‹ ArgentineChapitre 11 sur 50 · FLORA , CHARLES · texte numérisé non relu

FLORA , CHARLES

CHARLES

Mademoiselle, j'ai voulu avoir avec vous un entretien , pour savoir quelque chose.

FLORA

Quoi donc ?

CHAULES.

Pour savoir , oui ou non , si je suis devenu toulà-fait béte.

FLORA , le regardant en riant.

Mais dam , je ne sais pas , moi.

CHAULES.

Je m'explique mal... car on dit partout que j'ai beaucoup d'esprit pour mon état.

FLOUA.

Quel état avez-vous donc?

CHAULES.

Je suis danseur... ou plutôt maître de danse : Charles Hertinatzi, pour vous servir, maître de ballets en second des petits appartemens de la reine... Ma profession se lit sur mes jambes : voilà mon prospectus. (Il saute quelques pas. )

FLOUA.

Il est très bien rédigé!... Quels jolis petits, petits, petits mollets ! Ce n'est pas comme l'intendant des Menus. ( Elle prend un plumeau et lui en montre le manche.) Figurez-vous ça dans des souliers à boucles.

CHARLES, se posant.

Dam! écoutez donc, tout le monde ne peut pas être moulé comme moi... Mais ne sortons pas de la question... Medemoiselle...

FLOUA , sur le même ton.

Monsieur...

Êtes-vous bien réellement une simple fleuriste ?

FLORA

Mais certainement.

CHARLES

Bon !... Et vous n'avez pas une sœur, une cousine?... la moindre chose qui vous ressemble?

FLORA

Mon Dieu! non. Je suis seule au monde... pas de parens , pas de famille.

CHARLES

Alors, excusez... je me suis grossièrement trompé... et je sais maintenant ce que je voulais savoir, je suis définitivement béte.

FLORA, à part.

Il me plaît , ce petit maigret-là... il est original.

CHARLES

Mettez que je n'ai rien dit, et donnez-moi , s'il vous plaît , une couronne et un bouquet de fleurs d'oranger , pour ma future.

FLOUA.

Tiens! vous allez vous marier?

CHARLES , avec tristesse.

Légitimement.

FLORA , allant à droite , et lui montrant un bouquet et une couronne.

Voilà justement tout ce qu'il vous faut.

CHAULES.

Et cependant, je crois que j'ai tort de me marier, vu que je ne peux pas souffrir la femme chérie qu'on me destine.

FLORA

Et elle?

CHARLES

Ah ! elle , c'est autre chose : elle me {k'Ieste.

FLORA

Est-elle jolie ?

CHARLES

Dam! ça dépend des goûts... elle louche beaucoup. Il y a des gens qui aiment ça.

FLORA

En bien , elle est gentille , votre future !

CHARLES

Quelle différence avec l'autre!

FLORA

Quelle autre?

C'est un roman... un roman en huit volumes, ça serait beaucoup trop long à vous dire... C'est égal, je m'en vais toujours vous le conter.

FLORA

Est-il drôle!

CHARLES

Imaginez-vous qu'à Versailles , David...

FLORA

Qui? M. David le régissseur des théâtres de la cour?

CHARLES

Vous connaissez David ?

FLORA

Oui.

CHARLES , à part.

Elle connaît David... mes soupçons repoussent.

FLORA

Continuez donc votre roman : vous n'en êtes encore qu'au premier chapitre.

CHARLES, à pari.

C'est qu'on n'a jamais vu une ressemblance... C est étourdissant... EnOn c'est égal. ( Il repri-nd. ) David a donc une jeune élève qu'il reçoit chez lui en secret, et qu'il forme pour le théâtre... (Mouvement de Flora.) Et moi , rien qu'à la voir passer tous les jours , voilà que j'en suis tombé amoureux, mais amoureux... à insérer à Charcnlon.

Eh bien ! mais il n'y a pas grand mal à ça.

CHARLES

Oh! elle n'est pas louche , celle-là... elle vous a des yeux, des scélérats d'yeux... grands comme ça. (Il montre une longueur exagérée.)

FLORA

Ah! pas lout-à-fait.

CHARLES

Ce matin, elle a eu une audition devant toute la cour. Comme maître de ballets, j'espérais y assister, la voir, lui parler, lui faire ma déclaration... c'est mon gueusard de mariage qui m'en a empêché.

FLORA

L'occasion se retrouvera peut-être.

CHARLES

En vous rencontrant , j'ai cru que ça y étail.

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