres défauts accessoires , tels que la grande fragilité de l’appareil et la difficulté de le réparer, j’ai eu l’idée de déterminer l’augmentation de poids non par un aréomètre, mais au moyen d’une balance. Le petit ' instrument que j’ai fait construire à cet effet a la disposition suivante.
Les deux extrémités ouvertes d’un tube en U sont en communication , au moyen de bouchons percés , avec de petits tubes de verre deux fois recourbés, dont les branches descendantes sont élargies à leur extrémité , sous forme de petites cloches ouvertes. Le tube en U étant rempli soit de pierre ponce humectée d’acide sulfurique concentré, soit de fragments de chlorure de calcium.
MAURITS SNELLEN. SUR UN HYGROMETRE A BALANCE. 479
le système des tubes est suspendu à Tun des bras d’une balance , de telle sorte que les petites cloches plongent d’environ 2 cm. dans des godets contenant de l’huile et fixés à un support particulier ; au moyen de tubes débouchant sous les cloches , on pourra alors faire passer de l’air sur l’acide sulfurique ou le chlorure de calcium , et déduire de l’augmentation de poids la proportion d’eau contenue dans l’air, sans qu’il soit besoin, comme dans la méthode chimique ordinaire, de détacher le tube exsiccateur. Les indications de cet instrument seront presque indépendantes des variations de température, parce que la partie qui plonge dans l’huile est peu de chose en comparaison du volume total. Un autre avantage consiste en ce que le renouvellement de l’acide sulfurique , qui pour l’hygromètre aréométrique est une manipulation assez longue et délicate, n’ofire ici aucune difficulté; il suffit dé détacher le tube en U , d’en faire écouler le liquide employé et d’y verser de l’acide concentré frais, opération qu’il est bon de répéter une couple de fois, pour être sûr que tout l’acide dilué est évacué. Au lieu d’acide sulfurique, on peut d’ailleurs aussi se servir de chlorure de calcium. Enfin, on voit aisément que l’appareil est très facile à construire ou, en cas d’accident, à réparer.
Le changement proposé à l’hygromètre aréométrique écarterait donc l’objection qu’on pouvait encore faire à l’introduction de la méthode chimique dans l’hygrométrie météorologique. Quelques observations préliminaires me donnent lieu de croire que l’instrument ne trompera pas mon attente ; toutefois , une expérience plus prolongée est nécessaire pour décider s’il satisfait, sous tous les rapports, aux exigences de l’observation journalière.
Utrecht, Octobre 1874.