FLORA , CHARLES
CHARLES
Mademoiselle, j'ai voulu avoir avec vous un entretien , pour savoir quelque chose.
FLORA
Quoi donc ?
CHAULES.
Pour savoir , oui ou non , si je suis devenu toulà-fait béte.
FLORA , le regardant en riant.
Mais dam , je ne sais pas , moi.
CHAULES.
Je m'explique mal... car on dit partout que j'ai beaucoup d'esprit pour mon état.
FLOUA.
Quel état avez-vous donc?
CHAULES.
Je suis danseur... ou plutôt maître de danse : Charles Hertinatzi, pour vous servir, maître de ballets en second des petits appartemens de la reine... Ma profession se lit sur mes jambes : voilà mon prospectus. (Il saute quelques pas. )
FLOUA.
Il est très bien rédigé!... Quels jolis petits, petits, petits mollets ! Ce n'est pas comme l'intendant des Menus. ( Elle prend un plumeau et lui en montre le manche.) Figurez-vous ça dans des souliers à boucles.
CHARLES, se posant.
Dam! écoutez donc, tout le monde ne peut pas être moulé comme moi... Mais ne sortons pas de la question... Medemoiselle...
FLOUA , sur le même ton.
Monsieur...
Êtes-vous bien réellement une simple fleuriste ?
FLORA
Mais certainement.
CHARLES
Bon !... Et vous n'avez pas une sœur, une cousine?... la moindre chose qui vous ressemble?
FLORA
Mon Dieu! non. Je suis seule au monde... pas de parens , pas de famille.
CHARLES
Alors, excusez... je me suis grossièrement trompé... et je sais maintenant ce que je voulais savoir, je suis définitivement béte.
FLORA, à part.
Il me plaît , ce petit maigret-là... il est original.
CHARLES
Mettez que je n'ai rien dit, et donnez-moi , s'il vous plaît , une couronne et un bouquet de fleurs d'oranger , pour ma future.
FLOUA.
Tiens! vous allez vous marier?
CHARLES , avec tristesse.
Légitimement.
FLORA , allant à droite , et lui montrant un bouquet et une couronne.
Voilà justement tout ce qu'il vous faut.
CHAULES.
Et cependant, je crois que j'ai tort de me marier, vu que je ne peux pas souffrir la femme chérie qu'on me destine.
FLORA
Et elle?
CHARLES
Ah ! elle , c'est autre chose : elle me {k'Ieste.
FLORA
Est-elle jolie ?
CHARLES
Dam! ça dépend des goûts... elle louche beaucoup. Il y a des gens qui aiment ça.
FLORA
En bien , elle est gentille , votre future !
CHARLES
Quelle différence avec l'autre!
FLORA
Quelle autre?
C'est un roman... un roman en huit volumes, ça serait beaucoup trop long à vous dire... C'est égal, je m'en vais toujours vous le conter.
FLORA
Est-il drôle!
CHARLES
Imaginez-vous qu'à Versailles , David...
FLORA
Qui? M. David le régissseur des théâtres de la cour?
CHARLES
Vous connaissez David ?
FLORA
Oui.
CHARLES , à part.
Elle connaît David... mes soupçons repoussent.
FLORA
Continuez donc votre roman : vous n'en êtes encore qu'au premier chapitre.
CHARLES, à pari.
C'est qu'on n'a jamais vu une ressemblance... C est étourdissant... EnOn c'est égal. ( Il repri-nd. ) David a donc une jeune élève qu'il reçoit chez lui en secret, et qu'il forme pour le théâtre... (Mouvement de Flora.) Et moi , rien qu'à la voir passer tous les jours , voilà que j'en suis tombé amoureux, mais amoureux... à insérer à Charcnlon.
Eh bien ! mais il n'y a pas grand mal à ça.
CHARLES
Oh! elle n'est pas louche , celle-là... elle vous a des yeux, des scélérats d'yeux... grands comme ça. (Il montre une longueur exagérée.)
FLORA
Ah! pas lout-à-fait.
CHARLES
Ce matin, elle a eu une audition devant toute la cour. Comme maître de ballets, j'espérais y assister, la voir, lui parler, lui faire ma déclaration... c'est mon gueusard de mariage qui m'en a empêché.
FLORA
L'occasion se retrouvera peut-être.
CHARLES
En vous rencontrant , j'ai cru que ça y étail.