VIRGINITÉ
Mon Ariel, âme affamée
D'extase et de logique, et de lyrisme et de justice, Et de simple bonté fraîche comme un calice De rose qui se sent aimée,
Cœur d'enfant tendre, esprit d'orgueil, blessé farouche Toi qui, même ployé sous les ordres d'Homais, Même quand tu crachais le sang à pleine bouche, Ne demandas pas grâce et ne te résignas jamais,
Mon Ariel, ô mon âme qui n'es pas moi, Mais dont j'eus la ferveur et la haute souffrance, Écris avec ton sang sur ton cœur d'esclave et de roi : Espérance I
Les ans mauvais ont pu t'étouffer et te déchirer.
Mais une arme, la plus puissante et la plus belle,
Te reste pour te délivrer,
Et je vois son éclair au fond de tes prunelles,
Au fond où le divin, trop fier, se cache pour vibrer.
Va, tu seras l'espoir, la jeunesse que rien ne tue. Tant que tu garderas, sous les outrages odieux. Alors que tout se prostitue.
Cette Virginité dans la profondeur de tes yeux.
ARIEL SE PARLE
L'AGE D'ARiEL
Ah ! mon âge ? C'est vrai que d'autres ont un âge. Mais moi, je n'en ai point. Quand chantait le printemps, Je rongeais sans un bruit l'ombre dans une cage, Et puis, cela dura je ne sais quel éternel temps...
J'avais l'âge indécis qu'en leur sommeil pesant Ont les ailes de mai qu^on cloua dans leur nid, — L'âge obscur d'une vie enfermée au néant Et qui rùve d'avoir l'âge de l'inTmi, —
L'âge perdu d'un cœur qui battit au néant, Au néant qui n'a pas compté ses battements.
Mon âge? Sous la terre, un germe qui veut naître.
Mon âgeP C'est celui qu'un soir j'aurai peut-être
Si, pour m'y faire éclorc, y vient l'aurore du printemps.
ARIEL SE PARLE Sq