LA SENSATION
Les sens n'opèrent point par eux-mêmes ï!. S'ils k opéraient par eux-mêmes, 1ls seraient perpétuellement en acte; et tel n'est pas le fait que l’expérience nous révèle. Nous ne jouissons pas toujours de la lumière; nous ne percevons pas toujours des sons, des odeurs et des saveurs; le tact lui-même, bien que répandu par le corps entier, ne s'exerce pas d'une manière continue; du moins ne possède-t-il pas constamment tous les modes qu il peut revêtir : les sens ne sont de leur chef qu’à l’état de puissance *; et, par suite, ils ont besoin, pour agir, d'un objet extérieur qui les excite et les détermine. Le bois ne brûle que sous l'influence d’un agent étranger qui s'appelle le feu : ainsi de nos organes sensoriels; ce sont des mobiles auxquels il faut un moteur qui vienne du dehors les élever à la dignité de l’acte 3. En quoi consiste ce commerce des sens avec leurs 1. ArisT., Mel., l,5, 1010, 35-37 : où yap ôù AY’ alolriots aûtn Éœuris Éativ, &X Eote tt ka Étepov rapà tv alonaiv, à àvæyxn mpôtepoy elvar thç alofrosexs. 2. Id., De an., B,5, 417", 6-9 : Añdov oüv 6t1 Tù aloBntixdv oùx Éotiv évepyela, GAX& Ouvauer uôvov. Ad xabänep td xzvatôv où xaïerar aûrd xa0? aœûTd &vsu Toù XAUOTIXOŸ Éxate yap àv ÉauTé, wa odbÈV éBeïro Toù Évreheyetaæ Tupès ôvroc.
3. Id., Ibid., B, 5, 417*, 17-18 : mavrx Où naoyger xal xiveîtar nd ToÙ roumTix0) xaÙ évepystg Üvtroc.
L'acte du sonore. comme la cire l'empreinte du «eau. et ne fait que le transmettre de son point de départ jusqu à l'organe auditif !.
L'objet du toucher ne se réduit pas à l'unité d'une même opposition, comme celui de la vue qui est le blanc et le noir. ou celui de l'ouie qui est l'aisu et le grave. Les qualités tactiles sont beaucoup plus variées :
t elles comprennent à la fois le chaud et le froid. le sec et lhumide, le dur et le mou. le raboteux et le poli. lk lourd et le léger et d'autres différences de même gere?. Mais, parmi ces qualités, il en est de dérivées : elles se ramènent toutes aux quatre premières, qui sont i elles-mêmes les éléments essentiels de tout corps; et l'on arrive ainsi, par deux oppositions. à l'unité d'un seul objet : le corps, en tant que corps, voilà le tangible®.
« Le sapide est une sorte de tangible » #. Et ce tangible s'entend de deux manières : comme puissance ou comme ao. Dans le premier sens, c'est le sec; dans le second, C'est une qualité qui se dégage de l'humide. Le sec, par hi-méme, est insipide ; mais, lorsqu'il entre en contact avec l langue, il se fond sous l'influence de l'eau qui baigne cet ‘rgane, subit une sorte de digestion et se transforme en &veur®. Ainsi, le sapide n'existe pas dans les corps comme
1. Ansr., De an., B, 8. 420*, 3-4 : YOPNTLLÔV LEV CO V TÔ XIVRTIAÔV ÉvVOS GEDOS Mtyelg péyprs axoïs" axot, CE cuusur: aém; Cf. Ibid. TV. 12, 435°, 4-10.
L Id., Ibid., B, 11, 422°, 23-27; De gen. et corr.. B. 2, 329», 18-20.
3 Jd., De an., B, 11, 423°, 27-29; De gen. et corr., B. 2, 329°, 20-35; ®0,1-29; v. plus haut, pp. 25-%.
& Ausr., De an., B, 10, 422*, 8 : To &ë yruatév éonv 4rzév <1. S. Id, Ibid., B, 10, 422*, 10-11 : To yeuotév, év üyp® &s 5xp; 1bid., 17-19, 33-34. Les formules trop brèves de ces passages trouvent leur commentaire
la page 441, 15-23 du traité De sensu. ALex. (De an., 53. 15-18) résume
Ai la pensée d'Aristote : 1ô pv yäp yeügec Enpèv rdére yupèv Éyov ëv «dti, RiYrvéuevor xai évaroxduvépevév res To Véatt CL tivos HÉYEUS TOÙS JULOUS Hors.
l'amer : ainsi des autres sens!. Mais tout n'est pas là; dr a des sensibles communs : tels sont « le mouvement, le repos, le nombre, la figure et la grandeur »?. Or les sen-
sibles communs ne méritent passeulement leur nom, part
que chacun de nos sens les peut connaître tous, mais er
core parce que nous les distinguons les uns des autres:
nous en voyons aussi les différences. Les sensibles propres eux-mêmes ne demeurent pas clos et comme emprisonnés, chacun dans le sens dont il relève; nous décernons le blanc du doux et le doux du sonore, aussi bien que le blanc du noir, ou le mouvement du nombre:
Toutes les qualités sensibles, quelles qu'elles soient, pre-
pres ou communes, viennent se rassembler dans w
principe qui les compare toutes*, et qui, de ce chef, es
indivis. Car, supposé qu'il contienne des parties, chacust
d'elles percevrait ou le blanc ou le sonore à l'exclusos
des autres qualités; et il ne se ferait pas plus de comps-
raison quil ne s'en fait entre les différents organes par
ces organes eux-mêmesÿ. De plus, ce principe ne pat
être qu'un sens, vu que les objets sur lesquels il porte sont
des sensibles.