‹ ArgentineChapitre 40 sur 50 · I-li COMTE · texte numérisé non relu

I-li COMTE

Costume d'incognito... le roi en porte un tout pareil quand il va en bonne fortune... et comme j'ai la pr(?teniion de ressembler un peu à sa majesté, j'ai voulu me compléter. (Cherchani.) Diable de petit miroir !

FLORA

Vieux pantin ! va !

LE COMTE

Mais qu'as-tu donc... lu ne me parais pas aussi gaie qu'à l'ordinaire ?

FLOltA.

J'ai bien du chagrin, allez, monseigneur.

LE COMTE

Pas possible !

FLORA

On veut persécuter quelqu'un qui m'est bien cher.

LE COMTE, à part.

Ah ! nous y voilà. (Haut.) Conte-moi tes peines, petite; conte-moi tes peines.

FLORA

Vous le savez... la fleuriste dans son magasin, l'actrice au théâtre , a eu la force de résister a des grands seigneurs... bien dangereu.\... bien aimables.

Mon miroir me l'a dit plus d'une fois. (Il cherche dans sa poche.)

FLORA

Mon cœur était libre... il ne voulait pas se vendre... mais un jour...

LE COMTE

Eh bien , un jour...

FLORA

Un jour, il s'est donné.

LE COMTE

Et comment?

FLORA

Dam! comme ça se donne... sans le vouloir... sans y songer... En passant devant mon magasin, un jeune homme reçoit une blessure... il a besoin de secours... je le fais entrer chez moi... et voilà , monseigneur, voilà comme ça s'est fait.

» LE COMTE

Eh ! mais , c'est une histoire bien touchante , bien sentimentale... J'en suis vraiment tout attendri.

FLORA

Malheureusement, il a un rival... un grand seigneur... et vous ne vous douteriez jamais du moyen qu'il a employé pour nous séparer ?

Non.

FLORA

Eh bien , ce grand seigneur n'a pas craint d'abuser de son crédit pour obtenir une lettre de cachet.

LE COMTE

Et tu comptes sur moi pour en)péchcr ton lidèle tourtereau d'être mis en cage?

FLORA

Oui , monseigneur.

LE COMTE

C'est difficile.

FLORA

Mon pauvre Charles est si gentil !

LE COMTE , à part.

Si gentil! (Haut.) Sais-tu bien que ce grand seigneur s'est vengé tout-à-fait en gentilhomme.

FLORA

Vous trouvez ?

LE COMTE

Comment, il serait permis à un maroufle sans nom, sans physique, de marcher sur nos brisées, et on n'aurait pas le droit d'envoyer ce drôle-là pourrir à la Bastille... Mais alors il n'y aurait plus de justice en Franco.

FLORA , à part.

Oh ! que j'ai bien fait de le cacher.

LE COMTE

Heureusement, les lettres de cachet sont la providence des aimables roués de la cour... et celle dont tu parles aura , par la sambleu , son plein et entier eiïet. (!l montre un papier.)

FLORA

Xhl c'était donc vous?

LE COMTE

Oui, mon adorable... ce jaloux barbare, ce tigre, ce tyran impitoyable... c'était moi... N'est-ce pas, que le tour est bon? (Il rit.) Ah ! ah ! ah ! ah !

FLORA

Et vous disiez que vous m'aimiez !

LE COMTE

Certainement, que je l'aime... mais je ne l'aime pas... lui 1

FLORA

Monseigneur, je vous en supplie , déchirez cette lettre de cachet.

LE COMTE

Un mot de toi, ma divine, et c'est fait... (Tendrement.) Veux-tu?

Eh bien , non , je ne veux pas.

LE COMTE

Alors , ton amant sera mis à la Bastille.

FLORA

Allez , monseigneur, c'est infâme , c'est abominable , c'est afl"reux , ce que vous faites là !

LE COMTE

Je le sais bien , que c'est afl"reux.

FLORA

J'en pleure de rage... de colère... (Elle frappe du pied.) Et si j'allais trouver votre femme... si je lui disais tout?

LE COMIB.

Elle ne te croirait pas. Depuis Icsdiamans... tu sais, les diamans... ce tour que tu m'as joué... elle me regarde comme le modèle des maris... Et puis, elle est à Lucienne, chez M""^ de Pompadour.

ARGEiNTINE.

ILOUA.

Eh bien, c'est ce qui vous trompe... Elle est à Paris .. elle est même venue ce malin cliez moi... elle doit revenir, je l'attends.

LE COMTE

Tu l'attends !

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