‹ Arlequin-Pluton; comédie inédite en trois actes [par] Thomas-Simon Gueullette, 1719. Précédée d'une préfChapitre 38 sur 51 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ARLEQUIN, MUe DESCOULISSES.

Dites-moi, la belle, de quelle profession étiezvous là-haut ?

Mlle Descoulisses.

Comédienne de campagne. Je me nommois Descoulisses.

J'ay entendu parler de vous comme d'une grande

actrice.

Mlle Descoulisses.

Il est vray que j'ay fort brillé. Cependant mes meilleures scènes n'étoient pas celles que je repré-

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sentois. Je menois l'amour à la baguette. Je faisois naître de la passion sans en ressentir.

Cela est difficile. Je ne puis parler de boire et de manger sans que l'eau ne m'en vienne à la bouche.

Mlle Descoulisses.

Une bonne actrice sait se prêter à tous les caractères. Tout est bien venu chez elle. Elle n'aime personne, et fait enrager tout le monde.

Comment cela se fait-il ?

Mllc Descoulisses.

Rien de plus facile; avec un peu d'usage du théâtre, on s'en tire aisément. Un jeune homme qui achevoit son droit venoit de recueillir une grosse succession. J'en tiray la meilleure partie avec quatre vers de Psyché. Un soir qu'il me faisoit des offres de service, je luy dis du ton le plus tendre :

Plus j'ay les yeux sur vous, plus je me sens charmer. Tout ce que j'ay senty n'agissoit pas de même,

Et je dirois que je vous aime, Hélas! si je sçavois ce que c'est que d'aimer.

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