SCENE I
LE COMTE , LA COMTESSE, ROSE , Fleuristes.
(Au lever du rideau, la comtesse est assise à gauche , près d'une table où travaillent quelques fleuristes. — Rose, qui va et vient de la table de droite à celle de gauche, lui présente des parures de fleurs ; — le comte, en costume de mousquetaire, grande tenue, les regarde, et fait le galant auprès de sa femme.)
CHOEUR
Air : Réveillons (Domino noir).
Choisissez, choisissez, madame la comtesse. Nous avons mille fleurs du goût le plus parfait. Que la mode, pour vous, galante, enchanteresse, A vos nobles appas prête un nouvel attrait !
Des scabieuses ?
LA COMTESSE
C'est trop triste...
KOSE.
Des jonquilles... ça se porte beaucoup.
LA CO.MTESSE.
Me prenez-vous pour une marchande de la rue Saint-Denis ?
LE CO.MTE , lui présentant une rose.
Une rose, chère amour, une rose... une sœur !
LA COMTESSE, sans lui répondre et se regardant dans
la psj'ché.
C'est étonnant , aucune de ces fleurs ne va à ma
figure.
ROSE , à part.
C'est plutôt sa figure qui ne va pas aux fleurs.
LA CO.MTESSE.
Alu : Vaudeville de l'ApolIiicaire.
J"ai beau les changer de côté.
argentinl:.
Plus je nie vois , dans celte glace, Pliisje rcmaïque, en véiilé, Que tout cela manque de grâce...
(Elle iello les fleurs sur la table avec dédain et se lùvc.^ Oui, toutes ces fleurs , sur ma foi , Font la grimace...
LE COMTE, à part.
Dieu me garde !
Ces pauvres (leurs , c'est comme moi , Lorsque ma femme me regarde ! {bis.)
LA. COMTESSE
Que dilcs-vous, nionsiour le comte?
LE COMTE
Je dis que je ne suis jamais si heureux que quanil je vous regarde.
LA COMTESSE, à Rose.
Si votre maîtresse était ici , pcut-èire auraitelle quelque chose à m'offrir de plus nouveau , de
plus galant.
Mesdemoiselles, conduisez madame dans nos magasins... Omrez-lui tous nos cartons... nous aurons bien du malheur si nous ne parvenons pas a embellir madame. (Elle fait une révérence.)
LA CO.MTESSE.
Petites, je vous suis. Monsieur le comte, je vous attends.
LE COMTE
Tout de suite, ma céleste... (A pan.) Il faut que j'interroge la petite.