‹ Aristide froissartChapitre 2 sur 79 · IL A VAIT UN PÈRE · texte numérisé non relu

IL A VAIT UN PÈRE

Son père, Jean Cascaret Froissart, accusateur public en 93, avait accusé M. de Neuvilette d'être noble, riche, heureux, poudré à blanc, vêtu proprement, et de manger le peuple. On ne plaisantait pas alors. M. de Neuvilette se hâta de s'appeler communal, d'ôter sa poudre, d'endosser une carmagnole. L'accusateur Froissart se chargea de lui prendre sa fortune, qui était considérable, et de faire non-seulement qu'il ne mangeât plus le peuple, mais qu'il ne mangeât plus du tout. Il ne pesait plus qu'une seule accusation sur la tête de M. de Neuvilette; c'était, à la vérité, la plus terrible de toutes: celle d'être accusé d'être accusé. /'. aurait porté sa tête sur l'cchafaud et on lui aurait même épargné cette peine en la lui portant sur cette seule accusation, si l'accusateur Froissart ne lui eiît fait une proposition fort acceptable.

« Nous sommes jeunes, lui dit-il, et mariés tous les deux; si la nature te donne une fille, et que la nature m'envoie un fils, nous les marierons. Y consens-tu? » A quoi n'eût pas consenti M. de Neuvilette en ce moment?

« Tu n'as plus rien à craindre, lui dit l'accusateur Froissart. Fais-moi une fille. »

AKISTIDE FROISSART

P0URQ.U01 LE PERE FROISSART CONÇHT-Il UN TEL PROJET?

Parce que c'était un homme de réflexion et de prévoyance. Il savait que les révolutions commencent par se faire au profit des voleurs et qu'elles sont ensuite confisquées par d'autres voleurs plus adroits et plus prudents. Les premiers sont les voleurs braves, les autres sont les voleurs conservateurs. Étudiez l'histoire. Or, le père Froissart se dit :

« Tout ceci est trop beau pour durer. Un moyen pour que les Neuvilette ne réclament jamais rien, c'est de nous unir à eux. »

ou l'on dit le motif

POUR LECi UEL M. DE NEUVILETTE VOULUT TENIR PAROLE.

D'abord, c'est qu'il ne put s'en dispenser. Si, pour nous servir des expressions de l'accusateur Jean Cascaret Froissart, la nature lui envoya une fille, elle mit tant de lenteur dans son envoi, que cette fille, Adeline de Neuvilette, naquit en 1809, en plein empire, et qu'à cette époque on n'était pas encore disposé à rendre les biens enlevés aux nobles, M. de Neuvilette, très-intéressé à tenir sa parole, demanda à M, Froissart s'il était décidé à

tenir la sienne. Une seconde fois M. Froissart se dit:

« Tout Ciîci ne peut durer.

« L'empire nous a rendu le culte, comme on dit; il nous a rendu même une fouie d'autres choses que nous n'avions pas; il pourrait bien nous rendre une restauration. » Il accepta de donner son lils Aristide froissart à Adeline de Neuvilettc, dJs qu'ils seraient tous deux parvenus à l'âge de raison.

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