I-li COMTE
Costume d'incognito... le roi en porte un tout pareil quand il va en bonne fortune... et comme j'ai la pr(?teniion de ressembler un peu à sa majesté, j'ai voulu me compléter. (Cherchani.) Diable de petit miroir !
FLORA
Vieux pantin ! va !
LE COMTE
Mais qu'as-tu donc... lu ne me parais pas aussi gaie qu'à l'ordinaire ?
FLOltA.
J'ai bien du chagrin, allez, monseigneur.
LE COMTE
Pas possible !
FLORA
On veut persécuter quelqu'un qui m'est bien cher.
LE COMTE, à part.
Ah ! nous y voilà. (Haut.) Conte-moi tes peines, petite; conte-moi tes peines.
FLORA
Vous le savez... la fleuriste dans son magasin, l'actrice au théâtre , a eu la force de résister a des grands seigneurs... bien dangereu.\... bien aimables.
Mon miroir me l'a dit plus d'une fois. (Il cherche dans sa poche.)
FLORA
Mon cœur était libre... il ne voulait pas se vendre... mais un jour...
LE COMTE
Eh bien , un jour...
FLORA
Un jour, il s'est donné.
LE COMTE
Et comment?
FLORA
Dam! comme ça se donne... sans le vouloir... sans y songer... En passant devant mon magasin, un jeune homme reçoit une blessure... il a besoin de secours... je le fais entrer chez moi... et voilà , monseigneur, voilà comme ça s'est fait.
» LE COMTE
Eh ! mais , c'est une histoire bien touchante , bien sentimentale... J'en suis vraiment tout attendri.
FLORA
Malheureusement, il a un rival... un grand seigneur... et vous ne vous douteriez jamais du moyen qu'il a employé pour nous séparer ?
Non.
FLORA
Eh bien , ce grand seigneur n'a pas craint d'abuser de son crédit pour obtenir une lettre de cachet.
LE COMTE
Et tu comptes sur moi pour en)péchcr ton lidèle tourtereau d'être mis en cage?
FLORA
Oui , monseigneur.
LE COMTE
C'est difficile.
FLORA
Mon pauvre Charles est si gentil !
LE COMTE , à part.
Si gentil! (Haut.) Sais-tu bien que ce grand seigneur s'est vengé tout-à-fait en gentilhomme.
FLORA
Vous trouvez ?
LE COMTE
Comment, il serait permis à un maroufle sans nom, sans physique, de marcher sur nos brisées, et on n'aurait pas le droit d'envoyer ce drôle-là pourrir à la Bastille... Mais alors il n'y aurait plus de justice en Franco.
FLORA , à part.
Oh ! que j'ai bien fait de le cacher.
LE COMTE
Heureusement, les lettres de cachet sont la providence des aimables roués de la cour... et celle dont tu parles aura , par la sambleu , son plein et entier eiïet. (!l montre un papier.)
FLORA
Xhl c'était donc vous?
LE COMTE
Oui, mon adorable... ce jaloux barbare, ce tigre, ce tyran impitoyable... c'était moi... N'est-ce pas, que le tour est bon? (Il rit.) Ah ! ah ! ah ! ah !
FLORA
Et vous disiez que vous m'aimiez !
LE COMTE
Certainement, que je l'aime... mais je ne l'aime pas... lui 1
FLORA
Monseigneur, je vous en supplie , déchirez cette lettre de cachet.
LE COMTE
Un mot de toi, ma divine, et c'est fait... (Tendrement.) Veux-tu?
Eh bien , non , je ne veux pas.
LE COMTE
Alors , ton amant sera mis à la Bastille.
FLORA
Allez , monseigneur, c'est infâme , c'est abominable , c'est afl"reux , ce que vous faites là !
LE COMTE
Je le sais bien , que c'est afl"reux.
FLORA
J'en pleure de rage... de colère... (Elle frappe du pied.) Et si j'allais trouver votre femme... si je lui disais tout?
LE COMIB.
Elle ne te croirait pas. Depuis Icsdiamans... tu sais, les diamans... ce tour que tu m'as joué... elle me regarde comme le modèle des maris... Et puis, elle est à Lucienne, chez M""^ de Pompadour.
ARGEiNTINE.
ILOUA.
Eh bien, c'est ce qui vous trompe... Elle est à Paris .. elle est même venue ce malin cliez moi... elle doit revenir, je l'attends.
LE COMTE
Tu l'attends !